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CHAPITRE XllI

Si l’acidité du suc gastrique exerce une certaine influence sur les microbes, la pepsine qu’il renferme agit défavorablement sur les toxines. Il y a bien des poisons qui sont facilement absorbés, sans être modifiés, par la muqueuse stomacale. Môme le venin des serpents peut dans certaines conditions produire son effet toxique, lorsqu’il est absorlié par voie gastrique. Aussi d’après les expériences de Wehrmann (/. c.),la pepsine n’exerce-t-elle qu’une action très faible sur ce poison. Par contre cette diastase agit d’une façon manifeste sur certaines toxines bactériennes. M, Gamalcïa fl) a signalé que la pepsine détruit la toxine diphtérique. MM. Charrin et Lefèvre (2j ont constaté aussi qu’elle affaiblit les toxines microbiennes. D’après M. Nencki et Mmes Siebcr et Sclioumow-Simanovsky (3), le suc gastrique du chien détruit, quoique en faible proportion, le poison de la dijihtérie. Un gramme de suc est capable de rendre inoffensives oO doses mortelles de cette toxine et encore, pour que cette action se produise, il faut un contact prolongé des deux sulistances. Comme le suc gastrique neutralisé produit le même effet, on doit l’attribuer non pas à son acidité, mais bien à sa teneur en pepsine. Cette diastase agit beaucoup plus fortement sur la toxine tétanique, de sorte qu’avec 1 gramme de suc gastrique, il devient possible de neutraliser 1 0.000 doses mortelles pour le cobaye. Par contre l’abrine n’est pas modifiée par le suc gastrique d’après les recherches de M. Répin (4), faites dans le laboratoire de M. Roux. Malgré cela, son action par voie stomacale est faible, ce qui a permis à M. Ehrlich (5) de réaliser la vaccination des petits animaux l contre ce poison végétal. M. Répin explique ce fait par l’absorption très faible de l’abrine par la muqueuse gastro-intestinale. Ce même facteur, pense-t-il, peut contribuer aussi à l’inefficacité de plusieurs toxines ingérées. Cette règle cependant n’est pas absolue. Ainsi la toxine du bacille botulinique de M. van Ermengliem (6) n’est pas détruite par les diastases digestives et est bien absorbée par la muqueuse du tube digestif. C’est pourquoi, introduite par voie stomacale, elle manifeste un pouvoir toxique très violent.

L’estomac, capable d’empêcher, par son acide, la pullulation de cer-

(1) C. r. de la Soc. de Biologie, 4892, p. 153.

(2) Ibid., 1897, p. 830 et Charrin, Les défenses naturelles de l'organisme, Paris, 1898, p. 128.

(3) Centralblalt f. Bakteriologie, 1898. T. XX 111, p. 440, 480.

(4) Annales de V Instilut Pasteur, 1895. T. IX, p. 517.

(5) Deutsche medic. Wochenschrift, 1891, pp. 976, 1218.

(6) Centralblatt f. Bakteriolorjie, 1896. T. XIX, p. 442.

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ai

tains microbes, ne protège le reste de l’appareil digestif que d une façon très imparfaite. Aussitôt que, dans le duodénum, l’acidité s^’affaiblit ou disparait, les microbes commencent à se multiplier et développer une tlore très nombreuse.

