‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 99 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ges contre la toxine diphtérique à cause du mauvais rendement en antitoxine qu’ils obtenaient. Un de leurs singes, après avoir acquis une résistance contre des doses très grandes de toxine diphtérique, Il a montré qu’un pouvoir antitoxique du sang très médiocre. Dans les établissements où l’on prépare en grand des sérums antitoxiques, 011 a acquis la conviction que le bon rendement en antitoxines ne se trouve nullement en rapport direct constant avec l’immunité de l'animal. On a fait souvent cette constatation aux écuries de l’Institut Pasteur. Ainsi sur deux chevaux, traités en même temps, exactement de la môme laçon par la toxine diphtérique, l’un fournit un très bon sérum antitoxique qui se maintient à 200 unités d'Ehrlich et monte jusqu’à 400 unités, tandis que l’autre n’a jamais pu atteindre 150 unités (1). Et cependant tous les deux ont la môme immunité vis-à-vis de la toxine diphtérique. Ils supportent très bien des doses considérables de la toxine et ne réagissent que par des ascensions faibles ou insignifiantes de température. Dans une autre série de chevaux, immunisés contre la diphtérie depuis bientôt sept ans, un individu s’est montré capable de produire une grande quantité d’antitoxine, puisque le titre de son sérum oscillait entre 200 et 300 unités. Après cinq ans de cet état de choses, le pouvoir antitoxiijue a commencé à baisser considérablement, sans que pour cela le cheval ait perdu son immunité. Tout au contraire. Une injection de 250 c c. de toxine (dont 0,002 c.c. suffisaient pour tuer un cobaye), faite au commencement de l’année courante, a été supportée sans la moindre réaction fébrile. On a essayé de remonter la propriété antitoxique du sang, en faisant des injections intraveineuses de toxine et de culture diphtériques, mais en vain. Le rendement de l’antitoxine a continué à baisser, de sorte qu'on a été obligé d’employer ce cheval à un autre but que la préparation du sérum antidiphtérique. Cet exemple n’est pas du tout isolé. Sur uii

conférée par des sérums, dure d'autant |)lus longtemps que le sérum employé est plus ra|)proché du sang de resj)èce qui reçoit l’injection préventive. M. v. Behring a supposé (|ue l’antitoxine di|)htériquo, introduite dans l’organisme humain, s’y maintiendrait plus longtemps si le sérum antitoxique injecté provenait de singes, espèces plus voisines de l’homme que le cheval, fournisseur hahitueldu sérum antidiphtérique. L’iminunitc, conférée par ce sérum de cheval, n’esl généralement que de très courte durée.

(I) L’unité antitoxique de M. Ehrlich est adoptée par un très grand nombre de personnes non seulement en Allemagne, mais aussi dans beaucoup d’autres ]uays. Cette unité correspond à un c. c. de sérum, capable de neutraliser cent doses mortelles delà toxine qui a servi <à établir le premier étalon d’antitoxine. Le sérum doit être iujccto après avoir été mélange in vitro avec la toxine. La neutralisation doit être complète et ne provoquer aucun symptôme d’intoxication,

IMMUNITÉ ARTIFICIELLE VIS-A-VIS DES TOXINES

grantl noml)re de chevaux traités, il arrive assez souvent que certains individus, sans être particulièrement sensil)les à une toxine donnée, se montrent incapables de produire de l’antitoxine correspondante. Les observations que je viens de résumer, m’ont été communicpiées par M. P revêt, directeur de la station sérotbérapi(]ue de l’Institut Pasteur à Garcbes.

En {)résence de ce fait (pie des animaux^ très résistants aux toxines, peuvent ne posséder (ju’un pouvoir antitoxique des bumeurs insignifiant ou ne pas le posséder du tout, et (pie d’un autre C()té les animaux, chez lesquels cette propriété est très développée, peuvent mourir d’intoxication, il est facile de comprendre que l’immunité contre les toxines et le pouvoir antitoxique des bumeurs soient deux phénomènes distincts. M. v. Pebring a bien démontré le fait de l’hypersensibilité cellulaire de l’organisme immunisé vis-à-vis de la toxine correspondante et il y a beaucoup insisté. Il est arrivé (1) à cette conclusion que « l’immunité des tissus et la production de l’antitoxine ont si peu la marche parallèle que, malgré une accumulation abondante de l'antitoxine, la sensibilité des éléments des tissus peut s’accroître d’une façon extraordinaire ». Si, dans le cours de l’immunisation, cette sensibilité peut tellement augmenter, il est probable à priori que dans certaines circonstances elle pourrait aussi notablement diminuer. Après avoir constaté « qu’avec le temps l’antitoxine disparaît du sang des animaux immunisés avec des toxines, sans que pour cela rimmunité disparaisse », M. v Behring a formulé la conclusion que chez ces animaux « les parties vivantes de l’organisme, qui étaient auparavant sensibles aux poisons, ont acquis une insensibilité envers les memes substances ». Ce résultat s’accordait bien avec les faits du changement de la chimiotaxie négative des phagocytes en chimiotaxie positive vis-à-vis des microbes lors de l’acquisition de rimmunité antinfectieuse.

Plus tard, v. Behring f'2) changea d’avis. Acceptant toujours le changement de la sensibilité cellulaire dans le sens de I hyperesthcsie chez des animaux immunisés contre les toxines, il refusa d’admettre le changement dans le sens contraire. Les cellules, d’après lui, ne perdent jamais rien de leur sensibilité, de sorte que l’immunité ac-

(I) Deutsche medic. Wochenschr., t893, pp. t'2.33, I2àt.

(“2) Article « linmunilüt » dans la Iteal Encijclopaedie d' Euleubuvf] , 3e édition, -1896; voir aussi V. Behring, ,1 Thérapie d. Infectionskrankheiteii, 1899 pp. 996, 997.

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