‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 5 sur 33 · HÉBRON ET JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

HÉBRON ET JÉRUSALEM

« Ce fut après la mort de Saûl. David étant revenu de la défaite d'Amalec, demeura à Siceleg deux jours. Le troisième jour un homme vint du camp de Saûl — ses vêtements déchirés — de la terre sur sa tête ; et à son arrivée devant David il se jeta à terre et se prosterna. David lui dit : d'où viens-tu? — Il lui dit : Je me suis échappé du camp d'Israël. — David lui dit : Quel a été l'événement? Dis-le moi. — Il dit : Le peuple a fui du combat, et plusieurs d'entre le peuple sont tombés morts; Saûl et aussi Jonathan son fils sont morts... Je me trouvai par hasard sur la montagne de Gelboé; et voici, Saûl se tenait penché sur sa lance et les chars avec les cavaliers allaient l'atteindre; alors, regardant en arrière, il m'aperçut et m'appela, et je dis : Me voici. 11 me dit : Qui

es-tu ? Je lui dis : Je suis d'Amalec. 11 me dit : Tiens-toi près de moi et tue-moi; car l'angoisse m'a saisi, quoique toute ma Tie soit encore en moi. Je me tins près de lui et le tuai, car je savais qu'il n'en reviendrait pas après s'être jeté sur sa lance; je pris le diadème qu'il avait sur sa tête, et le bracelet qu'il avait au bras, et je les apporte à mon seigneur. » {Samuel, liv^ II, ch. I•^)

Voici, ce semble, une toute nouvelle histoire. Gomment concilier ce récit avec celui qui termine le livre précédent ? L'homme dont nous avons vu Saûl réclamer l'aide pour hâter sa mort était un écuyer, un serviteur attaché à sa personne, qui s'était refusé à ôter la vie à son maître, et qui, le voyant mort, n'avait pas voulu lui survivre et s'était tué lui-même à ses côtés. Ici , c'est un étranger, un homme appartenant précisément à la nation sur laquelle David vient de faire un riche butin. — Nous ne nous attacherions pas à constater une simple variante si le caractère particulier de celle-ci ne paraissait de nature à jeter d'avance quelque jour sur la manière d'agir de David, chaque fois qu'il attendra la nouvelle de la mort d'un de ses ennemis *. S'il se trouve là

1. Dans une circonstance semblable , David , rappelant celle - ci , dira : « Celui qui m*a annoncé que Saûl était mort, celui-là s*imaginait m*apporter une bonne nouvelle.,, » (Samuel, liv. II, ch. iv, v. iO). C'est sans doute parce qu'il voyait bien qu'il ne parvenait pas , malgré

quelqu'un qu'aucun lien n'attache aux familles d' Israël, et sur les actes récents duquel personne n'ait intérêt à faire enquête, cet étranger sera le messager désigné pour apporter la nouvelle attendue ; et alors nous verrons se reproduire quelque scène analogue à celle que voici * :

Après avoir déchiré ses habits et pleuré amèrement, « David dit au jeune homme qui venait de lui annoncer la mort de Saûl ; D'où es-tu? — Il dit : Je suis fils d'un étranger, Amalécite. David lui dit : Comment n'as-tu pas craint d'avancer ta main pour tuer l'oint de Jéhovah? — David appela l'un des jeunes gens, et dit : Approche, attaque-le. — Celui-ci le frappa et il mourut. David lui dit : Que ton sang soit sur ta tête ; car ta bouche témoigne ^contre toi lorsque tu dis : xMoi j'ai fait mourir l'oint de Jéhovah. » {Ihid., ch. i«^ v. 11.)

Aussitôt après, David compose, en l'honneur de Saûl et de Jonathan, une de ses plus belles complaintes, la complainte de Varc (v. 27); et, pour donner plus d'éclat à sa douleur et plus de durée au souvenir que le

tous ses efforts, à dissimuler ses véritables sentiments, qu'il cherchait, après l'événement, à prouver qu'on avait eu tort de les lui attribuer.

