‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 131 sur 171 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Paris sur trois personnes, prouva aussi que deux d’entre elles, vaccinées par M. llallkine, ne s étaient point montrées indemnes contre la diarrhée cholériforme, provoquée par l'iiigestion de vibrions cholériques. La troisième personne, qui servait de a témoin » et qui, après 1 ingestion de la même culture cholérique, sans avoir jamais été « vaccinée » se comporta de même façon que les deux premières.

A la suite de toutes ces données on est arrivé à cette conclusion que pour empêcher le choléra intestinal, il faut se servir non pas de cultures vibrionienues vivantes ou mortes, mais de sérums antitoxiques. Eu ettet les petits lapins, vaccinés avec ces sérums, et soumis ensuite à 1 infection par le virus cholérique par voie buccale, se sont montrés eu grande partie vaccinés contre le choléra intestinal. Cette méthode n’a pu jusqu à présent être appliquée à l’homme, de sorte qu’il est encore impossible de se former un jugement définitif. D’un autre côté les méthodes basées sur le principe de Ferran ont également été abandonnées et c’est pour cela cjiie nous n’avons pas jugé nécessaire de consacrer aux vaccinations anticholériques un paragraphe spécial. Mais nous n’avons pas voulu non plus les passer sous silence, car les tentatives de vaccination de 1 homme contre le choléra ont encouragé à tenter un procédé analogue contre la fièvre typhoïde.

MM. II. Dfeilfer et Kolle (1) ont les premiers inoculé à l’homme des coccobacilles typhiques, stérilisés par la chaleur. Ils ont observé que ces injections provoquent de la fièvre, une courbature assez violente, accompagnée de vertiges, de frissons et de douleur au point inoculé, sans présenter cependant la moindre gravité pour la santé. En même temps, ils ont constaté que le sérum sanguin des personnes inoculées acquérait une propriété préventive (vis-à-vis de cobayes, injectés dans le péritoine avec des doses mortelles de cultures typhiques) très manileste et tout à fait comparable à celles qu’ils ont découverte dans le sérum des personnes guéries de fièvre typhoïde. Dans ce dernier cas, MM. Pfeiffer et Kolle ont cru reconnaître la preuve de

l’état réfractaire des personnes, qu’ils avaient soumises aux injections.

Ces expériences ont été reprises parM. Wright, professeur de pathologie a Netley, et c’est grâce à ses efforts continus que la science se trouve en possession de documents très importants au sujet des inoculations préventives contre la fièvre typhoïde de fliomme. D’après la communication verbale de M. Wright, il a jusqu’à ce jour distribué

(I) Detilsche medici)i. Woc/te?iS(7rr?f(, 1896, p. 73o.

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plus tle 300.000 doses de son vaccin antityphique. Il prépare ce vaccin de la façon suivante (l). Le coccohacille typhicjue est ensemencé dans du bouillon, renfermant 1 de peptone et soigneusement neutralisé. Les ballons de culture sont gardés à l’étuve de 37“ environ, pendant deux à trois semaines, après quoi leur contenu doit être transvasé dans de grands tlacons, pour être soumis au chauüage à G0“. Cette température suffit déjà pour tuer tous les coccobacilles, mais pour plus de sûreté M. Wright ajoute à ses cultures un dixième de volumed’une solution d’acide phéuiipie ou de lysol ào vaccin, ainsi préparé,

est examiné au point de vue de sa toxicité pour le coliaye, auquel on l’injecte dans le tissu sous-cutané. M. Wright injecte à l’homme la dose de vaccin qui suffit pour tuer 100 grammes de coliaye : de poids de 2o0 à 300 gr.). Souvent cette dose est égale à un demi-centimètre cube, mais quelquefois il faut raugmenter jusqu’à 1 c. c. et môme 1,0 c. c.

Les inoculations se font sous la peau du flanc, ou à l’épaule. Elles sont suivies d'une élévation de température qui commence déjà deux ou trois heures après l’injection. Cette lièvre est accompagnée de courbature, de nausée et d’absence d’appétit. Quelquefois on observe même le collapsus, ce qui a amené M. Wright à faire coucher ses patients pendant quelque temps après l'injection vaccinale. En dehors de la réaction, il se produit, au point d’inoculation, une tuméfaction et de la rougeur, accompagnée de douleurs, mais tous ces symptômes disparaissent le plus souvent, déjà au bout de 48 heures.

