‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 140 sur 171 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

scepticisme. Mais à l’étranger, il s’est produit une opposition très vive et émanant des sources les plus autorisées. On ne voulait reconnaître ni la possibilité d atténuer les virus, ni celle de conférer rimmunité à des animaux. La bactéridie charbonneuse, disait-on, pouvait être cultivée pendant très longtemps sur des milieux de culture, par exemple la pomme de terre, sans perdre quoi que ce soit de son pouvoir [)athogène. Donc, ratténuation des virus n’existe pas en réalité. Des rats blancs ayant résisté à une ou à plusieurs inoculations du bacille charbonneux peuvent mourir à une inoculation ultérieui'c par le même microbe. Donc, il n’y a pas d'immunité acquise, etc. Les lois découvertes par Pasteur présentent une si grande importance sous tous les rapports que des travaux très nombreux ont été exécutés pour vérifier leur exactitude et la lutte n’a pas été bien longue. Au bout de peu d années, il a été reconnu universellement que l’atténuation des

virus, aussi bien que la vaccination par les microbes atténués, sont des réalités qui désormais ne peuvent être niées d’aucune façon et qui doivent passer dans le domaine des vérités définitivement

acquises.

On s’est donc mis à étendre les nouvelles conquêtes aux autres maladies infectieuses. Pasteur, MM. Chamberland et Houx se sont appliqués à élaborer une méthode pour vacciner des animaux contre le charbon et contre le virus rabique ; Pasteur et Thuillier ont étendu les recherches dans cette voie au rouget des porcs. De plusieurs autres côtés, on s’est mis aussi à chercher des vaccins. Toussaint a fait des tentatives, parfois couronnées de succès, pour immuniser des animaux contre le charbon à l’aide de sang charbonneux chauffé. MM. Arloing, Cornevin et Thomas sont arrivés à vacciner les bovidés contre le charbon symptomatique. M. Lœftler a, le premier en Allemagne, démontré que les lapins guéris de la maladie provoquée par le bacille de la septicémie des souris, acquièrent une immunité contre ce microbe. Nous n’avons pas besoin de citer d’autres exemples, tellement ils sont devenus nombreux et unanimement confirmatifs.

Après les premiers pas dans cette nouvelle voie. Pasteur et ses collaborateurs se sont mis à appliquer les connaissances acquises à la préparation de vaccins capables de donner des résultats pratiques. Les deux vaccins anticharbonneux et les deux vaccins contre le rouget des porcs ont été le fruit de ces tentatives. Ici encore des objections nombreuses ont été soulevées contre ces découvertes. Les moutons, auxquels on donne des quantités énormes de bactéridies, peuvent

APERÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR L’IM.MUNII E

mourir du charl)oii malgré les deux vaccins pastoriens. De là, on a voulu conclure cpie ces vaccins ne doivent pas être employés dans la pratirpie pour préserver les moutons contre la fièvre charbonneuse. Les résultats des expériences faites en grand sur plusieurs points du globe ont démontré l'inexactitude de ces objections et cette (piestion aussi est considérée comme définitivement résolue.

Une telle quantité de travaux répondant à des besoins des plus urgents, n’était pas favorable pour les recbercbes sur le mécanisme de cette immunité (pii s’était dévoilée d’une far;on si merveilleuse. Malgré cela, Pasteur s’est applicpié à résoudre ce problème autant qu il lui a été possible dans les conditions où il exécutait ses investigations. Il a supposé (pie rimmunité acquise est le résultat de l’impossilnlité pour un microbe pathogène de végéter dans un milieu où il se développait auparavant. Lorsque le microbe du choléra des poules provoque chez quelipics individus une maladie non mortelle, ipioiipie grave, ou bien lorsipie le microbe atténué produit un simple malaise passager, dans les deux cas, il vit dans les bumeurs et les tissus de l’animal. Cette vie est possible à la suite de l’absorption de certaines substances nutritives. Une fois consommées, ces substances ne se renouvellent pas de sitôt et l’organisme vacciné devient par conséquent incapable de nourrir le microbe une seconde ou une troisième fois. Pour appuyer cette vue de l esprit par des faits précis. Pasteur a fait des expériences sur les conditions du développement du microbe du choléra des poules vitro. Il a filtré le bouillon de culture de ce microbe après un développement abondant pendant plu-

sieurs jours et a ensemencé dans le liquide, devenu clair et transparent, une nouvelle semence du même microbe. Celui-ci ne poussait plus et le liquide restait toujours aussi lim[)ide qu’auparavant. (iOtte absence de développement pouvait être expli(piée ou par l’existence dans le liquide de (pielque substance excrémentilielle, abandonnée pendant la première culture, ou bien parle manque de quelque substance indispensable pour la nutrition du microbe Pasteur écarte la jjremièrc bvpotbèse par l’expérience (jui démontre ([u’il suffit d ajouter au li(juide filtré un peu de nouvelles substances nutritives, pour que le microbe se développe de nouveau abondamment. C’est donc à l’absence de (jnebpic élément essentiel pour la vie de celui-ci qu il faut attribuer rimmunité des animaux vaccinés ou guéris spontanément. Voici comment s exprime Pasteur U) R sujet . « Le muscle

(1) Comptes rendus de l’Académie des Sciences. 1880. T. X(’. p. H'il.

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