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CHAPITRE III

cellules amiboïdes, dont l’extrémité libre, plongeant dans la cavité intestinale, pousse des prolongements protoplasmiques qui saisissent

Fig. T. — Cellule intestinale d’une planaire, remplie de globules rouges d’oie en voie de digestion.

Fig. 8. — Digeslion des globules rouges d’oie dans l’intérieur d’une cellule intestinale de planaire.

les globules rouges et les transportent clans le contenu cellulaire. Ce phénomène se passe très rapidement, de sorte c[u’au bout d’un temps très court toutes les hématies se trouvent déjà dans l'intérieur des cellules épithéliales. A la suite de raugmentation de volume de ces éléments, la cavité intestinale se comble totalement.

Une lois dans l’intérieur des cellules de l’inteslin, les globules rouges

remarques PRELIMINAIRES SUR L’IMMUNITÉ DANS LE RÉGNE ANIMAL 55

manifestent des changements facilement appréciables par l’examen microscopique. Il est préférable de nourrir les planaires avec du sang te \eitébiés inféiieurs, dont les hématies sont pourvues de noyaux. Dans mes recherches, je me suis surtout servi du sang d’oie. Les globules rouges de cet oiseau, englobés par les cellules épithéliales de 1 intestin des planaires, s'y retrouvent le plus souvent réunis en amas compacts (fig. 7; ; quelques-uns seulement restent isolés. Bientôt la [dupait des hématies perdent leur aspect et leur contour normaux; elles s arrondissent se fusionnent entre elles, mais le noyau et l’hémoglobine permettent de les reconnaître sans aucune difficulté. Quelque temps après, le suc rouge des hématies commence à ditfuser dans des vacuoles digestives qui se forment autour d’elles. Elles se vident, gardant leur noyau et la membrane qui se ratatine de plus en plus. Le noyau subit également une digestion presque complète et il ne persiste de lui que la couche membraneuse (fig. 8).

Même plusieurs jours après le début de la digestion du sang, on retrouve encore des débris d’hématies parfaitement reconnaissables. Seulement leur coloration rouge a cédé la place à une teinte brune plus ou moins prononcée.

A la période finale de la digestion, au fur et a mesure de la disparition complète des hématies, le protoplasma des cellules intestinales se remplit de vacuoles rondes, renfermant des concrétions brunes, irrégulières. Ce sont les excréta qui sont expulsés dans la cavité intestinale.

Cette digestion si lente d’un produit, en général au.ssi facilement assnmlable que le sang, se fait exclusivement dans l’intérieur des celu es epithéliales de rintestin. L'examen microscopique suivi démontre clc la façon a plus précise l’absence complète de digestion extracelnlaire de globules de sang dans le contenu intestinal.

Fig. 9. - Partie d’une cellule intestinale de planaire, traitée avec le rouge neutre à i Vo-

CHÂl'lTRi': III

Lorsqu’on donne aux planaires du sang d’oie, mélange avec de la poudre de tournesol Ideu, on retrouve quelques heures après ces grains colorés dans l’intérieur des cellules épithéliales de 1 intestin. Mais une petite quantité seulement de tournesol hleii change de couleur et prend une teinte violet-clair. La grande majorité des grains conservent leur coloration bleue. On pourrait donc croire que la digestion intracellulaire chez les planaires s’opère dans nnindicii neutre ou à peu près. Et cependant si l’on traite les préparations de cellules intestinales, goro’ées de sang d’oie, avec une solution de ronge neutre à 1 O/d, o>i constate aussitôt que les hématies et les vacuoles qui les renferment se colorent en ronge vif, prenant une teinte semhlahle à celle du picrocarmin (iîg. 9). Cette coloration indique, d’après nos recherches sur le ronge neutre, une réaction acide, pins taihle cependant que chez les paramécies et beaucoup d’autres protozoaires.

Des macérations de planaires dans l’eau physiologique, auxijuelles on ajoute un peu de globules rouges d’oie, manifestent in mlro nue action dissolvante très nette sur ces hématies. Les globules ronges s’arrondissent et perdent leur hémoglobine qui diffuse dans le liquide ambiant. A la fin de l’expérience, il ne reste plus que la membrane et le noyau des hématies.

