‹ L'Immortalité selon le ChristChapitre 8 sur 33 · REVERS, PÉNITENCE ET RÉ VES «NOUVEAUX · texte numérisé non relu

REVERS, PÉNITENCE ET RÉ VES «NOUVEAUX

Nous passerons rapidement sur les premiers désaccords entre David et Absalon. Ces désaccords devaient remonter à une époque antérieure à celle où nous voici parvenus. Leur cause était la vengeance qu' Absalon avait tirée de l'outrage fait à sa sœur Thamar par un autre fils de David nommé Amnon. D'où vient que David n'avait eu d'abord que de la colère pour le vengeur de sa fille? Pressentait-il déjà un prétendant au trône dans ce fils irascible et violent? Quoi qu'il en soit, cette violence même l'avertit des dangers d'un excès de rigueur; il se fit donc forcer la main par Joab * pour faire grâce à Absalon ; mais , comme il

1. On peut assez aisément reconnaître, sous les paroles de la femme

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en avait peur, il persista à le tenir éloigné de sa personne.

Absalon en conserva de l'aigreur ; et alors commencèrent de sa part des manœuvres qui offraient une telle ressemblance avec celles qui avaient réussi jadis à David, que celui-ci ne put manquer d'en comprendre immédiatement le but et d'en concevoir de jour en jour plus d'ombrage.

<( Absalon se plaçait de bon matin près du chemin qui allait vers la porte. Alors, quand un homme qui avait une contestation venait vers le roi pour demander justice (on voit que David s'était donné aussi les fonctions de juge), Absalon l'appelait et disait : De quelle ville es-tu? L'autre répondait : Ton serviteur est de telle tribu d'Israël. Absalon lui disait : Vois, ta cause est bonne et juste, mais personne ne t' écoute de la part du roi. Qui m'établira juge dans le pays? Tout homme qui aurait une contestation viendrait vers moi et je lui ferais justice. ))

Mais combien les inquiétudes de David ne durentelles pas s'accroître lorsqu'il apprit qu' Absalon, à qui il avait permis' d'aller offrir un sacrifice à son ancien autel

employée par Joab dans cette circonstance, les idées que David avait déjà réussi à répandre sur lui-même parmi le peuple. «Mon Seigneur, lui dit-elle , est comme un ange d'Élohim , pour savoir tout ce qui se passe sur la terre, » {Samuel, liv. H, ch. xiv, v. 20.)

d'Hébron, envoyait dans toutes les directions des messagers disant : « Quand vous entendrez le son de la trompette, vous direz : Absalon est devenu roi à Hébron ! » Bientôt, on vint lui dire que quelques hommes considérables prenaient ouvertement parti pour le rebelle ; parmi eux était Amassa, Tun de ses meilleurs capitaines. Le dernier coup fut la défection d'Achitophe! le Guilonite, de cet Achitophel dont il est dit (ch. xxvi, V. 23) que « ses conseils étaient estimés à l'égal de ceui d'un Dieu. » Quelque contenance qu'il eût gardée jusque-là, cette nouvelle la lui fit perdre; ou , du moins îl ne jugea pas qu'il y eût lieu de faire imprudemment tête au danger. Nous avons pu reconnaître en effet, au temps de ses luttes contre Saûl, qu'il n'était pas de ceux qui se laissent sottement enfermer dans une situation périlleuse. Tel nous l'avons vu alors devant les poursuites qu'il avait su déjouer, tel nous allons le retrouver devant le formidable orage soulevé par son fils.

« David dit à tous ses serviteurs qui étaient avec lui à Jérusalem : Levez-vous, fuyons; car il n'y aura pas de salut pour nous devant Absalon. Hâtons- nous de partir de peur qu'il ne se hâte lui-même et ne nous atteigne, qu'il ne pousse le malheur sur nous et qu'il ne frappe la ville au fil de l'épée. »

Il a cependant le temps de disposer ses pièges. Ses

Crethi et ses Pelethi suffisent à sa sûreté ; il n'emmène qu'eux. A ses amis les plus dévoués qui veulent le suivre, il démontre qu'ils lui seront bien plus utiles en feignant de le trahir et en restant à Jérusalem. Il fiait ainsi la leçon à Ghusaî, l'archite, qui voulait à toute force l'accompagner :

« David lui dit : Si tu viens avec moi , tu me seras à charge. Il vaut bien mieux retourner à la ville et dire à Absalon t « Roi, je suis ton serviteur; j'étais autrefois le serviteur de ton père, et maintenant je serai ton seiTiteur. » Si tu fais cela, tu anéantiras les conseils d'AchitopheL N'y aura-t-ii pas là avec toi Sadoc et Abiathar les cohenim? de sorte que tout ce que tu entendras dans la maison du roi, tu le diras à Sadoc et à Abiathar. Là sont aussi leurs fils Achimaas et Jonathas. C'est par eux que vous m'enverrez redire tout ce que jous aurez entendu. »

Ces dispositions prises, il se lia te de mettre le plus de distance possible entre son fils et lui. Il est devenu iaussi humble qu'il était superbe naguère. Il supportera tout, affronts et outrages, pourvu qu'il obtienne grâce devant Jéhovah.

