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Il éxiste encore d'autres faits nouveaux.
Hoffmann (1) a inoculé un singe dont il n’a pas précisé l’espèce, avec des fragments prélevés à la périphérie d’une syphilide ulcéreuse tertiaire des plus typiques. Il se produisit. vingtsept jours après, un accident local serpigineux, qui put être transmis en série. Ce fait peut prêter singulièrement à la critique.
Buschke et Fischer (2) ont inoculé des particules provenant d’une syphilide tertiaire ulcéreuse d’un sujet,syphilitique depuis 17 ans, et traité à différentes reprises. Il se produisit au bout de 18 jours chez le macaque inoculé, une lésion à l'arcade sourcilière dont l'examen histologique démontra la nature spécifique et qui conféra une immunité absolue, Le macaque fut réinoculé sans succès avec des papules humides.
Après cet exposé des faits tirés de la clinique et de l'expérimentation, nous pouvons conclure en toute connaissance de cause. : ”
Evidemment les lésions lerliaires sont peu contlagieuses, mais il est hors de doute qu’elles jouissent d'un pouvoir contagieux très net el qu'elles peuvent transmettre la syphilis. Les expériences de Finger et Landsteiner prouvent d’une façon irréfutable ce que des cliniciens avaient déjà annoncé au nom de l'observation.
Mais puisque l’expérimentation nous fait admettre la contagiosité des accidents tertiaires.il est nécessaire que l’on trouve le tréponème dans ces lésions pour admettre à coup sûr la spécificité de cet agent pathogène.
Or toutes les premières recherches ont été négatives. Le tréponème se présenterait-il sous une forme spéciale ? Telle était l'idée qui ne pouvait manquer de venir à l'esprit. Buschke et Fischer s'en firent les défenseurs ; ils admettaient un cycle spécial du tréponème. Cette hypothèse est à rejeter parce que l’on est arrivé depuis à mettre en évidence des tréponèmes avec leur forme habituelle dans des lésions tertiaires.
(1) Horrmann, Dermat. Zeitschrift, 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 562. (2) Buscuxe et Fiscner, Mediz. Kün., sept. 1906,
‘ s , « L'IMMUNITE AU COURS DE LA PÉRIODE TERTIAIRE 97
Son efistence dans ces lésions explique la contagion possible, mais sa rareté prouvée par les grandes difficultés qu'on éprouve à le mettre en évidence, suffit à expliquer le faible degré de contagiosité. IL n'existe donc pas sous une forme particulière, l'inoculation de ces lésions tertiaires au singe reproduit des accidents absolument analogues à ceux auxquels donnerait naissance l’inoculation d’un chancre.
Spitzer (1) fut le premier qui trouva le tréponème dans deux cas de manifestations tertiaires. Dans l'un de ces cas, il s'agissait de lésions ulcérées du nez, des oreilles et de la lèvre ; le chancre initial remontait à huit ans. Après de patientes recherches, il put déceler quelques rares tréponèmes,
Dans l’autre fait,ce fut dans une gomme ulcérée du cuir chevelu que Spitzer put trouver quelques tréponèmes.
Dudgeon (2) publie un cas où il put mettre en évidence la: présence de nombreux tréponèmes dans une gomme de la joue; encore non ulcérée.
Doutrelepont et Grouven (3) ont surtout contribué à éclairer cette question.
Ils ont trouvé le tréponème pâle dans de nombreuses lésions
syphilitiques tertiaires, notamment dans une lésion serpigineuse de la paroi abdominale, dans une gomme sous-cutanée de l’avant-bras, dans une gomme du nez et dans une périostite syphilitique.
Mais ils insistent sur les particularités de ces recherches. C’est après de nombreuses recherches infructueuses qu'ils sont arrivés à le découvrir. Ils ont dû examiner un nombre très grand de préparations,et cela pendant des heures entières,avant d’avoir pu en trouver un seul,
Ils font remarquer qu'il existe malgré tout une certaine variabilité dans l’aspect du parasite. Ces formes atypiques sont cons-
(4) Seirzer. Wien. klin. Woch., 1905, n° 31.
(2) Duncson, Lancet, 1906, n° 4306, p. 669.
(3) DourreLEPoNT et GROUVEN, ÂWiederrhein. Versaml. Dermatol. zu Dusseldorf, avril 1906 et Deutsche med. Woch., 1906, n° 34. Pinard 7
tituées par des suites de points séparés. Mais encore urfe fois ces formes spéciales ne dépendent pas d’un cycle évolutif, ce sont des tréponèmes vaincus par l'organisme et en voie de disparition ; ce sont ces formes cadavériques que Bosc décrivait à la Société de Bologne en 1906. |
Une remarque également des plus importantes : ce n’est pas dans la matière gommeuse, ce n’est pas non plus dans les parties nécrosées que l’on découvre le tréponème, mais seulement dans la paroi de la gomme.
