‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 142 sur 171 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

remplir une fonction très importante. Cette réflexion me suggéra l’expérience suivante : produire des blessures et introduire des échardes sous la peau d’animaux marins des plus transparents ; si ma. supposition est londée, je verrai se produire à l'endroit lésé une accumulation de cellules amiboïdes. J’ai choisi des Bipinnaires, ces grosses larves d étoiles de mer, si fréquentes à Messine, et j’ai implanté dans leur corps des épines de rosiers. Au bout de peu de temps, ces échardes se sont trouvées entourées d’une masse de cellules amiboïdes, tout a fait comme dans Fexsudat de l’homme à la suite de 1 introduction d’une épine ou d’un aulre corps étranger. Tout le processus se passait sous mes yeux chez un animal transparent, ne possédant ni vaisseaux sanguins ou autres, ni système nerveux. Le premier point fut acquis. L’exsudât inflammatoire doit être considéré comme une réac-

tion contre toutes sortes de lésions et l'exsudation est un phénomène plus primitit et plus ancien que le rôle du système nerveux et des vaisseaux dans l’inflammation.

Je savais bien que, à l'époque où je faisais mes rechercbes(1882),lcs pathologistes considéraient que rinllammation est la conséquence sinon toujours, au moins dans le plus grand nombre de cas, de la pénétration des microbes. De là s’imposait cette conclusion que la diapédèse et l’acciimulation de globules blancs dans les maladies inflammatoires devaient être considérées comme des moyens de défense de l’organisme contre les microbes et que les leucocytes servaient dans cette lutte pour dévorer et détruire les parasites. La signification de l’inflammation devenait tout d’un coup simple et claire d’après cette hypothèse. Dans le but de la vérifier, je me suis mis à faire des expériences sur des animaux inférieurs, si abondants dans le détroit de Messine, et à me renseigner sur les résultats acquis en pathologie générale et en histologie pathologique. La lecture du traité d’anatomie pathologique de M. Ziegler m’apprit que, dans ces branebes de la science médicale^ on avait accumulé depuis longtemps un grand nombre d'observations capables de faciliter l’acceptation de la nouvelle hypothèse sur l’inflammation et la guérison. Des données nombreuses et bien établies sur la résorption du sang extravasé, sur le sortdes corpuscules colorés dans l’organisme, sur la présence des microbes dans l’intérieur des leucocytes, etc., me confirmèrent dans mon opinion.

Aussitôt après avoir réuni un certain nombre de faits et de renseignements pour appuyer mon hypothèse, j’en fis part à mon regretté ami, N. Kleinenberg, alors professeur à l' Université de Messine.

APERÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE

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]\lédecin et zoologiste, il était bien préparé pour porter un jugement sur elle ; ce jugement lui fut favorable. Quelque temps plus tard, j ai eu le grand plaisir de rencontrer le célèbre professeur H. Virchow a ]\Iessine. Je lui ai communiqué mes idées et il a bien voulu venir chez moi pour examiner les préparations de Ibjiinnaires et d’autres animaux inférieurs, chez lesquels j’avais provoqué des phénomènes d’intlammation sans le concours des systèmes nerveux et vasculaire. Le grand savant m’a beaucoup encouragé à continuer dans cette voie. Lorsijue je lui ai exposé la rétlexion que la réaction inflammatoire de la part des cellules amiboïdcs ne pouvait être comprise qu’en admettant que les globules blancs tissent la chasse aux microbes et les détruisent, M. Virchow me répondit que, dans tous les cas, en pathologie, on pensait et on enseignait juste le contraire. On était d’avis (]ue les microbesse trouvaient bien dans les leucocytes et se servaient de ces cellules comme de moyen de transport et de dissémination dans rorganisme.

Pendant mon séjour à Messine, mes recherches se bornèrent aux animaux inférieurs, mais plus tard j ai commencé à étudier l inflammation et les phénomènes d’infection chez les V ertébrés. Ce n’est que huit mois après avoir commencé mes recherches dans cette voie que je me suis décidé a en publier les résultats. Je les ai d abord exposés dans un discours, prononcé è Odessa, au Congrès des naturalistes et des médecins, en 1883. Plus tard ils ont été publiés dans un article spécial, inséré dans le recueil de Clans à Vienne (1) et dans un petit travail paru dans le Biologisches Centrahllalt (^2). J ai cherché surtout à développer cette idée que la digestion intracellulaire des organismes unicellulaires et de beaucoup d Invertébrés a été transmise par hérédité à des animaux supérieurs et s’est conservée dans les cellules amiboïdes d’origine mésodermi(pie. Celles-ci, étant capables d englober et de digérer toutes sortes d’éléments histologiques, peuvent appliquer la même propriété à la destruction des microbes. Pour appuyer cette conclusion, j’introduisais diverses bactéries dans des animaux inférieurs et je constatais leur englobement et leur destruction parles cellules amiboïdes. Mais il était évident que cette preuve ne suffisait pas. Je me suis donc mis à rechercher des maladies des petits Invertébrés assez transparents pour être étudiés directement au microscope. Les Daphnies, ces petits crustacés si nombreux et si fréquents dans l’eau douce, me fournirent une occasion favorable pour étudier

(\) Aj'heiten des roohffisc/ien Tnsfitiifes x:ti Wieii, IH8.3. T. V, p. lil.

(2) Biuloyisches Cenlralblatt, 1883. I. III, }).o6U.

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