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L'emplacement actuel de Jérusalem

nommés plus tard vallées de Josaphat et de Ghé-Hinom. Au sud-ouest se dressait un monticule assez élevé, dominant le plateau, et séparé de lui par un autre vallon qui devait être en partie comblé plus tard. Prendre d'abord position sur ce monticule (célèbre depuis sous le nom vénéré de Sion), puis de là lancer ses vaillants sur le plateau occupé par les Jébuséens , et , pour mieux exciter Tardeur des siens, promettre le titre de chef à celui qui arriverait le premier au torrent de Cédron après avoir traversé de l'ouest à Test tout l'espace intermédiaire, tel fut le plan de David. Le succès en fut sans doute aussi rapide que le récit du narrateur, qui se borne à consacrer deux versets à ce fait capital de l'histoire juive. Des circonstances qui suivirent,— des dispositions prises pour le nouvel établissement, — du transfert du siège royal d'Hébron à Jérusalem *, — il ne nous est

1. Que ce soit à ce moment ou plus tard que David ait donné à Tantique résidence de Melcbisédech le nom de lérouschalaîm (Jérusalem;, le choix caractéristique de ce nom est bien fait pour fixer notre attention , car il se décompose ainsi: ,1^71^ lérouschay possession, HéRrrAOE, et ni^ shalcUm ou salem, dont le sens réel est : complet, assuré, définitif. Il y a même lieu de faire ici une observation qui nous paraît frappante : D'où vient que d'un bout à Pautre de la Bible le nom de la ville sainte est, k de très-rares exceptions près, toujours écrit de cette manière ; dSiTII^ ^

Par respect pour le texte, on conserve cette ponctuation irrégulière dans toutes les éditions modernes ; et d'ailleurs il n'y a aucune apparence que les Massorètes aient vu là un a^riD (chétib) à signaler, puisqu'il n'y a nulle part de ^lp (kéri) correspondant. N'est-il pas probable que l'orthographe primitive était ^TdSu71^^, forme r<^gulière en tant qu'cxpri-

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pas dit le moindre mot. Pour toute conclusion, l'auteur ajoute (eh. v, v. 9) : « David demeura dans la forteresse (la forteresse de Sion; il dut d'abord la faire construire), qu'il appela ville de David; et David la fortifia autour et en dedans de Millo *. David devenait toujours plus p:rand, et Jéhovah, le Dieu des armées, était avec lui. »

Une fois établi sur ce nouveau terrain et bien clos dans sa forteresse, nous voyons que David n'eut longtemps d'autre souci (cb. v) que de faire venir de Tyr « du bois de cMre, des cbarpontiers, des tailleurs de pierre, pour embellir son palais » et « d'augmenter le nombre de ses concubines et de ses femmes. » « Tl connut que Jéhovah l'avait affermi pour roi sur Israël, et qu'il avait, élevé son royaume à cause de son peuple d'Israël. »

Ici se place évidemmenf une période plus ou moiDs longue d'enivrement et de jouissance. A l'âge où était alors David, il est rare que l'homme qui tient le plus à la vie ait le loisir et l'occasion do so préoccuper de son peu de durée. Tout entier h ses plaisirs, le voluptueux

mant Tadjonction au nom du pronom possessif de la première personne, figuré par Taffixe pronominal iT ? Et cette orthographe n'est-elle pas en parfait rapport avec le sentiment tout personnel qui devait diriger David dans le choix du nom qu'il donnait à sa capitale? « Mon héritage assuréi» tel est bien le nom qui convient à la résidence de Thériticr de Jéhovah. 1. Millo veut dire le rempli. C'est le vallon comblé plus tard dont nous avons parlé ci-dessus.

n'y trouve pas encore ce qui Tavertira plus tard de leur fin. Qu'est-ce qui pourrait donc alors arrêter dans son heureuse carrière ce corps sain et dispos que rien ne lasse, à qui chaque jour ramène la même aptitude è jouir et la même vigueur? Ce n'est que lorsque parmi les sensations de la chair se glissent celles qui signalent obstinément le déclin, que l'amour de la vie, de plus en plus troublé, arrive à n'être plus que l'obsédante crainte de la mort. Le jour devait venir où, pour David plus que pour aucun autre , le vigilant amour de soi-même revêtirait cette dernière et inévitable forme et donnerait naissance aux idées qui s'y enchaînent; mais ce jour n'était pas encore venu, et les idées toutes particulières qu'il devait faire naître dans cette imagination féconde avaient besoin du long acheminement dont nous allons étudier avec soin les phases successives.

Le seul épisode qui vienne accidenter cette vie de sérail est une attaque de Philistins si facilement déjouoe, qu'elle ne semble placée là que pour nous donner entre mille un exemple des stratagèmes que l'intarissable génie de la ruse continuait à fournir à David en toute occasion. La moindre circonstance, habilement saisie, lui suffisait, dans un cas pareil, pour animer ses soldats et jeter la terreur parmi les agresseurs. (Ch. v, v. 23.) (( David consulta Jéhovah qui dit : Ne monte pas (ne les attaque pas de front); tourne-les par derrière, et

viens vers eux du côté des mûriers (D\^Da). Et quand tu entendras sur la cime des mûriers un bruit de pas, depêche-toi; car alors Jébovah sera sorti devant toi pour battre le camp des Pbilistins. David fit ainsi que lui avait ordonné Jéhovab , et les Philistins furent battus depuis Guéba jusqu'à Guézer. m S'il ne s'agit ici , comme il semble, que du vent dans les hautes branches des arbres, on n'en saurait tirer un meilleur parti.

