CHAPITRE XVI
qui a été très malade est devenu, meme après guérison et réparation, en quelque sorte impuissant à cultiver le microbe, comme si ce dernier, par une culture antérieure, avait supprimé dans le muscle quelque principe que la vie n’y ramène pas et dont l’absence einpôche le développement du petit organisme. Nul doute que cette ex'plication, à laquelle les faits les plus palpables nous conduisent en ce moment, ne devienne générale, applicable à toutes les maladies virulentes. »
Cette explication a paru très probable à plusieurs savants, parmi lesquels je puis citer M. Chauveau (l) qui s’est distingué par des travaux importants sur les virus. « Selon toute vraisemblance cette séduisante théorie — dit M. Chauveau — basée sur une des plus intéressantes séries de ces expériences nettes et décisives dontM. Pasteur est coutumier, s’applique à la plupart des cas d’immunité acquise par inoculation préventive. » Seulement \I. Chauveau pense qu’elle ne peut expliquer l'immunité naturelle, surtout celle des moutons algériens vis-à-vis du charbon, exemple qu’il avait étudié à plusieurs reprises. Lorsqu’il inoculait à ces animaux de fortes quantités de bactéridies, sans dépasser certaines limites, les moutons résistaient très bien; mais les injections de doses énormes étaient presque toujours capables de vaincre l'immunité naturelle des moutons algériens et de leur donner le charbon mortel. M. Chauveau suppose que ce fait s’explique le mieux par la présence d’une substance empochante dans le liquide sanguin, dont l’action s’épuise lorsqu’elle doit se répartir sur un très grand nombre de bactéridies. Cette opinion n’est cependant pas partagée par Pasteur (2) qui lui objecte que l’immunité naturelle doit bien se passer de cette substance empêchante, car les poules qui manifestent une résistance si grande contre le charbon prennent bien la maladie, lorsqu’on abaisse la température de leur corps. Dans ces conditions, il est inadmissible de supposer la disparition d’une substance empêchante sous l’influence du froid.
Cette polémique, dès la naissance des théories sur l’immunité, nous montre déjà que, dès le début, le problème s’est présenté comme très complexe et que, pour l’aborder d’une façon suffisante, il a fallu, autant que possible, multiplier et approfondir l’étude des phénomènes qui accompagnent la résistance de l’organisme vis-à-vis des microbes pathogènes. Aussi M. Chauveau (3) n’a-t-il pas tardé à entreprendre
(1) Comptes rendus de V Académie des Sciences, p. 1.5'26.
(2) Comptes rendus de l' Académie des Sciences, 1880. T. XCI, p. 536.
(3) Ibid., p, 680.
APERÇU HISTORIQUE UES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE
des expériences sur le sort des l)actéridics, injectées dans les vaisseaux sanguins des montons algériens. Il a vu que ces microbes disparaissent du sang déjà au bout de quelques heures, mais se trouvent accumulés dans le poumon, la rate et ({uel([ues autres viscères. Là ils deviennent incapables de se reproduire et ne tardent pas à disparaître complètement chez les individus réfractaires, gênés par les substances empêchantes du liquide sanguin.
Les deux théories que nous venons d'estjuisser ont ce point commun qu’elles attrihucnt rimmunité naturelle ou acquise à des propriétés humorales et purement passives. D’après l’une d’elles, c’est l’appauvrissement des liquides de l’organisme (]ui empêche le développement des microbes pathogènes, tandis (jue d’après l’autre c’est au contraire la présence de quelque poison bactérien qui détermine le même résultat. Pour appuyer sa théorie sur une base expérimentale, Pasteur invoque ses tentatives d’ensemencement dans des milieux de culture épuisés par le développement antérieur du même microbe, éliminant pour ainsi dire l’intluence active de l’organisme. 11 est vrai que, pour expliquer rimmunité naturelle, il fait jouer un rôle à la « constitution » et à la « résistance vitale », l’interprétant comme le faisait déjà iNaegeli, dans le sens d'une concurrence entre les parasites et les cellules de l’organisme pour l’oxygène et les substances nutritives.
