‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 118 sur 171 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

des autres muqueuses et bien des points sont encore obscurs et doivent être élucidés par des recherches nouvelles. On pourrait croire que les phénomènes, étant beaucoup plus simples et cependant de nature semblable, dans la défense de la muqueuse des organes génitaux, devraient être beaucoup mieux précisés et éclaircir plusieurs côtés du problème de la défense de l’organisme en général. Les accoucheurs et les gynécologistes se sont en effet beaucoup occupés de cette question en ce qui regarde les organes génitaux de la femme, mais on est encore loin de posséder des renseignements suffisants. Il existe déjà toute une littérature à ce sujet, dans laquelle domine l'ouvrage en deux volumes de MM. Menge et Krônig (1). Et cependant la question est encore bien loin d’être résolue d’nne façon satisfaisante.

La vulve et le vagin naissent sans microbes, mais ils ne tardent pas à se peupler. Il se développe dans ces organes une flore assez abondante, dans laquelle on reconnaît certaines espèces prédominantes comme le bacille de Dœderlein. Les microbes peuvent donc bien vivre dans la vulve et le vagin, et pourtant lorsqu'on introduit dans ces organes des cultures de diverses bactéries, saprophytes ou pathogènes, elles ne tardent pas à disparaître complètement. 11 se produit le phénomène que M. Menge a désigné sous le nom d’ « autopurification » des organes génitaux de la femme. Lui-même, ainsi que ses prédécesseurs, MM. Dœderlein et Stroganoff, ont essayé de préciser le I mécanisme de cette purification. Chez des filles nouveau-nées, ce ' phénomène est moins compliqué que chez les adultes. D’après ! M. Menge, c’est l’acidité de la sécrétion vaginale de ces tilles qui l empêche d’abord le développement d’un grand nombre de bactéries. Bientôt s’associe à ce facteur une émigration massive des leucocytes i qui détruisent les bactéries par un acte de phagocytose ou bien par I leurs produits échappés dans le mucus vaginal. Comme troisième élé- I ment auquel on attribue une très grande importance, il faut compter i l’intervention des bactéries acidophiles qui poussent bien dans les sécrétions acides, mais qui gênent le développement d'autres microbes. Pour M. Dœderlein c’est surtout au bacille qui porte son nom, cjue le vagin doit sa défense contre les germes infectieux. M. Menge attribue cette action à toute une série de bactéries.

Après avoir introduit des staphylocoques pyogènes dans le vagin des filles nouveau-nées, M. Menge les a vus pousser pendant une cer-

(i) Bakteriologie des weiblichen Genitalkanals, Leipzig, 1897.

IMMUNITÉ DE LA DEAU ET DÉS MUQUEUSES

iol

taine période de temps. La présence de ces microbes provoquait une forte accumulation de leucocytes dans le mucus vaginal, suivie d’un cng’lobcment des microbes très prononcé. Mais ce n'est qu’à partir du moment où le vagin se peuplait des bactéries qui constituent sa flore normale, que les staphylocoques commençaient à disparaître. Ce processus d aulopurification ne se termine que trois jours après l’introdiiction de ces bactéries. ^I. Mengc s est demandé si un élément purement mécanique ne contribuait pas aussi à débarrasser le vagin des microbes qui y pénètrent. Dans ce but, il a introduit dans cette cavité des grains de vermillon et comme ceux-ci y séjournaient plus longtemps que les microbes, iM. Menge en a conclu que le vagin était incapable de se purifier ])ar voie mécanique. 11 faut cependant tenir compte dans ces expériences du fait que les microbes que i\I. i\ienge introduisait dans le vagin, provoquaient une forte réaction accompagnée de leucocytose considérable. Dans ces conditions, il devait se produire aussi plus de sécrétions muqueuses qui pouvaient beaucoup plus lacilement entraîner avec elles les microbes pénétrés dans le vagin, que dans le cas du vermillon. Il est donc très probable que, de môme que pour les autres muqueuses, celle des organes génitaux de la femme est capable d'expulser mécaniquement les particules fines et surtout les microbes.

Dans 1 intention d’élucider le problème de l’autopurification du vagin, M. Cahanescu (1) a entrepris dans mon laboratoire des expériences sur des femelles de plusieurs espèces de mammifères. Comme la jument fournit la quantité la plus considérable de mucus vaginal, c'est sur elle que cet observateur s’est arrêté pour résoudre la question du pouvoir bactéricide de cette sécrétion. Le résultat a été absolument négatif, même vis-à-vis des saprophytes inofl'ensifs, comme le Coccobacilius prodigiosus. L’autopurification du vagin chez la chienne, la lapine et le cobaye femelle, s'est montrée peu active et peu prononcée. Les microbes introduits dans le vagin y restaient le plus souvent pendant longtemps. De tous les facteurs de destruction microbienne que M. Cahanescu ait pu saisir, c’est l’accumulation des leucocytes qui était le plus prononcé. Quelquefois, il a pu observer une phagocytose intense, tandis que dans d’autres expériences elle n’était que rare ou même faisait complètement défaut. Comme beaucoup de leucocytes trouvent leur mort dans le mucus vaginal, il est possible qu’il se pro-

(l) Annales de l'Institut Pasteur, 1901. T. XV.

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