CHAPITRE XVI
point, mais cela ne l’a point empêché de persister dans sa négation. Seulement, après avoir commencé par de longs arlieles, il s’est contenté plus tard de nier la théorie des phagocytes dans de petites notes annuelles à propos des travaux de bactériologie, non appuyées par une argumentation, ni par des faits dans ses revues.
L’exemple de M. Baumgarten a été suivi par beaucoup d’autres pathologistes. M. Ziegler, l’auteur bien connu du traité d’anatomie pathologique^ certainement le plus l'épandu sur le globe, s’est élevé vivement contre la théorie des phagocytes. Comme c’est justement par ce traité que j’ai appris la quantité de faits accumulés dans la littérature pathologique, sur le i*ôle des leucocytes dans la résorption, j’étais persuadé que M. Ziegler qui avait réuni ces données, serait un des premiers à reconnaître l’importance de la phagocytose dans l’inflammation, la guérison et rimmunité. Ce pathologiste distingué^, dans plusieurs de ses publications (1), s’est au contraire prononcé très vivement contre la théorie des phagocytes. L’intervention de ces cellules,d’après lui, ne serait que purement accidentelle et leur rôle dansla défense de l’organisme contre les microbes ne serait que tout à fait insignifiant. Pour mieux démontrer cette thèse, il a fait faire par ses élèves des travaux sur plusieurs maladies infectieuses, et ces jeunes observateurs arrivèrent tous au même résultat que la phagocytose n’est pour rien dans la lutte de l’organisme contre la bactéridie charbonneuse et contre le bacille du charbon symptomatique. 11 est d’autant plus inutile d’entrer ici dans ces détails qu’il a été donné dans les chapitres précédents suffisamment de preuves de rinexactitude de ces objections de l’école de M. Ziegler. 11 a été démontré de la façon la plus ])récise (par des recherches de M. Lubarsch, ainsi que par beaucoup d’autres travaux) que, dans le charbon de l'homme, la phagocytose, niée par un des élèves de M. Ziegler^ est desplusmanifestes. Il est également bien connu, d’après les recherches de MM. Rutfer, Leclainche et Vallée, ainsi que les miennes propres, que dans le charbon symptomatique la réaction phagocytaire, niée par un autre élève de M. Ziegler, est au contraire très développée et très importante.
L’opposition, émanant d'un autre pathologiste éminent, M. Weigert (2), m’a été particulièrement sensible, car ce savant est connu, non seulement comme un observateur d’une grande précision, mais aussi
(t) Lehrbuch lier 'paihologischen Anatomie, 3P édit. Deürüge s.pathol. Aiiatoniie, 1892. T. IV, p. 152.
(2) Fortschritte der Medicin, 1887. T. V, p. 732, Ibid., 1888. T. VI, p. 83, p. 809.
APERÇU HISTORIQUE DES CONNAISSANCES SUR L’IMMUNITE
comme un esprit généralisateur et fécond. Dans plusieurs de ses publications, il a usé de tonte sa sagacité pour démolir la théorie des phagocytes de fond en comhle. Il n’a voulu reconnaître ni l’importance de la phagocytose dans la guérison et rimmunité, ni le rôle défensif des cellules géantes. M. Weigert s'est contenté cependant de formuler ses objections théoriques et il n’est pas sorti de son laboratoire de travaux dirigés spécialement contre la doctrine des phagocytes.
11 faut bien dire (ju'à coté de l’opposition de lapartdes pathologistes des plus renommés, quehjues-uns d’entre eux se sont dès le début prononcés d’une façon plus favorable. x\insi M. R. Virchow (1), dans un article d’introduction au cent et unième volume de ses archives, continua son attitude bienveillante à l’égard des travaux sur la défense pha gocytaire et les considéra comme un commencement de recherches dans une voie nouvelle. M. llibbert (2) a soutenu, dans une série de travaux, l’importance des phagocytes dans la résistance de l’organisme contre l’agression des microhes et a signalé, surtout dans les maladies provotjuées par les staphylocoques, la fréquence de renglobement de ces parasites par les leucocytes. 11 a beaucoup insisté sur une moditication de la réaction phagocytaire (jui consiste dans raccumulation de globules blancs autour des foyers microbiens. Dans ces cas, sans qu’il se produise une véritable incorporation des microbes dans le contenu des phagocytes, ces organismes peuvent être gênés dans leur manifestation morbide par l’eidourage de globules blancs. Inutile d’insister sur ce que cet acte, que j’avais mentionné dans mon premier travail del883, constitue le prélude d’une véritable phagocytose et est intimement lié avec ce phénomène de défense. Un autre pathologiste, M. Hess (3), appuya la théorie des phagocytes par des recherches conlirmativcs de grande valeur.
Les pathologistes, adversaires de la théorie des phagocytes, associaient leurs efforts ])our la démolir, sans se préoccuper de la remplacer par une autre théorie de la défense de l’organisme, plus facile à concilier avec leurs principes et leurs constatations. M. Bauingarten a bien essayé de prouver que les microbes périssent dans les cas d’immunité et de guérison, non pas à la suite de la réaction phagocytaire ou d’une autre manifestation quelconque de la part de l’organisme menacé, mais simplement « d’eux-mêmes » (von selbst), c’est-
(1) Virchow' s Archiv, 1883. T. CI, p. L2.
(2) Deutsche medic. Wochenschr, 1890, no 3l p. 600.
(3) Virchow' s Archiv., 1887. T. CIX, j). 3G3.