Que pensaient cependant de cette prospérité soutenue et de ces pratiques idolâ triques* les anciens amis de Saûl d'une part et, de l'autre, ces quelques représentants d'une orthodoxie maf définie que les historiens modernes désignent sous le nom de jéhovistes? — « Eh quoi î devaient-ils se dire, pendant que ce roi se réjouit avec ses femmes derrière les murs de son palais, l'arche où réside le vrai roi d'Israël , notre Seigneur Jéhovah, est oubliée à Kiriatb-Yarim dans l'humble demeure d'Abinadab ! — Parce que tout semble réussir à l'ambitieux fils de Jessé, il croit que sa royauté est affermie à jamais. Mais qu'il tremble! le jour de la vengeance est proche, et c'est dans cette sécurité trompeuse que Jéhovah endort ceux qu'il s'apprête à frapper. »

1 . Les termes mêmes du récit que nous venons de citer prouvent surabondamment que cette consultation , comme toutes celles dont nous avons parlé, avait été faite au moyen de l'éphod et par conséquent devait être condamnée par les orthodoxes.

Que les murmures se soient produits sous cette forme ou sous une autre, il ne nous paraît pas douteux qu'il fallut une excitation de ce genre pour rappeler David à la prudence, et l'amener à la détermination tardive que nous lui voyons subitement prendre au ch. VI du 11"^ livre de Samuel (11'"^ livre des Rois, Can. ch.). Il assemble tous les hommes d'élite d'Israël et va solennellement prendre l'arche de Jéhovah dans la maison d'Abinadab où elle était depuis si longtemps abandonnée. « David et toute la maison d'Israël jouaient devant Jéhovah de toute sorte d'instruments en bois de cyprès, sur des harpes, des luths, des tambourins, des sistres et des cymbales. » Mais, tout à coup, l'un des conducteurs du chariot qui portait l'arche, Ouza, fils d'Abinadab, est frappé d'une mort mytérieuse et subite. « David eut peur de Jéhovah en ce jour et il dit : Comment l'arche de Jéhovah entrerait-elle chez moi ? Il ne voulut point retirer chez lui l'arche de Jéhovah, et la fit détourner à la maison d'Obed-Edom de Gath. »

Tout nous prouve que cette terreur de David fut bien réelle et que le trop long enivrement du succès fit alors place en lui aux plus sérieuses réflexions. Bien plus encore que les murmures auxquels il avait cru devoir donner satisfaction , la colère que Jéhovah lui manifestait par la mort d'un autre l'avertissait clairement qu'il faisait fausse route en mettant en oubli les instructions

de Samuel. S'était-il donc assez assuré des intentions de son Dieu? N'avait- il pas trop tôt cessé de solliciter ces faveurs dont rien ne lui garantissait encore la fixité ? Il savait à quoi s'en tenir sur la réalité des communications qu'il avait obtenues jusque-là du ciel ; pouvait-il, tant qu'il n'en aurait pas mérité d'autres par l'ardeur de ses prières , se croire valablement investi de la qualité d'héritier?

L'idée lui vint — la suite va nous le prouver — que l'irritation de Jéhovah pouvait simplement tenir à l'oubli de certaines formes prescrites. En outre, il pouvait observer que la maison d'Obed-Edom , à Gath, n'avait pas eu à souffrir de la présence de l'arche et semblait , au contraire, avoir prospéré depuis. Si donc il avait pu craindre d'abord qu'il y eût peu de sûreté à servir d'hôte à Jéhovah, une expérience de trois mois le rassurait à cet égard. Tout cela l'enhardit à renouveler l'essai du transport de l'arche dans son palais de Sion. Il s'appliqua cette fois, plus encore que la première, à ne rien négliger de ce qui devait désarmer Jéhovah.

En cet endroit, nous devons quitter un moment le document qui nous a servi jusqu'ici; car, sur cette circonstance importante, nous trouvons un récit beaucoup plus détaillé aux eh. xv et xvi du premier livre des Chroniques (Paralipomènes) :

« Alors David dit : Qu'on ne porte pas l'arche du

Dieu (dans tout ce récit DM^sn est écrit avec V article); que ce soient les lévites ; car c'est d'eux que Jéhovah a fait choix pour porter son arche et pour le servir à perpétuité. — David assembla tout Israël à Jérusalem pour faire monter l'arche de Jéhovah à l'endroit qu'il lui avait préparé. — David réunit les fils d'Aaron et les lévites (suivent les noms qui remplissent sept versets) et il leur dit : Vous êtes les chefs de famille des lévites. Sanctifiez-vous ainsi que vos frères, et faites monter l'arche de Jéhovah, Dieu d'Israël, à l'endroit que je lui ai préparé. C'est parce que la première fois ce n'était pas vous qui la fîtes monter que Jéhovah, notre Dieu, a fait une brèche parmi nous, parce que nous ne l'avons pas recherché selon le rit. » « Les fils des lévites portèrent l'arche du Dieu comme Moïse l'avait ordonné, selon Tordre de Jéhovah, sur leurs épaules avec des barres. David dit aux chefs des lévites d'organiser les chants de leurs frères avec des instruments de musique, des luths, des harpes et des cymbales donnant l'intonation, afin d'élever la voix pour la joie ^ »

4. Suivent, avec les détails les plus minutieux et les plus précis, la longue énumération des chantres et la distribution de tous les emplois. Tout cela implique une organisation si régulière et si complète, qu'on se demande avec surprise si une telle organisation pouvait exister à cette époque. On est donc tenté d'abord de considérer comme une interpolation cette liste de fonctions exercées beaucoup plus tard , et qui n'avaient pu s'improviser pour une simple cérémonie. Mais , après réflexion , on

Au vêtement que David avait adopté, on peut voir que, s*il consentait à rendre aux lévites les fonctions qui leur étaient trop notoirement attribuées, il ne renonçait pas à se donner à lui-même devant le peuple un caractère sacerdotal. « David était ceint d'une tunique de lin fin, ainsi que tous les lévites qui portèrent l'arche, les chanteurs et Chénonias, compositeur en chef des chanteurs; mais David avait de plus un éphod de lin. »

