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CHAPITRE XII

toxine cliplitériqne, n’a jamais pu ppéservei* les animaux sensibles d’intoxication. 13es tentatives noml)ceuses pouc reproduire l'expcrience de MM. Wassermann et Takaki avec le poison diphtérique ont toujours été infructueuses. Des essais pour obtenir le même résultat avec le venin des serpents ont aussi été nég'atifs. M. Calmette (1) a fait plusieurs expériences avec des émulsions de cerveau de lapin et de venin de serpent, dans le but d’établir si les éléments du système nerveux possèdent à l’égard du venin les mêmes propriétés que vis-à-vis de la toxine tétanique, a x^ucime de ces émulsions — conclut M. Calmette — n’a manifesté le moindre pouvoir antitoxique m vitro ou préventif. Il n’y a donc pas d’analogie d’action entre ce qui se passe dans les éléments nerveux vis-à-vis de la toxine tétanique et vis-à-xds du venin ». Et cependant le venin, comme la toxine diphtérique et la toxine tétanique chez la grenouille, exerce une action incontestable sur les centres nerveux.

D’un autre côté, la fixation protectrice de poisons à la substance cérébrale n’est pas le privilège exclusif de la toxine tétanique. MM. Kempner et Schepilcwsky (2) ont obtenu le même résultat avec la toxine du botulisme (produit du microbe anaérobie de M. van Ermenghem qui provoque l’intoxication d’origine inteslinale dans certains cas d’empoisonnement par les aliments). Le cerveau et la moelle épinière de cobaye, triturés avec de la solution physiologique de sol marin, et mélangés avec de la toxine botulinique, empêchent l'intoxication chez des animaux sensibles, absolument comme dans les expériences de MM. Wassermann et Takaki avec le tétanos.

Lorsque MM. Kempner et Scbcpilewsky ont voulu se rendre compte de la substance ou des substances des centres nerveux qui fixent la toxine du botulisme et empêchent rempoisonnement, ils ont constaté que la lécithine et la cholestérine, mélangées à cette toxine ou injectées séparément et en même temps, protègent les souris tout autant que la substance cérébrale. Par contre, ils ont trouvé une différence en ce qui regarde les injections des deux corps, faites avant celle de la toxine. Dans ces conditions, ils étaient impuissants pour empêcher l’empoisonnement, tandis que la substance cérébrale exerçait une influence préventive incontestable. MM. Kempner et Schepilewsky ont constaté aussi que le chauffage altérait moins l’action empêchante de la lécithine et de la cholestérine que celle de l’émulsion cérébrale.

(1) Annales de VInstitat Pasteur. 1898. T. XII, p. 343.

(2) Zeitschrift f. Iltjgiene, 1898. T. XXVII, p. 213.

IMMUNITÉ ARTIFICIELLE VIS-A-VIS DES TOXINES

Ces memes observateurs ont étendu leurs recherches à l’action protectrice des graisses et ont établi que l’huile d’olive, émulsionnée et neutralisée par la soude et additionnée de doses deux et même quatre fois mortelles de toxine botulinique, empêchait les souris et les cobayes de contracter 1 empoisonnement mortel. La tyrosine s’est montrée aussi capalile de protéger les souris contre cette intoxication, non seulement lorsqu’on l’injectait en même temps que le poison, mais même introduite dans l'organisme 2i heures avant celui-ci. En résumant leur travail, MM. Kempner et Schepilewsky arrivent à la conclusion « qu’à C(Mé de la substance des centres nerveux, ils ont pu obtenir un certain effet protecteur, contre la toxine du botulisme, avec toutes sortes d’autres substances » (p. 221). Leurs expériences avec la cholestérine et la tyrosine leur ont été suggérées par les recherches antérieures de M. Lhisalix (1) qui a démontré que les sels biliaires, ainsi (jue les deux substances que je viens de nommer, peuvent vacciner les animaux' contre le venin de vipère.

En envisageant toutes les données établies, il devient probable que, dans l’action sur certaines toxines de la substance des centres nerveux, ce sont principalement les matières grasses qui fixent pour ({uelque temps les poisons, permettant à rorganisme de détourner ceux-ci de leur inllucnce morl)ide. A ce point de vue, il est intéressant de constater (pie le poison tétanique peut être aussi empêché dans son action toxique par des substances autres que l’émulsion des centres nerveux. Ainsi M. Stoudensky (2) a établi, dans un travail exécuté au laboratoire de M. Roux, que le carmin fixe la to.xine tétanique et empêche son action toxique sur le cobaye. De même qu’avec la substance cérébrale, cette fi.xation par le carmin est très instable. Macéré dans de l’eau distillée, le carmin, ayant fixé la tétanoto.xine, la cède au liquide qui devient capable de produire le tétanos. Cette fixation n’aboutit pas plus qu’avec la substance cérébrale, à la destruction ou la disparition de la toxine. Le carmin dissous ou macéré auparavant dans l’eau (surtout à chaud) perd son pouvoir fixateur et par là ne peut plus empêcher l’empoisonnement tétanique. La ‘stérilisation à 120®, 100® et même à (50®, du carmin, suspendu dans la solution physiologique, lui faisait perdre son action protectrice, tandis que le chauffage à sec et en tubes clos ne la détruisait pas.

(1) domptes rendus de l'Acad. des Sciences, 1897, p. lO.'SS ; 1898, p. 431 ; C r de la Soc. de Biologie, 1897, p. I0o7 et 1898, p. 1.33.