M. Wright s’est assuré que le sérum du sang des personnes traitées par son vaccin, ac(]uiert, au bout de (pieh[ue tem])s, la propriété d'agglutiner les coccobacilles typhiques dans une proportion variable, mais le plus souvent très prononcée. Il pensait même que cette propriété pouvait jus([u’à un certain point servir de mesure de l'immunité acquise contre la fièvre typhoïde. Mais ses propres recherches lui ont démontré cpie cette supposition ne pouvait plus être soutenue et que le [)ouvoir agglutinatif, valeur très variable, peut faire défaut dans plusieurs cas où l'immunité ne jieut pas être niée.^ D’un autre côté, il est bien établi, surtout par les essais du sérum à la période qui précède les rechutes, que la [iropriété agglutiuative peut être bien développée, malgré l’absence de l'immunité. M. Wright s’est mis alors à étudier la propriété bactéricide du sérum des personnes ayant subi

(I) Wright a. Leishman, British mojU cal Journal, tt)00, i20 janvier.

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des injections de son vaccin. Il a inventé un procédé très ingénieux pour se rendre compte, avec la perte de temps minimum, des fluctuations de ce pouvoir des humeurs de tuer le coccobacille typhique. M. Wright a d’al)ord constaté ([ue la propriété bactéricide n’est pas du tout parallèle an pouvoir agglutina tif, ce qui Ta encore renforcé dans son idée que celui-ci peut ne pas se trouver en rapport direct avec rimmunité accpiise. Il a vu en outre que le pouvoir du sérum sanguin de détruire le coccobacille typhique est très variable chez des personnes vaccinées par sa méthode. Après des injections de grandes quantités de ces microbes tués, ce pouvoir peut meme baisser pendant un temps très long. Au contraire, des doses moyennes ou petites du vaccin provoquent d’abord un stade néga tif^ pendant lequel la propriété bactéricide est très faible, et ensuite elles amènent une augmentation souvent très grande de cette propriété. M. Wright ne pense pas que le pouvoir l)actéricide puisse servir de mesure de l’immunité acquise des personnes vaccinées, mais il espère que peut-être un jour on trouvera une méthode convenable d examen du sangqui renseignera sur le degré d’immunité, conférée par la vaccination antitypbiquc. Pour le moment la seule base, pour se faire une opinion à ce sujet, est fournie par le relevé des statistiques. Or, on sait que souvent il est très difficile de recueillir des données assez précises. C’est ainsi que pendant la guerre du sud de l’Afrique, où un cinquième des troupes anglaises^ c'est-àdire environ 50.000 personnes ont été soumises aux vaccinations par la méthode de M. Wright, ce n’est que dans quelques exemples que les renseignements statistiques peuvent être utilisés. Beaucoup de malades, atteints de fièvres légères, échappent à la statistique, car, faute de diagnostic précis, on ne sait pas s’ils doivent être rangés dans la catégorie des typhiques. Dans d’antres cas, ce sont des complications secondaires qui détournent l’attention des médecins et empêchent de poser le diagnostic convenable.

De tout l'ensemble des données sur les troupes anglaises dans le sud de l’Afrique, M. Wright considère celles qui ont été rccneillies pendant le siège de Ladysmith comme les plus précises, à cause de la facilité avec hu[uelle on a pu enregistrer et éîudier tous les cas de fièvre typhoïde, dans ces conditions d’isolement complet. Eh bien, il a été reconnu que, parmi les soldats et les officiers vaccinés, il s’est produit presque huit fois moins de cas de lièvre typhoïde que parmi les non vaccinés ( 1 .499 cas sur 10.529 non vaccinés et 35 cas sur 1.705 vaccinés). La mortalité parmi les vaccinés a été aussi beaucoup plus faible.

VACCINATIONS PRÉVENTIVES

La difFéi’eiice en faveur des vaccinations doit être en réalité encore plus grande, car parmi les non vaccinés^ figurent des personnes nombreuses qui, ayant auparavant supporté une atteinte de fièvre typhoïde, n’ont pas été soumises à la vaccination.

Le témoignage de l;i plupart des médecins qui suivaient de près les résultats de la méthode de M. Wright, est aussi favorable aux vaccinations. Ainsi M. Henry Cayley ( l ) rap[>orte (jue le personnel d’un hôpital dclaCroix llouge écossaise qui presque tout entier(o7 personnes surGl) avait été soumis à deux inoculations vaccinales, a échappé complètement à la fièvre typhoïde, malgré les occasions très nombreuses de contracter la maladie. Cet exemple des plus favorables est aussi instructif, parce qu’il plaide en faveur de deux vaccinations consécutives. Dans beaucoup d’autres cas, où on a dû se contenter d’une seule inoculation préventive, les résultats ont été moins brillants. D aj^rès M. Howard Tooth,qui faisait ses observations à Bbeinfoutein, les vaccinations, d’après la méthode de M. Wright, doivent être considérées comme très utiles.