1. L'une de ces scènes {Sam.f liv. U , ch. xviii) est rendue plaisante par l'obstination d'un ami de David à devancer le messager couschite (nègre^ que Joab avait sacrifié d'avance à l'indignation prévue de son maître.

peuple eh devra garder, il ordonne que ce chant soit enseigné à tous les enfants de Juda. Il fallait que le nom du pauvre Saûl fût encore bien populaire pour qu'il se crût obligé et une telle dépense de lyrisme. Nous voyons, en effet, qu'il ne parvient à faire accepter sa royauté qu'à ceux qui avaient déjà accepté ses présents.

« Après cela David consulta Jéhovah disant : Dois-je monter dans une des villes de Juda?

« Jéhovah lui dit : Monte.

« David dit : Vers laquelle monterai-je ?

« Jéhovah dit : A Hébron.

« David monta de là, ainsi que ses deux femmes Achinoam de Jezrahel , et Abigaïl , femme de Nabal de Carmel. Et il fit monter chacun avec sa maison les honunes qui étaient avec lui , et ils s'établirent dans les villes de la contrée d'Hébron. Les hommes de Juda vinrent, et ils oignirent David pour roi sur Juda. » {Sam,, liv. II, ch. II, V. 1-4.)

« D'un autre côté, Abner, fils de Ner, chef de l'armée de Saûl, prit Isboseth, fils de Saûl, et le fit passer à Mahanaïm; il l'établit roi sur Galaad, sur Gessuri, sur Jesrahel, sur Éphraïm, sur Benjamin, et sur tout Israël. )> ( ibid,, V. 8-9.)

Ainsi se dessine dès lors la division qui se produira plus tard entre les royaumes de Juda et d'Israël. Il faut

avoir soin de tenir compte de cette énergique tendance du peuple hébreu à se partager en deux fractions hostiles, si Ton veut bien comprendre toute l'habileté de celui qui réussit à opérer entre elles une réunion politique de quelque durée. On peut voir que David ne perdit pas un moment. pour préparer l'exécution de ce dessein. Qu'était-ce, en effet, auprès de la monarchie qu'il rêvait, qu'une autorité s' exerçant sur l'étroit territoire d'une seule tribu ? Sa véritable onction , celle que Samuel lui avait conférée de la part de Jéhovah, avait expressément pour but de le faire régner sur tous les descendants d'Abraham et sur toute la terre de Chanaan. Ce n'était pas un héritage partiel qu'il espérait, c'était l'héritage entier et complet du royaume divin. Il avait déjà fait un grand pas; il n'était plus le chef obscur d'une bande de gens sans aveu : sa royauté avait un siège; il pouvait à la fois combattre Isboseth par les combinaisons de son esprit fécond en ruses, et par le bras des hommes vaillants qu'il avait su former.

Comment s'y était-il pris pour convertir en soldats redoutables cette poignée d'hommes qu'il avait jusquelà, sous sa conduite personnelle, exercés à la fuite plus qu'aux combats? — Nous pouvons nous en faire une idée à l'aide d'un trait que son historien ne cite que beaucoup plus tard (Samuel, liv. II, ch. xxiir, v. 15), sans en préciser la date. Rien, d'ailleurs, ne peint mieux l'étrange

personnage dont le portrait exact est si indispensable à l'éclaircissement de la question que nous traitons. « David eut un désir et dit : Qui me fera boire du puits de Bethléem qui est à la porte? Alors trois hommes vaillants passèrent au travers du camp des Philistins, et puisèrent de Feau au puits de Bethléem qui est à la porte, et, l'ayant apportée, ils la présentèrent à David; mais il ne voulut pas la boire et la répandit devant Jéhovah. Il dit : Loin de moi de faire cela! Boirai-je le sang de ces hommes qui y sont allés au péril de leur vie ? Et il ne voulut pas boire. » Et , — comme le font peut-être encore quelques-uns de ceux qui lisent ce récit, — ses hommes ne prenaient garde qu'au noble sentiment exprimé , après l'épreuve faite , et ils l'admiraient.