« Il était venu jusqu'auprès de Bahurim, quand on vit sortir de là un homme de la maison de Saûl dont le nom était Sémcï, fils de Géra. Cet homme se mit à maudire et à jeter des pierres contre David et ses

serviteurs, en disant : Sors, sors, homme de sang, homme méchant. Jéhovah a fait retomber sur toi le sang de la maison de Saûl en la place de qui tu as régné; et JéhoTah a donné le royaume dans la main d'Absalon ton fils, et te voilà dans le malheur, car tu es un homme de sang î »

« Abisaï, Fun des fils de Sarvia, dit au roi : Pourquoi ce chien mort maudit-il le roi, mon Seigneur? Permets que j'y aille et que je lui ôte la tête. — Le roi dit : Qu'ai-je à faire avec vous, enfants de Sarvia ? S'il maudit , c'est que Jéhovah lui a dit : Maudis David. Et que me servirait-il de l'en empêcher?... Peut-être que Jéhovah regardera mon affliction et me rendra du bien en place des malédictions qu'on m'adresse aujourd'hui. ))

Quelle autre chose lui importait en effet ? La faveur de Jéhovah recouvrée , tout lui reviendrait à la suite. Aussi ne peut-on douter que ce fût à dater de ce moment, — et toutes les fois que s'éveilla depuis en lui la terrible crainte de s'être aliéné son protecteur et son sauveur, Jéhovah , le gardien de sa vie, — que furent composés les fameux Psaumes de la pénitence. Ne Tentend-on pas s'écrier, les genoux ployés et le front dans la poussière :

« Heureux celui à qui le méfait a été remis, à qui le péché a été pardonné! Heureux l'homme à qui Jého-

vah n'impute pas son crime *, et dont l'esprit est sans fraude *. »

« ...;. Je te fais connaître mes péchés, je n'ai pas caché mon iniquité; j'ai dit : J'avouerai mes méfaits à Jého-

vah, et toi, tu me les as pardonnes Tu es un asile

pour moi, tu me préserves de l'angoisse, tu m'entoures de chants de délivrance. ( Tu me dis ) : Je veux t'enseigner et t'indiquer le chemin où tu dois marcher; je te conseillerai l'œil fixé sur toi. Beaucoup de douleurs attendent l'impie ; mais celui qui se confie en Jéhovah, la grâce l'entourera. Réjouissez-vous en Jéhovah, et soyez dans l'allégresse, justes; et triomphez, vous tous qui avez le cœur droit, m (Ps. 32.)

« Aie pitié de moi; car l'homme est haletant après

1. L'apôtre Paul s'appuiera plus tard sur ce passage pour expliquer sa doctrine de la gràjce {ad Rom., cap. iv, v. 5-6.) h Lorsqu'un homme, sans faire des œuvres ( les œuvres ordonnées par la Torah), croit en Celui qui justifie le pécheur, sa foi lui est imputée à justice selon le décret de la grâce de Jéhovah. C'est ainsi que David dit qu'un homme est heureux à qui Jéhovah impute la Justice sans ses œuvres, (cui Deus accepte justitiam fert sine operibus). » Cette traduction de Paul fixe le sens général du psaume , et ce n'est point sans quelque satisfaction qu'on voit passer de Paul à David la fâcheuse responsabilité d'une telle doctrine.

2. Le mot 7\^12'^ i traduit ici par fraude, a aussi la signification de r»lâchement. Si l'on adoptait ce sens , qui parait plus en rapport avec le commencement du verset , il faudrait entendre par là « un esprit qui n» se lasse pas d'implorer le secours de la grâce. » Le jour où Ton aura substitué la vraie manière de sentir de David à celle qu'on lui suppose, il y aura à revenir sur le sens que cette erreur a fait donner, en Tabsence de contrôle , à un assez grand nombre de mots hébreux.

moi ; il combat tout le jour et m'opprime. Mes persécuteurs sont tout le jour haletants après moi... Mais lorsque je crains, je me confie en toi... Toi, tu comptes mes alarmes ; place mes larmes dans ton outre ; ne sont-elles point écrites dans ton livre?... En Jéhovah je glorifie la promesse qu'il m'a faite; en lui je me confie... Tu as préservé mon âme de la mort; tu as préservé mes pieds de la chute pour que je marche devant toi dans la lumière des vivants. » (Ps. 56.)

