‹ L'immunité dans la syphilisChapitre 26 sur 42 · RP CS · texte numérisé non relu

RP CS

| Fe IDE

rien à la gorge) sont apparus le 28 juillet. Le 5 août, les chancres étaient entièrement guéris. Persistaient encore l’efflorescence papuleuse de l’abdomen et du tronc d’ailleurs très discrète et aussi les deux papules d'inoculation à la région deltoïdienne. Chancres successifs par auto-inoculation à distance. — Non seulement il est possible: de voir un deuxième chancre naître dans le voisinage du premier et résultant d’une inoculation de celui-ci, mais encore il est possible de voir le second

.chancre se développer dans une région éloignée où le virus a

été transporté par un mécanisme quelconque. Le malade, après avoir touché son chancre, porte les doigts imprégnés de virus sur sa bouche, ses yeux, d’autres fois sur une plaie antérieure, une écorchure. Il est facile de trouver, parmi les observations publiées, quelques exemples de cette variété.

Obs. XX VIII (E. Lesnk). — Chancre du menton ; douze jours après, chancre de la lèvre supérieure.—$S..., charretier, àgé de 38 ans,entre, le 26 juin 1887, salle St-Louis.' Rien de particulier à signaler dans ses antécédents. En mai légèrement blessé par un rasoir au niveau de la lèvre inférieure. En juin, début à cette place d'une petite lésion que le malade écorcha et qui devint ulcéreuse. Adénopathie dure, sous-maxillaire ; âu-dessous de cette ulcération se montrent quatre jours après des lésions de même aspect.

Enfin 12 jours après le premier chancre, apparaît un quatrième sur la lèvre supérieure, le malade est formel sur ce point. Cet homme, marié et père de quatre enfants, nie toute fugue extra-conjugale et rapporte à la. plaie faite par le rasoir l’origine de la maladie. ,

Fait un peu anormal, le quatrième chancre de la lèvre supérieure est le plus grand de tous, il a les dimensions d'une pièce de 2 francs ; le 5 juillet, roséole.

Il s’agit indiscutablement pour le chancre de la lèvre supérieure, d’une auto-inoculation secondaire, probablement indirecte, mais on ne peut l’affirmer, étant donné le voisinage relatif des chancres.

Obs. XXIX (BartTnÉLEmy). — Chancre de la lèvre inférieure ; quinze jours

-après, chancre de la cuisse greflé sur un lupus datant de l'enfance.— Un méde-

cin contracte un chancre syphilitique de la lèvre inférieure. Il continue à panser un lupus de la cuisse qu’il a depuis l'enfance ; le 45° jour trans{orma-

tion de sa plaie lupique, telle que celle-ci prit l'aspect d'un chancre induré très étendu.

Obs.XXX (Quevnar).— Chancre delaverge; quinze jours après,chancre de la lèvre inférieure.— Souffleur de verre,19 ans 1/2,entre dans leservice,le 27 décembre 1903 .I1 préserite deux chancres syphilitiques, siégeant l'un sur le fourreau l’autre sur la lèvre inférieure.

Le chancre du fourreau est apparu le 5 novembre, il n’est pas encore cicatrisé, il a les dimensions d'une pièce de 50 centimes, très induré et s'accompagne d’une belle pléiade ganglionnaire bilatérale.

Ce premier chancre évoluait lorsque 15 jours après (le malade est très affirmatif), est apparue sur le bord de la lèvre inférieure, un peu à droite de la ligne médiane, une petite écorchure. L’écorchure alla en s’élargissant jusqu’à avoir les dimensions d'une pièce de 50 centimes, provoquant une grosse adénopathie sous-maxillaire bilatérale avec un ganglion plus volumineux à gauche ; bref,il s'agissait d’un second chancre syphilitique né 15 jours après le premier. Au moment de la présentation, le malade avait des sypbilides maculo-papuleuses sur le corps.

Obs. XX XI (Gaucner et LacapèRE). — Soc. de dermatologie et de S. 1902): — Chancre du prépuce ; plus d'un mois après,apparition d'un second chancre de la face quelques jours seulement avant l'apparilion de la roséole. — Le 14 janvier 1902 se présente à notre consultation dermatologique de St-Antoine, envoyé par notre collègue M. Vaquez, un homme de 75 ans, porteur d’une tumeur de la peau située sur le bord droit du maxillaire inférieur, . immédiatement en arrière du menton. Cette tumeur, d'un rose assez pâle, saigne au moindre contact, la surface exulcérée, papillomateuse el tomenteuse présente encore quelques poils blancs. La base de l’ulcération est d'un rouge plus foncé et, par places, se recouvre de eroûtes formées par une sérosité que l’on voit suinter à la surface de la tumeur.

Cette tumeur, du volume d'une grosse noix, repose sur une induration, mais elle est parfaitement mobile sur les plans profonds. Elle est toujours restée absolument indolente.

Les ganglions sous-maxillaires, préauriculaires et sternomastoïdiens du côté droit sont engorgés légèrement.ils sont durs, roulant sous le doigt, ‘mais absolument indolents.

