CHAPITRE XVII
RÉSUMÉ
Moyens de déCense de l'organisme contre les agents inreclicux.— Résorption des microl'cs. I.es phagocytes et leur rôle dans rinflainination . — L’action des pliagocytes dans la résorption des microbes. — Les cytases, ferments des phagocytes. — Les cytases sont intimement liées aux phagocytes. — Les lixateurs et leur rôle dans l’iinmunité acquise. — Les fixateurs sont excrétés par les phagocytes et passent facilement dans les liquides de l'organisme. — Mécanisme intime de l'action des fixateurs. — Adaptation des phagocytes à détruire les microbes dans l’immunité acquise. — La diftérence entre les fixateurs et les agglutinines. — Antitoxines et leur analogie avec les fixateurs. — Hypothèses sur l’origine des antitoxines. — L’immunité cellulaire est un fait d ordre général. — La sensibilité et son l'ôle dans l’immunité. — Applications de la théorie de l’immunité à la pratique médicale.
L immunité dans les maladies infectieuses est la propriété de l'organisme de rester indemne, malgré la pénéiration des agents infectieux. Cette notion embrasse une très grande quantité de phénomènes qui ne peuvent pas être toujours nettement séparés des phénomènes voisins. D un côté, l’immunité touche à la guérison ; de l’autre, elle s’approche de la maladie. Un organisme peut être considéré comme indemne, si la pénétration d’un virus très dangereux ne provoque qu’un malaise insignifiant. Et cependant ce malaiseest accompagné de symptômes morbides, quoique très légers. Il est impossible et inutile d’établir des limites précises entre l’immunité et les états voisins.
L’immunité présente une grande variabilité. Tantôt elle est très stable et durable ; dans d’autres cas elle est très fragile et passagère. L’immunité peut être individuelle ou familiale ; elle peut être un privilège de race ou d’espèce.
L’immunité est souvent innée, ce qui est le cas de l'immunité dite naturelle. Mais souvent aussi elle est acquise. Cette dernière catégorie d’immunité se développe soit par voie naturelle, après une atteinte de maladie infectieuse, soit à la suite de l'intervention humaine. Le principal moyen pour aboutir à l’immunité acquise artificielle, consiste dcUis 1 inoeuhdion des virus et des vaccins.
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L’imimmitc est im phénomène qui a apparu sur ce globe depuis des temps immémoriaux. L’immunité doit être de date aussi ancienne que la maladie. Les organismes les plus simples et les plus primitifs doivent constamment lutter pour leur existence. Ils font la chasse a des êtres vivants pour se nourrir, et ils se défendent d’autres organismes, pour ne pas devenir leur proie. Lorsque dans cette lutte l’agresseur est beaucoup plus petit que son adversaire, il en résulte que le premier s’introduit dans l’organisme du dernier et le détruit par voie d’infection. Dans ce cas, il s'installe pour absorber le contenu de son hôte et ])our produire dans son intérieur une ou plusieurs générations nouvelles, [/histoire naturelle des organismes unicellulaires, végétaux et animaux, nous présente souvent de ces exemples d’infections primitives.
Mais rinfection a aussi sa contre-partie. L’organisme attaqué se défend contre le petit agresseur. Il se protège en se séparant de lin par une memlirane résistante, ou Ijien il le détruit par tous les moyens en son pouvoir. Comme un très grand nombre d'organismes sont obligés, pour se nourrir, de soumettre leurs aliments à une digestion par diverses substances chimiques, ils utilisent celles-ci dans la lutte contre les agents infectieux : ils les digèrent chaque fois qu'ils peuvent y réussir.
Un des organismes des plus primitifs qui puissent exister, le plasmode des Myxomycètes, en masses protoplasmiques informes, intermédiaires entre les animaux et les végétaux inférieurs, englobe des corps étrangers de naturesdlvcrses.il lui arrive très souvent de s'incorporer des bactéries nombreuses (pii se développent a côté de lui sur du bois pourri ou ailleurs. Le plasmode leur permet de vivre pendant (juehjue temps dans l'intérieur de scs vacuoles digestives. Mais il finit par les digérer avec ses ferments solubles, intermédiaires entre la pepsine et la trypsine. Grâce à ce pouvoir digestif, les plasmodcs restent indemnes d’infections bactériennes.
Cet exemple, choisi parmi les êtres les jilus simples, peut servir de prototy[)e pour les phénomènes de l'immunité en général. Au début des études de cette propriété si remarquable de tant d’organismes vivants, on pensait que les microbes pathogènes rencontraient, dans le sein des êtres réfractaires, un milieu qui ne leur permettait pas de vivre, soit qu’il fût privé de quchpics substances nutritives, indispensables à leur existence, soit qu’il renfermât quehpie substance nuisible aux microbes. Des recherches très uombrcuscs et approfondies
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ont clénioiitré 1 inexcictitiule de ces hypoÜièses. Il y a Jiien qLielcjues niicrolies patliog’eiies qui sont très exigeants pour leur milieu de culture. 11 y en a qui ne se développent qu’en présence de quelques substances particulières, comme il y en a d’autres qui sont extrêmement sensibles aux moindres traces de poisons. Mais ce sont des exceptions rares. La grande majorité des microbes pathogènes, appartenant au groupe des Bactéries, s adaptent au contraire très bien à toutes sortes de milieux de culture et la plupart d’entre eux vivent et se développent trc'S bien dans le sang ou dans les autres humeurs des organismes réfractaires. Là n’est donc pas la cause de l’immunité de ces derniers. 11 faut la chercher parmi les facteurs plus intimement liés avec la vie.