« Détourne ta face de mes péchés e efface toutes

mes iniquités... Rends-moi la joie de ton salut... J'ensei* gnerai aux méchants tes voies, et les pécheurs reviendront vers toi... Accueilleras-tu des sacrifices? Jeté les oflfrirais; mais tu ne les agrées pas. Le sacrifice qu'il te faut aujourd'hui, c'est un esprit brisé: Dieu, ne dédaigne pas un cœur brisé et contrit. » (Ps. 51.)

La lyre du poète, une fois montée sur ce ton, s'y maintenait sans effort ; et en quelque nombre que nous aient été conservés les élans écrits de cette contrition prolixe, on peut, tant ils semblent faciles, se demander si nous les possédons tous.

Cependant , autour d'Absalon , tout se passait comme son père l'avait disposé et prévu. — Ghusaï, Tarchite , l'affidé de David, avait abordé le jeune prince en criant : (( Vive le roi I celui que Jéhovah et tout Israël ont choisi, à celui-là je serai et avec lui je resterai. Gomme j'ai

servi ton pèixî, ainsi je te servirai. » {Samuel, II, ch. xx\i.) A dater de ce moment, Achitophel voit tous ses avis contrecarrés par ceux de Chusaï, qui, fidèle au programme tracé par David, finit par faire prévaloir les siens. L'important était de faire choisir au confiant Absalon le champ de bataille qu'on désirait lui voir adopter. A peine Chusaï y a-t-il réussi, qu'il se hâte d'en informer David en lui dépêchant les messagers qui avaient été désignés d'avance. Achitophel , voyant qu'il ne pouvait empêcher son jeune maître de courir à sa ruine, se retira chez lui, mit ordre à ses affaires et s'étrangla \

David emploie le temps qui lui reste à vérifier de nouveau les mesures prises et le terrain choisi; il va même jusqu'à dire : « Moi aussi, je veux combattre avec vous. » Mais comme, suivant la leçon dès longtemps faite, on s'oppose à ce qu'il mette en péril « la lumière d'Israël, » il n'insiste pas et dit : « Je ferai ce qui sera bon à vos yeux; » puis, élevant la voix, il recommande cl Joab et aux autres de ménager Absalon. — Si Ton considère le peu de cas que Joab fit de cet ordre et le peu de rancune que David lui en garda *, on ne peut

1. La conduite d'Achitophel , transformée par la prévention qui altère tout dans cette histoire , est devenue une figure prophétique de la trahison de Judas.

2. La mort d'Absalon ne figure point parmi celles dont David avait

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s'empêcher de croire que cette recommandation n'était pas bien sérieuse. Il se peut cependant que la mort d'un fils fût considérée par David comme une brèche faite aux garanties d'immortalité qu'il croyait avoir obtenues pour lui et les siens.

« Le combat s'étendit sur toute la surface de la terre ( Y"»t^), dit le texte; la forêt dévora en ce jour plus de monde que n'en dévora le glaive. » Victime, comme tous les siens, des embûches naturelles que le lieu choisi leur opposait à chaque pas, le malheureux Absalon est pris dans les branches d'un arbre et y reste suspendu. Un soldat vient le dire à Joab. « Pourquoi ne Tas-tu pas tué ? lui demanda aussitôt celui-ci. Quoi ! lui dit l'autre , « le roi ne t'a-t-îl pas recommandé devant nous , ainsi qu'à Abisaï et à Ithaï , de faire attention au jeune Absalon? Si j'avais agi contre sa vie perfidement... » Joab ne le laissa pas achever, tant il avait de hâte, et s' élançant dans la direction indiquée, «il prit trois dards en sa main et les enfonça dans le cœur d' Absalon, qui était encore vivant au milieu du chêne. » Puis, s' adressant à un soldat noir (couschite) désigné sans doute d'avance pour cet emploi : « Va , dit-il, et dis au roi ce que tu as vu. » Le couschite

gardé rancune à Joab , et dont au moment de mourir, il se fera promettre la vengeance par son fils Salomon. (Voir Bois, llv. I, ch. ii, can. héb.)

se met à courir. Mais Achimaas, fils de Sadoc, ne veut pas qu'un autre que lui soit porteur d'une si importante nouvelle; et, malgré tout ce que Joab peut dire pour l'en dissuader, il part et court si bien qu'il devance le couschite. Bien en prit à celui-ci; il échappa par là au sort qui lui était réservé, ainsi qu'à tous les messagers de ce genre , destinés à expier par leur mort la mort qu'ils annonçaient.