Par ce moyen et par d'autres semblables, David s'était assez assuré de la solidité de ses gens pour pouvoir désormais compter sur eux, sans avoir lui-même à prendre part à une vie de combats qui n'était pas celle à laquelle il se sentait propre. Le plus précieux de ces hommes vaillants * était à coup sûr Joab ; car c'est à lui

1. Il n'est pas de côté exploitable du cœur humain dont David n*ait su habilement tirer parti. Aucun des moyens modernes d'exciter l'ardeur niilitaire ne paraît lui avoir été inconnu. Non-seulement il faisait dresser des listes d'hommes vaillants^ mais il faisait mettre à l'ordre du jour de son armée les belles actions de chacun. (Voir Sam,, liv. II, ch. XXIII, et Chroniques, passim.)

que, d'un bout à l'autre de ce règne, nous voyons revenir l'honneur de toutes les victoires qui ont servi à le consolider. David le savait si bien que, malgré de nombreux griefs et en dépit d'une rancune souvent prête à déborder, il ne se décida jamais à se priver des services de ce capitaine habile.

Nous avons vu que, de son côté, Isboseth avait à son service un homme brave et en apparence dévoué qui se nommait Abner. A quelques escarmouches qui servent d'entrée en matière à la nouvelle lutte entreprise par David, on reconnaît que, les deux capitaines se valant à peu près , cette lutte aurait menacé de se prolonger sans résultat bien marqué, si elle n'avait eu pour se dénouer que la voie des armes. Mais le fils de Saûl avait affaire, sur un autre terrain, à un adversaire invisible contre lequel aucune résistance ne pouvait longtemps tenir ; ce redoutable combattant, toujours éveillé, toujours actif et toujours habile à cacher ses coups, c'était l'esprit de David combinant ses intrigues. Il n'est pas difficile d'en saisir les premiers fils dès le début de la scène ainsi racontée : {Ibid,, ch. m.)

« Saûl avait eu une concubine nommée Ritspa, fille d'Aia. Il fut dit à Abner : Pourquoi es -tu venu vers la concubine de mon père ? »

Remarquons dès ce début que le propos n'est pas mis expressément dans la bouche d'Jshoselh lui-même.

On peut donc supposer qu'il est simplement rapporté à Abner. II n'est point vraisemblable d'ailleurs que, timide comme on va nous le montrer, le fils de Saûl ait osé mécontenter le seul homme qui soutint vaillamment sa cause, s'il n'avait été poussé à cette maladresse par une inspiration étrangère.

« Abner fut fort irrité à cause des paroles d'Isbosetb, et il dit : Suis-je une tête de chien qui appartient à Juda? Aujourd'hui j'exerce la bonté envers la maison de Saûl ton père, envers ses frères, ses amis ; je ne t'ai pas livré à la main de David, et voilà que tu me cherches aujourd'hui querelle pour cette femme... » « Il (Isboseth) ne put pas répondre un mot à Abner, tant il le craignait. Abner envoya des messagers à David pour lui dire de sa part : A qui est le pays? Fais une alliance avec moi ; alors ma main sera avec toi pour tourner vers toi tout Israël. »

David s'empresse de prêter l'oreille à ces propositions; et, pour donner prétexte à une entrevue avec Abner, il fait prier Isboseth de lui renvoyer par lui sa femme Michol , la fille de Saûl. Quoiqu'il eût, depuis son établissement à Hébron, ajouté quatre femmes à celles qui ont été nommées plus haut, il jugeait sans doute qu'il n'était pas inutile de reprendre celle qui lui donnait, aux yeux d'Israël, un titre à la succession de Saûl.

