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Chapitre xili

Quelquefois il a bien vu, au début, ime certaine lenteur dans la croissance ou même la destruction de certains microl)CS ensemences, mais cette action était très faible et plutôt exceptionnelle. Dans la grande majorité des cas au contraire^ les microbes, introduits dans la salive, poussent rapidement, de sorte que leur nombre, au bout de peu de temps, devient notablement plus considérable. Dans des cas où la salive se montrait capable de diminuer le nombre des microbes, ce semblant d’action bactéricide pouvait être constaté non seulement avec la salive normale, mais aussi avec la salive, cliaiillée a CO®, comme dans le cas des larmes que nous avons rapporté plus haut. Vis-a-vis de quelques microbes, comme les torulas et les staphylocoques, la salive chaulfée agissait plus fortement que la salive intacte. Il est donc impossible de mettre en parallèle l’action de la salive avec celle des cytases.

Comme la salive renferme très souvent (^d’après quelques auteurs même constamment) des petites quantités de sulfocyanure de potassium, il a été utile de rechercher si ce sel est capable de détruire les microbes. Les expériences que M. llugenschmidt a entreprises dans le but de résoudre cette question, lui ont démontré qu’appliqué a des doses, comparables à celles qui se rencontrent dans la salive, le sulfocyanure de potassium ne joue aucun rôle bactéricide.

Impuissante comme antiseptique, la salive remplit une fonction importante pour débarrasser la bouche des microbes, par voie mécanique. La sécrétion parotidienne et celle des autres glandes salivaires dilue les bactéries et les entraîne de la cavité pharyngienne dans l’es-

tomac. Aussi, dans les maladies où la sécrétion salivaire diminue considérablement, la bouche devient la porte d’entrée la plus importante pour les microbes, capables de provoquer des infections secondaires. La salive est encore utile en diluant les détritus alimentaires et en empêchant leur stagnation et, par suite, leur décomposition dans la cavité buccale.

jNlais en dehors de son rôle mécanique direct, la salive exerce encore une fonction indirecte, très importante. Ce liquide renferme des produits microbiens et des diastases, et est capable de provoquer chez les leucocytes une sensibilité chimiotactique positive. M. llugenschmidt a démontré ce fait en introduisant à des animaux des petits tubes capillaires en verre, contenant de la salive. Au bout de quelque temps de séjour, ces tubes se remplissaient d amas considérables de leucocytes immigrés. Le même résultat a pu être obtenu

IMMUNITE DE LA PEAU ET DES MUQUEUSES

avec la salive tic cobaye, incluse dans des capillaires et introduite dans la cavité péritonéale d'animaux de môme espèce. Ici encore, les leucocytes accouraient dans les tubes et engloljaient les microbes qui se trouvaient dans la salive. L’intluence de la salive sur l’afflux des leucocytes doit être considérée comme un acte important pour la défense de la cavité l)uccale et c'est gr;\ce à cela que très probablement les plaies de cette région guérissent avec une grande rapidité. Les leucocvtes sont très nombreux dans les organes de la bouche et les amygdales en fournissent toujours de grandes quantités.

Il ne faut pas perdre de vue que le revêtement épithélial de la cavité bucco-pharyngienne constitue aussi un moyen de protection important. De même qu’à la surface de la peau, les cellules cornées sont en desquamation permanente, les cellules épithéliales dans la bouche se renouvellent constamment. Cette desquamation augmente surtout pendant la mastication, lorsque des quantités énormes de cellules sont rejetées ; après chaque repas, il se produit un renouvellement partiel de la surface de revêtement de la cavité buccale. Etant tapissées à leur surface et chargées dans leurs interstices d’innombrables microbes, les cellules épithéliales entraînent avec elles loin de la bouche toute cette population.

Les microbes nombreux qui persistent dans la bouche, malgré tous les moyens pour s’en débarrasser, doivent exercer aussi une certaine influence dans la défense contre les infections. Il est très probable que beaucoup de ces saprophytes gênent la pullulation de certaines bactéries pathogènes ; seulement il est impossible pour le moment de préciser ces phénomènes de concurrence microbienne. Il n’y a que l’analogie avec des exemples dans d’autres régions du corps qui permette de soutenir cette supposition.

La salive, incapable de détruire les microbes mômes, peut agir sur leurs produits solubles, ainsi que sur certains autres poisons. Sous ce rapport c’est l’action de la salive sur le venin des serpents qu’on connaît le mieux. Wehrmann ( 1) qui a fait à ce sujet des recherches au laboratoire de M. Calmetteà Lille, a établi que l'amylase fptyaline) de la salive humaine, mélangée à des doses très rapidement mortelles de venin, empêche définitivement son action toxique. M. v. Behring (2) a rappelé à ce propos que les anciens Psylles (peuplade de l'Afriijue

(!) Annales de l'Institut Pasteur, 1<S98. T. XII, p. StO.

(2) AlUjemeine Thei'apie der hifectinnskrankheiten, p. 980.

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