A peine informé de la nouvelle, le roi fait éclater sa douleur. « Il monta à l'appartement au-dessus de la porte, et pleura. Et il disait ainsi en marchant : Mon fils Absalon! mon filsl mon fils Absalonl que ne suis-je mort à ta place, Absalonl mon fils! mon fils! ( ch. xix, V. 1.). Le peuple avait peine à s'expliquer un si violent désespoir succédant à des dispositions si bien prises en vue du résultat obtenu. Joab parvient à calmer ce désespoir, et reproche à son maître, non sans quelque ironie , ce semble , de trop a aimer ses ennemis ^ »

Le massacre qui venait d'avoir lieu était de ceux qui suffisent pour mettre fin à une guerre. Il ne restait plus qu'à s'assurer des dispositions des habitants de Jérusalem ; mais bientôt Sadoc et Abiathar, qui y étaient restés, et Amassa , que les promesses de David avaient ramené

!• Le mot est resté; en sorte que David passe aux yeux de quelques-uns pour un modèle bon à suivre en ce genre de vertu!

à lui, lui envoient dire que l'on peut y rentrer sans crainte.

Le roi se met alors en marche vers sa capitale, et tient à signaler son retour par toute espèce de bienfaits. La première occasion lui en est offerte par Séméi, qui, à l'endroit même où naguère il l'avait accablé d'injures, se jette à ses pieds pour lui demander grâce. De nouveau le fougueux Abisaï veut s'élancer sur celui qui a mauditi'oint de Jéhovah; mais David l'arrête encore : Il ne mourra personne en ce jour, dit-il. « Ne sais-je pas qu'aujourd'hui je suis Roi d* Israël ? » Ce mot reprenait sans doute dès ce moment à ses yeux toute la valeur que ses rêves de royauté éternelle étaient parvenus à à lui donner. « Le roi dit à Séméï : Tu ne mourras pas , et il le lui jura *. » Puis, ce fut au tour du cul-de-jatte Méphiboseth , à qui il jugea bon de donner tout de suite un nouveau témoignage public de sa fidélité à ses anciennes promesses.

Tout semblait donc faire de ce retour un véritable triomphe. Un fâcheux accident faillit tout compromettre. Après le passage du Jourdain , une querelle éclate entre les gens de Juda et ceux d'Israël, et l'un

1. Nous renvoyons tout de suite les lecteurs pour qui cette magnanimité serait trop difficile à comprendre au passage que nous citons dans une des notes précédentes, au sujet de Joab. {Rois, liv. I, ch. ii, cant. héb.].

de ceux-ci, Séba, fils de Bocliri, «après avoir sonné de la trompette , s'écrie : Nous n'avons point de part à David; est-ce pour nous qu'est l'héritage du fils de Jessé? — Chacun a sa tente, Israël! » Et tous ceux d'Israël qui étaient là suivirent Séba. Combien cette menace d'une si notable diminution dans son héritage ne dut-elle pas altérer la joie de la rentrée du roi dans la ville sainte I Mais ces germes persistants de scission entre Israël et Juda n'eurent pas pour le moment de suites graves. On ne tarda pas à ourdir heureusement une trahison contre Séba parmi les habitants de la ville où il s'était enfermé; on lui trancha la tête; et Joab, qui avait été chargé de cette expédition , put revenir à Jérusalem auprès du roi. Comme il avait eu le soin, peu de jours auparavant , de se débarrasser de la rivalité naissante d' Amassa * , « il resta chef de toute l'armée. Bénaïas, fils de Joïada , commandait les Créthi et les Péléthi. Adoram était pour l'impôt, et Josjaphat, fils d'Ahilud, chancelier; Siva, secrétaire; Sadoc et Abiathar, cohenim. Ira de Jaïr était cohen de David. »

Par ces quelques mots qui terminent brusquement l'épisode dont nous venons de donner un résumé rapide', on peut voir que bientôt après la rentrée de David

1. Amassa avait joué dans raffaire d'Âbsalon le rôle d'Abner dans celle dlsboseth. Aussi sa mort devait rester dans la mémoire de David comme un grief presque égal à celui de la mort d'Abner.

SELON LE CHRIST. Ul

à Jérusalem les choses se trouvèrent à peu près rétablies dans leur état antérieur. Mais on ne peut douter qu'un tel échec n'ait rendu l'oint de Jéhovah plus défiant, plus inquiet pour sa vie, plus assidu dans ses exercices pieux, plus louangeur dans ses psaumes. Il lui fallait avant tout la certitude d'avoir reconquis tout entière cette indispensable faveur du ciel dont il n'avait eu que trop sujet de se croire un moment dépossédé. Plusieurs psaumes , — s'ils sont de lui, — nous font voir à quelle hauteur d'inspiration sut alors se monter sa verve , et quel brillant parti ce genre de poésie peut tirer des apparences célestes.