Se rattachant à ce point de vue, un élève de Naegeli, M. Dans Buchner (I), a essayé de se rendre compte d’une façon plus précise des conditions dans lesquelles s’établit l’immunité acquise contre les maladies infectieuses. Il développa dans plusieurs publications sa théorie, qui sc résume dans la propriété de l’organisme de renforcer la résistance locale des organes a l’aide de la réaction intlammatoire. Le point de départ de cette théorie localistc constitue la thèse que chaque microbe pathogène n est capable de manifester son action pathogène (pie lors(ju’il parvient dans l’organe particulier où il est capable de vivre et de SC maintenir. Ainsi le pneumocoque ne pourrait vivre que dans les poumons, le vibrion cholérique que dans les intestins, etc. Glnupie fois (ju’im microlie pathogène se localise dans son organe de prédilection, il se produit une réaction intlammatoire qui a pour résultat le renforcement des éléments vivants de l’organe en question. L’intlammation est donc considérée par M. Buchner comme
(1) Die Naegeli'sche Théorie d. Infectionskrankheiten. Leipzig, 1877, Eine neue Théorie iiher Erziel. v. Inuniuiitàt. München, 1888.
CIIAPITHE XVI
une réaetîon salutaire, qui agit non pas directement sur la cause morbide, mais par 1 intermédiaire des cellules spécifiques des organes. Cette théorie de 1 immunité a conduit M. lîuchner à proposer le traitement arsénical comme remède contre les maladies microbiennes, car, de tous les médicaments, l’arsenic est celui qui est capable de provoquer la plus forte réaction inflammatoire.
[Jn autre savant allemand, ^1. P. Grawitz (1), proposa aussi une théorie de 1 immunité acquise, d’après laquelle une première atteinte d une maladie infectieuse provoque « Padaptation des cellulesau pouvoir d assimilation énergique des champignons », Cette adaptation renforcée se transmet aux descendants des cellules qui l’ont acquise et c’est pour cela que l’immunité peut persister pendant des mois et même des années. M. Grawitz a voulu baser ses conceptions sur ses expériences au sujet de l’immunité acquise contre le champignon du muguet, mais M. Lœffler Ç2) démontra bientôt que cette base n’était pas soutenable et que l’immunité, admise par M. Grawitz, n’existait pas en réalité.
On voit que toutes les théories que nous avons sommairement rapportées, se distinguent par leur caractère vague et peu précis, ce qui n’est pas du tout étonnant, vu la connaissance très imparfaite des phénomènes qui ont lieu dans des cas de l’immunité. Il est évident que, pour se rendre compte d’une façon satisfaisante du mécanisme de la résistance de l’organisme contre les microbes pathogènes, il fallait se renseigner sur les modifications que subissent les organes et les tissus, lors de l’acquisition de l’immunité et aussi savoir ce que deviennent les microbes dans un organisme réfractaire.
Nous avons vu que M. Chauveau avait établi que les bactéridies, injectées dans les vaisseaux des moutons algériens disparaissaient de leur organisme, mais il ne pouvait rien dire sur la façon dont cette disparition se faisait dans la nature. M. Buchner admettait la résistance renforcée des organes enflammés, sans qu’il lui fut possible de préciser les phénomènes qui se passent pendant l’inflammation des tissus, envahis par les microbes pathogènes.
Indépendamment de ces vues théoriques et plutôt spéculatives sur l’immunité, il s’est accumulé, dans le bagage scientifique, des données assez précises sur le rapport de certains microbes pathogènes avec les organes et les tissus des animaux sensibles ou réfractaires. Lorsque, à
(1) Virchoivs Archiv., 1877. T. LXXXIV, p. 87.
(2) Miliheilungen a. cl. /r., Gesundheiiscwite. 1881. T. l, p. 13t.
APEUÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE
la suite des travaux de Davaiiie et d’Obermeyer, l’attention des pathologistes et notamment de ceux d’entre eux qui s’occupaient d histologie pathologique, fut attirée sur le rcMc des microbes dans les maladies infectieuses, on s’occupa lieaucoup de la recherche de ces organismes sur des coupes d’organes de personnes mortes de toutes sortes d’atfections. On trouvait surtout des amas de cocci dans les dilférents organes d’individus morts de la diphtérie, de la fièvre puerpérale et des diverses pyémies. Au cours de ces travaux, on signala assez souvent la présence des microbes dans l’intérieur des globules blancsdu pus et d’autres produits morbides. Parmi les premiers savants ayant fait cette observation, je dois citer M. llayem (I j en France et MM. Birch-Ilirschfeld (2), Ivlebs, Rindtleisch, v. Uecklinghausen et Waldeyer en Allemagne. M. Ivlebs (3) parle de la })résence des microbcs, dans les maladies des plaies, à l’intérieur des globules blancs contractiles et attribue à ces cellules le rôle principal dans le transport de ces parasites dans le tissu lymphatique. ^1. ^yaldeyer (i) cite un cas de lièvre puerpérale, dans lequel les globules du pus péritonéal étaient remplis de bactéries. Des observations semblables n’étaient point rares ; elles conduisirent à une conclusion générale que les microbes rencontrent des conditions favorables dans 1 intérieur des leucocvtes qui peuvent contribuer à leur dissémination dans 1 organisme.