L’intestin proprement dit présente dans la série animale une très grande variabilité et môme^ chez des animaux assez voisins, il accuse des dilférences considérables. Au point de vue particulier qui nous intéresse, ces différences sont aussi très manjuées. A côté des insectes dont le tube intestinal renferme une végétation bactérienne très riche comme les vers à soie, les larves de hannetons et autres, il y en a qui ne contiennent que quehpies rares microbes ou bien n’en renferment pas du tout. Ce dernier cas est représenté par les chenilles de petits papillons et notamment par celles des mittes de plusieurs espèces. Ces dilférences correspondent à la diversité des sucs et des ferments digestifs chez ces Invertébrés. Comme la physiologie de la digestion de ces animaux est encore fort peu connue, il est pour le moment impossible de préciser nettement les conditions qui règlent ces phénomènes. Dans tous les cas, il est très probable (|ue ce sont les ferments digestifs solubles qui détruisent les microbes et les empêchent de pousser dans le contenu intestinal. Autrement il est difficile d’expliquer que les larves des mittes qui vivent dans de vieilles étoffes poussiéreuses, où les germes de bactéries ne manquent j)as, présentent un tube digestif totalement privé de microbes. Les sucs digestifs, adaptés pour digérer la laine et meme la cire, sont évidemment capables aussi de digérer les corps microbiens. Chez d’autres insectes, qui se nourrissent de végétaux et de substances moins difficiles à digérer, les microbes se développent dans le contenu intestinal, comme chez beaucoup d’animaux supérieurs. Les insectes renferment souvent leur intestin tapissé par une membrane chitineuse très mince qui ne gêne pas l’absorption des produits de la digestion, mais qui empêche les microbes d’atteindre la couche épithéliale. Il s’agit ici d’un appareil de défense contre l’invasion microbienne qui doit être d’autant plus utile que cette membrane est rejetée et r.enouvelée pendant la mue, ce qui permet l’insecte de se débarrasser d un seul coup d’une grande quantité de scs habitants microscopiques.

Le canal du pancréas et l’intestin grêle chez les Vertébrés sont tou jours peuplés d’une ([uantité plus ou moins considérable de microbes, parmi lesquels prédominent les l)acilles. On sait la grande difficulté que l’on éprouve chaque fois que l’on veut faire des expériences

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de digestion pancréatique en dehors de l’org^anisme. Le liquide digestif alcalin et rcuferinant beaucoup de bactéries se transforme bientôt en une purée niicroljienne. Ou est donc obligé de recourir à des antiseptiques pour arrêter ce développement et mettre en évidence le rôle digestif des ferments solubles du pancréas. Ce fait si connu plaide certainement contre 1 existence d’un pouvoir bactéricide quelconque dans 1 intestin grêle des vertébrés supérieurs. Mais, même chez les animaux (jui se distinguent par une pauvreté remarquable de leur flore intestinale, on ne réussit pas à révéler la présence de substances bactéricides. Les crustacés, comme l'écrevisse, certains vers, comme les Ascaris, ne reuterinont ([ue peu de microbes dansleur intestin. Les premiers se nourrissent de matières putréfiées, les seconds vivent dans 1 intestin grêle de riiomme et des animaux, peuplé de myriades de bactéries. On pourrait donc croire que, dans ces conditions, le contenu intestinal doit renfermer une masse de microbes ou, dans le cas contraire, qu il doit contenir quelque substance fortement bactéricide. En réalité, ni 1 une ni l’autre de ces suppositions ne se trouve conûrmée. L’intestin de ces deux Invertébrés que je viens de nommer est très pauvre en microbes et son contenu ne laisse apercevoir aucun pouvoir bactéricide tant soit peu marqué. Lorscju’on introduit un peu de ce contenu dans des tubes et qu’on le maintient à température convenable, il ne tarde pas à se peupler d’une quantité de bactéries diverses.

Pour expliquer la pauvreté de la flore microbienne des intestins dans ces exemples, il faut donc admettre une sorte de purification mécanique, facilitée par les mouvements péristaltiques du tube digestif.