^ oulant approlondir ces recherches, on a supposé que l’organisme indemne se débarrassait des microbes infectieux, en les expulsant au dehois avec les excreta.On a soutenu assez longtemps que l’organisme animal possédait le moyen de faire passer les bactéridies pathog’ènes dans les reins, d où elles s’éliminaient par l’urine. Mais on a dû se convaincre que cette élimination ne se fait jamais dans les cas d’immunité et ne s opère que lorsque l’organisme est malade et que le filtre rénal est atteint dans son intégrité.
Les microbes infectieux, entrés dans l’organisme indemne, y restent plus ou moins longtemps, mais périssent dans son sein, sans être expulsés au dehors. Cette disparition des microbes se fait parle même procédé qui débarrasse le plasmode des bactéries qu’il a pu englober dans ses pérégrinations lentes sur des feuilles mortes ou sur du bois pourri. Les microbes sont résorbés dans l’organisme réfractaire, à la suite d un véritable acte de digestion. Il est bien remarquable que la digestion gastro-intestinale, si bien outillée pour rendre solubles les aliments les plus divers, est le plus souvent incapable de digérer les microbes pathogènes ou autres. Il est très rare de rencontrer des ferments solubles du canal intestinal quisoienten étatde digérer lesorganismes microscopiques et surtout les bactéries. C est pourquoi cet organe, si riche en diastases digestives, est le plus souvent peuplé d’une grande quantité de bactéries et d’autres microbes.
Même chez des animaux, dont la nourriture renferme des masses de microbes, comme les larves de mouches, les sucs digestifs sont impuissants a les détruire. Et cependant, il y a des organismes qui se nourrissent exclusivement ou presque exclusivement de bactéries et qui sont bien capables de les digérer. Ce sont des Protozoaires, tels
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que les Amibes et certains Infusoires, qui, sans posséder trace de tube digestif, arrivent facilement à ce résultat. On peut cultiver des amibes sur la surface de la gélose, en ayant soin d’ensemencer en môme temps des bactéries pour les nourrir. 11 suffit de leur donner une seule espèce de microbes que l’on peut choisir parmi les formes pathogènes, telles (pie le vibrion choléricpic ou le colibacille. Les amibes englobent une quantité de ces bactéries à l’état vivant. Llles les tuent et les digèrent dans leurs vacuoles digestives (jui renferment, à c(7té d un peu d’acide, un ferment du groupe des try|)sines, l’amibodiastase.
L’organisme des animaux inférieurs et supérieurs est très riche en éléments (pii, sous tous les rapports, ressemblent à des amibes. Tantôt ce sont des cellules épithéliales du tube digestif qui poussent desprolong’enients protoplasmiques pour saisir la nourriture et la tianspoit(‘r dans leur intérieur, où elle est soumise a 1 action des ferments digestifs. Tant()t ce sont des cellules, disposées entre la paroi du corps et celle du tube intestinal, qui nagent librement dans les liquides de rorganisme ou qui sont plus ou moins fixées dans le tissu interstitiel. Le règne animal présente une grande variété de ces éléments amiboïdes, connus sous le nom général de phagocytes (cellules capables de dévorer des corps solides). Une disposition des plus originales des phagocytes se rencontre chez les Ascaris et leurs congénères du groupe des Nématodes. Pour tout 1 organisme de ces \eis ronds, il n’y a que quatre ou un peu plus de cellules énormes, fixées à la paroi du corps. Ce sont les phagocytes qui poussent des prolongements (l’une longueur extraordinaire, capables d explorer toute la cavité intérieure du corps.
La plupart des phagocytes circulent dans la lymphe et le sang, et passent dans les exsudais. Ces globules blancs ont une structure plus uniforme chez les Invertébrés et se présentent sous l'aspect de petites cellules avec un noyau et un protoplasina capable de mouvements amiboïdes. Chez les Vertébrés, on rencontre deux grandes catégories de globules blancs, dont les uns ressemblent à ceux des Invertébrés, carlls possèdent aussi un seul gros noyau et un protoplasipa amibrndc. Ce sont les macrophages du sang et de la lymphe, intimement liés avec les macrophages des organes tels que la rate, les ganglions lymphatiques et la moelle des os. Une autre catégorie de globules blancs des Vertébrés est constituée par des petites cellules amiboïdes qui se distinguent par leur noyau (pii, bien qu’uniipie, est divisé eu plusieurs lobes. Ce sont les microphages, dont la principale particu-
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larité, c’est-à-dire la forme multilohée du noyau, doit être considérée comme une adaptation pour franchir le plus rapidement possible la paroi des capillaires et des petites veines.