Cette opinion était devenue tellement générale que lorsque M. R. Koch (o'i fit chez des grenouilles, inoculées avec des bacilles charbonneux, la découverte de cellules rondes, renfermant un grand nombre de ces microbes, il n'hésita pas à conclure que les bacilles trouvent un milieu propice dans le contenu de ces éléments. Or la Grenouille est, dans les conditions ordinaires, réfractaire au charbon.
Et cependant déjà en 1874 Panum (G) avait exprimé l'idée, d une façon encore vague il est vrai, que les leucocytes pourraient bien servir à la destruction des microbes. Dans son mémoire sur le poison putride, se trouve une note <jui contient la rétlexion suivante : « Pour la
(I) Comptes vendus de la Soc. de Biol., 1870, p. tlo; Oac. hebdoin. dè Méd. et deChiv., 1871, p. '291.
(-2) Résumé dans Schmidt' s Jahvbücher d. gesammten Médian. 18 <2. LUX, p. 97.
(3) Pat/iolof/ische Anatomie der Sc/iusswunden. 1872.
(7) Arc/iiv., fiiv Cgnakoloffie. l872. I. III, p. 293.
(o) Gohn's Beitrage cur Biologie d. Pjlanzen, 1876. T. II, p. 300.
(6) Virchow' s Ai'chio, 187 7. T. EX, |). 3t7.
GUANTHE XVI
solution (le la cjncstiou de savoir* conimeiit et dans cjuel endroit les bactéi’ies coininnnes de putréfaction peuvent disparaître^ une communication intéressante de Birch-liirschteld me semirle fournir une indication. D après cet observateur, les microcoejues, introduits dans la circulation^ sont déposés dans les g’ang’lions lymphaticpies et la rate, après s être, [lour la plupai*t. introduits dans les glolmles du sang*. Le fait que les bacilles vulgaires de la puti'éfaction meurent l’éellement dans 1 organisme est prouve non seulement par la circonstance cpi'ils demeurent inactits, ajri'ès (pie le paroxysme aigai de l’intoxication putride a été lioureusemeiit surmonté, mais aussi par les importantes observations d l^lbcrtli sur rinnocuité de rinociilation des bactéries banales dans la cornée ». Ces lignes contiennent l’indication cjue les globules du sang (il s agit incontestalilement de leucocytes) englobent les bactéries, introduites dans le courant sanguin, et les détruisent.
Quelques années plus tard, en 1877, M, P. Grawitz (l) fit la remarque, au sujet de ses recherches sur le parasite du muguet, (|ue les champignons introduits dans le sang des mammifères sont saisis par les globules blancs et ainsi « soustraits au contact du liipiidc assimilable ». M. Gaule (2) qui, comme on le sait, cherchait à démontrer que les Drépanidium du sang des grenouilles ne sont autre chose que des fragments de noyaux cellulaires, transformés en « vermicules », a décrit la destruction de ces êtres dans les cellules amiboïdes de la rate. « 11 m’est arrivé une fois — dit-il — d’observer un amil)ocyte de la rate de grenouille qui, en peu de temps, a englobé trois vermicules et qui s'est éloigné ensuite, sans laisser aucune trace à l’endroit où il se trouvait. En suivant ses mouvements, j’ai pu au début distinguer dans son contenu le corps réfringent du vermicide. Mais celui-ci a commencé à pùlir et, une demi-heure après, il était déjà complètement résorbé ». 11 est incontestable que ces vermicules ne sont autre chose que des parasites {Drépanidimn) qui n’ont aucun lien avec le noyau des cellules de grenouilles. Leur englobement, suivi de destruction, était donc un acte de défense de l’organisme, manifesté par des cellules amiboïdes de la pulpe splénique.