Dans toute la collection des psaumes, il en est trèspeu assurément qui, par l'expression et le sentiment, soient à la hauteur de celui qui fut chanté en cette circonstance... « Que les cieux se réjouissent et que la terre soit ravie, et qu'on dise parmi les nations : Jéhovah est roil... » Ce beau psaume fut chanté sans doute par ses auteurs eux-mêmes ; car il est dit dans le texte : (( En ce jour David fit placer au premier rang pour rendre grâces à Jéhovah Asaph et ses frères, » et l'on sait que beaucoup de psaumes, et des meilleurs , portent en tête le nom de cet Asaph. On y reconnaît aisément partout la même élévation de pensée et de langage. Pourquoi donc, jusqu'à ce jour, n'est-ce pas à ce poëte

se demande s'il n'est pas possible au contraire que , dès cette époque , David ait voulu instituer un semblant de culte , suffisant pour donner satisfaction au peuple et de nature à le dispenser d'édifier un temple. Ce serait une raison de plus à ajouter à celles qui nous permettront de prouver qu'il n'eut jamais le projet de réserver à son fils la construction de ce temple.

que s'adresse radmiration des amateurs de poésie hébraïque? Il serait temps de lui restituer la juste part qui lui en revient.

Complétons ce récit en revenant à notre premier auteur {Sam. II, ch. vi, v. 14) : « David dansa de toutes ses forces devant Jéhovah... Quand l'arche de Jéhovah arriva à la ville de David (Sion), Michgl sa femme, fille de Saûl, regardant par la fenêtre, vit le roi David sauter et danser devant Jéhovah, et elle le méprisa dans son cœur. — Ils firent entrer Farche de Jéhovah, et la mirent en place au milieu de la tente que David avait dressée pour elle. David offrit devant Jéhovah des holocaustes et des sacrifices pacifiques... Il partagea à tout le peuple, à toute la foule d'Israël , homme ou femme, à chacun une miche de pain, une mesure (de vin ou de viande) et un gâteau, et le peuple s'en alla chacun en sa maison. » On voit que, s'il y avait eu des murmures , David était allé tout droit au meilleur moyen à employer pour les apaiser. Mais, tout en mangeant ses gâteaux, bon nombre d'Israélites portèrent sans doute, sur son enthousiasme et la chaleur de ses démonstrations, un jugement semblable à celui de sa femme : « Michel , fille de Saûl , sortit au - devant de David , et dit: Qu'il s'est montré grand aujourd'hui le roi d'Israël! Il s'est mis à découvert aux yeux de ses servantes et de ses serviteurs comme le ferait un histrion. David dit à

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Michel : C'est devant Jéhovah qui m'a choisi plutôt que ton père et toute sa maison pour m' établir ( ^n« mxS pour m' établir par . succession , par testament) chef du peuple d'Israël, c'est devant Jéhovah que je me suis réjoui... Michol, la fille de Saûl, n'eut point d'enfant jusqu'au jour de sa mort. »

D'après tout ce qui précède nous ne saurions douter que ce fut à cette époque que David, revenu de son premier enivrement , commença à concentrer toute sa pensée sur l'avenir de son règne. Qu'une imagination aussi active eût usé de toutes ses ressources dans l'examen de ce sujet capital sans que nous en vissions la trace dans quelque épisode remarquable ; c'est ce dont il faudrait nous étonner. Nous avons donc lieu de pressentir que nous touchons à une phase importante de cette existence dont l'histoire religieuse a jusqu'ici si mal apprécié l'influence considérable et la signification réelle.

Avant d'observer de près, dans leur sens exact, l'acte et les paroles qui suivirent cette période d'incubation, essayons de résoudre un problème historique qui, à notre connaissance, n'a jamais été régulièrement posé.

Ainsi que nous l'avons indiqué au premier chapitre de cette étude (p. 24 et 25), tous les exégètes sont à peu près d'accord sur ce point que ce fut après le

retour de Babylone, et très-probablement sous la direction d'Esdras, que la compilation qui porte le nom de Pentateuque reçut sa forme définitive. Si nous franchissons cinq cents ans pour nous transporter à l'époque où se fit cette compilation , nous nous trouvons en face de plusieurs questions importantes : En quelles mains et comment s'étaient conservés jusque-là les divers écrits dont la réunion a pris si tard dans l'histoire juive le rôle important qu'elle y a rempli depuis? — Quel a été , durant plus de dix siècles — de Moïse à Esdras, — le sort particulier de chacun de ces écrits? — Gomment expliquer l'éclipsé évidente et prolongée de ceux de ces écrits * qui offrent précisément le plus d'intérêt en tant qu'exprimant la pensée du grand législateur?

On sait bien le moment précis où celte longue éclipse cessa. Le chapitre xxii du second livre des Rois (canon hébreu) nous le dit expressément. Mais il ne semble pas qu'on se soit jamais bien préoccupé de la question de savoir à quel moment cette éclipse avait commencé. Cette question vaut cependant la peine d'être étudiée avec attention ; car, si l'on parvenait à la résoudre et à préciser, non-seulement le moment de cette disparition.

1. Ceux qui constituent la Torah proprement dite, c'est-à-dire VEocode , le Lévitique et les Nombres.

mais les circonstances dans lesquelles elles se produisit et les mains qui l'opérèrent , on serait renseigné à la fois sur le genre d'intérêt qui avait pu provoquer l'acte , et sur le genre de scrupules qui avait pu déterminer ses auteurs à préférer un simple détournement à un anéantissement complet.

Suivons pas à pas la question. Quelques mots suffisent pour l'exposer et la trancher.