Avant de se rendre ostensiblement à Hébron, pour y conduire Michol , Abner eut avec les plus influents des sujets de son maître, un entretien secret, dans lequel il leur rappela les promesses faites par Jéhovah à David. « Il parla ainsi aux oreilles de ceux de Benjamin ; puis il alla pour dire aux oreilles de David à Hébron tout ce qui était bon aux yeux d'Israël et aux yeux de toute la maison de Benjamin... Il avait avec lui vingt hommes. David fit un festin à Abner et aux hommes qui étaient avec lui. Abner dit à David : Je me lèverai , j'irai assembler tout Isi^aël pour qu'ils te reconnaissent pour roi ; ils feront une alliance avec toi , et tu régneras au gré de ton désir. »

Les choses pouvaient -elles mieux s'arranger, en effet, au gré de l'heureux flls de Jessé? Avait-il pu prévoir une trahison plus complète, un succès plus certain? Quel autre qu'Abner eût pu disposer les esprits comme

il l'avait déjà fait ? Quel autre que lui pouvait achever ce qui restait à faire ?

Mais, tout à coup, qu'apprend-on! — Joab, occupé ailleurs et ignorajit tout cela, a rencontré Abner sur son chemin, et n'a rien vu de mieux à faire que d'attirer dans un piège cet ennemi de son maître et de le tuer. — Cet exploit malencontreux détruit d'un seul coup tout l'ouvrage : plus de traître auprès d'Isboseth, plus de voix assez insinuante pour détacher de lui Israël et

Benjamin; et, au lieu d'un événement se dénouant en apparence par un simple entraînement populaire, un meurtre qui ne fait que jeter de l'odieux sur la cause qu'il semble servir ! Que fera David ? — A coup sûr, on va l'accuser de complicité. Doit-il, par un châtiment éclatant infligé à Joab, écailer cette accusation si funeste à sa popularité naissante ? — Mais , Joab mort, qui lui gagnera des batailles ? — Il vaut mieux s'en servir encore jusqu'à ce que, sans nuire à ses intérêts, il puisse tirer vengeance de la cruelle déception qu'il lui doit *. Il se borne donc à joindre à ses protestations d'innocence des malédictions pleines d'énergie : « Je

suis innocent, s'écrie-t-il, ainsi que mon royaume, devant Jéhovah, à jamais, du sang d' Abner , fils de Ner. Que ce sang s'arrête sur Joab et sur toute la maison de son père! Et que la maison de Joab ne manque jamais de quelques hommes ayant un flux de lépreux , s'appuyant sur un bâton, ou tombant par le glaive, ou manquant de pain! » {Ihid,, v. 21 et 29.)

Puis il fait de belles funérailles à Abner, pleure abondamment sur sa tombe, lui dédie une complainte, et s'impose jusqu'au coucher du soleil un jeûne rigoureux. Il a la satisfaction de voir que ces démonstrations produisent l'eflfet désiré : « Tout le peuple le remarqua,

1. Cette vengeance devait tarder quarante ans; mais elle n'arrivera pas moins à son heure. ( Rois, I, ch. u, v. 5 et 6. Canon hébreu,)

et il fut agréable à leurs yeux. Tout ce que le roi fit était bien aux yeux du peuple. Tout le peuple et tout Israël remarquèrent en ce jour que la mort d*Abner, fils de Ner, n'était pas le fait du roi. » (J6id., v. 36, 37.) A ce récit succède sans transition celui de l'assassinat d'Isboseth , où se trouve intercalée la phrase incidente que voici : « Jonathan, fils de Saûl, avait un fils blessé aux pieds. Il avait cinq ans quand le bruit de la mort de Saûl et de Jonathan vint de Jesrahel. — Sa gouvernante l'avait emporté et s'était enfuie ; mais comme elle se hâtait de fuir, l'enfant était tombé, et

il était devenu estropié. Son nom était Méphiboseth. »

(Gh. IV, V. 4.) On cherche en vain pourquoi le narrateur a jeté cette mention inattendue et inutile au milieu d'une action où l€i malheureux cul-de-jatte dont il s'agit n'a aucun rôle apparent. — Il se pourrait pourtant que cette singulière parenthèse contînt implicitement l'explication du meurtre lui-même. Ne serait-ce pas au nom de ce Méphiboseth , le moins redoutable de tous les prétendants , qu'auraient été armés les assassins de son oncle?

