CHAPITRE XII
quise contre les toxines ne peut être obtenue autrement qn’à l’aide d antitoxines capaliles de neutraliser le poison dans un organisme sensible on hypersensible. Cette nouvelle théorie de M. v. Behring est défendue par lui dans plusieurs mémoires et se retrouve dans ses publications des plus récentes. Et cependant des faits bien établis nous obligent à accepter une immunité contre les toxines, survenue à la suite d une diminution de la sensibilité de l’organisme vacciné. Parallèlement à ses recherches sur raccroissement de la sensibilité des cobayes vis-à-vis delà toxine tétani({uc, recherches dont nous avons parlé plus haut, Kuorr (/. c. p. 19j relate ses expériences analogues sur les lapins. Lorsqu’on injecte à ces animaux des fractions de la dose minima mortelle, souvent répétées, le lapin non seulement ne devient pas hypersensible au tétanos, mais manifeste au contraire une insensibilité de plus en plus grande. Tandis que les cobayes, traités d après cette méthode, meurent tétaniques avant d’avoir atteint la dose minima mortelle les lapins, à la suite des injections fréquentes de petites quantités de toxine tétanique, deviennent capables de résister à la dose cinq fois mortelle (pour les lapins neufs), sans présenter le moindre trouble. Contre l’attribution de ce résultat à l’insensibilité acquise des éléments vivants, on pourrait faire l'objection que l’immunité, dans ce cas, dépend peut-être du pouvoir antitoxique des humeurs, développé avec une grande rapidité. Une objection semblable ne peut être formulée dans le cas des chevaux qui deviennent insensibles aux toxines, après une longue période de vaccination. Le cheval, dont nous avons plus haut raconté l’histoire à propos de la diminution du pouvoir antitoxique, peut servir d’exemple. Au commencement de sa période vaccinale, en 1894, il réagissait à l’injection de 10 c. c. de toxine diphtérique par une élévation de température de 1°. Quatre ans plus tard, lorsque son sang est devenu très antitoxique (350 unités par c. c.), il a fallu lui injecter 350 c. c. de toxine pour obtenir le même degré d'hyperthermie. Tout récemment, après avoir perdu la majeure partie de son pouvoir antitoxique humoral, ce cheval n'a présenté aucune élévation de température après une injection de 250 c. c, de forte toxine diphtérique. La diminution de la sensibilité spécifique s’est produite dans ce cas d’une façon incontestable et ce n’est point à la propriété antitoxique des humeurs qu’on pourrait réduire cet exemple d immunité.
L’insensibilité acquise vis-à-vis des poisons de différentes natures s’observe aussi dans des cas où l’accoutumance n'est point accompa-
IMMUNITÉ ARTIFIGIKLLE VIS-A-YIS DES TOXINES
gnéc (le propriétés aiititoxirpies humorales, comme dans l’exemple cité plus liant de rimmunité des grenouilles contre l’alirine. Cette sorte d’immunité peut être poursuivie dans la série des organismes, jus(]u’aux êtres les moins développés, comme le plasmode des myxomycètes (jui s’accoutume aux diHerents [loisons (voii* cha[). II).
ü'après tout ce (pii vient d’être dit, on voit liien (pie l’immunité contre les substances toxitpies est un phénomène très complexe (pi’il est impossible de réduire simplement à une fonction antitoxiijue des humeurs. Voilà pounjuoi nous ne pouvons accepter la théorie, d’après hupielle ou essaie d’encadrer cette catégorie de rimmunité dans des limites étroites d’une simple réaction entre deux substances, réaction tout à fait comparable à celle (jue l’on observe dans un tube à essai. Ou a voulu déterminer avec une précision pres(pie mathémati(pie les conditions dans lescjuelles on peut commuiii([uer à l’organisme la résistance contre les toxines mici’obiennes, et on a créé des formules pour fixer ces conditions. Mais la réalité s’est montrée diflicilement dom{)table. Eu Erusse, avec la sanction de l’autorité gouvernementale, ou a édicté des règles (pii doivent être suivies dans la vérification des sérums antitoxi(pies et on a dû ajouter un paragraphe, (jui exige l’autojisie des cobayes employés pour les essais de l’antitoxine diphtériijue. « Les animaux morts — dit cette instruction — doivent être autopsiés et il faut surtout faire attention aux maladies antérieurement acipiises (tuberculose, pseudoluberculose, pneumonie), (]ui [leuvent amener l’hypersensibilité des animaux, soumis à l’expérience». Me voit-on pas là une preuve de l’intervention importante de l’organisme vivant c|ui peutmoditier les résultats des calculs faits d'après des formules trop rigoureuses? Et il ne faut pas oublier (pi'en dehors des trois maladies, citées par les instructions, il existe une (piantité d’autres facteurs (]ui peuvent influer sur la réceptivité et la résistance des animaux. Nous avons cité plus haut les expériences de MM. Uoux et Vaillard (pii ont démontré (pie même les animaux, soumis antérieurement à des inoculations vaccinales contre certains microbes, manifestent une hypersensibilité pour les mélanges des toxines avec les antitoxines.
En vue de cette com[)lexité des [ihéiiomènes de l’immunité acipiise contre les toxines, il serait très imjiortant d’être renseigné sur la nature et l'origine des antitoxines. Malheureusement, comme nous allons le voir, ces (juestions sont loin d’être résolues d’une façon satisfaisante.
Fra[)pés de ce fait (pie les antitoxines ont une action spécifujiie sur la toxine ipii a servi pour le traitement des animaux fournisseurs de