En dehors de l’Afrique méridionale, cette méthode a été employée sur un assez grand nombre de [lersonnes, aux Indes anglaises, en Egypte et à Chypre. D’après les premiers relevés aux Indes, la morbidité parmi les vaccinés a été trois fois moindre ipie parmi les non vaccinés. Les derniers renseignements (2) accusent des résultats encore plus favorables. Ainsi à Meerutla morbidité parmi les vaccinés, en 1899 et 1900, a été onze fois plus faible que parmi les non vaccinés (2 cas de tièvre tvphoïde sur 300 vaccinés et 1 1 cas de même maladie sur 170 non vaccinés) ; la mortalité (I cas [)armiles premiers, 0 parmi les seconds) a été 12,7 fois moindre parmi les vaccinés.

En Egypte et à Chypre, d’après les renseignements communiqués par M. Eawcet à M. Wright (3), les vaccinations ont donné encore de meilleurs résultats. Sur 2.009 personnes non vaccinées il s’est produit 08 cas de tièvre typhoïde avec 10 morts, taudis que parmi les 720 vaccinés il n’y a eu (ju’un seul cas de cette imiladie et ce cas unique a été suivi de mort. >Iais il s’est agi ici d’uue personne qui a di'q subir l’inocidation vaccinale pendant la période d incubation, car la maladie a éclaté bientôt après la vaccination. Il y aurait dans tous les cas une morbidité 17 fois moins forte parmi les vaccinés.

(1) British medical Journal, 1901, l“2 janvier, p. 8i.

(2) The Lancet, 1901, 9 février, p. R.'59.

(3) Ihid, 1901, 4 mai, p. 1272.

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Seules quelques voix isolées ue se prononcent pas en faveur des vaccinations antityphiques, mais leur opinion n’est formulée que d’une façon indécise. Au premier rang parmi les adversaires, si toutefois on peut les nommer ainsi, il faut citer M. Waslibourn (1), à cause de sa compétence en microbiologie. Médecin de l’hépital des Yeomanry à Deelfontein, dans l'Afrique méridionale, il a observé beaucoup de cas de fièvre typhoïde et a été très frappé parla mort de deux personnes parmi les vaccinés. Mais il avoue lui-meme qu'il est encore prématuré déjuger la méthode de Wright et ne fournit en faveur de son attitude sceptique aucune autre donnée suffisante.

En dehors des colonies anglaises, les vaccinations contre la fièvre typhoïde ont encore été tentées en llussie par M. Wyssokowitch (2). Il a inoculé 235 soldats d’un régiment, campé à Kiew, dans lequel régnait une épidémie de fièvre typhoïde. Les vaccinations ont été pratiquées à l’aide de cultures, tuées par l’acide phénique. On ne peut pas juger de l’efficacité de la méthode, car le nombre des vaccinés a été trop faible et l’épidémie peu répandue. Toutefois il esta noter que parmi ces individus, personne n’a pris la fièvre typhoïde, tandis que sur les non vaccinés on a enregistré trois cas de cette maladie.

Les vaccinations antityphiques n’ont qu’une histoire très courte et il serait prématuré de se prononcer à leur sujet d’une façon définitive. Mais il est possible dès à présent de considérer les résultats obtenus comme encourageants pour la continuation des tentatives. Tout contribue en effet à reconnaître l’utilité des vaccinations par des cultures typhiques tuées. Les statistiques sont en général bonnes ; le danger des inoculations préventives est nul ou tout à fait insignifiant. En dehors du malaise dont nous avons parlé et qui est passager on n’a jamais observé aucune suite fâcheuse.

A ces résultats, il faut ajouter encore qu’au point de vue de la pathogénie de la fièvre typhoïde, toutes les probabilités plaident en faveur des vaccinations. Tandis que dans le choléra asiatique il s'agit d’une intoxication, venant du tube digestif, et provoquée par des produits vibrioniens, contre lesquels l’inoculation sous-cutanée des microbes ne peut avoir aucune prise, dans la fièvre typhoïde on a affaire à une véritable infection. Le microbe, quoique développé d'abord dans l’intestin grêle, se généralise dans réconomic. Grâce à des méthodes perfectionnées,on le trouve toujours, ou presque toujours, dans le sang des

(1) British mexlic. Journ., t900, K) juin, p. 1456.