Môme chez des animaux qui accusent une abondance de microbes dans 1 intestin grêle, il doit se produire quelque phénomène amenant la disparition d’un certain noml)rc d’entre eux. Chez les mammifères, l’intestin grêle renferme toujours beaucoup moins de microbes que le gros intestin ; chez les oiseaux, les cæcums sont beaucoup [)lus riches en bactéries que le reste du tube digestif. M. Schütz (1) a essayé de prouver le pouvoir désinfectant de l’intestin grêle chez le chien, en lui donnant à ingérer des aliments auxajuels il avait ajouté une grande quantité de vibrions do Camaleïa {Vihrio Mctc/niikovi). Après s’être assuré que ces microbes péiissent dans le tube digestif et ne se retrouvent jamais dans les excréments, M. Schütz a introduit à ses chiens

(1) Berliner klinische Wochenschr., 1900, p. t)ü3.

IMMUNITI': DE L\ PE.VU ET DES MUQUEUSES

une canule, dont une branche passait dans le pylore et l’autre dans le duodénum. A l’aide d’un petit appareil, on pouvait facilement interrompre la communication entre l’estomac et rintesliu. Les vibrions introduits, avec du biscuit macéré dans l’eau, directement dans le duodénum (pendant que l’estomac se trouvait complètement isolé), ne pénétraient dans le ii'ros intestin qu’en petit nombre. La j)artic inférieure du colon, le rectum et les e.vcrémcnts, ne donnaient point de cultures vibrioniennes et ne laissaient pousser ([ue le colibacille. La désinfection de l’intestin se faisait dans ce cas sans aucun concours du suc gastri({ue. Bien plus, lorsque M. Schütz sacrifiait des chiens, après leur avoir fait manger une nourriture, mélangée avec des vibrions, ceux-ci se retrouvaient dans 1 intestin. L acidité gastrique n’est donc pas capalde de tuer ces microbes et de les empêcher de passer dans l’intestin grêle, dans lecpiel seulement ils trouvent la mort. Le n’est qu';\ l’aide de purgatifs, tels que riiuilc de ricin et le calomel que M. Schütz a réussi à conserveries vibrions dans les intestins et à les retrouver dans les déjections. Let observateur n’a pas poussé ses investigations plus loin et n’a pas révélé le mécanisme, par lequel 1 intestin grêle détruit une si gi'ande (juantité de vibrions. 11 suppose qu’à côté d’un facteur mécani(iue, comme les mouvements péristaltiques très vifs, il en existe d’autres, capables de tuer les microbes par des procédés chimiques.

Cette question de la défense dans l’intestin grêle est donc loin d’être élucidée. Les données, réunies à ce sujet, indiquent seulement que le problème est très compli(jué. D’un autre côté, on constate que des bactéries très virulentes peuv’ont passer a travers le tube digestif non seulement sans nuire a l’organisme, mais meme en trouvant leur propre mort dans cet organe. La bactéridie charlmnneuse, si meurtrière pour les souris et les cobayes, peut être avuilée par ces animaux sans le moindre danger. Klle a pu être retrouvée dans 1 intestin grêle, mais non pas dans le gros intestin, ce ([ui proine que 1 acidité gastriipie est incapable de la détruire complètement, l'our produire le charbon généralisé [lar voie intestinale, il faut cjue les animaux avalent les spores bactéridiennes avec des herbes piquantes, comme dans les ex[)éricnces de Pasteur et de ses collaborateurs (1 1, ou bien a\cc du sable ou du verre pulvérisé. Dans ces cas, ce sont les lésions intestinales qui servent de porte d entrée à la bactéridie, tandis que 1 intégrité

(t) Comptes rendus de VAcnd. des Sciences, 1880. T. XCI, p. 86.

