CHAPITRE XVI
une véritable lutte qui se produit entre leurs leucocytes et les spores d’im parasite végétal du groupe des Blastomycètes. Dans des cas nombreux, les cellules amiboïdes assurent l’intégrité de rorganisme, en dévorant une quantité de ces spores et les transformant en un détritus inerte. Dans d’autres cas au contraire, ce sont les champignons qui prennent le dessus dans la lutte ; ils réussissent àgermer et à vaincre la résistance des leucocytes, en se reproduisant rapidement et en tuant ces cellules avec leurs poisons. L’histoire de cette maladie et de cette lutte a été publiée dans les Archives de Virchow (1).
Quelque temps après, j’ai publié, dans le même recueil, mon travail sur la bactéridie charbonneuse (2j, dans lequel je m’eUbrçais de démontrer que, chez les Vertébrés aussi, la pénétration des microbes pathogènes provoque une lutte acharnée avec les cellules amiboïdes.
Dans les quatre travaux que je viens de résumer, je me suis servi, pour désigner les cellules amiboïdes, capables de saisir et de digérer les microbes et d’autres éléments figurés, du terme de a phagocytes ». La théorie, basée sur cette propriété des cellules défensives, a été désignée sous le nom de « théorie des jdiagocytes ».
Je pensais, comme je l’ai déjà mentionné plus haut, que les faits sur la résorption et les leucocytes, accumulés dans 1 histologie pathologique depuis des années, avaient suffisamment préparé les esprits à accueillir favorablement l’idée que les cellules amiboïdes sont des éléments défensifs de l’organisme, capables de lui assurer l’im inimité et la guérison. Je m’étais trompé sous ce rapport. Justement c’étaient les spécialistes dans cette branche de la science qui a\ aient dès le début manifesté lapins vive opposition contre cette théorie.
Dans un discours, prononcé au Congrès de l’Association britannique en 1896, Lord JAster (3) a dit : « Si jamais il y a eu un chapitre romanesque en pathologie, c’est assurément celui de l’iiistoire du pliagocytisme ». Ces mots m’encouragent à exposer devant le lecteur les traits essentiels de cette histoire.
Les deux premiers mémoires que j’avais publiés en 1883 n’ont attiré aucunement rattention de la part du public médical. Ces travaux avaient un caractère trop zoologique pour être remarqués par des pathologistes. Mais les deux publications suivantes, dans lesquelles je Irai-
(1) Vircho}o's Àrchiv, 1884. T. XCVl, p. 177.
(2) Ibid., 1884. T. XCVII, p. 502.
(3) British Associatioyi for the Advanc. of Science, 1896, p 24, Hevue scientifique, 17 oclohrc 1896, p. 493..
AI'KUÇLJ IIISTOIIIQUI': DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITÉ oia
tais de la maladie des Daphnies et surtout du charbon l)actcridieii, ont aussitôt soulevé des criticpies sévères. C'est ÔI. Baiimgarten (1 le pathologiste bien connu, qui a ouvert la bataille, en puljliant une revue sur mes recherches concernant la phagocytose. Il s’est eübrcé de saper les l)ases de la théorie et, ne se contentant pas d’arguments a priori, il lit faire par ses élèves une série de recherches sur le sort des microbes dans l’organisme réfractaire. 11 en résulta plusieurs thèses de doctoral (pu cherchaient à démolir tous les points de la théorie des phagocytes.
IMus tard, M. Baumgarten {'2) a publié un long article d’ensemble, intitulé ;« Zur Krilik der Metschnikolf’schen Bhagocytentheorie », dans lequel, avec beaucoup de talent et d’esprit, et surtout en un style admirable, il a essayé de démolir les bases cl les conclusions de la théorie des phagocytes.
Les faits précis que j’avais accumules pendant plusieurs années, M. Baumgarten les considère comme inexacts et réfutés par les observations et les expériences de ses élèves. Les raisonnements (pie je donne pour justilier ma théorie sont, d’après le même critique, contraires à la logique et à la vérité. Si les phagocytes sont réellement des éléments, destinés à assurer l’intégrité de rorganisine, comment se fait-il alors que justement, lors du plus grand danger, lorsque le sang et les tissus sont envahis par les microbes, les leucocytes brillent par leur absence, se demande M. Baumgarten? La réponse (pi’il n’y a aucune prédestination dans la phagocytose et que le danger est d’autant plus grand que la réaction phagocytaire est plus faible, ce qui est en parfaite harmonie avec la loi de causalité et avec les principes de l’évolution des êtres, d'après la théorie de Darwin, n’a pas satisfait mon critique. Il dit ! (( !^i l interprétation que ôl. donne de 1 activité des leucocvtes apparait pluhM comme le produit d une riche imagination que comme résultat de 1 observation objective du chercheui, il n importe en rien, que son exposé du développement du leucocyte dans ce qu’il veut voir en lui, soit conforme aux principes de la théorie de l’évolution » ( p. 4).
Par des recherches nombreuses (3), les objections basées sur les travaux des élèv’es de M. Banmg’artcn ont [)u être réfutées point pai
lierliner Idùiische Woc/tenschr., 188t.
(2) Zeitschrift fiir klinische Medicin, t888. T. XV, p. 1.
(8) Virchow's Archiv, 1888. T. CXIV, p. Annales de l'In
1890. T. IV, p. a:;.
stitut Pasteur