« Les cieux racontent la gloire du Puissant , et le firmament annonce l'œuvre de ses mains. Le jour parle au jour, et la^nuit à la nuit fait connaître la science. Nul discours, point de parole dans lesquels on n'entende leur voix. Leur son ^ retentit par toute la terre; à l'extrémité de l'univers sont leurs propos. Parmi eux il a fait une tente pour le soleil. Et lui (le soleil), comme le nouvel époux sortant de sa chambre , se réjouit comme le héros pour parcourir la carrière. Il part d'une extrémité des cieux, et sa course s'étend jusqu'à l'autre ex-

1. Le mot hébreu ^p veut dire cordon, corde. Ce n*est que par une extension très-forcée qu'on en tire l'idée de son. En lui restituant son sens réel, on exprimerait peut-être exactement l'idée que l'auteur du psaume se faisait de la cause des mouvements célostei.

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trémité; rieo oe se dérobe à sa chaleur. » (Ps. 19.) Il avait aussi à rétablir son prestige ébranlé aux yeux de son peuple et des nations yoisines. Nous citons d'autant plus volontiers Fun des psaumes composés dans ce but, que rien ne saurait être plus propre à nous initier dès à présent à la claire intelligence du cycle littéraire ouvert par David. Nous y trouvons , condensé en quelques mots, le thème sur lequel seront brodées toutes les prophéties. Nous soulignons exprès les passages qui, depuis, ont le plus prêté carrière à Fimagination.

(( Je louerai Jéhovah de tout mon cœur; je raconterai toutes tes merveilles. Je me réjouirai et je triompherai en toi ; je chanterai ton nom suprême. Quand mes ennemis rétrogradent, qu'ils chancellent et disparaissent devant toi. Car tu diriges mon droit et ma justice, tu es assis près du trône S juge équitable. Tu châties les nations^ tu fais périr V impie; tu effaces leur nom pour toujours et éternellement. 0 (terrible) ennemi! les ruines accomplies par toi sont pour toujours ; les villes que tu as anéanties le souvenir en a disparu. Et Jéhovah demeure éternellement ; son trône est fondé pour le jugement, et il jugera

1. On traduit ordinairement KDdS par « sur le trône, » comme s'il

y avait SDDa» Mais la préposition S exprime plutôt l'idée de « près, » qae celle de « sur. » David veut dire sans doute : Tu te places près du trône de ton messie, et les jugements qu'il rend, il les rend en ton nom. ^Ce sens explique très-bien les prédictions messianiques qui se sont iées à l'idée de jugement.

l^univers avec justice. Il prononce une sentence équitable sur les nations. Jéhovah a été un asile pour Topprimé, un asile au temps de l'adversité. Chantez à Jéhovah qui demeure à Sion, publiez parmi les peuples ses œuvres; car le vengeur du sang se souvient d'eux ; il n'oublie pas le cri des humbles. Tu as eu pitié de moi, Jéhovah, tu as vu ma misère qui me venait de mes ennemis; tu m'élèves des portes de la mort; afin que je raconte tes louanges aux portes de la fille de Sion , et que je me réjouisse en ton secours. Les peuples sont engloutis dans la fosse qu'ils ont préparée; dans ce filet qu'ils ont caché, leurs pieds se sont embarrassés. Jéhovah est reconnu pour avoir exécuté le jugement. L'impie s'enlace dans le propre ouvrage de ses mains. Pensée terrible I les impies, toutes les nations qui t'oublient, ô Élohim ! retournent dans le schéol (dans la nuit éternelle de la tombe); mais il ne sera pas oublié celui qui aspire et prie ardemment * ; l'espoir des patients ne périra pas pour toujours. Lève -toi, Jéhovah! que l'homme mortel (unj«) ne soit pas arrogant. Que les nations soient jugées devant toi. Jéhovah institue pour eux un avertissement; que les peuples sachent qu'ils ne sont que des hommes mortels {lo^zï^). w {Ps. ix.)

1. IVas Ebiône. On traduit souvent ce mot par a nécessiteux , pauvre ; » il a fourni son nom à la secte des Êbionites. Nous croyons que le sens qu^il a ici est bien celui que nous avons choisi , car ce mot vient de ,13 s votUoir, aspirer à...