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de la muqueuse des intestins empêche leur pénétration. xM. Mitchell, dans un travail inédit, entrepris dans mon laboratoire, a réussi à donner le charbon mortel à des cobayes, même en leur faisant ingérer des spores avec de la mie de ])ain trempée dans du lait. Pendant toute la durée de rexpérience^ les animaux ne prenaient aucune nourriture capal)le de produire des lésions de la paroi intestinale. Seulement des

exemples ddnlection dans ces conditions sont tout à fait exceptionnels. Dans la très grande majorité des cas, les animaux restent indemnes. Cette même règle s’applique aussi à beaucoup d’autres microbes qui peuvent être impunément ingérés, alors que leur inoculation dans le sang et les tissus provoque des infections sûrement mortelles. Beaucoup d animaux peuvent même avaler sans le moindre danger de grandes quantités de bactéries qui produisent chez l’homme des maladies intestinales graves. Ainsi on n’a jamais pu reproduire la fièvre typhoïde d’une façon constante et certaine chez aucune des espèces animales auxquelles on donnait à ingérer des masses de coccobacilles typhiques. On se rappelle les difficultés que tant de savants ont rencontrées pour donner le choléra intestinal à des animaux de laboratoire, ceux ci étant si réfractaires vis-à-vis du vibrion de Koch. Ce ne sont que les tout jeunes animaux, notamment les lapins à la mamelle qui sont capables de prendre le choléra intestinal mortel, et ceci non seulement avec le vrai vibrion cholérique, mais tout aussi bien avec le vibrion de Camaleïa. Dès que les lapins commencent à se nourrir de végétaux, ils acquièrent une immunité qui devient insurmontable.

Ce ne sont sûrement pas les ferments digestifs de l’intestin qui protègent l’organisme contre les infections par voie intestinale. Le contenu de toutes les parties de l’intestin grêle des Vertébrés permet un

développement abondant de toutes sortes de bactéries et, dans les solutions de trypsine, poussent très bien non seulement les microbes pathogènes et résistants, mais aussi les saprophytes et les bactéries les plus inotfensives. M. Weigert (1), s’appuyant sur ce fait, a inêtnc cru y voir une objection contre la théorie, d’après laquelle la destruction des microbes dans l’organisme, notamment celle qui se fait par les phagocytes, est considérée comme un acte de digestion. 11 est vraiment remarquable que, tandis que la trypsine est si impuissante contre les microbes, les ferments intracellulaires et surtout la inicrocylase, dont la parenté avec le groupe des trypsines est incontestable, puissent si bien les digérer.

(1) Fortschritle (1er Medidn.., \%%1. T. VI, p. 810.

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On pensait que^ parmi les sucs digestifs^ c’est surtout la bile qui est capable de manifester un fort pouvoir antiseptique. 11 est incontestable que ce liijuidc n’est pas indilférent pour certaines bactéries. M. Talma affirme qu’il est bactéricide vis-à-vis de plusieurs microbes, surtout du bacille de la diphtérie. Seulement, dans beaucoup de scs propres expériences, la bile s’est montrée incapable de tuer les microbes introduits directement dans la vésicule biliaire. D’après les recherches de MM. Gilbert et Dominici (1), la bile permet le développement abondant des microbes capables de provoquer des maladies des voies biliaires, comme le colibacille. iNous avons nousmôme essayé d’empécher la pullulation du vibrion cholérique par la bile, mais nos résultats ont été sous ce rapport tout à fait négatifs. Si la bile, à l’état non dilué, est si peu active sur tant de bactéries, il est évident qu’on ne peut pas compter sur son action antiseptique, lorsqu’elle passe dans l’intestin grêle, où elle se mélange avec toutes sortes d’autres substances.

Les liquides digestifs de l’intestin grêle, non bactéricides, comme le suc pancréatique, ou peu actifs, comme la bile, sont cependant capables de produire une influence marquée sur certains poisons et, entre autres, sur quelques toxines microbiennes. D’après les expériences deM. Nencki et de Mmes Sieber et Schoumow-Simanovsky (/. c.), la trypsine est beaucoup plus antitoxique contre le poison diphtérique que la pepsine. Ainsi le suc pancréatique de lapin et de cobaye détruit cette toxine beaucoup plus fortement que ne le fait le suc gastrique. Le suc pancréatique de chien exerce une action très grande sur la même toxine, ün gramme de ce liquide neutralise 10.000 doses mortelles de celle-ci. AVehrmann a vu également que la trypsine empêche le venin des serpents de produire l’empoisonnement.