La scène qui suivit le meurtre est prévue. Les deux assassins « apportèrent la tête d'Isboseth à David, à Hébron , et ils dirent au roi : Voici la tête d'Isboseth , fils de Saûl, ton ennemi, qui cherchait ta vie. Jéhovah a accordé aujourd'hui à mon seigneur le roi la vengeance

sur Saûl et sur sa race. » Le premier mouyement de David est de rendre grâces à son Dieu : w JéhoYah est vivant * ! dit-il, lui qui a délivré ma vie de toute adversité. » Mais aussitôt, se ravisant : « Celui qui m'a annoncé , savoir : Saûl est mort, celui-là s'imaginait m'apporter de bonnes nouvelles; — je Tai saisi et je l'ai tué pour lui payer son message. Combien plus quand des hommes méchants ont tué un homme juste, dans sa maison, sur son lit! — Et maintenant, ne demanderaije pas son sang de votre main ? Ne vous exterminerai-je pas de la terre ? — David commanda à ses gens qui les tuèrent et les pendirent sur l'étang d'Hébron. » (Ch. iv, V. 7 et suiv.) Quels étaient ces hommes? C'étaient des bandits (anna) étrangers, vivant de maraude et de pillage, de ces bravi à qui l'on est toujours mieux avisé de donner la mort que le salaire promis — • même au nom d'un autre.

Ainsi que l'avait dit David, cette mort mettait fin à ses adversités, a Toutes les tribus d'Israël vinrent vers lui à Hébron , et lui parlèrent en disant : Nous voici, nous sommes ton os et ta chair... Jéhovah t'a dit: Tu seras le pasteur de mon peuple d'Israël ; tu seras son chef. — Tous les anciens d'Israël vinrent vers le roi à

1. Cette forme était celle dont les Hébreux se servaient habituellement pour constater ou invoquer l'intervention de leur Dieu dans leurs aflfaires.

SELON LE CHRÏST. 89

Hébron. Le roi David conclut une alliance avec eux, devant Jéhovah, et ils oignirent David pour roi sur Israël. »

« David était âgé de trente ans loi*squ*il devint roi. w (Gh. v,v. 1, 4. )

Le texte dit à cet endroit qu'il régna sept ans et six mois à Hébron sur Hda; ce qui femiL supposer que tout ce temps s'était déjà écoulé, depuis la mort de Saûl, lorsqu'il fut élu roi de tout Israël. Il semble cependant qu'il atteignit ce but de ses désirs aussitôt après la mort d'Isboseth, et il est dit ailleurs de celui-ci (ch. ii, V. 10) qu'il ne régna que deux ans. Quoi qu'il en soit de toutes ces contradictions, et quelque temps qu'ait duré le règne de David à Hébron à dater de ce moment, il paraît qu'il n'eut plus rien de remarquable; car son historien n'en dit rien. Une seule indication donnée beaucoup plus loin (ch. xv, v. 7, 9), en nous révélant l'existence d'un autel à Hébron , nous laisse entendre que l'érection de cet autel fut un des actes de cette première partie de son règne. Nous n'avons pas trop à nous étonner de cette nouvelle infraction à des prescriptions dont il ne se piqua jamais d'être le rigoureux observateur ; mais il nous est permis de supposer que la consécration d'un autel à son usage avait excité les murmures des prêtres, sur les attributions desquels David avait pu vouloir empiéter. Nous sonames très -fondés à

croire au projet dès lors arrêté par le nouveau roi de soustraire son autorité à un contrôle gênant, et de chercher à modifier à son profit Torganisation de la tribu sacerdotale. Voici sur quoi se fonde cette opinion.