Ce fut à l'occasion d'un travail de démolition exécuté dans le temple qu'eut lieu , quatre cents ans après David, sous Josias, Tun de ses derniers successeurs, la stupéfiante découverte du mmn isd i — le Livre de la Torah * ! — Non-seulement cette découverte jeta dans tous les esprits une sorte de consternation rétrospective, née

1. « Ce fut dans la dix-huitième année du roi Jfosias que ce roi envoya dans la maison de Jéhovah le secrétaire Saphan , fils d*Aslia , fils de Messulam , disant : Monte vers Helcias le grand cohen ; qu'il arrête le compte de l'argent apporté dans la maison de Jéhovah... qu'on le remette entre les mains de ceux qui font l'ouvrage , qui sont commis dans la maison de Jéhovah à la réparation de ce qui a été endommagé... Helcias le grand cohen dit à Saphan le secrétaire : j'ai trouvé un livre de doctrine {Torah) dans la maison de Jéhovah ! — Et Helcias remit ce livre à Saphan qui le lut... Saphan le secrétaire raconta cela au roi en disant: Helcias le cohen m'a donné un livre ; — et Saphan le lut devant le roi. — Il arriva que dès que le roi eut entendu les paroles du livre de la Torah, il déchira ses vêtements... et s'écria : Allez ! Consultez Jéhovah pour moi, pour tout le peuple et pour tout Juda, au sujet des paroles de ce livre qui a été trouvé ! Car elle est grande la colère qui s'est allumée contre nous ! — parce que nos pères n'ont point obéi aux paroles de ce livre , pour faire tout ce qui nous y est prescrit.» (Rois, liv. II, ch. xxu, v. 3-13.)

de ridée qu'un tel livre avait pu rester si longtemps caché; mais elle fut immédiatement suivie de la réforme la plus radicale que contiennent les annales de ce peuple.

Puisque c'était dans les murs mêmes du temple que ce livre était découvert, il est bien évident qu'il y avait été caché au moment où ces murs avaient été construits. Mais le temple n'était en quelque sorte que Tarche agrandie, et tout ce qui avait été trouvé dans l'arche avait été installé dans le temple. Or, on avait bien trouvé dans l'arche les tables de la loi et jusqu'à la

nuée de Moïse , ou plutôt ce qui servait à la préparer, mais il est positivement dit qu'on n'y avait pas vu autre chose. Cependant il ne pouvait pas ne pas y avoir eu dans l'arche, à une époque antérieure, cette caisse du témoignage expressément désignée au verset 16 du ch. xxv de V Exode. — Qu'étaient devenus la caisse et le témoignage qu'elle contenait, c'est-à-dire la Torah de Moïse elle-même ? — Caisse et Torah devaient être à leur place du temps de Samuel ; cai:, s'il n'en est pas question durant toute la période agitée des juges, il n'est pas douteux que c'était aux sources mêmes que Samuel avait puisé les principes du législateur. Aucun intérêt, de quelque nature qu'on le suppose , ne pourrait expliquer la disparition du précieux manuscrit pendant le séjour de l'arche soit chez Abinadab, soit chez Obed-Édom de

Teût amenée à un état habituel de surexcitation. Ce qui n*est pas douteux, cependant, c'est que, dès Tépoque où nous voici parvenus , cette séduisante idée lui était déjà apparue avec tous ses vertiges ; et s'il n'avait pas encore osé établir avec confiance ses visées et ses rêves sur ce terrain interdit jusque-là à l'homme, il dut au moins se cramponner, avec un redoublement d'énergie, à l'espoir de plus en plus fondé de se faire agréer par Jéhovah comme héritier d'une royauté dont l'immortalité pouvait être la conséquence. Dans tous les cas, la plus simple prudence lui commandait impérieusement de soustraire à la vue de tous le texte sacré, condamnation formelle de cette royauté entendue humainement.

La stupéfaction produite quatre siècles plus tard par la découverte d'un exemplaire de ce texte démontre surabondamment que cet exemplaire avait toujours été unique. Mais les souvenirs transmis au sein des familles, et les lectures récentes que Samuel avait dû faire à son école de prophètes, suffisaient pour que quelques-unes des ordonnances les plus importantes ne pussent être ignorées d'un assez grand nombre d'Israélites. La plus remarquable de ces ordonnances, celle que l'accord régnant pour la première fois entre toutes les tribus devait inévitablement rappeler aux esprits un peu instruits du passé, était le commandement bien net et bien précis d'élever à Jéhovah le palais dans lequel il devait

résider (pU7) au milieu de son peuple. Tous ceux qui avaient entendu parler des instructions minutieuses données dans la Torah au sujet de ce palais, s'étaient plu sans doute, à y reconnaître l'attentive sollicitude d'un souverain pour la construction et les dispositions intérieures de la demeure qu'il devait définitivement adopter. Et David pouvait maintenant se convaincre, à chaque ligne du texte qu'il avait sous les yeux, que c'était bien une présence * réelle qui avait été promise par le monarque divin*

Sans doute déjà, parmi les mieux renseignés, des réclamations s'étaient fait entendre à ce sujet. Car le sentiment national a eu de tout temps dans ce peuple des rapports si intimes avec le sentiment religieux, que ce qui éveille l'un doit nécessairement éveiller l'autre ^. A ce moment de son histoire, il dut se produire , entre ces deux sentiments , un effet de réciprocité tout à fait inverse de celui qu'avait prévu Moïse; il comptait sur le lien religieux pour serrer et maintenir le lien politique ; ce fut, au contraire, l'unité poUtique — opérée précisé-

1. Le verbe «^ être présent, si souvent répété dans ce sens, a donné lieu à la formation du n^ot rabbi nique ,13 DU scliéchina , préseace de Jéhovah.

2. A quel peuple auraient pu être empruntés les solides appuis que le trône et l'autel se prêtent l'un à l'autre , si ce n'est à celui chez qui est née l'idée de ne faire du trône et de l'autel qu'une seule et môme chose? O prestige des principes irraisonnés !

ment par les moyens qu'il s'était tant appliqué à écarter, — qui fit renaître en Israël le besoin de Funité de culte.