La bile exerce aussi une action contre certains poisons. Mélangée aux toxines dij)htérique et tétanique, elle empêche leur ctfet pathogène. Elle neutralise aussi le venin des serpents, comme font observé MM. Fraser (2), Phisalix (3) et Calmette (i). Tous les venins, mis en contact pendant 24 heures avec de la bile fraîche, ne produisent aucun ctfet nuisible lorsqu’on injecte le mélange à des

(1) Comptes rendus de la Soc. de Bwloçjie, 18V)4, p. 38.

(2) British medical Journal, 1897, no 1914, p. 39.3.

(3) Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1898, p. iO.37.

(4) Armâtes de l'Institut Pasteur, 1898. T. XII, p. 34ô.

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animaux neufs. La bile, ehaiiffée à 100® et même à 120°, est encore active, quoique plus faiblement. Mais pour obtenir ces résultats, il est indispensable de préparer d'abord le mélange des deux liquides. Injectée séparément, en môme temps, avant ou après le venin, labile ii’empcche nullement rempoisonnement de se produire. Le venin, injecté direcicment dans la vésicule biliaire de lapins, provoque l’intoxicalion mortelle au même degré que la même dose de venin, introduite sons la peau. M. Cidnietto,qui a fait cette expérience, explique ce résultat négatif par l'absorption trop rapide du venin qui n’a pas eu le temps de subir l’elfet destructif de la bile.

On a constaté une intluencc empêchante de la Ijile sur deux virus, dont ou ne connaît pas le microbe. M. Koch (Ij a réussi à vacciner des bovidés avec de la bile des animaux morts de peste l)ovine et M. Franzius (2) a empêché les animaux de prendre la rage, lorsqu’il leur inoculait le virus rabique, mélangé avec de la l)ile de lapins morts de rage. Seulement, comme l'a démontré M. Vallée (3j, la bile de lapin normal produit exactement le môme effet. 11 s’agit ici donc d'une action empêchante de la bile comme telle contre le virus rabique. Dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible de dire si cette influence de la bile est dirigée contre la toxine ou contre le microbe inconnu. L’analogie plaiderait pour la première de ces deux suppositions.

La bile, active contre certains poisons, n’empêche cependant pas ■ rempoisonnement par la toxine cholérique, ni par celle du botulisme, deux intoxications intestinales des plus typiques.

Comme les diastases et les sucs digestifs se montrent incapables d’atteindre les microbes, et comme certains d’entre ceux-ci périssent dans les intestins, il faut chercher la cause de leur destruction dans quelques autres agents. Il est probable c[ue la concurrence vitale entre les microbes, dont le rôle a pu être prévu dans la cavité buccale, présente une plus grande importance encore dans les phénomènes d’action pathogène ou d’inefficacité des bactéries infectieuses dans le tube intestinal (4;. Ce chapitre compliqué et difficile n’a pu être étu-

(1) Deutsche jnedicin. Wochenschrift, 1897, pp. 223, 2 il.

(2) Cenlralhlatt f. Bakteriolo(]ie , 1898. T. XXIII, p. 782.

(3) Annales de d Institut Pasteur, 1899. T. XIII, p. 306.

(4) Peut être les microbes intestinaux jouent-ils aussi un rôle dans l’inimunilé de l’organisme vis-à-vis des entozoaires. Beaucoup d'exemples de cette immunité sont fra)ipants. Tels vers intestinaux ne sont ca|)ables de vivre que dans le tube digestif d’une seule ou d'un nombre très petit d'espèces animales. Lorsqu’on donne à des