Nous trouvons dans ces dernières lignes une confirmation indirecte de notre commentaire de la p. 114 au sujet du DTKn min « la loi d'Adam. » — Le mot que David emploie ici pour indiquer Vhomme mortel, l'homme voué à la mort, c'est iD^ZH (Énosch), et non nm (Adam); et le dernier verset serait absolument dénué de sens, s'il ne contenait une distinction implicite entre les idées exprimées par ces deux mots. Le second paraît dès lors s'appliquer, dans la pensée de David, à rhomme affranchi de la mort, c'est-à-dire replacé sous la loi primitivement destinée à Adam. De plus, en appelant seulement sur les peuples étrangers (D^ia Goïm , Gentils ) , V avertissement qu'il réclame de Jéhovah, il montre assez clairement qu'il associe désormais à ses espérances (Vimmortalité ceux qui, parmi son peuple, lui resteront fidèles. Nous nous bornons h signaler au passage l'éclosion de cette idée , qui ne représente ici qu'une phase nouvelle dans la carrière parcourue par l'imagination de David, mais qui devait plus tard acquérir une si grande importance.

Quelque intérêt que David espère attirer liur lui par celte généreuse extension de la faveur qu'il réclame, il ne s'arrête jamais longtemps à cette nouvelle idée qui l'inspire peu. S'il s'agit, au contraire, des craintes personnelles que l'image importune de la mort est venue réveiller en lui, il retrouve ses plus vifs accents :

(i Je t'exalterai, Jéhovab, car tu m*as relevé ; tu n'as pas réjoui mes ennemis au sujet de moi. Jéhovah, mon Dieu, j'ai crié vers toi et tu m'as guéri. Jéhovah, tu as fait remonter du Schéol mon âme (U23' ^i>x^') ; tu m'as conservé la vie pour que je ne descendisse pas dans la fosse... J'avais pensé dans ma sécurité que je n'aurais plus de ces ébranlements... Quel profit te reviendrait de ma mort si je descendais dans la tombe? La poussière pourrait-elle chanter tes louanges? pourrait-elle raconter ta fidélité à ta parole?... » {Ps. xxx.)

Il met fréquemment en psaumes ces questions de santé ; et il se plaît à peindre les déconvenues que ses guérisons occasionnent à ses ennemis :

« Mes ennemis me souhaitent du mal. Quand mourrat-il (disent-ils) et quand périra son nom? Et si quelqu'un vient me voir, son cœur- s'exprime avec fausseté; renfermant en lui sa malignité, il s'en va et parle au dehors. Tous mes ennemis chuchotent ensemble contre moi ; ils méditent contre moi toute sorte de maux. Quelque chose de fatal est répandu sur lui (disent-ils); il est couché, il ne s'en relèvera plus. Même l'homme de ma paix, celui en qui je me confiais, celui qui mange mon pain levé le talon contre moi^. Mais toi, Jéhovah, viens à mon

1. Encore une allusion prophétique à Judas, diaprés le quatrième Évangile (ch. xui , v. 18.)

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secours; rétablis-moi S et je leur rendrai ce qu'ils méritent. Par là je reconnaîtrai que tu te plais en moi, quand je ne verrai pas triompher mon ennemi. » {Ps. xli. )

Sur quel ennemi le souci de sa conservation attîrat-il ses regards dans le courant de cette période nouvelle? La suite du récit de son historien va nous l'apprendre. Mais nous ne reconnaîtrions pas l'homme que nous avons dépeint si nous ne le voyions ici recourir à l'un des moyens qui lui sont familiers.

De toutes les ruses sanguinaires de David, celle que lous allons laisser raconter à l'annaliste de son règne est peut-être la plus atroce et la plus savamment ourdie. Rien n'y manque : Une calamité publique excitant le peuple; Jéhovah en indiquant la cause et désignant les coupables ; l'apparente légitimité de la requête à laquelle le roi veut faire droit; puis, après l'événement, la réapparition de l'inévitable cul-de-jatte, témoignage adopté de clémence et de fidélité à la foi jurée; et, enfin, les honneurs rendus... aux ossements des victimes.

(c 11 y eut, du temps de David {Sam., II, ch. xxi), une famine de trois années-, année sur année. David rechercha la face de Jéhovah ; Jéhovah dit : C'est à cause de Saûl et de sa maison sanguinaire, parce qu'il a fait mourir lesGabaonites.— Le roi appela les Gabaonites et leur

1. Sacy traduit par « ressuscite-moi. » C'est forcer le sens. Ce que David demandait, c'(^tait âe ne pas mourir.

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paria. Les Gabaonites n'étaient point des enfants dlsraël, mais bien un reste d'Amorrhéens, et les enfants d'Israël leur avaient prêté un serment * ; mais Saûl, dans son excès de zèle pour les enfants d'Israël et de Juda, avait cherché à les faire mourir *. David dit aux Gabaonites : Que ferai-je pour vous, et par quoi expierai-je, afin que vous bénissiez l'héritage de Jéhovah ? — Les Gabaonites lui dirent : Il ne s'agit pas pour nous d'argent ou d'or envers Saûl ni envers sa maison ? il ne s'agit pas pour nous de faire mourir quelqu'un en Israël. Le roi leur dit : Que voulez-vous donc que je fasse ? Ils dirent au roi : ( Ce que nous voulons) à l'égard de l'homme qui nous a consumés et qui a machiné contre nous de sorte que nous avons été détruits sans pouvoir subsister dans aucune des contrées d'Israël, — ce que nous voulons, ô élu de Jéhovah ! c'est qu'on nous donne sept hommes de ses fils, et nous les pendrons devant Jéhovah, au coteau de Saûl. Le roi-tlit : Je les donnerai. »