Quand David quitta Hébron, ce fut pour transférer le siège de sa royauté en un lieu auquel était attaché un souvenir sacerdotal très-antérieur à Moïse, souvenir qui, habilement exploité par lui, pouvait, avec l'aide de Jéhovah, lui permettre la complète réalisation de toutes ses espérances. Le verset k du psaume 110 * ne peut guère laisser de doute sur ses intentions à cet égard. Voici ce qu'il lisait à ce sujet dans les anciens récits du temps d'Abraham : A cette époque, il y avait, à quelques lieues au nord d' Hébron, dans un endroit appelé , — dès lors, ou peut-être seulement depuis, — du nom de Salem *, très-découpé de ravins et de collines , un personnage mystérieux dont il est dit seulement {Genèse, ch. XIV, V. 18) : « Melchisédech (roi de la sagesse), roi de Salem , fit apporter du pain et du vin ; il était prêtre

1. David se fait dire dans ce verset : u Jébovah a juré et ne se repent pas ; tu es cohen (prêtre) à jamais, à la manière de Melchisédech. » — Restituée à David, Targumentation de PÉpître aux Hébreux (ch. viet vn) est très-propre à nous renseigner exactement sur ses calculs.

2. Il est fort douteux, en effet, que ce soit là le nom primitif de remplacement de Jérusalem. Ce mot a pu être intercalé dans une recension postérieure.

du Dieu suprême ( |i\Sjr SkS "[hD ). Il bénit Abram , et dit : Qu' Abram soit béni du Dieu suprême , créateur du ciel et de la terre; et que le Dieu suprême soit loué, lui qui a livré tes ennemis entre tes mains. — Abram lui donna la dîme de tout ce qu*il avait pris. »

A quel précédent inexpliqué et inexplicable ceci se rattache-t-il ? En vertu de quelle institution, et dans quelles conditions un sacerdoce royal s'exerçait-il alors sur cette terre de Ghanaan que Jéhovah avait dit depuis lui appartenir en propre ? Gomment ceci peut-il se concilier avec ridée mosaïque d'un Dieu-Roi? — Ces questions que nous pourrions aujourd'hui nous poser, David ne cherchait pas à les trancher sans doute; ou, s'il le faisait, c'était dans un sens d'autant plus contraire aux idées de Moïse, qu'il était plus favorable à ses propres visées. Ce qui lui était affirmé, et ce qu'il lui suffisait de savoir, c'est que le Dieu suprême dont le roi Melchisédech était le prêtre , n'était autre que son Dieu à lui. Rien ne pouvait donc donner une forme plus précise à ses rêves de souveraineté incontestée et absolue qu'un tel précédent. N'y avait-il pas, jusque dans ce détail de dîme perçue par le roi, en sa qualité de prêtre, l'aperçu de tout un système nouveau à substituer aux institutions lèvitiques de Moïse ? Pour réduire à néant les entraves dont ces institutions, restées presque seules en vigueur, menaçaient l'exercice de sa royauté, David

n'avait qu'à succéder à Melchisédech dans cette double fonction de prêtre et de roi agréée jadis par Jéhovah , et qu'il espérait bien lui voir agréer encore.

Au moment où l'esprit inventif de David remplissait de ces séduisantes visées les loisirs que lui laissait à Hébron une royauté trop dépourvue à son gré d'intérêt et d'éclat, l'ancien territoire de Salem était occupé par une de ces peuplades indigènes que n'avait pas encore atteintes l'extermination radicale prescrite autrefois par Moïse et Josué. Ce petit groupe isolé portait le nom de Jébus. «Quel misérable tas d'aveugles et de boiteux! » disait David à ses soldats {Samuel, liv. II, ch. v), pensant que le meilleur moyen d'avoir bon marché des Jébuséens était de les suppoiSfer incapables de résistance. Mais, en réponse à ce propos, il paraît que les Jébuséens avaient dit: «Tout aveugles et boiteux que nous sommes, tu n'entreras pas chez nous ^ » Contre des gens aussi déterminés à se défendre, il importait donc de combiner une attaque habile; et il n'est pas douteux qu'à défaut des qualités du capitaine David ne possédât toutes celles du tacticien. — Le gros des tentes jébuséennes devait occuper le plateau incliné * qui se termine brusquement » à Test et au sud , par ces deux plis profonds que Ton a

1 . Ce passage est obscur ; nous croyons en avoir rendu le vrai seus.

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