CHAPITRE IV
ces phénomènes doivent être par consccpient interprétés comme d’ordre purement chimique.
La conception de M. J. Bordet ne s’accorde pas bien avec la théorie que nous venons d’exposer. Il n’a jamais pu se convaincre que le
fixateur se combine avec le complément. Il pense plutêt que le fixateur, retenu par le globule^ exerce sur lui une action de mordançage qui lui permet d’absorber de l’alexine. Celle-ci s’attacherait à l’hématie sensibilisée, comme une couleur s’attache à un élément mordancé. M. Bordet s’appuie dans cette interprétation, surtout sur ce fait que l’absorption de l’alexine par les globules sensibilisés ne suit pas les lois élémentaires des combinaisons chimiques, notamment celle des proportions définies.
M. Nolf (1) a cherché à préciser le rôle des deux substances dans la dissolution des hématies. 11 pense, comme M. Bordet, que le fixateur joue dans ce phénomène le même rôle que les mordants en teinture. Fixé sur le globule rouge, le fixateur le rend plus avide d’alexine, tout à fait comme le mordant facilite la fixation de la couleur sur la fibre du tissu. Dans ces conditions, l’alexine (complément), se trouvant en grande quantité dans l’intérieur de l’hématie, exerce sur celle-ci son action hydratante, ce qui amène la ditfusion de l’hémoglobine et souvent même la dissolution du stroma globulaire.
M. Nolf compare l’action dissolvante de l’alexine sur le globule rouge à celle de certains sels minéraux, comme le chlorure ammonique. Il passe en revue les diverses propriélésdes alexines et les trouve très analogues à l’action dissolvante de plusieurs sels. Même cette particularité de l’alexine de rester inactive à la température de'0“-3*^, est partagée par le chlorure ammonique qui, seul de tous les sels étudiés par M. Nolf, n’exerce aucune action dissolvante dans les mêmes conditions. Mais il a été impossible à M. Nolf de pousser plus loin ces analogies et notamment de sensibiliser par le fixateurles globules rouges à l’action de quantités par elles-mêmes inactives de chlorure ammonique ou de n’importe quel autre sel.
(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1900. T. XIV, p. 656.
Fig. 19.
Schéma de la théorie de M. Ehrlich.
c, complément (alexine, cytase). — am, ambocepteur (fixateur). — r, récepteur du globule rouge.
(D’après M. Levaditi dans la Presse médicale) .
RKSORPTION DI-:S KLRMKNTS FIGURKS
M. London (1) a voulu, par dos expériences nouvelles, résoudre le problème du mode d action des deux substances qui agissent dans Lhémolyse. Il se prononce en faveur de la théorie, d’après laquelle elles entrent en combinaison chimique avec les globules roug'cs. Mais les faits, réunis jusqu’à présent, ne permettent pas encoi*e de se rendre compte d une façon définitive du caractère précis de la réaction qui se produit pendant la dissolution des hématies, ce qui n'est pas étonnant en présence de l’impossibilité de préparer les substances hémolytiques à l’état pur.
On peut cependant admettre (jue l’action de l’alexine (comjilément) rentre dans la catégorie des phénomènes, provoqués jiar des ferments solubles. M. Buchner (2) soutient 1 analogie de cette substance avec les diastases (ou enzymes) ; M. Bordet (3), dès ses premières publications sur 1 hémolyse, s’est prononcé aussi en faveur de la même 0[>inion. MM. Ehrlich et Morgenroth (I), dans leurs deux premiers mémoires, ont très nettement exprimé cette meme idée. « Nous ne nous tromperons pas — disent-ils — en attribuant à l’addiment (sjn. complément, ou alexine) le caractère d’un ferment digestif». Dans un de leurs derniers mémoires (5), ils ne s’expriment plus d’une façon précise. Et pourtant on a bien le droit de soutenir cette proposition. La substance qui dissout les hématies des mammifères ou une partie seulement des hématies d’oiseaux, présente en etfet une très grande analogie avec les ferments digestifs. Gomme il a été mentionné à plusieurs reprises, elle est très sensible à l'influence de la chaleur et est complètement détruite par le chaulhige d’une lieure à 3ô«. Sousee rapport, elle se rattache tout particulièrement à la macrocyta.se des organes macrophagiques qui, elle aussi, dissout les globules rouges. Comme, dans l’organisme, ce sont les macrophages qui enelobent et digèrent les hématies, il devient évident que l'alexine ihest autre chose que la macrocytase, échappée des phagocvtes pendant la l)i‘éparation des sérums.
On sait que les leucocytes renferment toute une série de ferments soluhles, dont quelques-uns .sont mis en liberté, dès que le sang est retiré des vaisseaux. G est ainsi que la plasmase, ou fibrin-ferment,
(1) Arc/uoes des sciences biologiques, 1901. T. VIH, ,,p. 281 el 323 (edilion n.s^e)
(2) Munchener medic. Wochenschr., 1900, p. 4193. ’’
(3) A nnales de Vlnstitnt Pasteur, 1898. T. Xll, p. 688. 1899. T. Xllf „ =>1^
(■q lierhner klinische Wochenschrift, 1899, nos ( et 22. pp. 6 et 181*. ’ “ ' '
(o) lierhner klinische Wochenschr., 1900, n® 31, p. 682.
