CHAPITRE XIV
IMMUNITÉ ACQUISE PAR VOIE NATURELLE
Immunité acquise après la guérison des maladies infectieuses. — Immunité acquise dans le paludisme. — Propriétés humorales des convalescents de la fièvre typhoïde. — Propi'iété préventive du sang de personnes guéries du choléra asiatique. — Pouvoir antitoxique du sang de personnes guéries de la diphtérie.
Immunité acquise par voie héréditaire — Absence d’immunité héréditaire proprement dite. — Immunité conférée par le sang maternel et par le vitellus.
Immunité conférée par l’allaitement.
C’est une vérité reconnue depuis très longtemps qu’un grand nombre de maladies infectieuses, après une première atteinte, déterminent un état réfractaire de Porganisme qui persiste pendant de longues années et peut même durer pendant tout le reste de la vie. Rien avant l’ère microbiologique de la science médicale, il était déjà parfaitement établi qu’une personne, guérie de la variole, pouvait approcher et soigner des varioleux, sans risquer d’attraper la maladie une seconde fois. Le même résultat a été obtenu par voie purement empirique pour plusieurs autres maladies infectieuses, telles que la coqueluche, la fièvre typhoïde, la scarlatine, les oreillons, etc. D’un autre côté, on a pu établir que certaines maladies infectieuses, comme la pneumonie fibi’ineuse, l’érysipèle, la fièvre récurrente, rinfluenza, ne laissent point après elles d’immunité tant soit peu manifeste. On observait même souvent qu’après une première atteinte, ces maladies avaient une tendance marquée à récidiver. Entre ces deux extrêmes, se placent les infections qui ne sont suivies que d’un état réfractaire de durée plus courte que pour les maladies de la première catégorie. Ce sont d’abord la rougeole, qui donne lieu à une immunité relativement longue, la peste humaine, le charbon, le choléra, etc.
Il faut bien dire que la première atteinte de toutes les maladies infectieuses provoque des modifications dans l’organisme plus ou moins durables et est toujours suivie d’immunité. .\lêmc dans l’érysipèle, cette infection où les récidives sont tellement fréquentes que
IMMUNITÉ ACQUISE PAR VOIE NATURELLE
certains individus sont pour ainsi dire prédestinés à l’acquérir à de courts intervalles, il se produit néanmoins une immunité, quoique bien fugace. Depuis la découverte du streptocoque de l’érysipèle parM. Fehleisen (1), cet observateur lui-même^, ainsi que plusieurs autres savants, ont inoculé ce microbe à des personnes atteintes de tumeurs malignes. Au cours de ces tentatives de traitement, on a remarqué plusieurs fois qu’après une première inoculation, suivie d’érysipèle typique, se développait une période d’immunité, pendant laquelle l’introduction du streptocoque restait sans résultat. Dans la fièvre récurrente qu’on a pu inoculer à des singes, on a observé également qu’il SC produit un état réfractaire bien fugace, mais réel. De même dans la pneumonie fibrineuse, les récidives sont généralement séparées de périodes d'immunité plus ou moins longues.
On pensait généralement que la fièvre malarique, non seulement ne donnait lieu à aucune immunité consécutive, mais qu’une première atteinte prédisposait l’organisme à contracter de nouveau la même maladie. Des faits de ce genre ont été souvent constatés et ne peuvent par conséquent être mis en doute. Et cependant il se développe une immunité acquise contre le paludisme dans certaines conditions. Lors de son voyage k la Nouvelle-Guinée, M. R. Koch (2) a constaté que, tandis que dans certains pays les enfants au-dessous de dix ans sont pour la plupart atteints de paludisme et laissent reconnaître dans leur gang le parasite de Laveran, les enfants plus âgés, ainsi que les personnes adultes, sont complètement indemnes de cette infection. M. Koch est persuadé qu’il s’agit ici d’un exemple d’immunité acquise par voie naturelle à la suite de l’atteinte de paludisme dans le bas âge. Ce grand savant s'appuie dans sa conclusion sur le fait que les adultes indemnes, provenant des pays où les enfants renferment le parasite, ne contractent pas la malaria lorsqu’ils arrivent dans d autres régions paludéennes. Et cependant lorsque dans ces moines régions arrivent des indigènes, provenant des pays où le paludisme n’existe pas, ils deviennent bientôt malariques. M. Glogner ( 3) a essayé d expliquer les données établies par M. Koch, par le fait que les adultes indçinnes jouissent simplement de leur immunité naturelle et qu il s agit ici d’une sorte de sélection : tandis que les adultes, sensibles au paludisme, meurent à la suite de cette maladie, d autres, naturellement
(1) Etiolo(pe des Eri/sipels, 1883.
(5) Deutsche medic . Woche.yischi'., 1900, n°s 49 et 30, pp. 781, 801.
(3) Virchow's Arc/iiv, 1900. T, CLXII, p. î2:2^.