CHAPITRE XV
i)lG
des circonstances adjuvantes, telles que la pullulation d’autres microbes. Le microbe du tétanos ne se reproduit que péniblement, sans se généraliser dans l’organisme. Mais le poison qu’il sécrète suffit pour produire une intoxication très grave qui aboutit le plus souvent à la mort. Dans certains pays, le tétanos, consécutif à divers traumatismes, est très fréquent chez l’homme et chez plusieurs animaux domestiques, tels que le cheval, l’àne, le porc, etc.
Ce n’est qu’après la découverte (rime bonne méthode d’immunisation contre le tétanos par MM. v. Behring et Kitasato qu’il a été possible de songer à l’application pratique des vaccinations antitétaniques. Ces savants ont démontré que la toxine tétanique, traitée par le trichlorure d'iode, s’affaiblit dans son action toxique et se transforme en bon vaccin. MM. Roux et Yaillard ont trouvé de leur côté que l’addition de la solution iodo iodurée de Lugol au poison du tétanos rend celui-ci susceptible de vacciner toutes sortes d’animaux sensibles. Il a été constaté plus tard que, même avec de la toxine tétanique active, modifiée, ou peut encore aboutira de bons résultats, lorsqu’on a soin d’injecter le poison avec un grand ménagement.
Mais ce ne sont pas ces vaccins^ provenant de cultures tétaniques, qui se sont répandus dans la pratique. C’est avec des sérums antitétaniques que l’on obtient les meilleurs résultats. Après la découverte de MM. V. Behring et Kitasato du pouvoir du sérum des animaux, immunisés contre le tétanos,de neutraliser l’action du poison tétanique, des expériences très nombreuses ont été faites sur le même sujet. 11 a été possible, en traitant des chevauxpar de grandes quantités de toxine tétanique, d’obtenir des sérums spécifiques d’une activité extraordinaire. Ainsi plusieurs sérums sont capables de préserver des souris contre la dose mortelle du poison tétanique, si on leur injecte une quantité de sérum égale à un milliardième de leur poids.
Des sérums de cette force préservent les animaux domestiques contre le tétanos. On sait que beaucoup d'opérations sur les chevaux, moutons, boucs, porcs et autres espèces de mammifères, sont très souvent suivies d’un tétanos, mortel dans la grande majorité des cas. Ce sont notamment la castration, ramputation de la queue, l’ablation de champignons ou de tumeurs, l’opération de la cryptorchidie ou des hernies, etc., qui se compliquent souvent de tétanos. D’autre part, le tétanos apparaît fréquemment sur des chevaux atteints de traumatismes du pied ou de la région inférieure des membres, clous de rue, piqûres de maréchal, seimes, atteintes, etc..
VACCINATIONS PRKVKNTIVCS
Dans le but de remédier à cet état de choses, IM. Nocard (I) a distribué aux vétérinaires près de 70 litres de sérum antitétanique pour étie employé à titre préventif. La plupart des animaux traités (chevaux, ânes, mulets, taureaux, béliers, agneaux, porcs) ont reçu 2 injections de sérum à 10-12 jours d’intervalle, soit 20 c.c. pour les grands animaux et 6-10 c.c. pour les moutons et les porcs. Sur 3.088 animaux qui ont reçu la première injection de sérum aussitôt après l’opération, [>as un seul n’a pris le tétanos. Sur 400 animaux qui n’ont reçu la première injection que plus tard, 1-4 jours et plus après le traumatisme accidentel dont ils avaient été victimes, un seul cheval, traité cinq jours après l’accident (piqûre de maréchal) a été pris de tétanos bénin ; mais il ne tarda pas à guérir. Dans les mômes localités où les résultats de la vaccination ont été si brillants, il s’est produit 314 cas de tétanos grave et mortel parmi les animaux opérés ou blessés, mais non
soumis au traitement par le sérum.
11 est facile de concevoir qu’en présence de ces faits, la pratique des vaccinations préventives des animaux contre le tétanos se soit lapidement répandue parmi les vétérinaires. Les demandes de sérum antitétanique à l’Institut Pasteur de Paris pour l’usage vétérinaire augmentent tous les ans dans une forte proportion. Ainsi en 1896, on n’en a expédié que l.oll flacons de 10 c. c. ; en 1898. le nombre est monté à 24.959 flacons; en 1900, il a dépassé 43.000.
L’efficacité du sérum antitétanique, employé k titre préventif, ne peut plus être mise en doute. Seulement il ne faut pas oublier que son injection ne dispense pas du traitement des jilaies. Celles-ci doivent être soumises à un nettoyage antisepticjue rigoureux. Les corps étrangers doivent être soigneusement extraits, car autrement la jirésence prolongée des spores tétaniques pourrait provoquer le tétanos tardif, après la disparition de l’immunité passagère due au sérum.
Les injections préventives de sérum antitétanupie a des hommes exposés à contracter le tétanos, commencent aussi à se répandre. Il arrive souvent que des bicyclistes, eu tombant, se font des blessuics qui sont souillées par du crottin de cheval ou d’autres matières capables de renfermer des spores tétaniques. Dans ces cas, comme dans beaucoup d’autres exemples de traumatismes, la vaccination avec le sérum antitétanique est tout indiquée. Aussi il arrive de temps en
(1) Bulletin de l'Academie de Médecine, 189o. T. XXXI V, 22 octobre p. t07; ihid. 1897. T. XXXVllI. 27 jiiillcl, p. 109. Comptes rendus du XII<^ Congrès International de Médecine à Moscou, 1897. T. ^ II, p-
GHAPITUE XV
temps à 1 Institut Pasteur des personnes lilessées, qui demandent une injection de sérum a titre préventif. Plusieurs médecins et chirurgiens ont pris aussi 1 habitude de vacciner ceux de leurs malades dont les plaies ont été souillées par de la terre ou du fumier. Tous les cas de ce traitement qui sont à notre connaissance, ont été suivis de très bons résultats.
