‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 130 sur 171 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

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siège de riiioculation ; au niveau du tronc ou de l’encolure, ils sont le plus soLiveilt mortels ; à la périphérie, à la partie inférieure des membres, à l’extrémité des oreilles ou de la queue, l'inoculation ne produit ordinairement qu'une tuméfaction inflammatoire peu étendue, résorbée en quelques semaines ; consécutivement, l’animal est réfractaire à la maladie naturelle. W illems en conclut qu’on pouvait vacciner contre la péripneumonie en inoculant à la queue la sérosité virulente du poumon. L’inoculation willemsienne est entrée depuis 50 ans dans la pratique courante.

Pour eüectuer un grand nombre de vaccinations, il fallait avoir à sa disposition une (juaulité suffisante de virus; c’est donc vers ce point que l’on a d’abord dirigé les recherches. On prélevait la sérosité dans les poumons hépatisés des animaux mortellement atteints et on l’inoculait aux bovidés neufs aussi rapidement que possible, de façon à éviter la contamination du liquide. En ellet la sérosité pulmonaire renferme souvent des germes étrangers capables de se mnltiplieirapidement, et, de fait, elle se putréfie très vite. Pasteur a montré comment il était possible de remédier à ces inconvénients, par un procédé très simple, capable de procurer une grande quantité de virus dans des conditions de pureté aussi grande que possible. 11 suffit pour cela d’inoculer sous la peau d’un veau sevré, en arrière de l’épaule, un peu de virus péripneumonique. Il se fait au point d'inoculation, dans le tissu cellulaire, une exsudation abondante de sérosité virulente ; on peut ainsi recueillir de grandes quantités de virus pur.

Dans quelques pays, comme en Allemagne et en Australie, on a créé des Instituts où l’on produit, par cette méthode, la sérosité virulente nécessaire pour les inoculations.

Le virus doit être inoculé à l'extrémité de la queue des animaux que l’on veut immuniser, parce que, à cet endroit, la température est relativement basse et le tissu conjonctif dense et peu abondant. L’inoculation se fait à la lancette ou à la seringue de Pravaz. La vaccination est généralement bien supportée, malgré les phénomènes de réaction qui se manifestent environ deux semaines après l'introduction du virus. Il se produit alors un mouvement fébrile et une tuméfaction au point d’inoculation qui ne tardent pas à rétrograder pour dispa raitre complètement.

L’immunité, conférée par la méthode de\Yillems, est solide et durable (pendani un ou deux ans et meme davantage), ce qui explique sou grand succès auprès des éleveurs et des vétérinaires. Les acci-

VACCINATIONS PHIÎVENTIVES

dents qu’elle provoque sont rares et la mortalité ne dépasse pas un pour cent.

Malgré tous ces avantages, il était utile de rechercher une méthode nouvelle, permettant de faire de grandes provisions de virus d’une activité suffisante, toujours égale et de pouvoir le pré[)arer dans des conditions de pureté irréprochable. Ce but a été atteint grâce à la découverte du microbe de la péripneumonie que nous devons à MM. Roux et ÎNocard ( I i. Avec la collaboration de MM. llorrel, Salimbeni et Dujardin-Beaumetz, ils ont réussi à mettre en évidence et à isoler ce microbe, le [)lus petit de tous les êtres vivants connus. Les premiers [>as dans ces recherches ont été très pénibles, mais plus tard ils sont arrivés à cultiver le microbe de la péripneumonie sur des milieux liquides et solides : bouillon de Martin (préparé avec la panse de porc) ou gélose additionnés d’une certaine quantité (environ 5 “/o) ti® sérum frais de bœuf. Le séro-bouillon, ensemencé avec de la sérosité pneumoni(jue pure, permet une culture peu abondante qui se trouble très légèrement et renferme des microbes si petits qu’il est impossible de les distinguer individuellement. On ne les voit ([ue réunis en amas irréguliers. La petitesse de ce microbe s’accuse par la facilité avec latjuelle il passe a travers le filtre de Berkfeld et même à travers certaines bougies de Chand)erland (,F)- Cette particularité permet d’obtenir facilement le virus pur, ce qui est très important pour l'isoleinont du microbe.

Une fois en possession de cultures pures du microbe delà péripneumonie, MM. Nocard et Roux ont essayé de s’en servir pour la pratique des vaccinations. Ils ont étaldi que leur microbe est capable de produire la péripneumonie ty[)i(jue lorsqu’il est inoculé dans des régions appropriées du corps des bovidés. Mais, inoculé sous la peau ou dans le tissu dermi([ue de la (pieue^ il ne produit (ju une maladie bénigne et [>assagère qui assure l’immunité tout aussi bien (jue 1 inc>culationde la sérosité virulente. Ou comprend, dans ces conditions, (pie les cultures [uires peuvent êti“e beaucoup [ilus avantageusement employées dans la grande pratique des vaccinations, que la méthode willemsienne, car il est facile d avoir de grandes (piantités de cultures et de les préparer sans la moindre impureté. 11 est facile de prévoir (pie la nouvelle méthode remplacera bientôt l ancienne ipii a déjà rendu

{{) Annales de l'Institut Pasteur, I8H8. T Xli, p. 2t0. Cinquantenaire de la Société de nioloqie, I8Ü'.), p. 4U). Diijanlin-lteaumoU. Le microbe de la péripneumonie. Thèse (le Paris. 1900.

