CHAPITRE XIII
savoir que ces éléments phagocytaires ne sont pas du tout des cellules épithéliales, mais bien des macrophages d’origine lymphatique. Ces phagocytes ne se trouvent pas encore dans les alvéoles des animaux nouveaux-nés, mais ils ne tardent pas à y arriver et à s’installer d’une façon telle qu’on a pu les considérer pendant longtemps comme des cellules épithéliales propres du tissu pulmonaire. Celui-ci, revêtu d’une couche extrêmement mince, est incapable de se défendre contre la pénétration des microbes et l'organisme lui vient en aide en expédiant à demeure une armée de macrophages qui débarrassent, autant que cela leur est possible, les alvéoles et des microl^es et d’autres corpuscules étrangers. Dans ces conditions, on comprend facilement que des cellules toutes pareilles et qui remplissent la même fonction protectrice, se trouvent aussi dans les ganglions bronchiques voisins. Il a été établi déjà depuis longtemps que les macrophages de ces organes sont souvent bourrés de toutes sortes de granulations d’origine étrangère qui pénètrent dans les poumons avec l’air inspiré.
Les substances toxiques peuvent être absorbées par la muqueuse des voies respiratoires. MM. Roger et Bayeux (1) l’ont démontré pour le poison dipthérique qui n’a pas besoin de plaie pour pénétrer dans la muqueuse de la trachée et pour produire des fausses membranes typiques. Le poumon est accessible, comme on le sait bien, à la pénétration des substances toxiques gazeuses et, de plus, sa surface est capable d’absorber des poisons liquides avec une grande facilité.
La défense de l’appareil digestif est plus compliquée que celle des voies respiratoires, ce qui n’est pas étonnant, étant données la plus grande complexité des organes de la digestion et les conditions variées qu’ils présentent par rapport à l’invasion microbienne.
La cavité buccale, si exposée à la pénétration des microbes du dehors avec la nourriture et l’air extérieur, renferme une tlore microbienne très riche, dans laquelle M. Miller (2), l’auteur du travail le plus complet sur cette question, a reconnu plus de trente espèces chez l’homme. Plusieurs représentants de cette tlore, comme les Lcp~ tothrix et les Spirochaete^ sont constants et très caractéristiques pour la cavité buccale de l’homme. Mais à côté on trouve très fréquemment des pneumocoques, des staphylocoques et des streptocoques, dont le
(1) Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1897, p. 265.
(2) Die Mikroorgaiiismen der Mundhôhle, 2° édilioii, 1892.
IMMUNITE DE LA PEAU ET DES MUQUEUSES
pouvoir pathogène ne peut être mis en doute. Les bacilles diphtériques virulents se rencontrent aussi chez un certain nombre de personnes l)icii portantes. Eh bien, il est étonnant que, malgré cet état de choses, les plaies de la bouche guérissent très rapidement et que les opérations pratiquées dans la cavité buccale dans des conditions d’antisepsie insuffisante ou plutôt tout à fait nulle, ne provoquent pas, dans la très grande majorité des cas, de complications infectieuses tant soit peu importantes. Après eertaiiies opérations buccales, ou se trouve souvent en présence d’une véritable fracture compliquée et ouverte, et cependant la plaie ainsi exposée n’est pas d’ordinaire le siège d’infections ni locales, ni généralisées.
Ou SC demande comuicnt, dans ces conditions, la bouche peut se défendre contre toute cette multitude de microbes si redoutables. A ré[)0(|ue où le pouvoir bactéricide des humeurs était le [)lus en vogue et semblait résoudre plusieurs côtés importants du problème général de l’immunité, ou s’est mis à étudier la salive sous ce rapport. M. Saiiarelli (1) est arrivé, à la suite de recherches patientes et laborieuses, à cette conclusion que la salive humaine agit comme un antisepti(|uc et détruit une quantité de microbes. Il est vrai qu’il ne rccoiinait sou efticacité que lorsqu’on lui soumet [)cu de bactéries; mais meme quand la salive est incapable de tuer toute la masse des microbes, elle ne permet pas leur développement, présentant un mauvais milieu de culture et, en plus, elle est capable d’atténuer la virulence de certaines bactéries pathogènes, comme le pneumocoque, si frétpient dans la bouche.
Les conclusions du savant italien ne peuvent pas cependant être acceptées. Déjà M. IMiller (7. c.) s’est élevé contre son affirmation du pouvoir bactéricide de la salive et lui a objecté que l’absence du pouvoir nutritif de la salive humaine pour les bactéries s’explique par le fait que M. Sanarelli employait dans scs expériences la salive filtrée et par conséquent dépourvue d’ime quantité de matières nutritives, comme débris épithéliaux, mucus etc. i\L llugenschmidt (2) (jui a fait dans mon laboratoire uii travail spécial sur l’iiitluence. de la salive humaine sur les microbes, est arrivé à des résultats tout opposés à ceux de M. Sanarelli. Il n’a jamais pu, malgré le nomlire varié de microbes employés, s’assurer de la propriété bactéricide delà salive.
(1) La Saliva umana, Siena, 1891 et Centralblatt f. Bakteriologie, 1891. T. X,
(2) Annales de LInstitnt Pasteur, 1890. T. X, p. OLO,