Tomasczewski (r) confirma ces recherches en se livrant à une étude approfondie de dix cas de syphilis tertiaire. Il arriva à trouver des tréponèmes dans cinq de ces cas : deux gommes et trois syphilides tuberculo-serpigineuses.
Cet auteur insiste à son tour sur l'extrême rareté des tréponèmes qu'il ne parvint à rencontrer qu'après des examens de six à dix heures. Les formes qu'il observe étaient absolument typiques.
À signaler encore les observations de Rüille et Vockerodt (2) les mettant en évidence dans des papules sèches de la lèvre chez un ancien syphilitique et de Badin (3) les trouvant dans un ulcère tertiaire au cours d’une syphilis remontant à deux ans.
Vincenzo Chirivino (4) aboutit aux mêmes conclusions :
i° Dans les.lésions tertiaires le nombre des parasites est très petit et disparaît vite des lésions ; voilà la raison pour laquelle la recherche en devient difficile.
2° On ne trouve pas le parasite dans les sécrétions purulentes des ulcérations ou dans les produits de dégénération cellulaire ; il ést au contraire décelable dans Les lésions non ulcérées, dans les gommes à la période de crudité ; il occupe de préférence
(4) Tomasczewskr, Münch. med. Woch., 4906, no 27.
(2) Ruzze et VocxeronT, Münch. med. Woch., 1906, n° 34.
(3) Ban, Thèse de Bordeaux, 1906.
(4) Vincenzo Cririvino, Giornale ilaliuno delle us veneree et della
pelle, 1909, fase. [.
les parois des vaisseaux et les espaces lymphatiques autour des vaisseaux.
3° Les produits tertiaires peuventen conséquence trañsmettre la maladie, néanmoins la contagion est assez rare à cause de la rareté du parasite, qui siège profondément et qui manque dans les lésions ulcérées.
Nous pouvons donc maintenant adopter les conclusions suivantes :
L'expérimentation a démontré la contagiosité des lésions ter'tiaires ; ces faits expérimentaux viennent donc à l'appui des faits cliniques qui, eux, pouvaient être discutés.
Les tréponèmes existent dans les lésions tertiaires, mais ils y sont très peu nombreux. Il faut des heures de recherches pour les mettre en évidence. Ils n'existent pas dans la matière gommeuse et les parties nécrosées, ou ulcérées, ils se trouvent seulement dans l'infiltration périphérique.
Nous nous expliquons donc facilement maintenant le parallélisme qui existe entre la rareté du tréponème et la faible virulence des lésions tertiaires.
Le tréponème existe dans les lésions tertiaires sous sa forme habituelle ; seules les formes atypiques seraient des formes de dégénérescence, de véritables cadavres en voie de disparition. IL n'existe donc pas un cycle évolutif du tréponème tenant sous sa dépendance les étapes de la maladie.
Cette évolution si particulière de ‘la syphilis est fonction de l’immunité variable de l'organisme à ces différentes époques.
La syphilis immunise le sujet une fois pour toutes, telle est la proposition presque universellement acceptée. Il est loin d’en êtræainsi :
Cette immunité acquise n’est qué le reliquat d’un état pathologique, elle peut être durable, elle peut même être héréditairement transmise, mais elle peut aussi avec le temps, et sous l'influence de conditions encore mal connues, fléchir et même disparaître dans un temps plus ou moins long.
Une première atteinte de scarlatine, de rougeole, de variole,
de typhoïde confère une immunité plus ou moins durable, mais qui souvent fléchit et disparaît,permettant à une deuxième maladie segblable à la première d'évoluer de nouveau sur le même terrain.
La vaccination ne nous donne-t-elle pas tous les jours de ces exemples ? Ne voyons-nous pas l'immunité conférée par üne première vaccine s’atténuer et disparaître, permettant d’abord des réinoculations qui donneront des vaccines avortées, des vaccinoïdes et plus tard des vaccines régulières évoluant comme une première atteinte.
Il en est exactement-de même pour la syphilis. Avec le temps et l’immunité qui décroît, nous pouvons voir des réinfections à tous les degrés: faible lésion locale, lésions locales avec adénopathie, lésions locales avec adénopathie et ensuite éruption et phénomènes constitutionnels, quoique cela soit plus rare.