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(le très gTcinds services à ragriciiltiire. Jusqu’à présent, on a fait des essais de vaccination avec des cultures pures dans plusieurs régions de la France et les résultats signalés sont tout à fait favorables. L’Institut Pasteur et l’Ecole d’Alfort ont déjà distribué au>: vétérinaires plus de 0. 000 doses vaccinales de culture ; l’action préventive de ces inoculations a été au moins égale à celle des inoculations willemsiennes ; les accidents consécutifs aux inoculations ont été réduits dans la proportion de 20 à 1 (1).

Le sérum des animaux hyperimmunisés contre la péripneumonie possède une action préventive très nette, mais trop j)eu accusée et trop peu durable pour (|u’on puisse en tirer parti dans la pratique ; il a aussi une action permettant d’enrayer la marche envahis-

sante d’un engorgement péripneumonirjue ; mais il faut intervenir de bonne heure, avant l’apparition de la fièvre et injecter de grandes (juantités de sérum.

L’inoculation d’un mélange de virus et de sérum ne produit aucun engorgement ; mais il ne donne pas d’immunité ; l’animal reste aussi sensible cjue les témoins à l’inoculation du virus pur.

IX. Vaccinations contre la fièvre typhoïde. — Dans les paragraphes précédents il a été surtout question des vaccinations des animaux domesticiues contre plusieurs maladies infectieuses. Les données, recueillies à ce sujet, se distinguent par une grande précision, car il est facile d'appliquer aux animaux la méthode expérimentale la plus rigoureuse. Il en est autrement pour l’homme. Dans l'impossibilité de le soumettre à l’épreuve expérimentale, on est obligé de se contenter de la seule observation, contrôlée par les renseignements statisti(j[ues. Malgré cela l’expérience de plus de cent ans a suffi pour établir la grande utilité des vaccinations contre la variole par le virus du cowpox, inoflensif pour l’homme. Dans l’exemple des vaccina lions antirabir]ues,il s’agit d’injections à l’homme de virus atïaiblis d’abord et de virus virulents ensuite ; mais ici il est question de préserver l’organisme humain déjà infecté et (]ui très souvent se trouve dans la période d’inoculation de la rage. On comprendra facilement r|u’on hésite à inoculer à l’homme des virus môme affaiblis, surtout lors([u’il ne s’agit pas

(1) En I88i, on a pratiqué, dans le département des Basses-Pyrénées, rinoculation willemsienne sur l.d.d't bovidés; de ce nombre, tO sont morts, td ont perdu la queue plus ou moins com[)lètemenl. En 1901, dans le même département, 2.800 bovidés ont été inoculés avec des cultures pures, 1 seul est mort, 9 ont eu des chutes de ([ueue.

VACCINATIONS PRÉVIÎNTIVES

de cas tout à fait exceptionnels, comme dans la prévention contre la rage. Il n’y a donc que peu d’exemples^ dans lesquels on appli<]ue à riiommc des méthodes de vaccination par les microbes. Ces injections ont été tentées pour la première fois par M. Ferran(l) contre le choléra asiatique. Après avoir réussi à vacciner des coljayes contre lasepticcmie choléri({uc expérimentale, le savant espagnol a essayé d’inoculer des vil>rions du choléra dans le tissu sous-cutané de l’homme, pensant le vacciner contre le vrai choléra. 11 a pu établir de celte façon que l’injection des vibrions vivants sous la peau ne provoque jamais de symptômes choléri([ues. Elle est suivie de réaction générale sous formcde lièvre, de courbature, d'inllammation au point d inoculation, en un mot de phénomènes peu graves et passagers. Encouragé par ces premiers résultats, M. Ferran, profitant de l’explosion du choléra dans la province de Valence, injecta à plus de 20.000 personnes des cultures vivantes du vibrion de Koch. Les résultats, publiés par lui, n’ont pas pu fournir de preuve réelle de la possibilité de conférer 1 immunité contre le choléra intestinal avec ces injections sous la peau.

Plus tard M. Haffkine (2) a modifié dans une certaine mesure la méthode primitive de M. Ferran, car, au lieu de vibrions vivants, il injectait des cultures vihrioniennes, tuées par la chaleur ou par les antiseptiques. l‘endant l’épidémie cholériipie de 1802 et 1803 il essaya d inoculer de ces vibrions tués à l’homme, également dans rintention de vacciner contre le eholéra asiatique. Plus tard il se rendit a Calcutta pour essayer sa méthode en grand ; il lui a été possible d’inoculer un grand nombre de personnes et les statistiques, recueillies par lui, lui ont semblé favorables pour le but qu’il cherchait à atteindre.

Mais les études sur la pathogéuic du choléra asiatique ébranlèrent les bases de la méthode de M. Ferran. Les injections de vibrions vivants

ou tués se sont bien montrés capables de vacciner les animaux contre la péritonite et la septicémie vibrionieune, mais elles ont été impuissantes à e.\ercer une influence quelconque contre rempoisonnement ])ar la toxine cholériipie. Lorsqu on eut appris a provoquer chez les petits lapins le vrai choléra intestinal, on appliiiua vainement la vaccination par la méthode de Ferran et par des procédés similaires pour empêcher l'éclosion de cette maladie, très comparable au choléra asiatique de l’homme. Une expérience (3), faite à 1 Institut Pasteur de

(1) L'inoculation préventive contre le choléra rnorhus asiatique. Traduit de l’es-

pagnol. Paris, t803. ,

(2) Anti-choleric Inoculations in India, The Indian Medical Gazelle, 189o, n» t.

(3) Annales de l'Institut Pasteur, 1893. T. Xlt, p. 579.

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