‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 33 sur 171 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l)umose. Mais, lorsqu’on fixe la pepsine urinaire sur des flocons de fibrine chaullee et qu^on la soumet à la digestion dans de 1 eau acidulée,la digestion s’étend plus loin et donne comme derniers produits de la deutéroalbumose et de la peptone (1). Eh bien, dans les conditions des expériences de M. Nolf, la digestion devait s’arrêter très vite, car, à la température de 37«, l’alexine s’atlaiblit avec une très grande rapidité. Les chercheurs (lui ont expérimenté avec des sérums hémolytiques savent bien que, même conservée à température basse, l’alexine peut perdre son activité déjà au bout de 24 lient es.

Nous avons mentionné plus haut que M. Nolf essayait vainement de trouver un parallèle entre l’hémolyse par les sels et par les sérums, en ce qui concerne l’action du fixateur. Il n a pu trouver rien de comparable à cette adion avec les sels, tandis que la digestion par des ferments solubles nous présente des analogies incontestables. Je rappellerai la découverte de rentérokynase, ce ferment soluble du suc digestif du chien qui stimule d’une façon considérable 1 action des ferments pancréatiques et notamment celle de la trypsine. Les nouvelles recherches deM. Delezenne (qu’il a communiquées au Congrès international de Physiologie, tenu à Turin en septembre 1901) appuient d’une façon très importante cette conclusion. Comme nous l’avons déjà dit dans le troisième chapitre, l’entérokynase du suc intestinal exerce une action tout a fait comparable a celle des fixateurs des sérums hémolytiques. Par elle-même, elle n agit pas a la façon d’un ferment dissolvant, mais elle se fixe sur la fibrine et facilite d’une façon remarquable l’action de la trypsine. Dans la digestion pancréatique, l’eutérokynase remplit le même rôle que les fixateuis

dans la dissolution des globules rouges.

L'analogie entre la résorption des éléments figurés et la digestion intestinale s’étend encore plus loin. Lors(|u on injecte dans le péiitoine ou sous la peau de divers animaux du sang d espèce étrangère, le sérum sanguin des premiers devient hémolytique vis a-vis des globules rouges du dernier. La dissolution de ces hématies se fait par l’alexine du sérum, dont l’activité est rendue très grande grâce a la présence d’une quantité de fixateur spécifique. Eh bien, ce même fixateur apparaît aussi dans les humeurs d animaux, auxquels, au lieu

(1) Sladelniann, Zeitschrift fur Biologie, 18B7, T. XXIV, p. 226. 1888, T. XX\ p. 208 Palella, Annali uaiversali di meclicina e chirurgia, 1887. Cité d après HuppeiT. Ajialgse des Ilarns. 1898, p. 599.

RÉSORPTION DES ÉLÉMENTS FIGURÉS

d'injecter, on donne simplement à manger du sang. Ce fait a été établi par M. Metalnikotf I ).

Un antre fait qui plaide aussi en faveur de la parenté étroite entre les fixateurs et f entérokynase, consiste dans la présence des deux dans les organes lymphoïques. Les fixateurs qui favorisent la dissolution des globules rouges, se trouvent notamment dans les ganglions mésentériques. L’enterokynase, comme l’a démontré M. Delezenne, se trouve non seulement dans le suc intestinal, mais aussi dans les plaques de Peyer, les follicules clos, les ganglions mésentériques^ les leucocytes des cxsudats et du sang.

En s^ippuyant sur tous ces faits, on a bien le droit de considérer que la substance hémolytique des sérums renferme deux ferments solubleSj dont fun, l'alexine, correspond à la trypsine, tandis (]ue l'autre, le fixateur, ressemble à l’entérokyiiase. L’alexine, dont la nature commence à se dévoiler avec plus de précision, devrait porter le nom de c/jlase, ou forment des cellules. La cytase des organes macrophagiques, ou ?nac)'oc//tase, rentre dans cette catégorie. D’après les recherches de M. Tarassewifcb, elle aussi agit plus activement, lorsqu’on lui ajoute du fixateur qui se trouve dans le sérum des animaux préparés, cliautfé à 56®.

Nous avons dit que, chez l’animal vivant, la macrocytase reste localisée dans les phagocytes des organes et du sang. Ainsi, lorsqu’on injecte du sang d oie dans le péritoine du cobaye, les hématies sont digérées dans l’intérieur des macrophages et non pas dans le liquide de 1 exsudât péritonéal. Lorsqu ou injecte du même sang’ pour la seconde ou la troisième fois, on remarque alors qu’un certain nombre d’hématies deviennent perméables et perdent leur hémoglobine qu'ils abandonnent au liquide de l’exsudât. Il n’en reste que la membrane et le noyau. Leu.x-ci sont aussitôt eng’lobés par les macrophages qui manifestent dans ces conditions nue véritable suractivité. Au lieu de pousser des [)etits prolongements, comme ils le font après la première injection de sang, ces phagocytes se meuvent comme de véritables amibes, en envoyant de larg’es pseudopodes pour englober les restes des hématies et les globules rouges encore intacts (2) (tig. 20). Dans

(1) Centralblatt fur Dakieviologie, t90t, T. X.XIX, p.

(:2) M. Sawtchenko [Archives russes de Pafhologie, etc., 1901. T. XI, p. 4.55) a observe que les leucocytes, après avoir absorbé le fixateur spécifique, acquièrent la propriété d’englober les hématies avec une rapidité extraordinaire. .M. Tarassewitcb a pu confirmer ce fait.