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cUé jusqu’à présent que d’une façon très imparfaite. Dans nos études sur le choléra, nous avons remaiajué que, dans certaines conditions, les vibrions cholériques ne se développent sur phujues de gélatine qu’au voisinage de quelques microbes favorisants, comme les torulas et les sarcines. Guidé par ce fait, nous avons réussi à produire le choléra intestinal chez des lapins à la mamelle, avec des races vibrioniennes qui, ingérées seules par ces animaux, restaient inollensives ou ne déterminaient la maladie que dans des cas rares. Xous avons pu nous assurer de l’elFet favorisant de certains représentants de la tlore gastro-intestinale sur le vrai choléra (1). 11 a été tout naturel de supposer, à la suite de ces données, ([ue cette tlore [)eut renfermer aussi des microbes capables de gêner le développement et l action toxique du vibrion cholérique. Xous avons meme émis l’hypothèse que ces microbes empêchants de la tlore du tube digestil peuvent expliquer rimmunilé des animaux, d’un grand nombre d’hommes et môme des populations des villes indemnes, vis-à-vis du choléra intestinal. Il y aurait donc dans le contenu intestinal, habité par une quantité de microbes et dé[)Ourvu de sucs bactéricides, un facteur important qui assurerait l’état réfractaire dans beaucoup d’exemples. 11 faut dire cependant que nos études prolongées, dans le but de démontrer sur les lapins à la mamelle le rôle précis de ces microbes empêchant le choléra, n’ont pas donné de résultat satisfaisant, ce que nous attribuons à nos connaissances très imparfaites de la population microbienne des organes digestifs.

Si la destruction des microbes qui pénètrent dans les intestins par des représentants de la flore intestinale normale n’a pas été démontré jusqu’à présent d’une façon satisfaisante, la propriété de ces derniers de détruire les toxines microbiennes ne peut être mise en doute. Nous (2j avons constaté (ju’un grand nombre de microbes se développent bien dans les bouillons de culture du bacille tétanicpic qui renferment une (quantité de toxine spécifique. Dette toxine se détruit sous l’influence de cette végétation microbienne, mais ne donne ja-

lapins à dévorer une quantité de cyslicerqties du porc, ceux-ci passent vivants dans l'intestin grêle et se transforment en véritables scolcx. Mais, au lieu de se reproduire, ils se laissent expulser au dcLors et ne donnent jamais lieu au développement de ténias. L’immunité contre les parasites intestinaux n’a jamais fait l’objet d'études spéciales et ce n’est qu'à titre purement hvimthétique (jue j’émets la supposition du rôle des microbes de la tlore intestinale.

(i) Annales de l'Institut Pasteur, 1894. T. MU, p. 547.

(•2) Ibid., 1897. T. XI, p. 802.

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mais lieu à la production d’antitoxines. MM. Charrin et Mangin (1) ont ol)sci‘vé des faits analogues.

Comme la destruction des toxines hactériennes par les microbes s opère avec une grande constance et rapidité, il est tout naturel de supposer que le meme phénomène se passe aussi dans le tube intestinal des animaux vivants, dans lequel des microbes pathogènes ont réussi à sécréter leurs produits toxiques.

Le foie, étant depuis longtemps reconnu comme organe purificateur des produits résultant de la digestion, on s’est demandé s'il ne pouvait pas jouer aussi un rôle dans la destruction des poisons microbiens. Certains faits indiquaient son influence empêchante sur l’action de la nicotine, de l’atropine et de quelques autres alcaloïdes, et d’autres faits démontraient la propriété du foie de transformer les substances ammoniacales, provenant du travail des glandes digestives, en urée. Lorsque MM. Nencki, Pawloff et leurs collaborateurs (2) réussirent à aboucher la veine porte avec la veine cave, supprimant ainsi la fonction purificatrice du foie, ils virent leurs chiens s empoisonner par suite de l’accumulation de l'ammoniaque dans l’organisme.