Accorder au vœu public, plus ou moins ouvertement exprimé, la construction d'une résidence royale pour Jébovah, avant d'avoir consolidé sa propre royauté, était pour David une pierre d'achoppement au moins aussi redoutable qu'eût pu l'être la divulgation du manuscrit qui en détaillait le plan. En effet, ou cette résidence perdrait entièrement le sens politique que la Torah voulait qu'on y attachât, ou elle devrait nécessairement, selon les prévisions du législateur, devenir le centre matériel autour duquel chaque Israélite viendrait peu à peu grouper tous les détails de sa vie civile et privée K A quoi se réduiraient dès lors les fonctions et le pouvoir du second roi ? Élever le palais de Jéhovah, c'était démontrer l'inutilité du sien.

La première chose à faire était donc de trouver, avec l'agrément de Jéhovah, le moyen de contenter le peuple

i. A ne considérer que le mérite de la conception, on ne saurait assez admirer la grandeur et la simplicité de l'idée de Moïse, quand on Ta pleinement dégagée des obscurités que tant de malentendus ont accumulées sur elle. Supposez, tout autour de la résidence royale, une foi parfaite en la présence réelle du roi immortel qui s'y cache, et telle est la puissance d'enchaînement qui rattache tout le système à cette donnée fondamentale , que vous chercherez en vain ce qui pourrait troubler dans son immobilité l'ordre social qui en résulte.

tout en renvoyant à une époque indéterminée la construction du temple. Quant au manuscrit pris dans la caisse du témoignage, il était évidemment revêtu d'un caractère trop sacré pour que David osât l'anéantir devant ce Dieu dont il avait à obtenir tant de grâces ; mais, jusqu'à ordre contraire, il pouvait se croire autorisé à le dissimuler. Dans tous les cas, il y ^ avait un souvenir si directement opposé à ses projets qu'il devait, par tous les moyens possibles, chercher à le faire rentrer dans l'oubli, — c'était le souvenir de Moïse.

Avec quelle ferveur ne dut-il pas, dès ce moment, solliciter du ciel l'approbation , manifeste ou tacite , des inspirations que la parfaite entente de ses. intérêts lui fournissait si bien ! — Qui lui disait que ces inspirations n'étaient pas des ordres? — De la part d'un Dieu que rien n'empêchait de parler, n'était-ce pas obtenir une promesse que de ne pas s'entendre expri^ mer de refus? —Ne paraissait-il pas aussi, à en juger par l'exemple de Jacob et par d'autres, que certaines violences adroites ne déplaisaient pas à Jéhovah ? — Il fallait ne point se lasser d'aller au-devant de ses grâces et savoir à propos forcer ses consentements.

De toutes ces réflexions et de tous ces calculs mêlés sans relâche des plus ardentes prières, quel fut enfin le résultat? — Nous allons l'apprendre, en reprenant le récit hébraïque où nous l'avions laissé. On sut un jour

à Jérusalem qu'entre le roi et son prophète Nathan il s'était dit et fait ce qui suit {Samuel, II, ch. vu) :

(( ... Le roi dit à Nathan, le prophète : Vois donc; moi je demeure dans une maison de cèdre, et l'arche du Dieu ( D^^S^ç^ ) habite dans des courtines. — Nathan dit au roi : Va, fais selon tout ce qui est dans ton cœur, car Jéhovah est avec toi. »

« Ce fut dans cette nuit que la parole de Jéhovah fut adressée à Nathan , disant : Va , dis à mon serviteur David que Jéhovah lui parle ainsi : Est-ce toi qui veux me bâtir une maison pour ma demeure, à moi qui n'ai pas demeuré dans une maison depuis le jour que j'ai fait monter les enfants d'Israël de TÉgypte? — Jusqu'à ce jour, je me suis contenté d'une tente pour demeure. Partout où j'ai marché avec les enfants d'Israël, en ai-je dit un mot à quelqu'une des tribus de mon peuple? Leur ai-je dit : Pourquoi ne m'avez-vous pas bâti une maison de cèdre? — Et maintenant toi, Nathan, tu diras aussi à mon serviteur David : Ainsi dit le Jéhovah des armées : je t'ai pris du bercail, d'auprès du troupeau, pour être chef de mon peuple d'Israël. J'ai été avec toi partout où tu as marché; j'ai exterminé tous tes ennemis devant toi, et je t'ai fait un grand nom comme le nom des plus grands qui sont sur la terre. J'ai donné un établissement à mon peuple, à Israël; je l'ai enraciné; il peut maintenant demeurer en place...

les enfants de l'iniquité ne pourront plus le tourmenter comme auparavant... et je f ai donné du repos de tous tes ennemis. — Jéhovah Vannonce que c'est à toi que

JÉHOVÂH VEUT FAIRE UNE MAISON *... Ta ma'iSOU et TON RÈGNE

seront assurés pour toujours devant toi; ton trône sera stable à jamais. »

Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance de cette déclaration solennelle. Rapprochée des paroles que Y Exode, le Lévitique et les Nombres mettent dans la bouche de Jéhovah et dont nous avons donné (p. 8-13) une très -exacte analyse, cette déclaration constitue un abandon total des droits de possession hau-

i. Le texte ajoute en cet endroit : « Quand tes jours seront accomplis, que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi ta postérité qui sera sortie de tes entrailles, et j'en affermirai le règne. Lui — j<in — (on traduit ordinairement ce mot par « ton fils) bâtira une maison à mon nom, et j'affermirai le trône de son règne à jamais...» ^Ce passage est un des meilleurs exemples d'interpolation évidente que l'on puisse citer. Il n'a pas d'explication possible si on le suppose écrit du temps de David ; il devient au contraire tout naturel si on le considère comme intercalé sous le règne de Salomon. Si David a pu dire quelque chose qui se rapproche de ceci, c'est beaucoup plus tard. (Voir Chroniques, liv. I , ch. xxviii.)