(2) Gazette clinique de Botkine, 1899, p. 1911 (en russe).

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malades et sa localisation constante dans la rate en fournit une preuve réelle. Dans ces conditions, il est tout naturel de supposer que tout ce qui peut empêcher la pénétration du coccohacille typhique dans le sang et les organes internes, doit en môme temps servir pour préserver l’organisme.

Il est bien entendu (jue la science ii’a pas encore dit son dernier mot dans cotte question. On arrive de plus en plus à ce résultat qu’il est nécessaire de faire doux injections au lieu d’une seule. 11 est possible qu’on ait recours à ([uolques perfectionnements de la méthode y joignmit les injections de sérums anlityphiques à titre préventif. Un avenir prochain nous apportera sans doute la solution de ces questions d’une si grande importance.

X. 1 nccmations contre la perte humaine. — Cette maladie qui pendant si longtemps était considérée comme le plus grand tléau de l’humanité, est restée jusqu’à ces dernières années presque complètement inconnue au point de vue scientifique. Mais du moment qu’il est devenu possible d’appliquer à son étude les progrès immenses réalisés par la microbiologie, le voile épais qui cachait sa nature est tombé d’un seul coup et la science s'est trouvée en possession de moyens eflicaces pour lutter contre elle. Parmi ces moyens un des rôles importants est réservé aux vaccinations préventives.

Lorsque la dernière pandémie de peste éclata à Bombay et aux Indes anglaises en général, M. llafïkine était occupé dans cette colonie à appliquer sa méthode de vaccination contre le choléra asiatique, dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent. Au courant des résultats des recherches bactériologiques sur la peste bubonique, exécutées par M. Kitasato et surtout par M. Yersin, il s’est mis de son côté, à partir de 1896, à étudier cette maladie. Après la découverte de MM. Yersin, Borrel et Calmette ( 1 j, qui montrèrent que les animaux sensil)les à la peste humaine peuvent être facilement vaccinés contre le microbe qui la provoque, M. llatfkine (2) s’est efforcé de trouver une méthode pratique de vaccination de l’homme. 11 a installé unjaboratoire à Bombay et, après quelques expériences préliminaires sur des lapins, il a commencé à injecter des hommes avec des cultures pures du coccohacille pesteux. Depuis 1897 jusqu’à ces derniers temps,

(1) Annates de i'histitut Pasteur. 189.“>. T. IX, p. 589.

(2) British medical Journal, 1897. T. II, p. 1461 ,• Indian medical Gaz 1897 T. XXXII, p. 2U1.

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il a réussi à vacciner un très grand nombre d’individus, et les résultats qu’il avait obtenus rencouragèrent à continuer l’application de sa méthode. Le principe de celle-ci est le meme que celui qui l’avait guidé dans la préparation des vaccins aiiticholériques et qui sert pour les vaccins contre la fièvre typhoïde. Il consiste dans l'emploi de cultures pures du microbe spécifique, tué par la chaleur. Les cultures sont faites dans de grands ballons, renfermant du bouillon peptonisé et ensemencé avec un peu de coccobacilles pesteux. On verse sur la surface du liquide un peu de beurre ou d’huile de noix de coco stérile. Dans ces conditions, le microbe pousse abondamment et produit des traînées qui s’enfoncent dans le liquide, rappelant des stalactites dans une grotte. Ce mode de développement constitue un des caractères des plus typiques du microbe de la peste humaine. Les ballons de culture sont gardés à ta température de 30“ environ, pendant cinq à six semaines, après quoi une quantité de corps microbiens tombent au fond, laissant échapper beaucoup de leur contenu toxique. La couche grasse de la surface permet un développement superficiel des coccobacilles qui augmentent ainsi de beauconp la quantité de microbes dans un ballon.

Après 35 à 42 jours de développement dans ces conditions, on chauffe les cultures à 65®-70°, pendant une à trois heures, dans le but de tuer tous les microbes, pour rendre leur injection inofî'ensive. Pour s’assurer de l’efficacité de ce chauffage, on a soin de prélever un peu de liquide et de l'ensemencer sur iin milieu approprié. Lorsque celui-ci reste stérile, le vaccin peut être employé dans la pratique. On rinjecte aux hommes adultes par 3 c. c., tandis que les femmes, les enfants et les adolescents en reçoivent 2-2,5 c. c. dans le tissu sous-cutané.

