CHAPITRE XV
celles-ci et on finit par conférer aux animaux une immunité très forte que Ton renforce par des injections de produits de cultures filtrées à la bougie Gbamberland.
MM. Calmette et Salimbeni (1) ont injecté, à titre préventif, plus de 600 personnes, menacées de contracter la [>este à Oporto. G’étaient les médecins et le personnel des laboratoires d’hygiène et des services de désintection, les pompiers qui transportaient les malades et les morts, les familles des pestiférés, les membres de la colonie française, etc. Ils injectaient à cha(]ue sujet 5 c. c. de sérum sous la peau de l’abdomen. Ges vaccinations provoquaient dans quelques cas des éruptions d urticaire, comme cela s’observe souvent après l’injection de toutes sortes de sérums. Parmi le nombre total, deux personnes ont pris la peste : le malheureux docteur Gamera-Pestana et son assistant. Le premier succomba à la maladie, tandis que le second ne contracta qu’une maladie très bénigne. L’étude de ces 600 cas, ainsi que les expériences sur les animaux, ont démontré que l’immunité, conférée par le sérum antipesteux, s’établit immédiatement après son injection, mais n’est pas durable. 11 est probable qu elle ne dure que pendant huit, dix ou tout au plus quinze jours.
Ges résultats ont été confirmés à Glasgow. M. van Ermengem (2), qui a publié un rapport sur l’épidémie dans cette ville, mentionne que plus de 70 personnes bien portantes ont été inoculées avec le sérum ; chacune recevait 10 c. c. sous la peau du ventre. Parmi ces personnes, une a été atteinte de peste assez légère, huit jours après la vaccination, et une autre, une femme de charge, a été prise, neuf jours après l’injection, d’un engorgement des ganglions cervicaux, déterminé par le bacille pesteux. Les deux cas se sont terminés par la guérison. Toutes les autres personnes vaccinées, malgré leur exposition constante à contracter la peste, sont restées indemnes. M. van Ermengem pense que les deux personnes, traitées avec le sérum, étaient déjà infectées au moment de la vaccination.
Le savant belge signale encore la fréquence des accidents secondaires qui se sont produits chez les personnes vaccinées à Glasgow. M. van Ermengem lui-même a été éprouvé après s’être injecté 10 c.c. de sérum à titre préventif, ce qui a donné occasion à plusieurs critiques d’attaquer l’Institut Pasteur. Voici comment s’exprime M. van Ermengem lui-même. Les accidents ajorès les injections immunisatrices « ...
(1) Aiinales de l'Institut Pasteur, t899. T. XIII, p. 902.
(2) Bulletin de V Académie r. de Belgique. 1900, 27 octobre.
VACCINATIONS PREVENTIVES
ont été très fréquents ; on les a observés 33 fois sur 72 cas. Parfois même ils ont été assez sérieux, au point de faire soulfrir beaucoup les sujets et d’inquiéter leur entourage. Nous pourrions les décrire en connaissance de cause pour les avoir ressentis, mais ils ne ditfèrent guère de ceux qu’on oliserve de temps en temps après l’injection de sérum antidiphtérique et ils se dissipent, comme eux, sans laisser la moindre trace » il. c., p. 18).
Malgré ces accidents et la nécessité de renouveler souvent (tous les dix ou quinze jours) les injections préventives de sérum, elles sont tout indiquées dans plusieurs circonstances. Elles peuvent être d’une grande utilité à liord des navires infectés ou dans les lazarets (comme dans le cas qui est survenu au Frioul, à la suite de l’arrivée à Marseille de cliautfeurs arabes atteints de peste), dans les docks, entrepôts et magasins où se trouvent des marchandises contaminées. Elles doivent aussi être’ employées pour vacciner l’entourage immédiat des pestiférés dans les hôpitaux et dans les habitations privées. En un mot, les vaccinations par le sérum, grâce à leur pouvoir de conférer une immunité très rapide, doivent être pratiquées partout où il y a danger plus ou moins immédiat et imminent. Dans ces conditions, elles sont d’une très grande utilité pour localiser la maladie.
Les méthodes de vaccination contre la peste, employées jusqu’à ce jour, sont capables d’être perfectionnées. MM. Calmette et Salimbeni (/. c.) ont déjà annoncé des expériences sur les animaux, entreprises pour étudier l’effet d’une méthode combinée de vaccinations avec le sérum antipesteux et des cultures tuées du bacille de la peste. ]\Iais même dans leur état actuel, les procédés pour préserver l’organisme contre cette maladie méritent d’être considérés comme un grand bienfait pour l’humanité.
XI. Vacc{?iations contre le tétanos. — Le tétanos n’est pas une maladie contagieuse comme la peste, ni capable comme elle d extension sous forme d’épidémies. 11 constitue cependantune affection très redoutable, contre laquelle tous les moyens thérapeutiques ne sont que d un effet très limité. C’est une raison de plus pour attirer toute l’attention des médecins et des vétérinaires sur la prévention du tétanos par des injections vaccinales.
Le tétanos est une maladie dans laquelle 1 intoxication joue un rôle tout à fait prédominant. Les bacilles tétaniques ne se développent, au point où ils se sont introduits dans 1 organisme, que favorisés par