L’étude des planaires nous montre que la nourriture de ces animaux subit exclusivement la digestion intracellulaire, dans un milieu faiblement acide et avec l’aide d un ferment soluble. liille nous fournit déjà une preuve de ce que la digestion intracellnlaire typique est un processus chimique, dû à l’intervention d enzymes. Il ne peut pas être question ici d’une action protoplasmatiqne [>ropre. Seulement, comme le tube digestif, ramifié et si intimement lié au parenchyme, ne peut point être siimsaininent isolé du reste des planaires, il n’est pas possible d’étudier in vitro son action digestive sans mélange d’autres tissus. Pour atteindre ce but, il faut donc s’adresser à des animaux plus volumineux et chez lesquels les organes digestifs peuvent être isolés plus tacilement. Lhez les cœlentérés, la digestion intracellnlaire est générale. Beaucoup d entre eux peuvent être hien examinés in vivo, à cause de leur grande transparence. Il est facile de constater que les aliments sont saisis par les prolongements amiboïdes des cellules entodermiques et passent dans l’intérieur de ces éléments pour y être digérés. Mais pour l’étude systématique des phénomènes digestifs, il ne suflit pas d’examiner tout ce qui se passe chez l’animal vivant. Il faut encore pouvoir expérimenter in

ItEMAHQUES PRÉLIMINAIRES SUR L’IMMUNITÉ DANS LE RÉGNE ANIMAL o7

Vitro. Sous ce rapport, ce sont les actinies, ou anémones de mer, qui présentent un vérital)le matériel de choix. Comme ces animaux sont très répandus dans toutes les mers et vivent facilement et pendant longtemps dans les aquariums, ils ont souvent servi à des recherches variées, entre autres sur le [)rocessus de digestion.

Les actinies dévorent avec avidité des morceaux de viande, des crevettes, molluscpies et autres animaux marins et se laissent facilement nourrii’ en captivitt*. Des observateurs anglais très ingénieux, Couch et (t. Lewcs ( 1 ), avaient constaté depuis longtemps que les aliments, introduits dans des morceaux d étoffe sous forme de sacs, ou de moules, et dévorés par les actinies, étaient rejetés, entourés de mucus, mais sans trace de digestion quelconque. Comme ils avaient échoué dans la recherche de sucs digestifs dans la grande cavité gastri(]ue ou cœlentérique des actinies, Lewes en conclut que la digestion chez ces animaux se fait d’une laçon purement mécanicjue. Les muscles très développés des actinies pressent la nourriture et en extraient la partie liquide qui se résorbe par les parois de la cavité générale. Ce n’est que beaucoup plus tard que le problème de la digestion des actinies a pu être résolu d’une façon précise et définitive. Nous avons démontré(2),ily adéjà plusde vingtans,que la digestion de ces polypes est intracellulaire. Afin de se rendre compte de ce phénomène, il est uhle de rappeler en quelques mots les traits fondamentaux de l'organisation des actinies. Ce sont des corps cylindriques, quehjuefois gros comme le poing’, attachés par leur hase à des pierres, coquilles ou autres objets sous-marins et munis à la surface libre d’une ou plusicuis langéesde tentacules. Au milieu de cette surface, se trouve une ouverture allongée, la bouche, qui conduit dans un sac spacieux, désigné souvent comme l’estomac. Ce n’est cependant qu’une sorte d’œsophage, par lequel la nourriture passe dans la grande cavité cœlentérique, divisée par des cloisons en une multitude de cligmbres et tapissée par l’épithélium entodermique. Ces cloisons donnent naissance a une très grande quantité de filaments très longs et tortueux, connus sous le nom de filaments mésentériques, à cause de la ressemblance, du reste purement superficielle, avec le mésentère des animaux supérieurs (fig. 10). Lorsque l’actinie a faim, elle allonge ses tentacules pour attraper des animaux marins et les conduit vers sa bouche. Les lèvres et l’œsophage servent pour apprécier la qua-

(l) G. Lewes, Sea-Side Stiidies. Edimbourg et Londres, l8o8.

[i] Zoologischer Anceiger, 1880, p. -200 et 1882, p. 810.

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