‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 18 sur 171 · SI · texte numérisé non relu

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alronhie plus ou moins complète. Des faits do résorption du pus, du sang eNtravasé, de la muqueuse de l'ulérus en gestation, etc., sont connus depuis longtemps et c'est parmi eu.i qu’on pouvait cliercher des analogies avec la disparition des microbes. Lorsqu ou injecte des bactéries de diverses espèces à des animau.v réfractaires ou peu sensibles, ou constate toujours une réaction locale sous forme d intlammation, accompagnée d’apparition de globules blancs. Peu a peu, les microbes introduits disparaissent du foyer ; Te.vsudat devient stérile et linitlui aussi par se résorber complètement. Des recherches nomlircuscs, (jiie nous allons exposer dans les chapitres suivants, ont, en elfet, démontré la grande analogie entre la disparition des microbes de rorganisme réfractaire, et la résorption des éléments corpusculaires ou des cellules animales.

L’analyse des phénomènes de cette résorption nous facilitera d une façon considérable l’étude de l’immunité contre les microbes. Lorsqu’il se produit quelque part dans l’organisme une collection purulente, un épanchement sanguin ou une rupture d’organe, ces lésions se réparent souvent au bout d’un temps plus ou moins long. Dans les cas ou les éléments cellulaires conservent leur intégrité complète, ils se résorbent dans les vaisseaux lymphatiques et passent dans la circula-

tion sanguine. A l’occasion des recherches sur la transfusion du sang, M. Ilayem (l) a observé <( que le sang injecté dans le péritoine est absorbé en nature et qu’il passe avec ses éléments anatomiques dans la circulation générale ». D a pu constater « que les voies lymphatiques jouent un rôle important dans cette absorption ». M. Lesage d’Alfort (2) a confirmé ce résultat. Il a trouvé pour le chien que « une heure après l’hémorragie al)ondante, provoquée expérimentalement dans le péritoine, les hématies commencent à passer librement, sans altération et en très grand nombre, dans le canal thoracique ». J’ai constaté une résorption pareille des globules rouges de cobaye, injectés dans la cavité péritonéale d’autres individus de même espèce. Les globules l)lancs peuvent être aussi absorbés par les vaisseaux lymphatiques sans être modifiés d’aucune façon. A la fin d’une réaction inflammatoire de faible intensité, provoquée chez des animaux à sang froid et notamment chez des têtards de grenouilles, on observe le passage direct de leucocytes de l’exsudât dans le système lymphatique.

(1) Comptes 7'endus de VAcad. d. Scieyices de Pcwis. T. XCVIII, 188i, p. 749.

(2) Compt. rend, de la Société de biologie, 1900, p. 553.

Mais les exemples que je viens de citer sont tout à fait exceptionnels. Dans la très grande majorité des cas, les éléments cellulaires, soumis a la résorption, sont saisis par des cellules amiboïdes et disparaissent dans leur intérieur. Même dans la résorption des hématies, répandues dans la cavité péritonéale de la même espèce animale, un certain nombre de ces globules ne passent pas directement dans la circulation, mais sontd abord englobés par les éléments amiboïdes. Ce fait est aussi signalé par M. Lesage. Dans les exsudations inflammatoires, les leucocytes deviennent également la proie de leurs congénères. Les globules blancs englobés peuvent être reconnus pendant quelque temps dans 1 intérieur d autres leucocytes ; mais ils se désagrègent bientùt et finissent par disparaître complètement. Lorsqu’on introduit dans n’importe (pielle partie de l’organisme, non plus des cellules isolées, comme les leucocytes, mais des fragments de tissus ou d’organes, on observe toujours le même mode de résorption. Les morceaux introduits sont entourés et infiltrés par des cellules amiboïdes et sont résorbés dans leur intérieur.

Le mode de résorption que je viens de signaler est tout à fait général. 11 s’applique à toutes sortes de cellules et s’observe dans l’orgamsinc absolument normal, comme dans un grand nombre d’états l)athol()gi(jues. On connaît depuis plus de 50 ans des cellules qui renferment des globules rouges (« lilutkôrpcrchenhaltige Zellen » des auteurs allemands) et qu’on rencontre dans la rate, les ganglions lymphatiques et dmis beaucoup de produits pathologiques. Ivndant longtemps, on ne savait pas expliquer comment les hématies peuvent L trouverdansl'intérieur d’autres cellules. M.Virchow(l) pensait qu’elles y [larvcnaient à la suite d'une pression mécanique. Ce n’est que plus tard (jue plusieurs histologistes ont réussi à déterminer la vraie nature des cellules renfermant des globules rouges et à reconnaître qu’il s agit de leucocytes ayant englobé des hématies. On a beaucoup discuté aussi sur la présence de leucocytes dans l’intérieur de grosses cellules dans les exsudais. On pensait que ce sont des cellules-mères qui renferment une génération nouvelles de petites cellules. On décrivait la fusion entre la grosse cellule et celles ipii se trouvent dans son intmaeur ; mais c’est Dizzozero (2) qui a reconnu que la première était une cellule amiboïde qui avait englobé des globules de pus.

