CHAPITRE XVI
APERÇU HISTORIQUE UES CONNAISSANCES SUR u’iMMUNlTÉ
Procédés des pou[)lcs sauvages pour les vaccinations contre le venin des serpents et contre la péripneumonie des bovidés. — Variolisation et vaccination contre la variole.-- Découverte de l’atténuation des virus et des vaccinations avec des microbes atténués. — Théorie de l’épuisement du milieu comme cause de l’immunité acquise. — Théorie des substances rpri empêchent la pullulation des microbes dans l’organisme réfractaire. — Théorie localiste de l’immunité. — Théorie de l'adaptation des cellules de l'organisme immunisé.
Observations sur la présence des microbes dans les globules blancs. — Histoire de la phagocytose et de la théorie des phagocytes. — Nombreuses attaques contre cette théorie. — Théoiâe de la propriété bactéricide des humeurs. — Théorie du pouvoir antitoxique des humeurs. — Destruction extracellulaire des microbes. — Analogie entre la bactériolyse et l’hémolyse. — Théorie des chaines latérales.
Progrès de la théorie des phagocytes. — Essais pour la concilier avec la théorie humorale. — Phase actuelle de la question de l’immunité.
Comme la préservation contre les maladies est une question des plus importantes parmi celles qui préoccupent l'humanité, il est tout naturel cju’on lui ait consacré la plus grande attention dès les temps les plus reculés. Nous voyons donc des peuples primitifs, des gens du commun, des médecins, des législateurs etjusc[u’aux savants des plus raffinés contribuer à la solution du problème de rimmunité contre les empoisonnements et les infections.
La science historique ne révélera jamais les premières sources de nos connaissances sur cette question, tellement elles sont reculées. La grande extension de plusieurs procédés pour préserver rhomme et le bétail de cjuelqucs maladies prouve bien cjue l’origine de cette pratique date de bien longtemps.
La fréquence des serpents venimeux dans beaucoup de pays a inspiré la peur de ces animaux et celle ci a dii amener à recbercber quelque méthode pour lutter contre rempoisonnement après la morsure. Aussi constate-t-on que beaucoup de peuples primitifs se servent de difiérents procédés pour immuniser rorganisme contre Lactioii du
APERÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR LTMMUNITE
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venin. Le colonel portugais de Serpa-Pinto ( Ij raconte, dans une lettre adressée à d’Al)l)adie, la méthode par laquelle il a été vacciné par les Yatuas, indigènes de la côte orientale dWfrique. Ces sauvages extraient le poison des serpents et en préparent, au moyen de substances A^égétales, une pâte gluante très brune qu’ils introduisent dans des incisions faites à la peau. Cette opération est très douloureuse et est suivie d’un gontlcment qui dure toute une semaine. Les Vatuas affirment que ce procédé confère une immunité certaine contre le venin. M. de Serpa-Pinto n’a jamais été mordu par un serpent, mais^ peu de temps après avoir été vacciné, il a été piqué aux îles Seycbelles par un scorpion sans éprouver aucun mal. Ce résultat confirme l’assertion des Vatuas, car il est étalili que le vaccin contre le venin des serpents est aussi efticace contre la morsure des scorpions. Le fait qu’après avoir été piqué par un autre scorpion dix ans plus tard, y\. de Serpa-Pinto a été si malade que, pendant huit jours, il a cru qu’il allait mourir ou au moins perdre un bras, démontre (pi’il ne jouissait [>as d’immunité naturelle. L’innocuité de la première [)iqiire doit donc être attribuée à la vaccination dont l’efFet avait complètement disparu au bout de dix ans.
Une autre pratique vaccinale des peuples primitifs se rapporte à la péripneumonie des bovidés. M. de Poebebrune (2) signale parmi les Maures et les Pouls de la Sénégambie « une habitude, dont l’origine se perd dans la nuit des temps » et qui consiste à inoculer à leurs troupeaux de bœufs le virus de la péripneumonie épizootique. « La pointe d’un couteau de forme primitive on celle d’un poignard est plongée dans le poumon d’un bœuf mort de l’affection, et une incision permettant de faire pénétrer le virus sous la peau des animaux bien portants est pratiquée dans la région sus-nasale. L’expérience a démontré tout l’avantage de cette opération préventive. »
Ln Europe, les vaccinations desl>œufs avec le virus (.le la péripneumonie sont certainement connues depuis plus d’un siècle, car,dans une brochure publiée à llerne en 1773 (3j, il est question de 1' « inoculation » des bovidés comme moyen d’cm[)ècher la maladie en Angleterre et en Hollande, maladie contre laquelle on a reconnu l’impuissance des remèdes.
H) Cojnptes rendus de V Académie des Sciences, 1896. T. CXXIl, p. 4îl.
r>) Ibid., 188.0. T. G, p. 669.
(3) Cette brochure a été reproduite dans le RecueU de médecine l'éférinaire, 1886, p. 62 i.