En résumé, cette lésion présente l'aspect d’un épithélioma typique à la période d’ulcération et ce diagnostic serait posé d'une façon certaine sans les autres manifestations cutanées présentées par notre malade.

Nous constatons l’existence d'une roséole indiscutable occupant le thorax et l'abdomen. S'agit-il d’un accident primitif de la syphilis, d’un chancre d'aspect tout à fait typique !

Mais en continuant l'examen de notre malade, nous voyons qu'il est encore atteint de balanite et de phimosis et nous constatons au milieu de l'inflammation générale du prépuce, une induration sous préputiale cartila-. gineuse du côté droit. [1 existe une adénopathie inguinale double particulièrement marquée à droite, constituée par une pléiade de ganglions, dont l’un est beaucoup plus volumineux. Il est incontestable qu'il y a là une cicatrice de chancre induré préputial et deux hypothèses peuvent être soulevées.

Ou bien il s'agit de deux chancres, l'un à la verge, l'autre au menton, suivis de roséole, ou bien il faut admettre la coexistence d’une syphilis avec un épithélioma de la face,

Voyons les renseignements que va nous donner le malade sur la filiation des accidents. Les derniers coïts remontent l'un au 3 octobre, l'autre à la fin de novembre 1901.

Son attention ne fut attirée du côté de la verge que vers le t8 décembre, dale à laquelle il ressentit une légère cuisson en urinant. La tumeur de la peau de la face ne remonte pas à une époque plus ancienne. Le malade aurait écorché avec le rasoir un petit bouton qui aurait pris bientôt une extension considérable et aurait atteint, en dix jours, le.volume que la tumeur à maintenant.

Enfin, c'est vers le 20 ou 22 décembre qu'il reconnut l'existence de la roséole, ce qui place approximativement à cinq semaines avant, c’est-à-dire au 15 novembre, le début du chancre PrÉpRbEl méconnu. Le coït infectant serait donc celui du 3 octobre.

Le développement extrêmement rapide de la tumeur, qui en dix jours atteint le volume d’une grosse noix, semble bien peu le fait d'un épithélioma ; il s’agit donc d’un chanére extragénital ; cette auto-inoculation précédant seulement de deux à trois jours l'apparition de la roséole, n'est-elle pas inadmissible ?

Et le sujet infecté par le virus syphilitique n’était-il pas à cette époque immunisé d’ores et déjà contre une infection ultérieure ?

o février. — L'éruption de la roséole a presque disparu complètement et la tumeur de la face a diminué de moitié, De plus,elle est nettement en voie de cicatrisation et cette amélioration rapide, sous l'influence du traitement, nous parait en faveur de la nature syphilitique de la lésion,

Cette longue et intéressante observation était à citer entièrement.

D'abord elle nous montre un deuxième chancre se dévelopant 31 à 33 jours après le premier, ce qui correspond exactement au nombre de jours de notre lésion d’auto-inoculation de l'observation XXIIT.

MM. Gaucher et Lacapère ne peuvent arriver à un autre dia-

re S ; * +

es

gnostic, mais ces faits sont tellement éloignés des conceptions actuelles qu’ils ne les acceptent encore à celte époque (1902) qu'avec hésitation.

En effet on n’admet pas encore qu’un syphilitique soit réinfectable ou réinoculable et ce fait qu'un deuxième chancre apparaisse 2 à 3 jours seulement avant les accidents secondaires semble tellemént exceptionnel que les auteurs précédents disent : « Cette auto-inoculation précédant seulement de deux à trois jours l'apparition de la roséole n'est-elle pas inadmissible ?

Et le sujet infecté par le virus syphilitique n'était-il pas à cette époque immunisé d'ores et déjà contre une infection ultérieure ? »

MM. Gaucher et Lacapère avaient donc raison d'affirmer au nom de la clinique la nature syphilitique d’une lésion que l'expérimentation a pu depuis reproduire.

Obs. XXXII (Nicoras et Mouror). — Chancres extra-génitaux multiples et successifs (2 de la langue, 1 de la voûte palatine, 1 du dos de la main, 1 de la lèvre inférieure). — Anaïs T..., 28 ans, professionnelle, vient con-

sulter le 21 juillet 1908. Au début de juin elle s’est aperçue de l'existence d’un petit bouton blanc sur la pointe de la langue. Elle l'ouvre avec une aiguille, rien ne s'écoule.

Quinze jours après, derrière l’incisive médiane survient une lésion qui d’abord est un noyau dur du volume d’un pois qui s’ulcère et se creuse.

Les jours suivants, lésion ulcéreuse du dos de la main droite et lésion de la lèvre inférieure ;‘la malade a l'habitude de se mordre les lèvres et de les lécher avec sa langue. Elle ne se souvient pas d’avoir eu à la main une petite plaie qu’elle aurait léchée..

8 juillet. — Céphalée violente, dure 2 jours.

Page 1