‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 128 sur 171 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

de Bacterium Chauvaei . Aussitôt après la découverte de l’atténuation des virus et des vaccins contre le choléra des poules, les trois observateurs nommés se sont mis à l’appliquer au charbon symptomatique. Après quelques eübrts, ils ont élaboré une méthode qui s’est rapidement étendue dans la pratique et qui, depuis bientôt vingt ans, sert a vacciner les bovidés dans les pays où le charbon symptomatique est le plus répandu. Ce sont surtout les pays de montagnes, tels que la Suisse, les Alpes bavaroises, le Dauphiné, l’Auvergne, etc.

MM. Arloing, Cornevin et Ibomas (1 j préparent deux vaccins contre le charbon symptomatique d’une façon très ditlérente de celle qui sert pour la préparation des vaccins pastoriens contre le vrai charbon. Ils prélèvent le virus dans les muscles envahis par le microbe ; ils triturent un morceau de tumeur dans un mortier en y ajoutant quelques gouttes d’eau. Le mélange est liltré à travers une mousseline et le liquide est desséché à 37® ; on obtient une poudre brune virulente. Pour la préparation des vaccins, une partie de cette poudre est mélangée avec de l’eau et soumise à une température de 100o-104® pendant sept heures. Une autre partie n’est chautlee pendant le meme nombre d’heures qu’à 00®-94°. Celle-ci fournit le deuxième vaccin, tandis que la première partie constitue le premier vaccin.

Dans la pratique vaccinale, les poudres des deux vaccins sont délayées dans de l’eau bouillie et introduites dans le tissu sous- cutané des animaux que l’on veut immuniser. Le deuxième vaccin doit être injecté 8 à 12 jours après le premier. Les vaccins sont généralement très bien supportés par les bovidés et leur confèrent une immunité certaine et durable. Malgré quelques inconvénients, cette méthode, connue sous le nom de « méthode lyonnaise », rend de grands services et s’est maintenue dans la pratique comme la meilleure de toutes celles qui ont été proposées jusqu’à ces derniers temps. Son efficacité est prouvée parle fait que, dans la période de 1884 à 1895, sur 400.000 animaux vaccinés, la mortalité ne s’est montrée que de 1 pour 1.000.

MM. Arloing, Cornevin et Thomas pensaient que le chauflàge à des températures élevées amenait une véritable atténuation du virus. MM. Leclainche et A'allée (2), qui ont, dans ces derniers temps, repris l’étude de cette question, ont démontré que cette opinion ne peut être maintenue. En réalité, les spores, après le chaulfage à 90»-104®, don-

(t) Le charbon bactérien, Paris, -1883 ; 2e édition, 1887.

(2) Annales de V Institut Pasteur, lüüO. T. XIV, pp. 202 et 313.

VACCINATIONS PREVENTIVES

nentnaissance à des bacilles doués de leur virulence normale, entière. Seulement le chautfage, dans la préparation des vaccins lyonnais, détruit la toxine élaborée par le Bacteruim C/iauvaei\ il en résulte que les spores deviennent la proie des phagocytes ; c’est uniquement pour cela que rinoculation de ces vaccins est bien suppoidée par les animaux. Mais toutes les spores de la poudre vaccinale ne sont pas phagocytées ; celles qui sont au centre des particules solides de la poudre résistent longtemps à l’aclion des cellules, quelques-unes peuvent germer, produire des bacilles et donner lieu à une maladie bénigne, capable de conférer l’immunité. La germination de ces spores est encore facilitée par la présence de microbes étrangers dans les poudres vaccinales ; ces microbes contribuent à ralentir la phagocytose des spores charbonneuses.

Dans la suite de leurs recherches, MM. Leclainche et Vallée ont démontré cju’il est facile de vacciner les animaux sensibles au charbon et de leur donner une immunité solide avec une seule injection préventive de culture pure du Bacteriiim Chauvari. Ils emploient pour cela des cultures en bouillon de panse de porc (bouillon de Martin; qu’ils chaulfent pendant deux heures à 70”. Les cultures, ainsi traitées et injectées en quantité de l à 2 c. c. à des bovidés, leur procurent une immunité d’emblée. Les auteurs cités sont persuadés que la vaccination par celte méthode pourrait être utilisée dans la grande pratique avec plus d’avantages que celle actuellement usitée. Une seule injection, au lieu de deux, réalise une grande économie et l’injection vaccinale de cultures pures préserve les animaux des accidents causés par les microbes étrangers qui sc trouvent mélangés au vaccin lyonnais.

l‘ar contre, MM. Leclainche et Vallée pensent que la vaccination par les sérums n’a pas d’avenir dans la lutte contre le charbon symptomatique et ne pourra être utilisée que dans des cas exceptionnels.

11 est évident que la méthode lyonnaise se prête aux perfectionnements et [jourra meme être un jour remplacée par une autre. Mais il n’est pas moins vrai qu'elle a déjà sauvé une très grande quantité d'animaux de la mort certaine par le charbon symptomatique.

VIL Vaccina/io)is contre le rouget des porcs. — Le rouget des porcs est une maladie très répandue presque dans tous les pays où l'élevage de ces animaux se fait sur une grande échelle. Elle est en même temps très meurtrière et on évalue que, rien qu’en France, elle tue chaque année au moins 100.000 porcs valant plus de cinq mil-

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lions de francs. Malheureusement, le rouget des porcs est souvent confondu par les éleveurs avec d’autres épizooties et surtout avec la pneumoentérite des porcs. Cette confusion a été souvent la cause de grandes pertes pour l’agriculture.