Ces idées ont essayé à différentes reprises de conquérir droit de cité, elles ont jusqu'ici été combattues avec opiniâtreté et rejetées, mais les expérimentations de ces dernières années donnent le droit de les défendre avec quelques chances de succès cette fois. ; | … Nous étudierons d’abordiles faits expérimentaux sur l'homme, les expériences entreprises sur les singes, et ensuite les faits cliniques. \
C'étaient surtout les expériences de réinoculation de Ricord et de Wallace qui avaient établi l’état réfractaire du syphilitique vis-à-vis de l’action d’un nouveau virus quelle que fût son
originé. :
« Ges expériences, écrit Rollet, on peut le dire sans rien exagérer, ont été répétées des milliers de fois. Elles sont si inoffensives qu’on peut sans scrupule les pratiquer sur tous les malades. Pour ma part, j'en ai fait un très grand nombre, des centaines, à l’Antiquaille; mes prédécesseurs, MM. Baumès, Diday et Rodet; en avaient fait, avant moi, presque autant que moi. Jamais aucun de nous n’a obtenu de résultat positif. Je ne connais pas de vérité mieux démontrée, plus incontestable que
celle-là. »
Bacrensprung avait fait des inoculalions avec du pus de chancre induré à deux femmes qui avaient eu la syphilis deux ans auparavant,sans obtenir aueun résultat. Il avait répété la même expérience dans les mêmes conditions et avec le même insuccès avec du pus recueilli sur des plaques muqueuses.
C'est en vain que paraissaient de temps gn temps des observations cliniques d'anciens syphilitiques contractant à la suite d'un coït infectant des lésions spécifiques : la loi de l’unicité de la syphilis restait absolue.
La question en était à quand parut en 1906 le travail de Finger et Landsteiner (1) qui venait apporter à ce sujet de nouvelles et précieuses contributions.
Pour ces auteurs, « la plupart-des syphilitiques et dans tous les stades de la maladie, réagissent vis-à-vis du virus par des réactions locales nettement spécifiques ». Ils concluent que non seulement les tertiaires ne sont pas réfractaires à l'introduction d’un nouveau virus, mais encore qu'ils ont une façon toute spéciale de réagir.
Des syphilitiques tertiaires inoculés par la méthode des poches et des scarifications profondes avec du Virus primaire ont réagi « par des infiltrations nettement circonscrites, brun rouge, qui atteignent jusqu’à la taille d’un heller (moins qu’une pièce de 30 centimes) et qui, dans leur développement ultérieur, affectent une ressemblance frappante avec les accidents cutanés syphilitiques qui existaient déjà chez ces malades » (syphilides tuberculeuses, syphilides ulcéreuses).
« On pouvait se poser la question suivante : les symptômes décrits ne doivent-ils pas être considérés comme fa conséquence d’une irritation non spécifique, de même ordre que les résultats obtenus par Tarnowsky ?
« Ces recherches tendaiênt à faire admettre comme résultat que sur différentes irritations banales, il se développait chez des syphilitiques des infiltrations syphilitiques. Elles furent
(1) Fixcer et LanpsreiNer, Sitzungsber. der Kaiserl. akad. des Wissenscha/t in Wien, 1906, t. 415, fasc. III, p. 179.
cependant rejetées par plusieurs auteurs (Kübner, Kaposi Gay) mais confirmées en partie par Neumann ; elles concordent avec l'expérience journalière qui nous fait observer des éruptions syphilitiques secondaires, se développant avec une extension et une intensité spéciales aux endroits de la peau irritée,
« Les expériences dle contrôle que nous avons faites, démontrent que l’effet obtenu dépend pour un même matériel d'inoculation, de ce que le virus est vivant ou de ce qu'il a été tué par la chaleur. Le matériel non spécifique ne détermine pas cette réaction.Les effets obtenus dépendent donc bien de l’action du virus lui-même. »
Ces expériences étaient du plus haut intérêt et apportaient enfin des notions nouvelles. Malheureusement ces auteurs ne nous fournissent pas plus de détails sur ces expériences.
MM. Levaditi et Roché, après avoir analysé ces travaux dans leur livre de la syphilis, concluent ;
« Les expériences sont trop récentes et ne furent pas encore vérifiées par d’autres chercheurs pour que leur valeur démonstrative soit absolue. »
En 1907, M. Salmon répéta les expériences de Finger et Landsteiner : inoculation de virus syphilitique au syphilitique tertiaire.
Voici la relation de ces observations.
Obs. LI (Sazmon). — Syphilis datant de 36 ans ; malade actuellement alleint de gommes syphilhtiques de la cuisse et de leucoplasie de la langue (service de M. Hallopeau). — On fait à chaque bras deux sortes d'inoculations : l’une superficielle comme pour la vaccine ; l’autre plus profonde, selon le procédé de Finger et Landsteiner {insertion du virus dans une pochette intradermique). ù
On inocule le bras gauche avec du ‘virus tout récemment recueilli ; ce virus provient du raclage de syphilides papulo-croûteuses chez un individu infecté depuis deux mois. ,
On inocule le bras droit avec un second virus frais ; ce virus est obtenu par grattage d'une syphilide papuleuse, sur un syphililiqaue récemment infecté (chancre encore ouvert).
Aucune manifestation ne se produit sur le bras droit. Sur le bras gauche au contraire, une légère inflammation se montre vers le 5e jour et bientôt