CHAPITRE XV
])acilles diphtériques vivants, mortelle pour les témoins en 30 heures. On détermine ainsi la propriété préventive de sérum par rapport au poids de ranimai. Ainsi un sérum actif à 1/100000, a le pouvoir d'empêcher la maladie mortelle avec une quantilé égale à 1/100000 du poids de cobaye inoculé. On pensait au début que le pouvoir préventif, mesuré de cette façon, était proportionnel à la propriété antitoxique déterminée d’après la méthode de M. Ehrlich. Mais comme les renseignements fournis par ces deux procédés se distinguaient souvent dans une forte mesure, on s’est mis à l’Institut Pasteur à examiner tous les sérums destinés à la pratique par les deux méthodes. Il en est résulté cette notion, formulée par M. Roux ( 1 ) dans son rapport communiqué au Congrès international d’hygiène, tenu à Paris en 1900, qu un sérum possédant un très fort pouvoir préventif (vis-à-vis du bacille diphtérique vivant), peut n’être que faiblement antitoxique et inversement. Ce résultat s explique par le fait que les sérums antidiphtériques sont des humeurs très complexes, renfermant plusieurs propriétés superposées dont la puissance est très variable. M. Marx (2), de l’Institut de Francfort-sur-Mein, a essayé d’infirmeries conclusions de M. Roux en se basant sur des expériences faites sur des cobayes et des lapins, auxquels il injectait le sérum antidiphtérique dans le péritoine et dans les veines. Il voulait éviter ainsi d’introduire ce sérum sous la peau, car, dans ces conditions, la résorption de l’antitoxine doit se faire d une laçon très irrég’ulière. Dans les expériences de M. Marx ainsi exécutées, le pouvoir préventif s’est montré toujours parallèle à la propriété antitoxique des sérums, d'où il conclut à l'inexactitude de l opinion de M. Roux. IMais il ne faut pas oublier que celle-ci a été fondée sur des expériences dans lesquelles l’antitoxine avait été injectée dans le tissu sous-cutané, avant la toxine ou le bacille diphtérique ou en môme temps qu’eux. Dans ces conditions, le pouvoir préventif s’est montré souvent tout à fait disproportionné avec la propriété antitoxique. Ce fait a été observé avec une telle précision qu’il est impossible de le nier. Or, il est incontestable que les conditions des expériences sur lesquelles s’appuie M. Roux correspondent beaucoup plus à celles qui sont réalisées dans les vaccinations de l’homme contre la diphtérie que les conditions des expériences de M. Marx. Dans ces vaccinations, on injecte du sérum antidiphtérique
(1) Comptes rendus du Congrès international d'hygiène et de démographie, Paris, 1900.
(2) Zeitschrift f. Hggiene, 1901. T. XXXVIII, p. .972.
VACCINATIONS PRÉVENTIVES
sous la peau des personnes que l’on veut préserver contre l’action du bacille de la diphtérie.
Dans rintention d’aboutir à runification des méthodes de mensuration des sérums dans tous les i)ays, le Congrès international d’hygiène, réuni à Madrid en 1898, a nommé une commission spéciale qui devait résoudre ce problème. ]\[ais lorsque le Congrès s’est de nouveau réuni à Paris eu 1900, la tâche n'avait pas encore été remplie. Les représentants des diverses méthodes ont échangé leurs idées, mais, en appliquant le môme procédé, les résultats obtenus dans plusieurs endroits et par plusieurs observateurs ont présenté des ditlerences trop grandes pour que l’on ait pu s’entendre. Il est évident qu’on est ici devant un problème très compliqué. Les sérums sont éprouvés à l’aide d’êtres vivants qui sont loin de présenter la constance de réactifs chimiques. Peut-être les conditions d’élevage et les races des mêmes animaux dans les dillérents pays sont-elles déjà suffisantes pour expliquer la divergence des résultats obtenus. Dans tous les cas, l’unification de la mesure des sérums n’a pas été obtenue jusqu’à présent et il est difficile de prévoir le moment où on arrivera à de meilleurs résultats.
De tout ceci, on peut tirer cette conclusion (pie la tendance à arriver à une précision trop rigoureuse dans l’évaluation de la force des sérums a été exagérée. Il faut chercher à obtenir des résultats aussi bons que possible dans l’application des sérums antidiphtéri(pies et, pour cela, il faut injecter des quantités plus fortes que celles qui peuvent être indiquées par une méthode de mensuration (pielcompie. C’est la règle que l’on cherche, autant que possible a appliipier à l’Institut Pasteur.
Pour ce qui concerne la vaccination contre la diphtérie des personnes bien portantes, mais [larticulièrement exposées a la contagion, cette question doit être considérée comme résolue dans le sens positif.
Dès les premières tentatives de guérison de la diphtérie par le sérum s[)écitîque, on s’est vu dans la nécessité de préserver contre cette maladie des enfants (jui se trouvaient en contact avec les malades. On leur injectait de petites quantités de sérum à titre préventif. Les premiers résultats communicpiés par i\L Roux en 1894 au Congrès de Rudapest étant très encourageants,on a essayé de répandre les vaccinations par le sérum antidiphtéri(|ue autant (pie possible. Déjà, en 1895, on a réuni des chiffres assez considérables, de sorte