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CHAPITRE XIII

septentrionale), déjà au début de notre ère, employaient leur salive contre la morsure des serpents.

Impuissante pour tuer les microbes, la salive les rejette par voie mécanique au dehors ou le plus souvent dans Festomac. Le milieu acide de ce grand réservoir exerce une influence des plus marquées sur ces êtres microscopiques. Depuis longtemps, on s était aperçu que le suc gastrique empêchait la putréfaction et pouvait l’arrêter même lorsqu’elle était déjà très avancée. On en a conclu à une action antiseptique de ce suc. Des recherches l^actériologiques, entreprises pour préciser cette action, ont démontré que plusieurs espèces microbiennes périssent au bout de peu de temps, après avoir été mises en contact avec le suc gastrique m vitro. Straus et M. Wurtz (1) ont vu que mêmes les spores charbonneuses et le bacille tuberculeux peuvent être détruits par le suc gastrique, à condition d’un séjour prolongé dans une quantité suffisante de ce liquide. Des recherches comparatives, faites avec des solutions aqueuses d’acide chlorhydrique, ont démontré que l’action bactéricide du suc gastrique dépend uniquement de sa teneur en cet acide, c’est-à-dire que la pepsine n y joue aucun rôle. Ce suc n’exerce aucune influence digestive proprement dite sur les microbes, mais il en détruit une certaine quantité par son acide chlorhydrique. Ce rôle antiseptique découle encore d’une série de constatations sur la pullulation microbienne exagérée dans des cas où le suc gastrique s’appauvrit en acide chlorhydrique. Plusieurs observateurs ont confirmé l’action bactéricide du suc gastrique qui s’exerce surtout contre certaines espèces,, capables de provoquer les maladies infectieuses les plus graves. Mais, en revanche, il existe

des bactéries et des champignons inférieurs qui résistent très bien a

l’action antiseptique de ce liquide et qui s’adaptent fort bien à vivre dans l’estomac. C’est pourquoi il s’établit dans cet organe, même chez les animaux, dont le suc gastrique contient le plus d'acide chlorhydrique, comme le chien, toute une flore particulière, dont le trait le plus caractéristique est l’insensibilité relative pour l’acidité du milieu. Les blastomycètes, avec les levures et les torulas, constituent les représentants des plus fréquents de cette flore, à côté desquels se rangent des sarcines et quelques bacilles acidophiles. M. Miller (2) a isolé quelques-uns de ces microbes de l’estomac et a observé que, i mélangés à la nourriture, ils résistaient fort bien à l’action du suc j

(1) Archives de médecine expérimentale, 1889. T. I, p. 370.

(2) Deutsche medicin. Wocherischrift, 188S, n° 49.

IMMUNITÉ DE LA PEAU ET DES MUQUEUSES

gastrique, même à celui du chien, dont la teneur en acide chlorhydrique est plus grande que chez l’homme et beaucoup de mammifères (1). Seulement ces microl)es, insensibles à l’acide, sont dépourvus de pouvoir pathogène et par consé({uent ne sont pas beaucoup à craindre. Mais même pour ce qui concerne les bactéries infectieuses qui sont facilement tuées par le suc gastrique m vitro, leur destruction dans l’estomac est le plus souvent très problématique. Même le coccol)acille typhique qui s’est montré si sensible à l’action destructive du suc gastrique de l’homme, du chien et du mouton, dans les expériences de MM. Straus et Wurtz, est bien capable de traverser l’estomac sans être touché. M. Stern (2) est arrivé à la suite de ses propres recherches, ainsique de celles de ses élèves, à la conclusion que ce microbe n’est pas du tout altéré par le suc gastrique de l’homme sain, contenant la quantité normale d’acide chlorhydrique. Ce ne serait que dans des cas d’hypersécrétion et d’hyperacidité que le microl)e de la fièvre typhoïde pourrait être détruit avant d’avoir atteint l’intestin grêle.

Le vibrion cholérique, lui aussi, est bien capable de passer à travers l’estomac et son suc acide. Après la constatation de ]\I. Koch de la grande sensibilité de ce microbe à l’égard des acides m vitro, on pensait généralement qu’il devait périr dans le contenu stomacal normal. Mais depuis on a vu bien des cas où le vibrion du choléra se trouvait, lors des épidémies cholériques, dans les matières fécales des personnes bien portantes. Pour pénétrer dans le gros intestin, il avait dù traverser l’estomac normal. Dans le choléra expérimental des jeunes lapins à la mamelle, on trouve aussi une quantité de vibrions dans le contenu stomacal franchement acide, et on les voit passer dans l’intestin grêle, sans qu’il se produise la neutralisation de l’acidité de l’estomac. Cet excm[)le nous prouve encore une fois que les phénomènes qui se passent au soin de l’organisme vivant, ne peuvent point être identifiés avec ceux qui ont lieu dans des tubes à essai, in vitro.

(1) Parmi ccUe flore acidopliile, une espèce mérité une attention particulière. Il s’agit (l'un spirille, découvert par M. Bizzozero dans la muqueuse de l’estofriac du cliien. M. Salomon {Centralhlatt /'. Bakteriologie, 1896. T. XIX, p. 43H) a étudié ce nderobe ((u’il a retrouvé, on dehors du chien, clioz le chat et le surmulot. Pullulant sur la muqueuse, le spirille très mobile pénètre dans les cellules épithéliales où on le rencontre dans l’intérieur dos vacuoles. Celles-ci, se trouvant en communication avec le milieu extérieur, les spirilles peuvent facilement pénétrer par leurs ouvertures. Ce fait n’a donc rien de commun avec la phagocytose, où c'est la cellule (jui englobe les luicrohes grâce à ses mouvements amihoïdes.

(2) Sammlung klinischer Vortràge, 1898, n° 38, p. 290.

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