CHAFITRE IV
se dégage des leucocytes et se combine avec le fibrinogène, pour produire le caillot. Mais ce n'est pas le seul ferment soluble d origine leucocytaire. On sait depuis déjà assez longtemps qu’en outre de ce ferment coagulanb les leucocytes renferment aussi des ferments proprement digestifs, ou décoagulants. Ainsi Rossbacb (1) a démontré l’existence de l’amylase dans les leucocytes de diltérents organes, notamment dans ceux des tonsilles. M. Arthus a confirmé cette découverte et M. Zabolotny (;2) l'a complétée par des recherches sur les phénomènes qui se passent dans la cavité péritonéale des animaux, aux([uels il a injecté de la fécule de froment ou de l’empois d’amidon. Il a observé que les petits grains sont bientôt englobés par les leucocytes isolés, tandis que les gros grains sont entourés de toute une cmiclie de phagocytes. 11 pense, avec plusieurs autres auteurs, que l’amylase que l’on a trouvée dans le sang défibriné, provient des
leucocytes. .
M. Leber(3), au cours de ses recherches sur rinflammation, a tait
l’observation que le pus d’un hypopion, absolument aseptique, digere la fibrine coagulée à la température de 25° et liquéfie notablement la gélatine. M. Achalme (4) a confirmé ce fait et y a ajouté plusieurs autres données intéressantes. Tl a recherché les ferments solubles du pus et s’est adressé entre autres au pus expérimental, provoqué par 1 injection de l'essence de térébenthine. En dehors de l’amylase et du ferment qui liquéfie la gélatine, M. Achalme a découvert, dans le pus, de la saponase (lipase), de la caséase et un ferment qui se rapproche de la trypsine. Ce dernier digère facilement la fibrine et s attaque aussi au blanc d’œuf coagulé; dans les produits de cette digestion, M. Achalme a trouvé de la peptone, mais n’a pas pu toujours obtenir de la Icucinc et de la tyrosine. 11 n’a jamais réussi à constater dans le pus la présence de la sucrasc, de l’inulase, de l’émulsine, ni de la lactase. Par contre il y a trouvé de fortes quantités d oxydase, confirmant ainsi la découverte de M. Portier (5) qui, le premier, a démontré que ces ferments qu’on a rencontrés dans le sang, se trouvent chez 1 animal vivant dans l’intérieur des leucocytes. Par un grand nombre d expériences, exécutées sur les représentants les plus divers de 1 échelle
(1) Deutsche medicinische Wochenschrift., 1890, p. 389.
(2) Archives russes de Pathologie, etc, 1900. T. IV, p. 40^2.
(3) Die Entstehung der Entziïndung . Lepzig, 1891, p. 508.
(4) Comptes rendus de la Soc. de Biologie, 1899, p. .508.
(3) Les Oxydases dans la série anm«Ze, Paris, 1897.
RÉSORPTION DES ÉLÉMENTS FIGURÉS
animnlG, M. PortiGr a pu Gtcililir cg fait important cpiG Jgs oxvdasGS qu on trouvG clans boaucoup d’organes ou dans le liquide du sang extiait de 1 organisme, proviennent en réalilédes leucocytes a[>rès cjue ceux-ci se détériorent ou se détruisent. Sous ce rapport, il y a donc une très grande analogie avec le librin-ferment.
Pour compléter la liste, déjà considérable, des ferments leucocytaires, je dois citer encore le ferment soluble anticoagulant, dont l’existence chez les mammifères a été si bien démontrée par M. Delezenne.
Ions ces documents nous encouragent donc à soutenir cette thèse que 1 alexine aussi est un des nombreux ferments solubles intraleucocytaireset qiPelle ne passe dans les liquides qu’à la suite de rupture ou d’avarie des phagocytes. M. Nolf(/ c.) s’est prononcé récemment contre cette opinion, ce qui nous oblige avant tout à examiner ses aiguments. D abord il se base sur les analogies entre la dissolution des hématies par les sérums et par certains sels. Mais il ne faut pas oublier que l'hémolyse n’est qu’un exemple, parmi beaucoup d’autres, de 1 action des alexines. Les globules rouges sont, parmi les éléments figures, les plus délicats et se laissent facilement dissoudre par toutes sortes d’iniluences (chauffage modéré, eau, sels, etc.). Mais il y a un grand nombre d’autres cellules, globules blancs, spermatozoïdes, organismes inférieurs, qui résistent beaucoup mieux à l’action des sels et
qui malgré cela subissent une influence nuisible très marquée de la part des alexines.
M. Nolf envisage surtout les expériences dans lesquelles, après avoir prolongé le contact des sérums actifs avec les hématies il a cherché vainement la réaction des peptones. Il préparait ses mélanges dans des tuhes scellés ou dans des ballons et les maintenait à l’étuve de 37« pendant 2i-48 heures ou les gardait meme pendant des semaines. Dans ces conditions, l’hémoglobine se transformait en méthémoglobine, mais les peptones n’apparaissaient jamais. M. Nolf en conclut « de façon certaine, (|ue les alexines ne déploient pas la moindre activité peptonisante vis-à-vis des albuminoïdes du globule » (/. c., p. 072L On doit objecter à cette conclusion que la peptone n’est pas le seul produit de la digestion des albuminoïdes par les ferments solubles. Dans certaines conditions, la dissociation est poussée plus loin dans cl autres elle s’arrête plus tôt. Ainsi dans l’urine humaine qui renerme de la pepsine, on n’obtient jamais la réaction de peptone avec ahbrine; la digestion de celle-ci ne va que jusqu’au stade de protal-