Guidé par ces données sur le rôle défensif du foie, on a essayé de les appliquer à l’influence du même organe sur les toxines bactérien- i nés, telles que le poison de la diphtérie. Seulement les tentatives j nombreuses, entreprises dans cette voie, ont donné des résultats I négatifs : le foie ne s’est pas montré capable de détruire cette toxine. MM. Bouchard, Charrin et Ruffer ont étudié l’action du foie sur le poison pyocyanique. Ils ont cru apercevoir une certaine action anti- i toxique de cet organe, mais plus tard M. Charrin (3) s’est assuré lui- i même que les sécrétions bactériennes ne sont que « médiocrement I modifiées » dans ces conditions et que ce sont surtout les parties solu- i blés dans l’alcool qui subissent l'intluence du foie. Or, les vraies toxi- I nés bactériennes, on le sait bien, se distinguent précisément par i leur insolubilité dans l’alcool. Dans les expériences si nombreuses ' de MM. Roux et Vaillard et de tant d’autres observateurs sur les toxi- i nés tétanique et diphtérique, on n’a jamais pu mettre en évidence une intluence antitoxique quelconque du foie.

Les organes digestifs sont munis du haut en bas d’un appareil de

(1) Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1897, p. .5fo.

(2) Archives des sciences biologiques, St-Pétersbourg, 1892. T. I.

(3) Les défenses naturelles de V organisme, Paris, 1898.

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défense contre les microbes qui consiste en une accumulation de tissu lymphoïque sous forme de paquets ou de ganglions. Ce sont les amygdales, les plaques de Peyer, les follicules solitaires de l’intestin. Ces orgnnes produisent une quantité de phagocytes qui peuvent se mettre en contact avec les microbes. M. Ribbert d ) et Bizzozero (2) ont, indépendamment et presque en même temps, décrit des amas ganglionnaires dueœcum des lapins, dans lesquels ils avaient reconnu la présence de beaucoup de microbes venant du contenu intestinal. Ils ont observé que la plupart de ces bactéries étaient renfermées dans l'intérieur des cellules et envisagé le cas comme un exemple de réaction phagocytaire. M. Manfredi (3) a pu coidirmer cette interprétation par la démonstration que les microbes englobés étaient morts. Plus tard, M. Ilutfer (i) a étudié cette question dans mon laboratoire. lia trouvé la phagocytose intestinale dans les plaques de Peyer chez plusieurs espèces animales et a établi que le tissu lymphoïque renferme de gros macrophages remplis de bactéries et de microphages en voie de digestion intracellulaire. Parmi ces derniers, il a reconnu des leucocytes renfermant à leur tour des microbes. L'’accumulation des phagocytes dans les organes lymphoïques du tube digestif constitue pour ainsi dire le dernier acte d’une lutte qui s'étend à une surface très grande.

M. Stœhr (5) a établi depuis déjà un certain nombre d’années que la paroi intestinale et surtout les amygdales et les autres organes lymphoïques sont parcourus par une quantité énorme de leucocytes qui exécutent une sorte de pérégrination vers les cavités peuplées de microbes. Cette migration continuelle et normale est souvent désignée sous le nom de phénomène de Stœhr. 11 est évident qu’il s agit ici d’un processus de défense phagocytaire, dans lequel les leucocytes, disséminés dans le tube digestif^ font la chasse aux microbes les plus rapprochés des parties vivantes dans cet organe. Lorsqu’on prélève un peu de mucus de la surface des amygdales des personnes bien portantes, on y trouve constamment des leucocytes, surtout des microphages remplis de microbes de toutes sortes,

La défense de la muqueuse digestive est plus compliquée que celle

(t) Deutsche medicin. Wochenschn! t, p. 19T.

{i) Centralhlatt f. medicin. \\ issenschaften, 1885, p. 801.

(3) Giornale internationale d. Science mediche, 1886, p. 318.

(4) Qaarterlij Journ. of Microsc. Science, 1890. 1. GXX, p. 481.

(5) Virchow' s Archiv, 1884. T. XG^ II, p. 211.

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