C'est une occasion pour nous de faire observer combien le vrai sens des- pensées et des paroles est difficile à saisir dans les monuments écrits d'un tel peuple. Assurément, pour chacun de ces écrits, il est arrivé un moment où sa forme définitive a été fixée ; mais jusque-là , que d'altérations tel ou tel intérêt n'y avait-il pas introduites ! Dans une histoire où l'événement venait constamment contredire des paroles réputées sacrées, l'œuvre de chaque siècle a dû être de modifier le passé d'après le présent, et de construire l'avenir avec ce qui résistait aux modifications.

tement exprimés jadis. C'est une donation de la terre et de ses habitants, c'est un testament (nNi3f — ^taOïfxTi) en règle.

Rien ne nous* paraît plus remarquable que le mot

introduit par David dans sa formule solennelle d'ac- ' ceptation. Après s'être humblement déclaré indigne d'une faveur aussi inouïe, il adresse à Jéhovah une question que nous trouvons exprimée de deux manières différentes dans le II°»« livre de Samuel ( loc. cit.),

et dans le P' livre des Chroniques (ch. xvii, v. 17). Rapprochées et réunies, ces deux leçons présentent un sens très- net. David dit, dans le premier de ces documents : «N'est-ce pas là la loi (TAdam DTsn mm?» et dans le second ; « N'est-ce pas là la loi supérieure , la loi qui est au-dessus nSyan nn ? »

Au-dessus de quelle autre loi David place-t-il cettie loi primitive, cette loi d'abord destinée à l'homme? — Il n'y a pas d'hésitation possible ; il la place audessus de la seconde loi, de la Torah donnée plus tard à Moïse *. Tout autre sens serait forcé, même grammaticalement. En émettant ce vœu encore timide ,

1. Le sentiment, hostile à Moïse, qui se montre ici nous semble fournir une explication à cet autre mot si obscur du cantique de Jacob {Genèse, ch. xlix', v. 10) : vSaI "j>20 ppnQI '« législateur entre tes pieds, ou sous tes pieds, — Cette traduction aiderait à restituer à la composition du cantique de Jacob sa véritable date, et au cantique lui-même son véritable auteur.

David se plaçait évidemment dans le courant d'idées que nous avons mis d'avance sous les yeux du lecteur, au début de cette étude (p. 37, 38, 41) et sur lequel nous rappelons l'attention. Il demandait à Jéhovah si, de même qu'il était revenu jadis sur l'un de ses arrêts en faveur de son serviteur Noé, il ne reviendrait pas, en faveur de son serviteur David, sur la sentence de mort prononcée contre Adam *.

II n^est pas sans intérêt de donner la suite du discours de David :

« Et qu'est-ce que David ajouterait encore , puisque tu connais ton serviteur? Seigneur Jéhovah , à cause de ta parole et selon ton cœur, tu as fait toute cette grande chose pour faire connaître ton serviteur... Et maintenant, Jéhovah Élohim, maintiens pour toujours la parole que tu as prononcée sur ton serviteur et sur sa maison, et fais comme tu as parlé. Et que ton nom soit grand à jamais; qu'on dise : le Jéhovah des armées, rÉlohim

est sur Israël ; et que la maison de ton serviteur David soit stable devant toi. Car toi, Jéhovah des armées, Élohim d'Israël, tu as ouvert V oreille de ton serviteur et dit :

1. Ce que Ton peut considérer comme certain, c'est que le nom de fils de Vhomme ou fi^ls d'Adam (DTi^n'p), pris d'abord par Ézéchiel, le prophète de la résurrection , puis par Daniel , et enfin par Jésus , se rattache à cette idée, au moins dans le dernier cas, puisque Tapôtre Paul appelle expressément Jésus- le nouvel Adam, et fonde en grande partie son argumentation sur ce rapprochement.

Je te Mtiraî une maison. C'est pourquoi ton serviteur a pris courage pour faire devant toi cette prière. Et maintenant, Seigneur Jéhovah, tu es l'Élohim, et tes paroles seront vérité ; c'est toi qui as prédit ce bien à ton serviteur. Veuille encore bénir la maison de ton serviteur, pour qu'elle soit éternellement devant toi; car toi, Seigneur Jéhovah, tu as parlé, et de ta bénédiction la maison de ton serviteur sera bénie à jamais. »

Certes, il serait difficile de répéter sur plus de tons et sous plus de formes l'engagement pris par Jéhovah. Le proclamer ainsi sans être démenti, n'était-ce pas en obtenir la ratification implicite?

Pour bien cojnprendre toute la valeur de cet engagement, il -importe d'observer que le mot «maison» ne saurait avoir ici le sens de « lignée ; w car Jéhovah déclare expressément que ce qu'il donne à David , c'est la maison dont il ne feut pas pour lui-même. Nous avons insisté sur toute cette mise en scène, parce qu'elle est non-seulement, comme nous l'avions fait pressentir,' le point culminant.de l'existence de David, mais aussi — ce qui a une importance historique bien autrement considérable -- le point de départ de tout ce mouvement d'idées qui mérite à bon droit le nom de cycle

DAVIDIQUE.

Aussitôt après, comme pour justifier son nouveau

titre et faire éclater aux yeux de tous la protection déclarée de Jéhovah, David déploie une grande activité militaire, et, sans quitter son palais, dirige des expédi- / tiens contre tous ses voisins {Samuel, liv. II, ch. viii). Les Philistins sont battus et humiliés. Après une défaite sanglante des Moabites, « il les mesure au cordeau, les faisant coucher par terre. » Dépassant un usage qui consistait à diviser au moyen d'un cordeau les prisonniei*s de guerre en deux parties égales dont Tune était épargnée et l'autre mise à mort, « il en mesure deux cordeaux à faire mourir et un cordeau à laisser en vie. » Il fait battre les rois de Tsobah et de Damas, ceux d'Amalek et ceux d'Édom; il fait alliance avec Tohi," roi d'Émath.