Quelques heures après l’injection du vaccin, la température monte au-dessus de la normale, pour atteindre 38”, 5 à 39” et quelquefois même 40°-40”,5. Cet état fébrile continue pendant J 5 à 48 heures. Il est bientôt accompagné de douleur, de rougeur et de tuméfaction au point de rinoculafion. Ces symptômes persistent pendant 3 à 5 jours. Le malaise qui suit les vaccinations est quelquefois pénible, mais ne présente aucune gravité. Ce n’est que dans des cas exceptionnels que l’on a observé la formation d’abcès, dus certainement à la contamination des vaccins par des microbes étrang’ers. La commission anglaise envoyée dans l’Inde pour l’étude de la peste, a assez souvent trouvé dans les ballons de culture du vaccin des microbes autres que le coc-

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cob.Tcille pesteux, mais, sauf des exeeptions très rares, ces microties SC sont montrés inoffensifs. En suivant rigoureusement les règles des méthodes de cultures pures, il ne sera pas difficile d’éviter cette complication.

M. Ilatfkinc essaye autant que possible de revacciner une seconde fois ses patients, persuadé à juste titre (|ue deux injections sont capables d’assurer une immunité plus ceitainc et plus stable qu’une seule.

On a discuté le moment à partir duquel rimmunité peut être considérée comme acquise. Les expériences très nombreuses sur des animaux de diverses espèces, ainsi que beaucoup d’observations sur l'homme concordent en ce point qu’il faut une période de plusieurs jours (o à 8) après l’injection du vaccin pour que rimmunité se manifeste. Voilà pour([Uoi les cas de peste, survenus avant ce terme, ne peuvent nullement infirmer l’efficacité de la méthode.

Un grand nombre de témoignages, provenant de personnes ayant observé sur place, indiquent d’une façon presque unanime que les vaccinations de M. Ilaffkinc protègent l’homme contre la peste. Souvent il est difficile de dresser des statistiques exactes, dans un milieu oti tant de facteurs contribuent à tromper l’observateur scrupuleux. Malgré cela on a pu réunir nn certain nombre de documents, capables de renseigner d’une façon assez satisfai.sante. Une des meilleures statisticpies a été recueillie à Damaun, possession [jortugaise dans l’Inde, où la peste a été importée de llombay en 1897 et où il a été j)ratiqué un grand nombre de vaccinations. D’après le rapport de MM. Haffkine et Lyons (1), sur une population de 8.230 personnes, im peu plus d’un quart (^2.177) ont été soumises aux vaccinations, tandis que la plus grande majorité (0.033) n’ont pas été inoculées. Parmi les premiers 36 seulement sont morts de peste, ce qui correspond à 1,6 Yo ; tandis que, parmi les non vaccinés, cette maladie a tué 1.482 personnes, ou 24,0 ®/o- La vaccination, d’après ces données, aurait donc quinze fois diminué la mortalité. La commission allemande (2), dont deux membres MM. Koch et Gaffky, sont allés à Damaun pour assister aux vaccinations et se rendre compte de leur efficacité, s’est prononcée en faveur de la méthode de M. llatfkine. La commission anglaise (3) a fait des réserves et a critiqué la statistique de MM.llalfkine et Lyons (qui, entre autres, attribuent tous les cas de mort, sur-

(1) Joint report on the épidémie of VUujue in loiver Damaun. Bombay, 1897.

(:2) Arbeiten aus d. Kais. (iesundheitsamte. 1899. T. X\ 1, p. B3t.

(3) Indian playue commission. 19UI. Eliapler iV.

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venus parmi les non vaccinés, à la peste), mais en fin de compte, elle a reconnu aussi l’utilité des vaccinations à Damaun.

Les données, recueillies sur les vaccinations à Undliera, Iluhli et dans plusieurs autres points des Indes anglaises, confirment les résultats de Damaun. Les statistiques, réunies dans ces endroits, sont certainement sujettes à la critique, mais le résultat dans son ensemble n’est pas moins encourageant pour la pratique des vaccinations. D’après les conclusions de la commission anglaise « les inoculations diminuent sensiblement l’éventualité des attaques de la peste parmi la population vaccinée, mais cette protection conférée contre la maladie n’est pas absolue » (7. c., p. 81). On ne connait pas encore la durée de rimmunité produite par les vaccinations de Ilatfkine; elle ne doit pas être bien longue, à en juger par les expériences sur les animaux, mais elle peut durer pendant plusieurs semaines, probablement même pendant quelques mois.

