‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 101 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

séiTims, quelques savants ont essaye de Texpliquer en admettant la transformation de la toxine en antitoxine. Nous avons vu plus haut que cette action n’est pas toujours absolument spécifique^ car il existe des sérums, qui empêchent l’intoxication par plusieurs espèces de poisons, comme le sérum antitétani(jue, actif contre le tétanos et contre le venin des serjients. Mais meme dans ces cas, il y a une grande diltérence quantitative entre l’influence de l’antitoxine sur la toxine avec laquelle ont été pré[>arés les animaux, et sur un poison différent. Ainsi, dans 1 exemple que nous venons de citer, pour neutraliser le ^'enin de serpents, il faut employer beaucoup plus de sérum antitétani(|iie que contre la toxine du tétanos. Le cas le plus classique de l'iiifluence spécifique des antitoxines est l’inactivité absolue du sérum antidiphtérique contre le tétanos et le même effet nul du sérum antitétanique contre l’intoxication diphtérique. 11 semblait que l’explication la plus simple de cette spécificité d’action était d’admettre que chaque antitoxine, renferme une partie de la toxine correspondante, modifiée par l’organisme. C’est M. H. Buchner (1) qui est le promoteur de cette hypothèse. Moi-même (2) j’ai dit (( qu’il est probable que les antitoxines, au moins en grande partie, représentent une modification des toxines, préparée par certains éléments cellulaires de l’organisme ; ce produit est ensuitedéversé dans leliquide sanguin». Cette supposition avait été émise sous tonne de « probabilité » et par conséquent ne renfermait aucune affirmation tant soit peu définitive. Aussi je serais tout prêt à l’abandonner sous le poids de la critique anéantissante, formulée par plusieurs savants très disliugués. On a objecté ceci : premièrement, ipie l’antitoxine est fournie par les animaux en très grande disproportion avec la quantité de toxine qu’ils ont reçue ; secondement, que les animaux qui reçoivent l’injection des antitoxines, l’éliminent de leur corps beaucoup plus rapidement que ceux qui la préparent dans leur organisme; troisièmement, que les antitoxines se trouvent (juelquefois dans le sang des animaux sains, n'ayant subi aucune atteinte de la maladie, ni aucune injection de toxine correspondante. Examinons de plus près ces objections, basées toutes sur des faits bien établis.

On a constaté (]ue rantitoxine, produite par forganisme, suffit pour neutraliser une quantité de toxine beaucoup plus grande que celle qui a été injectée à des animaux, fournisseurs du sérum antito.xique.

(!) Münchener medic. Wochemehr., 1893, p. 380.

(:2) « ImmiinitiU », duns le Uamlbuch dev Ilygiene de Weyl., 1897. T. IX, p. 48.

IMMUNlTli ARTIFICIELLE VIS-A-YIS DES TOXINES

KnoiT (1), s appuyant sur ses expériences, a calculé qu’un cheval réag-it à une unité de toxine par la production de 100 000 unités d’antitoxine. Cette donnée ne permet certainement pas d’admettre que toute l’antitoxine correspond à la toxine, mais elle n’empêche point la supposition que la toxine, soumise à l’intluence des cellules de l'organisme, ne se retrouve pas^ modifiée, dans le [)roduit de ces éléments. Cette hypothèse suffirait déjà pour expliquer la spécificité si remarqual)lc des antitoxines.

Si la toxine, pour être modifiée par les cellules vivantes, doit subir (juelque influence particulière de la part de celles-ci, on com[)rend facilement que ce processus peut exiger un temps plus ou moins long' ; ceci amènerait une élimination de l’antitoxine beaucou[) plus lente que dans le cas où elle avait été injectée à un animal neuf toute préparée. Dès le début de ses recherches sur rimmunité contre les poisons, M. P. Ehrlich (2) a distingué doux catégories de cette immunité. Il appelle hnmunité active celle qui s’obtient à la suite de 1 introduction des toxines dans l’organisme, et immiuiité passive cette autre forme d’état réfractaire provoqué par l’injection du sérum antitoxique, préparé par l’organisme activement immunisé. M. v. Dehring(3) désigne l’immunité active par le terme d’wimaai/é üopathique et l’immunité passive par celui (ï inwiunitè antitoxique A)v\ admet généralement que le premier genre d’immunité est plus lent à acquérir, mais qu’il persiste beaucoup plus longtemps que le second (immunité passive, ou antitoxique) qui est acquis aussitôt après l’introduction de l’antitoxine, mais qui en revanche ne dure que peu de temps. Cette opinion est appuyée par des faits nombreux, dans lesquels on a constaté une disparition très rapide de l'état réfractaire, conféré par l’injection de sérums antitoxiques. Pour M. v. Behring, la grande diflerence entre la durée des immunités isopathique et antitoxique n’est (|u'apparente. Elle provient de ce cpie les antitoxines sont le plus souvent introduites avec du sérum d’espèce étrangère qui amène une forte réaction et s’élimine rapidement de l’organisme. Ainsi c'est presque toujours le sérum antitoxique de cheval qui est injecté à des petits animaux, tels que cobayes, lapins et souris. Mais lorsque M. v. Behring injectait des chevaux avec des sérums

(1) Mi'nichener medic. IToc//ensc/n’., 1898, p.821.

(2) Deutsche medic. Wochetischr., 1891, pp.

(8) Altf/emeine Thérapie d. Infectionskrankheiten, dans Eulenhurg und Samuel Lehvbuch d . Allgemeineu Thei'apie, 1899, p. 997.

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