‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 107 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

redka qui reposent sur des expériences très précises et nombreuses, dont nous avons été témoin. M. Morishima ne tenait pas compte de plusieurs circonstances importantes et exécutait ses expériences sans faire de contrôle continuel avec des animaux pris comme témoins. Il faut dire aussi que la résistance des lapins à l’arsenic dépend de beaucoup de causes diverses et que, à certaines saisons,, il est beaucoup plus difficile de les accoutumer que dans certaines autres. Ce n’est qu’à la suite de recherches nombreuses et exécutées pendant une période de temps très longue qu’on peut arriver à des résultats précis et concluants.

A la suite de toutes ces données, il a été tout indiqué do faire une tentative pour établir si, en soumettant des animaux à dos injections répétées de saponine, on ne pourrait pas augmenter le pouvoir antisaponique de leur sérum sanguin et si, dans le cas positif, l’action antitoxique ne serait pas due à l’augmentation de la quantité de la cholestérine dans ce liquide. J’ai donc prié M. Besredka d’exécuter des expériences dans cette intention. Plusieurs cobayes, qui furent injectés avec des doses progressives desaponine pendant plus de deux mois, n’accusèrent après ce laps de temps aucune augmentation du pouvoir antisaponique do leur sérum. Ils se sont donc comportés conformément à la règle établie par M. Ehrlich, c’est-à-dire qu'ils n’ont pas développé d’antitoxine contre un glucoside. En même temps ils n’ont fou rni aucun nouveau renseignement sur l'origine do ces anticorps.

Dans son premier mémoire où il est question de la théorie des chaînes latérales, M Ehrlich insiste sur l’origine nerveuse de l’antitétanine, comme exemple de production des antitoxines par des organes sensibles aux poisons. Mais depuis qu’il est arrivé à la distinction des groupements haptophore ettoxophore de la. molécule toxique, c’est à la chaîne latérale qui fixe le premier que M. Ehrlich attribue lapins grande importance. « La formation d’antitoxines — dit-il (1) dans le discours d’ouverture de son Institut de Francfort — serait donc absolument indépendante de l’adtion des éléments toxophores. » En d’autres termes, pour qu’une cellule soit capable de produire de l’antitoxine, il n’est pas du tout nécessaire qu'elle soit sensible à l'influence toxique du poison ; il faut seulement qu’elle possède des récepteurs, ou chaînes latérales, capables de se combiner avec le groupement haptophore de la toxine. Aussi a-t-on pu produire des antitoxines,

(I) Semaine médicale^ 1899, 6 décembre, p. 411.

IMMUNITÉ ARTIFICIELLE VIS-A-VIS DES TOXINES

comme nous Favons exposé pins haut, avec des toxines modiflées, dont l’etFet toxique est nul ou à peu près, mais qui ont conservé leur pouvoir de se combiner avec les substances antitoxiques. D après M. Ehrlicb, ces toxines nioditiées sont des toxoïdes, dont le groupement toxopbore est complètement détruit « tandis que le groupe hnptopbore, producteur de substances immunisantes, s’y trouve conservé dans son intégrité ». Ou conçoit que, dans de pareilles conditions, l’antitoxine tétanique pourrait bien se développer ailleurs que dans les centres nerveux. Il suffirait pour cela qu’il se trouve, en dehors des cellules nerveuses, d'autres éléments vivants, capables de fixer la toxine tétanique, ou, en nous servant du langage de M. Ebrlicb, des éléments, possesseurs de chaînes latérales, ayant une affinité pour le groupement baptopbore du poison tétanique.

Déjà iU. Dcinitz (1) a énoncé la supposition que chez le lapin la toxine tétanique peut être fixée non seulement par les éléments nerveux, mais aussi par toutes sortes d’autres cellules.

L’existence de pareilles cellules, en dehors du système nerveux, est plus (pi’bypotbétifjue. Elle ressort très nettement des expériences de MM. Roux et Borrel sur le tétanos cérébral. Pour produire cette maladie chez le lapin, il suffit de lui introduire une toute petite dose de toxine directement dans le cerveau. Inoculé dans le tissu sous- cutané avec des ([uantités beaucoup plus grandes du meme poison tétanique, le lapin reste bien portant ou n’accuse qu’un tétanos léger et passager. « La résistance du lapin à la toxine tétanique, injectée dans les conditions habituelles — concluent MM. Roux et Borrel (/, c., p. 229) — ne tient donc pas à une insensibilité relative des centres nerveuxq mais, sans doute, à ce (pie beaucoup du poison introduit n’arrive pas aux cellules nerveuses et est détruit quelque part dans l'organisme ». Chez le cobaye, comme l’ont constaté les mêmes expérimentateurs, la ditlérence de la dose du poison tétanique, nécessaire pour produire le tétanos mortel par injection intracérébrale ou jiar injection sous-cutanée, est minime ou nulle, ce qui indique rpie chez cet animal, si sensible, il n’y a pas de destruction de la toxine en dehors des centres nerveux et que toute la quantité du poison introduit pénètre sans entrave justpi’à ces organes. M. Ebrlicli, dans son rapport, présenté au Congrès international de Médecine de l’aris(aoùt 1900), a accepté ces résultats, comme il résulte de ses dixième et onzième thèses : «Lesré-

(1) Deutsche medic. Wochenschr., 1897, p. 428.

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