CHAPITRE XV
que MM. Torday (l) à Budapest, Kai-th (2) à Brême et Rubens (3) à Gelsenkirclieii^ purent puljlier des statisticjues nombreuses et favorables. Mais, (juelque temps après, il est survenu un cas mortel dans la famille d’un médecin berlinois bien connu, M. Lang’erhans (4), et cet événement a soulevé des polémiques violentes et une véritable campagne contre le sérum antidiphtérique. Le fils de M. Langerhans, un garçon de deux ans, bien portant, a été inocule avec une petite dose (1,2 c. c.) de ce sérum et a succombé peu de temps après (environ un quart d’heure) avec des symptêmes de sulfocation. L’autopsie, faite par M. Strassmaim (5), a révélé comme cause de la mort la suffocation à la suite de l’aspiration des aliments dans les voies respiratoires pendant l’acte du vomissement. L’examen du sérum employé par M. Langerhans ne révéla ni son action toxique sur les animaux, ni aucune contamination par des microbes. Bien n’y fit ; on persista à accuser le sérum de la mort de l’enfant et on a voulu démontrer à tout prix que son emploi dans la pratique humaine était très dangereux. Faisant chorus avec, l’opinion surexcitée, M. Gottstein (G) a publié un réquisitoire contre les vaccinations par le sérum antidiphtérique. 11 a réuni dans la littérature des deux mondes en tout quatre cas où la mort est survenue quelque temps après l’injection de ce sérum chez des enfants indemnes de diphtérie. Il suffit de lire la description de ces cas pour se convaincre que la mort ne peut en aucune façon être attribuée au sérum et qu’elle s’explique beaucoup plus facilement par l’action funeste du streptocoque, cause des affections non diphtériques des enfants morts.
La faiblesse de ce réquisitoire a dû contribuer beaucoup à l’apaisement des esprits, et déjà en septembre de la même année 189G, M. C. Frankel '7), dans un rapport présenté à l’Association allemande de l’hygiène publique, a pu donner un aperçu de l’état de la question des vaccinations contre la diphtérie, concluant en faveur de l'emploi du sérum spécifique. « D’après toutes les données recueillies — résume M. Frankel — il est à peine possible de douter de la valeur
(1) Deutsche med. Wochenschr. 1875, p. i08.
(2) Ibid., pp. 426, 443, 464.
(3) Ibid., p. 758.
(4) Betdinei' klin. Wochenschr. 1896, p. 602.
(5) Ibid., p. 516.
(6) Therapeutische Monatshefte. 1896, p. 269.
(7) Deutsche Vierteljahrsschrift f. off entliche Gesundheitspftege 1897. T. XXIX,
Het't. 1,
VACCINATIONS PRÉVENTIVES
(le l’immunisation par le sériim^ de sorte cjiie nous pouvons bien (lire avec certitude (jue nous nous trouvons sur le l)on chemin (pu nous conduira à des résultats considcraliles et importants. » Cette opinion si favorable a été due en grande partie aux essais de vaccinations faits dans le service clini([ue de M. llenbner, à Berlin (1 ). Au commencement, on se contentait d’injecter à titre préventif le sérum antidiphtéri(pie aux malades (pii se trouvaient au voisinage immédiat des enfants atteints de diphtérie; mais à la suite des résultats obtenus par ce procédé, on s’est décidé (à partir de janvier 1890) à vacciner tous les enfants (pii entraient dans le service. Pendant la première ])ériode, il est encore survenu (piehjues cas de diphtérie, contractée à l’iK'ipital, tandis (pi’à partir du moment où les vaccinations furent introduites (Pune façon systémati(pie et générale, il ne s’est produit aucun nouveau cas.
L’état indemne des enfants vaccinés s’est maintenu pendant 3 à 4 semaines. Après ce laps de temps, (piehjues-uns ont pris la diphtérie. jNIais il a suffi d’introduire la revaccination au bout de cette période pour (pi’il 110 se produise plus aucun cas de diphtérie dans le service de M. lleuhner. Des résultats aussi précis et tout aussi favorables ont été obtenus dans la section des enfants atteints de scarlatine.
La (juantité de sérum injecté a été variable, mais le plus souvent elle était de 1 c. c., renfermant de 200 à 2o0 1. L. (unités immunisantes d’Ehrlich). Le sérum s’est montré toujours inolfensif, sauf des cas d’érythèmes plus ou moins étendus. Sur 100 injections, ces exanthèmes se sont produits 20 fois, c’est-à-dire dans 4,34 ®/q. La ([uantité de sérum injecté n’a pas été proportionnelle à la fréipience de cette complication. D’après les chitl'res cornmuniijués par M. Lohr, les doses les plus fortes de sérum employé n’ont pas jirovoijué plus souvent les exanthèmes (|ue les (juantités minimes. Ainsi, 117 injections de 1 c. c. seulement, ont été suivies dans 5 cas de ces érythèmes, ce ([ui correspond à 4,27 ®/o. L’es[)érance de diminuer la tréijuence des exanthèmes en diminuant la quantité de sérum injecté ne s est donc pas réalisée. (jC fait vient à l’appui de la conclusion (pie nous avons formulée à pro[ios de l exagération dans la mensuration des sérums. S il pouvait être établi (pie des petites (piantités de sérum, riches en antitoxine, amèneraient moins souventles éruptions cutanées ([ue des doses plus fortes, il y aurait certainement un grand avantage
(t) V. le rapport de M. Lœlu, dans Jahrbach fur Kinderheilkunde, 1896. T. XLIlhp. 67.