(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1899. T. XIll, p. 126.

Sous l)eaucoup de rapports, le carmin^ qui dérive surtout du corps adipeux de la eocbeuille, exerce une intluence antitoxique analogue à celle de la macération des centres nerveux. Si ce sont surtout les graisses qui jouent le rcMe dans cette action, on comprend facilement que le cerveau, pauvre en matières grasses, comme celui de la grenouille, soit impuissant pour fixer la toxine tétanique et empêcher son action morbide. Dans tous les cas, le fait que plusieurs substances de natures diverses exercent sur les toxines une influence semblable à celle de la masse broyée des centres nerveux, empêche de considérer l’expérience de MM. Wassermann et Takaki comme preuve de l’origine nerveuse de l’antitoxine tétanique. L’analogie avec les données, recueillies sur les anticytotoxines, données exposées dans le cinquième chapitre, plaide aussi contre cette hypothèse. Nous voulons ici rappeler au lecteur que les deux parties constituantes de rantispermotoxine, l’anticytase et rantispermofixateur, se développent bien chez des animaux châtrés et sont par conséquent produites en dehors des spermatozoïdes, éléments sensibles à la spermotoxine. Les faits, réunis sur les antihémotoxines, tendent aussi àreconnaitre une origine à ces substances autre que les hématies.

Cette dernière thèse semble être en contradiction avec les recherches très intéressantes de M. Ransom (1), exécutées dans le laboratoire de M. Meyer à Marbourg, sur l’effet hématolytique de la saponine. Ce glucoside dissout les globules rouges d’un grand nombre de Vertébrés, grâce à sa propriété de se tîxer sur le stroma des hématies. C’est la cholestérine de ce stroma qui se combine avec la saponine, à la suite de quoi les globules rouges s’altèrent et laissent diffuser l’hémoglobine. Mais cette même substance, la cholestérine, qui fait pénétrer le poison dans les hématies, empêche la dissolution de ces éléments, lorsqu’ils sont baignés dans le sérum sanguin. Ce liquide agit en effet comme antitoxine de la saponine et ceci précisément grâce â sa teneur en cholestérine. La cholestérine du sérum, fixant la saponine, l’empêche de toucher aux globules rouges, remplissant ainsi le rôle d’un paratonnerre bien placé. Au contraire, lorsque c’est la cholestérine du stroma de ces globules qui se fixe à la saponine, elle leur rend le mauvais service d’un paratonnerre défectueux. La concordance de ces faits avec les postulats de la théorie de M. Ehrlich a fait supposer â M. Ransom que peut-être

(1) Deutsche medic. Wochenschr., 19üf, p. 194.

IMMUNITÉ ARTIFIGIRLLE VIS-A-VIS DES TOXINES

clans les hémolysines et les antiliémolysines la chcjlestérine jouait aussi un rôle analogue. Scs expériences lui ont prouvé le conirairc. Comme il est généralement admis, d’après les e\[)érienccs de .M. Calmette(l) et d'après l’avis de M. Ehrlich lui-même, cpie les alcaloïdes et les glycosidcs en général sont incapables de provocpier la formation d’antitoxines, on pourrait considérer comme inutiles les tentatives de chercher une antisaponinc, afin d’établir si elle est idcnticjue è la cholestérine. Mais dans ces cpiestions délicates, il faut se garder de s’appuyer trop sur les raisonnements a jiriori. On |)ensait juseju’à ces derniers temps cjue les substances à molécule très coni[)lexe, comme les albuminoïdes, les toxines et les ferments solubles, devaient toujours donner lieu à la production des anticorps dans l’organisme; tandis (pie les corps plus simples et de nature chimicpie mieux définie ne pouvaient jamais aboutir à ce résultat. Les données, ac(]uises dans ces derniers temps, ont dû modifier cette opinion. Nous avons déjà parlé dans le cirupiième chapitre des tentatives infructueuses de MM. Ehrlich et Morgenroth pour obtenir certains antifixateurs. Et cependant les fixateurs appartiennent à la catégorie des substances (]ui sont bien capables de provotpier la formation des anticorps, comme le prouvent les résultats des recherches de M! Bordet et des nôtres. D’un autre côté, certains poisons minéraux, tout à fait contrairement à la prévision, donnent lieu an développement du contrepoison dans l’organisme animal. Ce fait, alisolument imprévu, s’est imposé à M. Besredka (2) dans ses recherches sur l’accoutumance à l’arsenic faites dans mon laboratoire Ses expériences ont été entreprises dans le but d’étudier le mécanisme de l’état réfractaire vis-àvis d’un poison, en dehors d’une action antitoxi(pic (juelcomjue (pii semblait exclue d’après les travaux antérieurs. Eh bien, cette action s’est manifestée d’une telle façon (ju’il est devenu impossible de l’ignorer. Le sérum des animaux, immunisés contre l’acide arsénieux, s’est montré possédant des propriétés à la fois préventives et antitoxiques contre une dose de ce poison, tuant le lapin en IcS heures. Il est vrai (pie M. Morishima (3), dans un travail exécuté da*ns le laboratoire de M. Heymans, à (land, a mis ces résultats en doute. Seulement ses objections ne peuvent réfuter les données de M. Bes-

(1) Annales de V [nstitut Pasteur. 189'). T. IX, p.

(:2) Annales de l’Institut Pasteur, 1899. T. XIII, p. 46.-).

(3) Archires internationales de Pharmacodynamie et de Thérapie, 1900. ï. VII, p. 6o.

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