On ne lui voit pas seulement déployer les talents du politique et du tacticien , il y joint ceux de Tadministrateur consommé. Et avec quels éléments créait-il ainsi cette organisation savante ? — Avec les éléments disparates et rebelles que peuvent fournir des hordes de Bédouins I — Il pourvoit à tout : il distribue les fonctions civiles et militaires ; il nomme un archiviste, un inspecteur ; ses fils sont cohénim ; il n'oublie pas de consacrer ostensiblement à Jéhovah tout le butin qu'on apporte à Jérusalem. Ce n'est pas tout, il veut ajouter h sa gloire « une bonté de Dieu » dmS^^ icn (ch. ix , V. 3). On se souvient de cet enfant infirme dont notre

historien a fait une mention rapide au moment même de l'assassinat de son malheureux oncle Isboseth ; David s'éprend de la plus tendre affection pour ce prétendant cul-de-jatte ; il le fait chercher, amener chez lui et combler de bienfaits ; a Méphiboseth demeura à Jérusalem, car il mangeait toujours à la table du roi ; il était boiteux des deux pieds. » On regretterait que ce trait manquât. Si rhistorien de David se bornait à placer au nombre des vertus du saint roi la fidélité au serment et la générosité pratiquée même à l'égard des membres de la famille rivale, nous comprendrions difficilement à quel artifice David avait pu avoir recours pour se donner ce renom. L'heureuse chance d'avoir su trouver un Méphiboseth explique tout.

Un seul peuple restait à soumettre encore pour que la royauté de David fût définitivement assise et à l'abri de toute atteinte du dehors : c'étaient les Ammonites. Mais ce peuple était puissant, et une première expédition n'avait pas suffi pour le réduire. Le difficile était de s'emparer de Rabba, leur capitale. Cette ville enfin prise, il ne resterait plus qu'à célébrer la complète réalisation de toutes les promesses faites par Jéhovah à son peuple. « David envoya donc Joab, et avec lui ses serviteurs et tout Israël , pour détruire les enfants d'Ammon et assiéger Rabba. Mais David resta à Jérusalem. » {Ibid.^ ch. XI.)

Ici 8e place le récit de la séduction de Bethsabée, et de ringénieux moyen qui permit à David de se défaire d'Uri , après avoir vu échouer ses eflforts pour l'amener à se croire le père de Tenfant. Cet épisode est trop connu pour que nous ayons besoin de nous y arrêter.

On remarque moins le détail qui suit. L'enfant né de cet amour clandestin tomba malade (ch. xn). « David se livra au jeûne ; il allait et venait et se couchait par terre. Les anciens de sa maison se levèrent, vinrent à lui pour le faire lever de terre; mais il ne voulut point et ne mangea rien avec eux. Ce fut le septième jour que l'enfant mourut. — Les serviteurs de David craignaient de lui dire que Fenfant était mort, car ils disaient : Puisque, alors que Fenfant vivait, nous lui avons parlé et qu'il n'a point écouté notre voix, comment dirions- nous maintenant : L'enfant est mort. Il pourrait commettre un malheur. David ayant vu que ses serviteurs se parlaient bas, il comprit que l'enfant était mort. Il dit à ses serviteurs : L'enfant est-il mort ? — Ils répondirent : Il est mort. Aussitôt David se leva de terre , se baigna , se parfuma , changea ses vêtements et alla se prosterner devant Jéhovah. Puis il revint à sa maison , demanda à manger et mangea. — Ses serviteurs lui dirent : Qu'est-ce que tu fais ? Lorsque l'enfant était en vie tu jeûnais et pleurais , et , maintenant qu'il

est mort, tu te lèves et tu prends un repas ! » Dans la persuasion naïve où Ton est que c'était par crainte de voir mourir l'enfant que David s'était livré à ces austérités, on partage pleinement la surprise de ses serviteurs. Comment comprendre, en effet, ce passage subit de l'attitude du suppliant à celle de l'homme soulagé et satisfait ?

En voici l'explication. Le crime commis n'avait pu s'ébruiter sans nuire au prestige de sainteté du roi et sans lui faire redouter le mécontentement de Jéhovah. C'était surtout ce dernier point qu'il importait d'éclaircir. Or, dans les coutumes hébraïques, tout péché était effacé par un sacrifice expiatoire. Que Jéhovah voulût bien agréer une victime, et tout serait effacé, péché et punition. On peut voir, au chapitre xii, le remarquable apologue mis dans la bouche de Nathan à ce sujet, et le discours qui le suit. Les foudres qui grondent au commencement de ce discours s'apaisent tout à coup à la fin, et ne se réveillent que pour lancer un dernier trait, non plus contre David, mais contre ceux qui, pour l'avoir blâmé, sont appelés les ennemis de Jéhovah (v. 13, H) : (( ... Jéhovah a fait passer ton péché; tu ne mourras point. Toutefois, comme tu as été cause que les ennemis de Jéhovah ont blasphémé, le fils qui Vest ne mourra. » Donc, le fils étant mort, tout était dit: non-seulement David avait la vie sauve, mais, sur la foi de Jéhovah

lui-même *, il était racheté de toute inquiétude et de tout danger. On comprend maintenant le subit changement de sa contenance.