Dans la même année 1881. où fut publiée cette observation de M. Gaule, M . Doser (3), assistant de chirurgie, a fait paraître à Marbourg une petite brochure sur les animaux inférieurs. Dans cet opuscule, il
(t) Virchow's Archiv. T. I>XX, p. .^16 ; T. LXXXIV, p. 87.
(i) A?'c/iiv. fiir Phnsiolofjie, 1881, p. 808. PI. V.
(3) Ueitrage sur Biologie niederster Organismen. Marburg, 1881.
APERÇU ITISTORIOUR DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE
est surtout question de la possibilité de cultiver certains êtres unicellulaires dans l’urine et le lait et de l’adaptation de ces organismes aux solutions salines. A la fin d'un des paragraphes, M. Uoser expose son opinion sur rimmunité, sans que ce sujet soit développé en aucune façon dans sa brochure. Voici comment il s’exprime ; « L immunité des animaux et des plantes en pleine santé repose, à mon avis, sur : 1® la teneur relative en sel de leurs humeurs; et 2® sur la propriété de leurs cellules contractiles d’englober l’ennemi qui s’introduit » (p. 18). Comme ces thèses ont été énoncées sans aucun développement, au milieu de toutes sortes d’autres spéculations, il n’est point étonnant que les lignes que je viens de citer, ainsi que toute la brochure de M. Roser, n’aient attiré ni l’attention des zoologistes, ni des médecins. Dans les revues de ces deux sciences (Schmidf's Jahrbïicher et le Zoologificher Jahresbcricht de la sta/wn zoolorjifjue de Naples) elle n’a même pas été mentionnée. Il pai-ait que non seulement les autres biologistes et médecins n'avaient attaché aucune importance aux spéculations de M. Roser, mais que leur auteur lui-même ne leur attribua pas une grande valeur. Je tire cette conclusion de ce fait que cinq ans après sa première brochure, il en pid)lia une seconde sur 1 inflammation et la guérison (l), dans laquelle il n’applique point sa théorie de l’immunité à l’explication de ces deux phénomènes, (jette nouvelle brochure porte un caractère encore plus spéculatif <{ue la première, et, au lieu d’essayer de mettre en rapport le rôle antiinlectieux des leucocytes avec leur migration pendant l’inflammation, i\I. Roser insiste sur l’indépendance fondamentale de ce phénomène delà guérison. Pour lui, l’inflammation, accompagnée de diapédèse, ne doit point être envisagée comme une réaction salutaire de 1 organisme, mais comme une manifestation de la maladie. La chaleur qui s’observe dans ces conditions doit être, au moins en partie, attribuée à la production calorique des microbes infectieux.
Je dois avouer que les deux brochures de M. Roser me furent inconnues pendant toute une série d’années et c’est M. llüppe qui attira mon attention sur elles, lorsqu’il les mentionna dans la quatrième édition de son ouvrage sur les méthodes bactériologiques i2), paru en 1889. Je suis donc arrivé à mes conclusions sur le rôle des cellules amiboïdes indépendamment du chirurgien de Marbourg et par une voie toute ditlerente. Au début de mes recherches sur la guérison et
(1) Roser, Ueber Entciinclung und Ueilung, Leipzig 1886.
(”2) Methoden der Dacterienforschung. 4 /Iw/Zas'e. Wiesbaden, 1889, p. 10.