\II. Vaccinations conti'e la diphtérie . — Cette question a été beaucoup discutée depuis la découverte du sérum antidiphtérique et son introduction dans la prati(jue courante. Surtout d;uis les premières années après le commencement de l’emploi de ce sérum, il a été publié un grand nombre de travaux pour et contre son application dans le traitement préventif contre la diphtérie. Plus tard, les polémiques se sont apaisées et actuellement il n’y a qu’un très petit nombre de voix qui continuent à s’élever contre les vaccinations antidiphtériques.
Le sérum contre la diphtérie a été découvert en 1890 par M. v. Behring* en collaboration avec M. Kitasato ; ces savants ont prouv'é son action neutralisante vis-a-vis de la toxine diphtérique chez les animaux de laboratoire. Quelque temps après, M. v. Behring commença à l’appliquer pour le traitement de la diphtérie, mais les premiers résultats étaient loin d être suffisants. M. v. Behring a reconnu qu’il fallait se trouver en possession de sérums beaucoup plus actifs et c’est alors qu avec M. Lhrlich, à 1 Institut pour les maladies infectieuses à Berlin, il se mit à 1 étude de ce problème. J^ln collaborant avec plusieurs savants parmi lesquels je dois citer MM. Wernicke, Wassermann et Kossel, il réussit à obtenir des résultats beaucoup pins encourageants pour ce qui concerne la force antitoxique des sérums et leur effet thérapeutique chez les enfants, atteints de diphtérie.
En même temps, M. Boux se mit à étudier la même (juestion à Paris, aidé par MM. L. Martin et Chaillou. Ils préparèrent des sérums très actifs pour l’époque et en firent une application très efficace sur plus de 300 diphtériques.
A partir de 1894,1e sérum a commencé à se répandre dans tous les pays et c est alors que l’on tenta de l’applitpier pour protéger les enfants bien portants, qui se trouvaient particulièrement exposés à la contagion.
Comme il fallait avoir de grandes provisions de sérum antidiphtérique, 011 le préparait en injectant à des chevaux, des doses répétées de la toxine élaborée par le bacille de la diphtérie. Les sérums ainsi
V AGCI N A T 10 NS P RÉ V lîN T I VES
obtenus étaient d'aboed essayés dans leurs effets préventif, aiititoxique et curatif sur des cobayes, aniinauN: très sensibles à la diphtérie. On s’est bientôt trouvé devant la nécessité de trouver quek[ue moyen pour mesurer la force des sérums. M.M. v. Behring- et Wernicke se sont d'abord arrêtés sur la quantité de grammes de cobaye qui peuvent être préservés par l gramme de sérum. Plus tard, M. v. Behring (1) a introduit la notion du « sérum normal » c’est-à-dire d’un sérum, dont 0,1 c. c., mélangé avec dix doses mortelles de toxine diphtérique, est capable d’empêcher tout symptôme morliide chez un cobaye pesant 300 à 400 grammes. 41. Ehrlich (*2) a complété cette méthode de la façon suivante : des tulies, renfermant chacun dix doses mortelles d une toxine étalon sont mélangés avec différentes quantités de sérum. Tous ces mélanges sont amenés au môme volume de 4 c. c. avec la solution physiologique de chlorure de sodium et aussitôt injectés sous la peau de plusimirs cobayes. Si c'est 0,1 c. c. de sérum qui neutralise complètement les dix doses mortelles de toxine, le sérum conserve sa dénomination de sérum normal; dans le cas où 0,05 c. c. suftisent déjà pour amener le même résultat, le sérum est désigné comme sérum normal double. Lorsque 0,001 c. c. remplissent la môme fonction, il s’agit d’un sérum normal centuple, etc. Un centimètre cube de sérum normal (c’est à-dire capalile de neutraliser 100 doses mortelles de toxine étalon) constitue une « unité immunisante » (Immunisirungseinheit) J. E. de M. Ehrlich. Comme il a été reconnu que les toxines, môme conservées dans les meilleures eonditions, perdent plus ou moins de leur pouvoir toxhjue, M. Ehrlich a modifié sa méthode d’évaluation des sérums. Il se sert d’un sérum antidiphtérique étalon, conservé à l’état sec et beaucoup plus constant que les toxines. On prépare donc des solutions du sérum étalon et on lui compare le ou les sérums dont on veut déterminer la force. 4L Ehrlich a donné des indications détaillées sur la façon dont il faut agir pour obtenir des
résultats précis. ^ ,
A rinstitut Pasteur, on a adopté la méthode de 4L Ehrlich, mais on y
ajoute une autre épreuve destinée à apprécier le pouvoir des sérums antidiphtériques, méthode qui se rattache à l'ancien procédé de 4L v. Behring.On injecte des doses diverses du sérum à examiner sous la peau de cobayes,et24 heures après, on les éprouve avec une quantité de
l[) Deutsche rnedic.Wochenschr., m?,,\>.m.
(^) Ehrlich, tvossel u. Wassermann Deutsche wed. \\ oche^ischi , , 189*. |). ooS, Ehrlich, Klinisches lahrbuch, 1897. T. M.