Les vaccinations par les cultures tuées j)euvent être utiles dans certains cas, surtout lorsqu’il s’agit de limiter l’extension d’une épidémie déjà établie. La facilité de préparation du vaccin rend possible d’en obtenir en peu de temps de très grandes quantités, avec lesquelles on peut immuniser des populations de villes ou de régions entières. Mais, comme l’immunité avec cette méthode demande plusieurs jours pour se développer et comme les injections de microbes même tués peuvent être très nuisibles, pendant la période d’incubation de la peste, ou au moment qui précède l’infection, il est nécessaire de limiter les vaccinations aux personnes qui ne se trouvent pas en contact intime avec les malades, ou qui sont, dès le début, exposées à contracter la maladie (1).

MM. Lustig et Galeotti (2) ont décrit un autre procédé de préparation de vaccin antipesteux qui peut être utilisé dans le cas où il est urgent d’en avoir une grande quantité en très peu de temps. Au lieu de laisser développer les cultures pendant cinq ou six semaines, comme l’exige la méthode de M. Ilatfkine, les savants italiens que je viens de nommer, emploient des cultures sur gélose, qui poussent pendant deux jours seulement. Les microbes, enlevés de la surface de la gélose, sont traités par une faible solution de potasse (0,75 '’/o- 1 Yo) fiwi dissout les corps des coccobacilles. Ce phénomène est quel-

(1) V. Calmetle, Rapport sur les vaccinations contre la peste. Comptes rendus du X" Congrès international d'hygiène de Paris, 1900.

(,2) Deutsche medicin. Wochenschr., 1897, pp. 227 et 289.

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quefois déjà terminé en 20 ininntes, mais il demande souvent une heure et plus. Le contact des microbes avec l’alcali ne doit cependant jamais dépasser trois heures. La masse visqueuse que 1 on obtient est traitée par l’acide acétique (jui produit un précipité. Celui-ci, après être lavé, peut être employé pour les vaccinations. Injecté en grande quantité à des animan.v,le produit de MM. Lustig et Galeotti provoque la nécrose, mais à faible dose il est bien supporté et confère 1 immunité contre la peste. Cour l’homme il suffit d’injecter 2 à 3 milligrammes de cette substance, délayée avec de l’eau. La nucléine vaccinale des savants italiens n’a été que peu employée pour rimmunisation de l’homme aux Indes, mais on s’en sert beaucoup dans ce pays pour l'inoculer à des chevaux, dans l’intention d’obtenir un sérum antipesteux.

La sérothérapie contre la peste humaine a été inaugurée par les recherches de MM. Yersin, Borrel et Calmette (/. c.) qui ont démontré que les animaux, sensibles au bacille pesteux, peuvent être vaccinés et même guéris de la jieste expérimentale. Depuis, la préparation des sérums antipesteux a été énergiquement [loursuivie a 1 Institut 1 asteui sous la direction de M. Roux. Après plusieurs tentatives, dont quelques-unes ont été très encourageantes, d’autres au contraire plutôt défavorables, on a fini par obtenir un sérum qui s’est montré capable de guérir la peste déclarée et grave. Comme dans ce livre nous laissons avec intention de côté tout ce qui se rattache à la guérison, nous ne parlerons du sérum antipesteux qu’au point de vue de la prévention de la peste.

Tandis que les vaccinations par les cultures pesteuses tuées ont été principalement pratupiées aux Indes, rimmunisation avec le sérum antipesteux a été surtout employée en Europe, lors des épidémies d’Oporto en 1899 et de Glasgow en 1900. Dans tous ces cas, on s’est servi du sérum de l’Institut Pasteur, le plus actif de tous ceux préparés jusqu’à présent. C’est un sérum de chevaux traités pendant longtemps avec des cultures du bacille pesteux, et avec la toxine du même microbe. On commence par injecter des coccobacilles pesteux, tués par la chaleur (70»). Ces injections se font dans les veines, dans le but d’éviter les lésions locales qui s’observent après l’introduction des microbes sous lapcau. Lorsque les chevauxont été rendus réfractaires par le traitement avec les microbes morts, on commence à leur injecter (également dans les veines) des petites quantités de cultures vivantes. On augmente progressivement les doses de

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