‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 136 sur 171 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

à se servir pour les vaccinations de sérums renfermant une très gTancle quantité d’unités immunisantes. Peut-être môme des sérums, ayant un fort pouvoir antimicrobien, sans être très antitoxiques, pourraient-ils rendre de plus grands services dans le traitement préventif. Des recherches ultérieures, entreprises dans cette direction, peuvent seules nous renseigner sur ce sujet

En 1890, les vaccinations dans le service de M. lleubner ont été supprimées, mais la réapparition de la diphtérie a obligé à les reprendre en 1897 (1j. Cinq cents enfants ont été vaccinés chacun avec 200 unités immunisantes. A la suite, il ne s'est produit aucun cas de diphtérie. Les éruptions ont été rares et légères.

L’extension de plus en plus grande de l’emploi du sérum antidiphtérique, pour guérir la maladie éclatée, a amené aussi un développement plus considérable de son usage comme moyen préventif. Ainsi, dans les pays où la diphtérie est endémique, les vaccinations par le sérum se font en grande proportion. En Russie, qui est un des grands foyers de cette maladie, on pratique beaucoup de vaccinations par le sérum antidiphtérique.

Au Congrès des médecins russes à Kasan, réuni en 1896, M. Yissotsky a communiqué les résultats de 2.183 vaccinations qui donnèrent une morbidité de 1,3 Vo, qui doit être considérée comme très faible. Le pédiàtre russe bien connu, M. Rauchfuss (2), qui cite ces chiffres, a réuni plusieurs autres données sur les injections préventives de sérum antidiphtérique, suivies de bons résultats. Dans le gouvernement de Woroncch, d’après les renseignements de M. Ouspensky (3), sur 738 vaccinés, la diphtérie s’est produite chez 2,2 ce qui doit encore être considéré comme un résultat favorable, surtout si l’on tient compte de la grande extension de la diphtérie dans ce pays. En Podolie, sur 537 enfants vaccinés en 1895, il ne s’est produit que quatre cas de diphtérie, soit une morbidité de 0,74 "/g. Dans le gouvernement de Kherson, un des grands foyers diphtériques en Russie méridionale, les résultats semblent moins bons : sur 453 enfants inoculés préventivement, 21 ont pris la maladie (soit 4,6 ®/„), dont 5 ont succombé. Mais si l’on étudie cette statistique de plus près (4), on voit que ces résultats sont loin d’être défavorables. Les

(1) V. Slawyk, Deutsche medicin. Wochenschr. 1898, p. 35.

(2) Les progrès dans l'application du sérum antidiphtérique. St-Pétersbourg, 1898, p. 105 (en russe).

(3) Wratch, 1900, p 1(78 (en russe).

(4) C.hronique médicale du gouvernement de kherson 1896,n° 5, p. 160 (en russe).

vaccinations PHÉVENTIVES

inoculations préventives n’ont été faites qu’une seule fois, avec des doses assez faibles, et cependant un grand nombre des cas de diphtérie ne se sont manifestés que tardivement, même plus de 9 mois après les injections. Or, il est Inen établi que celles-ci, quoique bien efficaces, ne produisent leur action que pendant un temps très court, quelques semaines tout an plus. Sur les o cas mortels, 4 se sont produits 2,4 1/2, 6 et 9 1/2 mois après les inoculations préventives. Il est impossible de les considérer comme preuves de 1 inefficacité du sérum. Le cinquième cas est le seul survenu peu de temps (15 jours) après l’injection. i\lais dans cet exemple, il n’a été injecté que 150 unités immunisantes.

L’étude détaillée des autres exemples d’inoculations antidiphtériques dans le gouvernement de Kherson, aboutit à un résultat des plus favorables. Ainsi, sur 90 enfants inoculés par i\I. Wecker (1) dans le district d'Elisabetgrad, pas un seul n’a pris la diphtérie, « ce qui est d’autant plus remarquable qu’au moment des inoculations, il s^’est produit dans les mêmes familles 14 cas de diphtérie et que les chances de contamination ont été considérables ».

Récemment, à propos de l’éclosion d’une torte épidémie a Paris, la question des vaccinations par le sérum a été de nouveau soulevée et discutée sérieusement à la Société médicale des hôpitaux et à celle de pédiatrie. MM. Voisin et Guinon (2) ont communiqué l’histoire d’une épidémie de service à la Salpêtrière dans le service des enfants idiots «contre laquelle la sérothérapie préventive fut d’une efficacité remarquable et d une innocuité absolue ». Le sérum a été injecté aux enfants de plus de 10 ans par 10 c. c. et aux autres par 6 c. c. Cette mesure a amené le ralentissement, puis la cessation de l’épidémie. L’immunité, après une seule injection, a duré deux à trois semaines et les quelques cas de diphtérie parmi les vaccinés se sont distingués par leur grande bénignité. Les érythèmes et autres complications postvaccinales ont été insignitîantes, de sorte que 1 emploi préventif du sérum s’est pleinement justifié. Quelques voix, parmi les médecins (pii ont pris part à la discussion, se sont élevées contre les vaccinations antidiphtériques ; on a même encore une fois rappelé le cas de l’enfant Langerhans qui certainement n’est pas mort à cause du sérum. Il est vrai que, dans des familles où l’on peut très soigneusement observer les enfants et intervenir aux premiers symp-

(1) Ihid. 1896, n» 19, p. 748.

(2) Bulletin et Mémoires de la Soc. méd.des Hôpitaux de Paris. 1901, p. 685.

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