‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 108 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cepteurs existent tantôt uniquement dans certains tissus, tantôt dans la plupart des organes (cas dn poison tétanique dans l’organisme du cobaye et du lapin) » « ... la présence de nombreux récepteurs dans des organes d’une moindre importance vitale peut réaliser, grâce à une sorte de déviation des molécules de toxine, une diminution dans la sensibilité deTorganisme vis-à-vis decette toxine » (1 ). Il y a lien de se rappeler ici des différences entre la sensilnlité dn cobaye et celle dn lapin pour des petites doses de toxine tétanique souvent répétées, que nous avons mentionnées plus liant d’après les expériences de Knorr. Le cobaye, soumis à ces injections, meurt tétanique bien avant d’avoir atteint la dose minima mortelle pour cette espèce, dose injectée en une seule fois. Le lapin, tout au contraire, supporte très bien des doses répétées et acquiert même au bout de peu de temps une immunité vis-à-vis de cinq doses minima mortelles pour le lapin, injectées d’emblée. Knorr expliquait cette différence par l’hypersensibilitô des centres nerveux chez le cobaye et par l’insensibilité acquise de ces organes chez le lapin. Les expériences de MM. Roux et Borrel sur le tétanos cérébral des lapins, vaccinés contre le tétanos, ont démontré que cette insensibilité ne se produisait pas chez ces animaux. Il faut donc chercher une autre explication. Chez les lapins, soumis à des petites doses répétées, le poison est de plus en plus empêché par certains éléments vivants d’arriver jusqu’aux centres nerveux. De plus, il peut être neutralisé par l’antitoxine qui commence à se produire bientôt. Il résulte des recherches de Knorr (2) que chez les lapins, l'antitoxine apparaît dans le sang dans des cas où, atteints de tétanos passager, leurs extrémités restent encore contractées pendant des semaines. Chez les cobayes, atteints de la même forme de tétanos, on ne trouve pas d’antitoxine en quantité appréciable, même après leur guérison définitive. Toutes ces données s’accordent bien avec la supposition qu’il existe en dehors du système nerveux des cellules vivantes qui absorbent de la toxine tétanique et produisent de l’antitoxine. Les lapins et les poules possèdent cette propriété à un degré de beaucoup supérieur à celui des cobayes. La poule, d'après Knorr, développe « une quantité abondante d’antitoxine, pendant que les symptômes tétaniques vont encore en augmentant ». Or, chez cet animal, comme nous avons pu le démontrer (3), une partie de la

(1) Comptes rendus du Congrès international de Médecine de Paris. Section (le bactériologie et de parasitologie, Paris, 1891, p. 30.

(2) Münchener medic. Wochenschr 1898, p. 321.

(3) Annales de V fnsfitut Pasteur, 1897. T. XI, p. 808.

IMMUNITÉ ARTIFICIELLE VIS-A-VIS DES TOXINES H3

toxine tétani(jue est alisorbée par les leucocytes. En provoquant des exsiulats aseptiques chez des poules auxquelles on injeclait préalablement celte toxine, j’ai pu me convaincre que ces exsudais, l^eaiicoup plus riches en leucocytes que le sang, étaient aussi plus tétanig'ènes que celui-ci. .l’ai observé aussi une leucocytose plus ou moins marquée à la suite de rinjcction de doses non mortelles de toxine tétanique à des poules. 11 se pourrait donc bien que ce fussent précisément les leucocytes (}ui rem[)liraient le rôle de protéger 1 organisme contre la pénétration de ce poison dans les centres nerveux sensibles.

La grande sensibilité des leucocytes vis-à-vis des toxines microbiennes [lerinettait de supposer que ces cellules ont une importance dans la lutte de l’organisme contre ces poisons. Leur injection provocjue généralement une hyperleucocytose du sang prononcée. M. Cbatenay ( 1) a exécuté à ce sujet dans mon laboratoire une série d expériences sur des animaux, empoisonnés par des toxines bactériennes (celles du tétanos et de la diphtérie), pbanérogami([UCS (ricinc et abrine) et animales (venin des serpents). 11 a pu constater une grande analogie avec les phénomènes tpii se passent dans les infections l)actériennes. Lorsque la mort survient au bout de 1res peu de temj)S, le nombre des leucocytes diminue notablement ; s’il y a une survie au delà de 24 heures on une résistance définitive, il se produit une hyperleucocytose, souvent très prononcée. Chez le cobaye, si sensible au tétanos, la leucocytose accusée se produit meme à la suite de 1 injection de doses plusieurs fois mortelles de la toxine tétanique et ce n est qu’après l’introduction d’une quantité cent fois mortelle que le nombre des leucocytes reste stationnaire ou présente une diminution. 11 y a ici quelque chose de très analogue avec ce qui se passe chez le même animal vis-à-vis du bacille charbonneux. La pénétration de ce microbe si meurtrier provoque une forte leucocytose, mais les leucocytes accumulés restent incapables de saisir les bacilles et d empêcher leur action néfaste. Chez d autres espèces animales, telles que le lapin et la poule, l’intervention des leucocytes contre la bactéridie charbonneuse, ainsi que contre la toxine tétanique, est plus elficace.

Lorsque cette toxine, au lieu d’être injectée à l’état dissous, est introduite avec les corps de microbes qui la renferment, la lutte de l’organisme devient plus facile. Dans ces conditions, même les animaux très sensibles peuvent accuser une grande résistance. MM. Vail-

(I) Les réactions lencocu tairas, vis-à-vis de certaines toxines, Paris, 189i.

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