La diapédèse des globules blancs, leur migration dans les cavités et les tissus àtravers la paroi vasculaire, est un des principaux moyens de défense de 1 organisme. Aussitôt que les agents infectieux ont pénétré dans 1 organisme, toute une armée de globules blancs se dirige vers l’endroit menacé et engage la lutte avec les microbes. Ce sont d abord les microphages qui passent à travers la paroi des vaisseaux, aidés justement par la forme appropriée de leur noyau. Divisé en plusieurs petits lobes, chacun d’eux pénètre facilement à travers les orifices minuscules entre les cellules endothéliales des vaisseaux. Les
macrophages suivent les microphages et se mêlent en quantité plus ou moins grande aux exsudais.
J\Iais ce ne sont pas seulement les microbes qui provoquent cette réaction inflammatoire accompagnée de l’émigration et de l’accumulation des leucocytes. L’introduction des corps inertes et des liquides aseptiques, amène le même résultat. Les phagocytes sont en effet doués d’une grande sensibilité qui leur permet de percevoir de tout petits changements de composition chimique ou physique du milieu qui les entoure.
Arrivés à l’endroit où se trouvent les intrus, les leucocvtes les saisissent à la façon des amibes et les soumettent dans leur intérieur à la
digestion intracellulaire. Celle-ci se fait dans des vacuoles qui renferment le plus souvent un liquide très faiblement acide et des ferments digestifs, dont le nombre connu est déjà assez considérable.
De même que les Amibes et les Infusoires font un choix parmi les petits organismes qui les entourent, les leucocytes choisissent aussi les corps qui leur conviennent le mieux. Ainsi les macrophages saisissent de préférence les cellules animales, telles que les globules du sang, les spermatozoïdes et tous les autres éléments qui proviennent des animaux. Parmi les microbes infectieux, les macrophages ont une prédilection pour ceux qui provoquent des maladies chroniques, telles que la lèpre, la tuberculose et l'actinomycose et aussi pour ceux qui accusent une nature animale. Dans cette dernière catégorie, rentrent les parasites amiboïdes du paludisme, de la fièvre du Texas et les Trypanosomes. Les macrophages peuvent aussi englober les bactéries des maladies aiguës, mais, sauf quelques cas exceptionnels, leur intervention est de peu d'importance.
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Les inlcrophag’cs au contraire agissent surtout clans les infections aiguës. Leur intervention vis-à-vis des cellules animales est nulle on insignifiante. Ainsi ils ne saisissent cjue rarement les globules rouges de même espèce animale ou d’espèce étrangère. Ils manifestent aussi une répulsion vis à-vis des parasites d’origine animale et de cjuelques bactéries c|ui provoquent des alfections chroniques. Taudis cpie les macrophages saisissent les bacilles de la lèpre avec une grande avidité, les micropliages ne les englobent (ju a titre d exception.
Aux dittérences morphologiques et physiologii[ues des deux grandes catégories de phagocytes mobiles (leucocytes), correspondent aussi des différences dans la composition de leurs ferments solubles. De même nue les amibes digèrent leur proie à l’aide de leur amibodiastase, ferment soluble du groupe des trypsines, les globules blancs soumettent les corps étrangers c[u’ils englobent à l’action des cytases.Ces cytases (alcxincs ou compléments d'autres auteurs) sont des ferments solubles qui se raltachent aussi à la catégorie des trypsines. Elles agissent dans un milieu faiblement acide, neutre ou faiblement alcalin et, comme l'amibodiastase, elles se distinguent par une grande sensibilité au chauff'age. Lorsque les cytases sont contenues dans des licpiides, la température de oo^-oG" les détruit complètement au bout de peu de temps. Lorsqu’elles se trouvent dans les organes réduits a l’état d'émulsion, leur sensibilité diminue et il faut élever la température à 58°-62® pour abolir complètement leur action.
M. Dordet soutient ropinion que les cytases sont bien différentes dans les diverses espèces animales, mais que, chez la même espèce, il n’existe qu’une seule cytase. MM. Ehrlich et Morgenroth sont d’avis tout opposé. Le même sérum renferme, d’après ces savants, plusieurs cytases différentes dont le nombre peut quelquefois être très grand. Cette question est trop difticile pour être résolue dès à présent d une façon définitive. Mais il nous parait très probable qu il existe, chez la même espèce animale, deux cytases différentes. L’une d’elles agit beaucoup plus sur les cellules animales que sur les bactéries : c’est la macrocytase que l’on trouve dans les organes lymphoïdes et^ dans le sérum du sang. Grâce à elle, l’extrait ou la macération de la rate, de l’épiploon et des ganglions lymphatiques dissolvent plus ou moins facilement les globules rouges; mais en même temps ces extraits et ces macérations sont incapables de détruire les bactéries. Lorsque les macrophages saisissent les hématies nucléées, ils les digèrent totalement, sans épargner le noyau, si difticile à attaquer. Mais lorsque les