« Le roi épargna Méphiboseth, fils de Jonathan, fils de Saûl , à cause du serment par Jéhovah qui existait entre eux, entre David et Jonathan, fils de Saûl. Le roi prit les deux fils de Respha, fille d'Aïa, qu'elle avait

i . n y avait de cela quelque cinq cents ans. On voit que David connaissait le livre de Josué. (Voir ce livre, ch. ix.)

2. n n'est pas dit un mot de cela dans l'histoire de Saûl. Pense-t-on d'ailleurs que , s'il y avait eu matière à reproche , Samuel en aurait laissé échapper Toccasion?

enfantés à Saûl , Armonî el un autre Méphiboseth , ainsi que cinq fils que Merab, fille de Saûl, avait eus d'Adriel, fils de Barzilaï, qui était de Molathi. Il les livra entre les mains des Gabaonites qui les pendirent sur la montagne, devant Jéhovah, et tous les sept tombèrent enseuible. Ils furent mis à mort dans les premiers jours de la moisson, au commencement de la moisson des orges. »

« ... David alla prendre les restes de Saûl et de Jonathan, son fils, à Jabès de Galaad... et on recueillit aussi les ossements des pendus. On ensevelit ces restes au pays de Benjamin, à Séla, dans le sépulcre de Kisch, père de Saûl, et Ton fit tout ce que le roi avait ordonné. — Après cela, FÉlobim fut apaisé et fit grâce au pays. »

Cette exécution supprimait d'un seul coup tout ce qui au dedans pouvait encore porter ombrage au puissant roi .d'Israël. En même temps, deux ou trois campagnes heureuses avaient achevé de réduire tous ses ennemis du dehors. Avec le succès , ses plus beaux rêves étaient revenus. Ce fut alors que, pour s'animer sans doute à franchir un dernier pas , David composa à sa gloire le superbe dithyrambe que son historien nous donne tout entier au chapitre suivant :

<( David récita à Jéhovah les paroles de ce cantique le jour que Jéhovah l'eut délivré de la main de tous ses ennemis et de la main de Saûl :

« Il dit :

« Jéhovah I mon rocher et ma forteresse

Libérateur pour moi.

Dieu , mon rocher, je cherche ma protection en lui ;

Mon bouclier, le faîte de mon salut ,

Ma retraite élevée, mon refuge, mon libérateur,

Tu me garantis de la violence.

Qu'il soit loué, m'écriai-je, Jéhovah!

Et je fus délivré de mes ennemis ;

Car les vagues de la mort m'avaient environné ,

Les torrents de l'iniquité m'avaient épouvanté.

Les angoisses du schéol ^ m'avaient entouré,

Les pièges de la mort m'avaient surpris.

Dans mon adversité , j'ai invoqué Jéhovah ,

J'ai invoqué mon Dieu; .

De son palais il a entendu ma voix.

Mes cris sont parvenus à ses oreilles.

La terre s'agita et fut ébranlée.

Les fondements des cieux tremblèrent,

Ils furent agités parce qu'il était irrité.

Une fumée s'éleva de ses narines,

Le feu sortit dévorant de sa bouche,

Des charbons en ont été embrasés.

Il abaissa les cieux et descendit

Des ténèbres sous ses pieds.

Monté sur un chérubin il prit son vol

Et parut sur les ailes du vent;

Il fit de l'obscurité une tente autour do lui ,

Les eaux amoncelées formèrent nuages sur nuages. »

1. Par suite d'idées très-postérieures à ceci, on traduit maintenant SiKV schéol, tombe, deïneure souterraine , par le mot w enfer. »

« Jéhovah me récompense selon ma piété,

Et me rend selon la pureté de mes mains.

Parce que j*ai gardé les voies de Jéhovah

Et que je ne suis pas impie envers mon Dieu.

Car tous ses jugements sont devant moi ,

Et je ne me détourne pas de ses lois.

Je suis intègre envers lui

Et me garde d'iniquité.

Jéhovah me rend selon ma piété,

Selon ma pureté de\-ant ses yeux.