GHAPITRI'] XVI
l’immunité, j'igmorais aussi les passages des publications de Panum, de MM. (:iaule et Grawitz que j’ai cités plus haut. Etudiant depuis longtemps le problème des feuillets germinatifs dans la série animale, je cherchais a me rendre compte de leur origine et de leur signification. Le rôle de l’ectoderme et de l’entoderme paraissait bien clair et le premier pouvait être facilement considéré comme le revêtement cutané
des animaux polycellulaires priifiitifs, tandis que le second devait être en\dsagé comme leur organe de digestion. La découverte de la digestion intracellulaire chez beaucoup d’animaux inférieurs me fit considérer ce phénomène comme propre aux animaux ancestraux, desquels devaient dériver tous les types connus du règne animal (sauf les Protozoaires, bien entendu). C’est l’origine et le rôle du mésoderme qui paraissaient les plus obscurs. iVussi certains embryologistes supposaient-ils que ce feuillet correspondait aux organes génitaux des animaux primitifs; d autres le considéraient comme le prototype de l’organe de la locomotion. Mes études embryologiques et physiologiques sur les Eponges me suggérèrent l’idée que le mésoderme devait fonctionner, chez les animaux hypothétiques primitifs, comme un amas de cellules digestives, en tous points semblables cà celles de l’entoderme, Cette supposition a nécessairement attiré mon attention vers la propriété qu’ont les cellules mésodermiques de saisir des corpuscules étrangers. Ce fait était déjà connu depuis longtemps. On savait que les globules blancs des Vertébrés renfermaient souvent des cellules diverses, notamment des globules rouges et blancs du sang. On savait aussi que les cellules amiboïdes sont capables d’englober des granules de matières colorantes. En faisant une injection d'indigo dans les vaisseaux de Thétys, M. Ilackel (1) en 1858, a été surpris de retrouver les corpuscules bleus dans l’intérieur des globules sanguins amiboïdes de ce beau mollusque gastéropode. Depuis, ce fait a été confirmé par un grand nombre d’observateurs et la propriété des cellules amiboïdes de renfermer des corpuscules étrangers a été reconnue comme tout à fait générale. Mais, malgré cela, on ne considérait pas ce phénomène comme quelque chose d’analogue à la digestion. Ainsi M. Ilackel (2) lui-même, à propos de ses recherches sur les Eponges calcaires, insistait sur cette interprétation que les corps étrangers pénétraient d’une façon purement passive dans finlérieur du protoplasma visqueux.
Des observations que je fis sur les Eponges et sur certains animaux
(1) Die Radiolarieyi, Berlin, 1862.
(2) l)te Kalkschwdiyime. Berlin, 1872.
APERÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE
pélagiques, trans})arents et d’organisation simple, me persuadèrent que la présence des corpuscules étrangers dans les cellules amiljoïdcs du mésoderme devait être attribuée à un cnglobement actif par ces éléments eÇ sous tous les rapports, se rappi'ocliait des phénomènes de la digestion intracellulaire dans les cellules épithéliales du tube digestif de beaucoup d’auimaux inférieurs. Seulemenb[)our bien démontrer ce fait, j’ai dù fournir des preuves expérimentales précises. Je me suis donc mis, pendant mon séjour à Messine en 1882 et 1883, à étudier le rôle des cellules amiboïdes du mésoderme, au point de vue de la digestion intracellulaire. U m’a été facile de constater que ces éléments saisissent les corps étrangers de natures très divei’ses [lar leurs prolongements vivants et que quelques-uns parmi ces corps subissent une véritable digestion dans l’intérieur des cellules amiboïdes. Ma th èse principale, c’est-à-dire l’idée des relations intimes entre 1 entoderme et le mésoderme, s’est donc trouvée jileinement confirmée.
En rétléchissant à ces choses, toutes nouvelles à cette époque, il m’est venu l’idée que la fonction digestive, si profondément enracinée dans les éléments mésodermiques, devait jouer un rôle dans beaucoup de phénomènes vitaux des animaux. En partant de ce [loint de vue, j’ai pu démontrer (pie, pendant la métamorphose si compliquée des Echinodermes, tels que les Synaptes, les cellules amiboïdes du mésoderme remplissaient un rôle dans l’atrophie de nombreux organes larvaires.
Je n’ai jamais fait d’études médicales ; mais, quelque temps avant mon départ pour Messine, j ai entendu la lecture du Traité de pathologie générale de Cohiiheiin et j’ai été frappé par son exposé des faits et de sa théorie de rinflammation. Les premiers, surtout la descrijition de la diapédèse des globules blancs à travers la ])aroi vasculaire, me [larurent d’un intérêt tout à fait capital. La théorie au contraii’e me sembla extrêmement vague et nébuleuse. Je me dis que l’étude comparative de rinflammation chez des êtres inférieurs, d’une organisation simple, pourrait certainement projeter une clarté sur les phénomènes pathologi(jues si complexes chez les Vertébrés, même chez la grenouille (pii avait servi de point de départ aux remarquables expériences de Lohnheim.
Ihiisque, dans l’atrophie des organes larvaires des Synaptes, le rôle essentiel est accompli i>ar les cellules amilioïdes du mésoderme qui s’entassent et se réunissent en amas, peut-être dans les exsudats inllam ma foires la richesse en globules blancs signifie-t-clle qu'ils ont à