CHAPITRE XVI
L’inoculation du virus variolique à des hommes sains qui rentre dans la môme catégorie que l'inocnlalion du virus péripneumonique à des bovidés bien portants, est aussi une pratique très répandue et très ancienne. Les Chinois (1) affirment qu'ils connaissent depuis le commencement du onzième siècle le procédé d'immuniser contre la variole. Chez eux, comme chez les Siamois, on introduit la matière des croûtes varioliques dans les narines, hln Perse, la variolisation est pratiquée par les chirurgiens et les employés des établissements de bains qui introduisent, par les éi'aftlures de la peau, les croûtes pulvérisées. Les Achantis inoculent le virus variolique en sept endroits, aux bras et aux jambes. D’a[)i‘ès le récit de Timoni, médecin grec exerçant à Constantinople dans la première moitié du dix-luiitième siècle, les Circassiens et les Géorgiens, préoecupés de conserver la beauté de leurs filles, les piquaient, à ditlerents endroits de la peau, avec des aiguilles chargées de virus variolique. 11 est connu de tout le monde que c’est de Constantinople que Lady Montagne importa en Europe, à la même époque (1721), « la méthode grecque » qui consistait dans rinoculation du contenu de pustules varioliques, dans le but de produire une variole bénigne et de préserver les personnes vaccinées de la variole grave et dangereuse. Cette pratique s'est lieaucoup répandue en Europe pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle; mais comme elle n’était j)as sans présenter de sérieux inconvénients, on essaya de les éviter par l’emploi de toutes sortes de médicaments. Mais comme ceux-ci se montraient entièrement inefticaccs, le besoin s’est fait sentir de remplacer la variolisation par une autre méthode plus bénigne.
On affirme (2) qu’au Beloutchistan, était répandu depuis des temps immémoriaux l'usage de faire traire des vaches atteintes de cowpox par des enfants porteurs de quelques blessures aux mains. Cette pratique leur conférait l’immunité contre la variole. 11 est incontestable que la notion du pouvoir vaccinant du cowpox était répandue parmi les éleveurs et les laitiers de plusieurs localités en Europe, notamment en Angleterre, en Erance et en Allemagne. On aftirme que dans son pays natal, à Gloucestershire, Edwar Jenner a appris des paysans que le contact avec le cowpox préservait contre la variole. Très intelligent et très instruit, il s’est mis à vérifier cette opinion par la méthode
(1) Barlhcls, Die Médian der Naturvolker. Liepzig, 1893, p. 128 ; Pagel, Einfiiln'ung m die Gesc/iic/ite der Med icin. Berlin, 1898, p. 313.
(2) Ilaeser, Clesclüehte der Med icin. 3c édilion, 1881. T. 11, p. 107o,
APERÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE
expérimentale. Après avoir démontré par im grand nombre d’expériences que l'inoculation du virus variolique à des personnes vaccinées parle cowpox restait sans résultat, il est devenu le grand propagateur delà nouvelle méthode. 11 a travaillé ce sujet pendant vingt ans et ne s’est décidé à faire une publication ( en 1798) (pi'après avoir acquis la complète certitude de la grande utilité de la vaccination par le virus du cowpox. La découverte de Jenner souleva d’abord de grandes objections, mais bientôt sa méthode fut vérifiée en France et dans plusieurs autres pays et ne tarda pas à se répandre d’une façon tout à fait générale.
Lorscpie Fastcur se mit à étudier les maladies infectieuses dans leui's rapports avec les microbes, il lui vint aussitôt l’idée de proiiter de la découverte de ces êtres pathogènes pour en tirer une arme contre les infections. 11 étudia l’œuvre de Jenner pour en tirer quelques indications capables de l’amener sur la bonne voie. 11 tit exécuter à ses collaborateurs plusieurs séries d’expériences dans l’intention d’immuniser l’organisme contre les microbes infectieux. Et pendant ce travail laborieux et original, le hasard (1) facilita l’accomplissement de la tâche. Lorsque rentrés des vacances, en automne 1879, Pasteur et ses collaborateurs MM. Chamberland et Roux, voulurent reprendre leurs expériences sur le choléra des poules, ils constatèrent à leur grande surprise que le microbe de cette maladie, d’habitude si meurtrier, était devenu inotfensif. Les poules, ayant reçu des doses de cultures beaucoup plus que suffisantes pour amener la mort, n’en éprouvaient aucun eÜ'et. Préparé par ses connaissances antérieures et ses réflexions continuelles sur la j^révention des maladies contagieuses. Pasteur devina de suite la grande portée de l'échec des inoculations avec de vieilles cultures et installa aussitôt des expériences précises sur le rôle vaccinant de ces microbes devenus inoffensifs. Ces recherches l’ont conduit à la découverte de deux grands principes : celui de rafténuation des virus et cet autre de la propriété vaccinante des microbes atténués. Plusieurs mémoires de Pasteur (2) établissent ces lois d’une façon très précise, donnant tous les renseignements nécessaires pour contrôler et vérifier les principaux résultats. En France, cette grande découverte a été de suite admise par plusieurs savants, tandis que d’autres trouvèrent moyen de manifester leur
(1) V. Vallcry-Radot, L« vie de Pasteur. Paris, 1900, p. 427.
(2) Comptes rendus de l'Acad. des Sciences. 1880. T. XC, pp. 939, 952, tU30 ; T. XCI, pp. 571, 073.