Ce qu'on ne saurait comprendre c'est qu'une circonstance dans laquelle tout se terminait à l'entière satisfaction de David soit précisément celle à laquelle on s'est plu jusqu'ici à rattacher la composition des écrits réunis sous le titre de Psavmes de la pénitence *. Par quelle étrange inadvertance ou par quelle volontaire obstination persiste-t-on dans un déplacement de dates que la moins attentive lecture devrait suffire à faire rectifier! Ce moment que l'on suppose tout assombri par le remords et la componction, n'est-il pas celui de la prise de cette ville de Rabba, sous les murs de laquelle David avait envoyé mourir Uri ? Et cette prise de Rabba n'est-elle pas le plus beau fait d'armes du règne, la plus

1. Voir, dans les livres de Moïse, les nombreux passages où Jéhovah enseigne lui-môme les moyens de l'apaiser. Il s'engage à supprimer toute recherche ultérieure à l'égard des péchés, pourvu qu'ils soient effacés par la victime spécialement affectée à leur rachat.

2. Il est vrai que l'un des plus cités, le psaume li (canon hébr.}, porte cette suscription : « Psaume de David, quand après sa cohabitation avec Bethsabée, Nathan le prophète était venu près de lui. » Passe, si l'on veut , pour ce psaume , bien que de Wette ait montré pour ainsi dire verset par verset qu'il ne pouvait s'appliquer à la circonstance indiquée dans la suscription. On n'ignore pas d'ailleurs le peu de compte que les exégètes tiennent de ces suscriptions ajoutées on ne sait è. quelle époque, et distribuées aussi arbitrairement qu'elles pourraient Tètre aujourd'hui d'après la connaissance qu'on croit avoir des sentiments de David.

hn ^IMMORTALITÉ

éclatante coopération du Dieu des armées, le triomphe qui devait porter à son comble l'exaltation du roî-poëte, et lui inspirer le chant qui dévoile le mieux sa pensée tout entière ?

Il n'est pas inutile de citer tout le passage relatif à ce grand événement (ch. xii, v. 26 et suiv.), ne fût-ce que pour montrer la part réelle que David prenait au péril et à la gloire des brillantes expéditions militaires de son règne.

« Joab avait combattu contre Rabba. . . et s'était emparé de la ville royale. Joab envoya des messagers à David, et dit :... Je me suis emparé de la ville des eaux. Et maintenant, réunis le reste du peuple , campe contre la ville et prends-la, de peur que je ne prenne moi-même la ville et que mon nom y soit proclamé. — David réunit tout le peuple et alla à Rabba. Il combattit contre elle, et s'en empara. Il prit la couronne de leur roi de dessus sa tête... et la mit sur la sienne. Il emporta de la ville un riche butin. Il fit sortir le peuple qui y était, le mit sous des scies , sous des herses de fer et sous des haches de fer; il les fit passer par un four à briques *. Il en fit ainsi à toutes les villes des enfants

1 . C'est particulièrement de ce dernier supplice que David > dans SCS grandes colères, se plaît à menacer ses ennemis. Quelques prophètes ont insisté sur ce supplice du feu qui est devenu Timage caractéristique de Tenfer chrétien. Le mot pSo indiquerait cet endroit oCi ron brûlait des victimes humaines en Thonneur de Moloch, comme cela se fit plas

d*Ammon. David retourna avec tout le peuple k Jérusalem. «

Que la python îsse d'Endor n'était-elle là pour évoquer l'ombre de Samuel î II se serait montré content de son second choix. David n'agissait pas, à l'égard des ennemis d'Israël, avec cette mollesse coupable qui avait valu tant de reproches à Saûl.

Un si beau triomphe, l'extermination d'un si puissant ennemi, la prise de cette ville qui avait coûté tant d'efforts, les transports de joie de cette génération qui voyait se réaliser en elle le long espoir des générations passées, tout indiquait à David que le moment était venu de frapper un grand coup et d'achever ce qu'avait si bien commencé la déclaration faite par la bouche de , Nathan. Par quels signes plus évidents Jéhovah pouvaitil proclamer son abdication en sa faveur ? — Était-ce à un autre qu'à un successeur que le roi du ciel, abandonnant sa royauté terrestre, pouvait envoyer sans se lasser cette abondance de grâces? Plus de doute, toutes les louanges du psalmiste avaient plu, toutes ses prières étaient exaucées ; sa vie et son règne n'auraient plus de fin , et Jéhovah souriait d'avance à l'inauguration qu'il lui ordonnait d'en faire en son nom !

tard à Jérusalem dans la vallée de Ghé-Hinom , dont le grec a rendu assez exactement le nom en le traduisant par yéewa Ghé-enna, Géhenne, Aussi ce dernier mot est-il devenu synonyme d'enfer, en tant que localisation du supplice imaginé par David et considéré depuis comme éternel.

Le mélange d'idées religieuses et militaires et le pompe des images que nous trouvons au psaume a (cix, selon le canon chrétien), nous donnent Teiacte mise en scène de la cérémonie solennelle dont la prise de Rabba fut l'occasion, après le retour triomphal du roi dans la ville sainte.

Donnons d'abord noire traduction de ce psaume s étrangement défiguré par la plupart des traducteiirs= Nous donnerons ensuite nos commentaires. Il est adress à David (mS ) qui, ce jour-là, mieux encore que le jour (lu transport de Tarche, dut s'appliquer à se composa un costume en rapport avec le sens de la cérémonie C'est le peuple qui semble ici parler sur le ton de ïiw:' spiration ; et ce cri populaire, recueilli et rhythmé pei les chantres, exprime bien ce que depuis on a rend ' par le mot vox popuH vox Dei.

1. A David. Çarole de Jéhovah à mon seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.

2. Jéhovah étendra de Sion le sceptre de ta puissance. Domine au milieu de tes ennemis.

3. En ce jour où ta force se montre dans le saini ornement (qui te couvre), ton peuple (t'entoure) em pressé. Des le sein de ta mère {ta reçus) r onction; (ce fut la rosée de ta jeunesse.

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