Bientôt après que les vaccinations contre le charbon entrèrent dans la pratique vétérinaire, Pasteur (I), aidé par Thuillier, se mit à étudier le rouget des porcs qui faisait de grands ravages dansla Vaucluse. Ces savants ne tardèrent pas à découvrir, dans un tout petit bacille, capable de pousser en culture pure dans du bouillon nutritif, la vraie cause de la maladie. Guidé par le résultat de ses travaux antérieurs, Pasteur entreprit avec son collaborateur des recherches minutieuses sur le renforcement et l’atténuation de la virulence du bacille du rouget des porcs, ce qui les amena à l’élaboration d'une méthode de vaccination capable de protéger sûrement les porcs contre la maladie. Suivant l’exemple des vaccinations charbonneuses. Pasteur et Thuillier préparèrent deux vaccins contre le rouget, dont le premier était plus atténué que le deuxième. Les bacilles de ces deux vaccins étaient cultivés dans du bouillon et expédiés dans des tubes tout à tait pareils à ceux que l’on emploie pour les vaccins charbonneux.

Les vaccins sont par eux-mêmes inoffensifs et capables de communiquer aux porcs inoculés une immunité assez durable pour être utilisée dans la pratique. Comme les jeunes porcs sont moins sensibles au rouget que les adultes, on préfère généralement vacciner des porcelets de deux à quatre mois. La vaccination se fait en deux fois. Le premier vaccin doit être inoculé sous la peau, à la face interne de la cuisse droite, à la dose de un huitième de centimètre cube ; le second vaccin est inoculé de la même façon, douze à quinze jours plus tard, à la cuisse gauche. L’immunité, consécutive à ces vaccinations, demande environ deux semaines pour s’établir complètement.

Malgré tous les avantages de la méthode pastorienne, les vaccinations contre le rouget des porcs ne se sont pas étendues autant qu’on pouvait le prévoir et c’est plutôt à l’étranger qu’en France qu’elles sont répandues. 11 suffit de jeter un coup d’œil sur les chiffres statistiques pour s’en convaincre. Depuis Tintroduction des vaccinations pastoriennes en 1884 jusqu’au F’’ janvier 1900, il a été vacciné en France en tout 428.740 porcs, tandis qu’à l’étranger, où les vaccinations ont été introduites quelques années plus tard, la quantité des

(t) Comptes ve7idus de l'Âcad. d. Sciences, 1883. T. XCVII, p. 1163.

VAGCINATiüNS PRÉVENTIVES

porcs vaccinés s’est élevée à 4.819.387. De ce nombre, la plus grande majorité (4. 194.191 ) ont été vaccinés en Hongrie. Les pertes, parmi les animau.v vaccinés, sont insigniliantes (1,08 ®/o]» en comparaison de la mortalité des porcs non vaccinés qui atteint en moyenne 20 7o*

Les causes de la faible extension des vaccinations des porcs en France sont diverses. Dans beaucoup de pays, l’élevage se fait en de trop petites proportions pour permettre l’intervention du vétérinaire et les dépenses que nécessitent les vaccinations. D’un autre coté, on ne peut pas nier que la méthode pastorienne présente quehjues inconvénients dans la pratique. L’introduction de bacilles vivants, quoique atténués, peut servir tpielquefois à répandre les germes infectieux, surtout dans les cas, rares il est vrai, où les porcs vaccinés prennent une maladie chronique. Les vaccins pastoriens doivent donc être évités dans des régions où le rouget ne s’est pas encore répandu. Leur application dans des pays déjà infectés présente cet autre inconvénient (]ue l’immunité, j)our s’établir, demande un temps assez long, ce qui permet au microbe de tuer un grand nombre de porcs, avant que les vaccins leur aient donné l’immuuité.

Il est tout naturel que, dans de pareilles conditions, on ait essayé de remplacer la méthode pastorienne par une autre qui présenterait moins de ris(iues. Aussi depuis la découverte des bases de la sérothérapie, plusieurs savants ont cherché à l'appliquer au rouget des porcs. MM. Lmmerich et Mastbaum (1) ont démontré les premiers que le sang des lapins, immunisés avec des bacilles de cette maladie, acquiert une propriété préventive très manifeste. Ils ont même essayé de tirer de leurs recherches des applications pour la pratique. Mais c’est surtout à M. TiOrenz (2), vétérinaire à Darmstadt, que l’on doit les premières a[)plications pratiques de cette méthode. Ils prépara des sérums préventifs, en injectant des bacilles du rouget à des lapins et à des porcs et ht la démonstration que 1 inoculation de ces sérums, combinée avec celle des bacilles vivants, conféraient à des porcs une immunité suflisante et ([ui s’établissait aussitôt après rintroduction du sérum. D’après la méthode de M. Lorenz, il fallait avant tout faire une injection [)réventive de sérum ; quelques jours ( 3-5) après, on devait la faire suivre d’une inoculation de bacilles vivants, [)rovenant du

(t) Archiv fur Ilygiene, 1891, p. 275.

(2) Deutsche thierarztliche Wochenschrift^ 189.8. I. I,pp. -il, 85; Centralhl.f, liakteriol. 1898. T. XIll, p. 857 ; Deutsche Zeitschrift f. Thiermedicin., 189i. T. XX,p. 1.

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