(1) Virchow's Archiv. T. IV, I8.5“2, p. 536.

(2) irfinflhiich (1er klinii^rhen Mikrof^kopie. 1887, p. 108 ; Gnccetn médira Inmhaxla. 18/1 cl |8/i ; Il medir. Juin hiieher, 1872, p. 160.

CIIAPITUI': III

Depuis ou adéceit im grand nombre de cas ou des éléments cellulaires dilterents se trouvaient dans do grosses cellules. On ii’liésitait plus à les interpréter comme des exemples d engloljement par des

leucocytes ou des cellules analogues.

Quant aux changements que les éléments inclus suliissent dans l’iirtérieur des cellules amiboïdes, il faut les comparer à la digestion intracellulaire. Lorsqu’on étudie parallèlement les modifications des particules ingérées par les amibes et celles que subissent les cellules englobées dans le processus de la résorption, on constate une analogie frappante. Pour l’établir d’une façon suffisante, il est indispensable de commencer par une étude de la digestion intracellulaire proprement dite, d'autant plus que ce phénomène constitue la base fondamentale de toute la théorie développée dans ce livre.

Nous avons déjà vu, dans nos deux premiers chapitres, des exemples de cette digestion intracellulaire chez les protozoaires (amibes, infusoires, etc.) et chez les myxomycètes à l’état de plasmode. Dans tous ces cas, elle se faisait dans l’organisme, en milieu nettement acide, à l’aide de ferments qui ont pu être mis en évidence chez les amibes et les myxomycètes et qui présentent une analogie tantôt avec la trypsine, tantôt avec la pepsine.

Les Invertébrés inférieurs fournissent la principale source de nos connaissances sur la digestion intracellulaire dans les organes digestifs. On la trouve chez les éponges, chez tous les cœlentérés (méduses, siphonopbores, cténopbores, etc.), chez la grande majorité des turbellariés (planaires, rhabdocœles) et chez certains mollusques (gastéropodes inférieurs). Chez les Invertébrés plus élevés sur 1 échelle animale, la digestion intracellulaire dans les organes digestils devient de plus en plus rare ; ([uelquefois elle ne se manifeste qu a 1 état larvaire ( Phoronis) et elle finit par céder la place d’une façon définitive a la digestion par des sucs digestifs, sécrétés dans le tube gastrointestinal.

Dans son aperçu de la physiologie comparée de la digestion, Ivrukenberg (1) a voulu établir deux types ; la digestion protoplasmatique, ou cellulaire, et la digestion sécrétoire. La première s’eliectuerait, d’après lui, par une action vitale, indépendante d’une production quelconque de ferments solubles. Ce n'est que la digestion sécrétoire, propre aux vertébrés et à presque tous les invertébrés supérieurs, qui s’accomplirait à l’aide de ces ferments (diastases ou enzymes). Beaucoup de savants ont adopté cette manière de voir et maintien-

(I) Gncndciir/e einer vergPichenden Physiologie der Verdauung , 188:2.

llEMAUQUliS PRELIMINAIRES SUR L’IMMUNITÉ DANS LE RÈGNE ANIMAL K3

nent l’opinion que la digestion intracellulaire présente un phénomène purement vital, essentiellement ditlerent de la digestion chimique, due aux sucs sécrétés dans le tube gastro-intestinal, et renfermant des ferments solubles. Cette théorie est entièrement erronée et les lignes qui suivent doivent fournir des preuves abondantes de la justesse de mon affirmation.

IjCs protozoaires, a cause de leur petit volume, ne conviennent pas et des recherches sur les phénomènes intimes de la digestion intracellulaire. Parmi les animaux plus élevés, les planaires se prêtent plus facilement à l observation de ce processus. Ces vers plats sont très communs dans les eaux douces, comme aussi dans la mer^ et se laissent facilement nourrir en captivité. Ce sont des êtres rapaces qui, entre autres, sucent volontiers du sans'

d’homme ou d’animaux. On n'a qu'à les maintenir à jeun pendant quelques jours, après quoi, en leur donnant une goutte de sang, on voit leur tube digestif se remplir de ce liquide (fig. 6). La planaire blanche, ou Dendrocœlum lacteum, se prête bien à ces recherches.

Après avoir pompé du sang do quelc[ue \ertébré, ce ver laisse par transparence apercevoir toute la longueur de son intestin avec ses nombreuses ramifications. Pendant quelque temps, cet organe reste coloré en rouge vif, mais peu à peu le ton devient brunâtre ou faiblement violet. Ces changements de coloration rappellent bien ceux (jp’on observe dans les épanchements de sangdans la peau de l’homme à la suite de contusions. L examen microscopique des planaires, nourries avec du sang, démontre que la coloration de leur tube digestif dépend des difierents stades de la digestion des hématies. Tous les globules rouges sont, aussitôt après la prise du sang par la planaire, englobés par les cellules épithéliales de l'intestin. Fixés sur la paroi par leur col aminci, ces éléments se présentent sous forme de grosses

Mg. 6.

•leune planaire, quelque tcmp.s après avoir sucé du sang d’oie.

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