Tu es bon envers le bon ,

Tu es intègre envers l'homme intègre,

Tu es pur avec celui qui est pur,

Tu es astucieux envers le pervers.

Tu élargis mes pas sous moi ,

Et mes talons n'ont pas glissé.

Je poursuis mes ennemis, et je les détruis;

Je ne reviens qu'après les avoir anéantis;

Je les anéantis, je les abats, ils ne se relèvent plus,

Ils tombent sous mes pieds.

Ceux qui me haïssaient je les ai réduits à rien ;

Us se retournent,., point de libérateur...

Vers Jéhovah... 11 ne leur répond pas.

Je les ai brisés comme la poussière de la terre ;

Comme la boue des rues je les broie , je les foule.

Tu me sauves des dissensions de mon peuple ,

Tu mo conserves pour commander à d'autres peuples ;

Même ceux que je ne connais pas me serviront *.

1. Littt^ralement : « un peuple que je ne connais pas me servira. » — Image fréque:imient répétée, et prise en dernier lieu pour la figure de la conversion des Gentils,

SELON LE CHRIST. loi

Les fils do l'étranger me flattent,

Ils m'obéissent au moindre commandement ,

Les fils de l'étranger se fanent

Et se tourmentent derrière leurs forteresses...

Jéhovah est vivant et mon rocher est béni ;

Que mon Dieu soit exalté, le rocher de mon salut,

Ce Dieu qui m'accorde les vengeances

Et assujettit sous moi les nations...

C'est pourquoi, Jéhovah, je te célèbre parmi les peuples,

Et je .chante des louanges à ton nom.

Il est la tour de délivrance de son roi ,

Il met sa complaisance en son messie ,

En David et en sa postérité, éternellement. »

Évidemment ceci n'est qu'un prélude. De telles débauches d'orgueil, de tels encensements de soi-même ne vont point seuls; ils révèlent une intention, ils ont un but, ils préparent autre chose. — Qu*a donc préparé cette composition si remarquable entre toutes par son authenticité , son introduction exceptionnelle au milieu du récit ^ et la date certaine qu'elle en reçoit ? — Sans doute la suite même du récit va nous l'apprendre; nous allons enfin voir apparaître sans voiles cette pensée condamnée jusque-là aux réticences et aux déguisements ; nous allons trouver, consigné dans ces annales, le véridique témoignage des chimères étranges dont le temps

i. A quelques variantes près, le Ps. xvui est la reproduction de ce morceau.

devait bientôt faire justice... — Mais quoi ! Fhistoire du peuple de Jéhovah aurait-elle pu consacrer, sous une forme arrêtée et précise, la mention d'un tel avortement ? Aurait-elle pu livrer à la risée des générations futures l'irrécusable et personnel aveu d'espérances si tristement déçues ? — Non ; si l'entreprenante, pensée dont nous avons suivi pas à pas toutes les évolutions a poussé encore plus loin son audace; si elle a abouti à une explosion finale et publique, ce souvenir, — loin de figurer dans les annales de ce peuple, — n'a pu manquer d'être écarté, ou tout au moins atténué de quelque manière; et, s'il existe quelque part, ce n'est pas dans le récit officiel que nous devons le trouver. Ce souvenir , cette expression formelle de la phase extrême atteinte par l'imagination de David existe en effet, mais ce n'est que dans un de ses psaumes que nous la trouvons conseiTée , et ce n'est qu'aux yeux dessillés de l'histoire rationnelle que ce document reprend sa véritable valeur et son sens exact. Toutes les histoires empreintes d'idées mythologiques présentent le même phénomène d'orgueil humain, et, certes le nombre est grand des hommes qui se sont dits fils de Dieux. Mais se dire fils d'un Dieu réputé unique et porter ainsi foncièrement atteinte à cette' unité, — c'est donner à nin cas de génération divine un caractère qui ne sauirait se rencontrer nulle part ailleurs.

Le psaume 2 est un véritable édit de Jéhovah, publîé par David , par lequel , aussi loin que s'en étende le retentissement , il est 'enjoint à tous de reconnaître que David est devenu Théritier du Royaume, non plus seulement par faveur et par grâce , mais par droit de naissance , en quauté de fils :

«Pourquoi les nations agissent -elles bruyamment? Pourquoi les peuples méditent-ils ce qui est vain ?

« Des rois de la terre se lèvent; des princes se consultent ensemble.

« Brisons leurs liens (disent-ils); rejetons de dessus noiîs leurs chaînes.

« Mais II rit , Celui qui habite dans le ciel ; le Seigneur se moque d'eux.

« Alors il leur parle dans sa colère ; et dans sa fureur il porte parmi eux répouvante.

« C'est moi (dit-il), qui ai sacré mon roi sur Sion, ma

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