CIIAI’ITRE IV

ces conditions, il est incontestable que la niacrocytase doit se trouver aussi dans le plasma péritonéal. Mais il est facile de déinontrei que ce ferment n’était pas préformé dans le liquide, et qu il s est échappé

des leucocytes, ayant subi la phagolyse. A la suite de l'injection brusque du sang étranger, les phagocytes de la lymphe péritonéale se réunissent en amas, s’immobilisent et perdent pour quelque temps leur pouvoir phagocytaire. Ce n’est qu’après un temps plus ou moins long que les leucocytes se remettent de la phagolyse, arrivent en grande quantité dans la cavité péritonéale et déploient leur énergie phagocytaire.

Si c’est réellement l’avarie des phagocytes — la phagolyse — qui est la cause de l’abandon du ferment intraleucocytaire, il n'y a qu’à 1 empêcher pour supprimer la dissolution des hématies dans le liquide de l’exsudât. Dans ce but, il suffit de préparer des cobayes (ayant déjà reçu plusieurs lois du sang d’oie) par une injection de bouillon frais, d’eau physiologique ou d acide carbonique dans le péritoine, faite la veille de l’expérience décisive. Cette injection provocjue d’abord la phagolyse qui est suivie ensuite par une exsudation abondante de leucocytes.. Lorsque le lendemain on introduit dans la cavité péritonéale, ainsi préparée, une dose de globules rouges d'oie (débarrassés par centrifugation du sérum), la phagolyse ne se produit plus du tout ou bien ne se manifeste que d une façon très faible et de très courte durée Eh bien, dans ces conditions, la dissolution des hématies parle licjuide pertictonéal sera réduite à son minimum et on pourra observer en revanche nn englobement extrêmement rajîide et considérable des globules rouges par les macrophages. Pour cjue l’expérience réussisse bien, il est utile d employer en injection du sang d’oie chauffé à 87® ou à peu près.

Même lorsqu’on introduit les hématies d oie non plus dans le péritoine, mais dans le tissu sous-cutané de cobayes, ayant subi plusieurs injections de sang d’oie, on peut facilement empêcher la dissolution extracellulaire des hématies cpii se produit, comme nous l’avons indiqué plus haut, déjà chez le cobaye neuf. Comme dans ce cas, le sé-

Fig 20. — Englobement rapide des globules rouges d’oie par les macrophages.

RÉSORPTION DES ÉLÉMENTS FIGURÉS

rum d’oie qui est mélang-é aux globules, contribue à l’hémolyse, il faut le supprimer, en centrifugeant le sang défibriné d’oie et en lavant les globules à l’eau })hysiologique.

L ensemble de faits que je viens de rapporter indif[uent bien que les phagocytes doivent être réellement considérés comme la source du ferment héinolyti(]ue. La macrocytase reste dans le corps de ces cellules tant que celles-ci sont à 1 état normal ; mais dès qu’elles subissent une lésion, a la suite de l’introduction brusque dans le péritoine de substances étrangères, une partie de la macrocytase s’écha})pe et agit sur les globules rouges, comme si elle avait été employée in vitro.

tiOmme la conclusion que je viens de formulera une importance capitale dans 1 étude de la résorption et de l’immunité, il est nécessaire de l’appuyer par le plus d’arguments possibles. Voilà pourquoi je me crois obligé d’attirer l’attention du lecteur sur un autre exemple de résorption d’éléments figurés.

ÎNous avons déjà parlé plus haut de la résorption des spermatozoïdes dans la cavité péritonéale et du rôle des macrophages dans ce phénomène. A la suite de cette résorption, tout à fait comme après celle des hématies, l’organisme acquiert des propriétés nouvelles du même ordre. M. Landsteiner (1) et nous-même (2j avons constaté (pic le sérum sanguin et le liquide péritonéal des animaux, auxipiels on injecte du sperme de taureau, de lapin et d’homme, deviennent spermotoxiques, c’est-à-dire immobilisent et tuent les spermatozoïdes corresjiondants. Par contre, ces humeurs n’acquièrent jamais le pouvoir de dissoudre ces éléments, même d’une façon partielle. La disparition et la dissolution définitive des spermatozoïdes ne se produisent que dans l’intérieur des phagocytes, presipie exclusivement dans les macrophag-es.

àloxtcr (3) a démontré que la spermotoxine qui apparaît dans le sérum des animaux préparés, est constituée par deux substances, correspondant à celles cpic l’on trouve dans les sérums liéiholytiques. Ce sont la macrocytase (alexine, complément) et le fixateur

(substance intermédiaire, ou sensibilisatrice). Pour lui, elles sont identiques a celles qui dissolvent les globules rouges. Sans nous arrêter ici longuement sur ce sujet, nous nous bornerons à dire que la macroevtase (pii dissout les hématies et celle qui immobilise les spermatozoïdes.

(I) Centralhlatt f. Bakteriologie, 189!), p. ,o49.

(^) Annules (h; L'InslUut Pasteur, 1899. T. NUI, p. 738. (3) Deutsche medic. Wochenschrift, 1900, p. 01.

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sont r.éelleinent identiques chez une môme espèce animale, coinine l’avait admis et développe M. Bordet. Par contre, il est impossiljle d’accepter l’opinion de Moxter sur l’identité des deux fixateurs. Ils doivent être considérés comme différents j c est ce que nous avions essayé de prouver dans un de nos mémoires (1) et ce qui est confoime à la règle de la spécificité des fixateurs en général.

La question qui nous intéresse en ce moment d’une façon particulière, est de savoir où se trouvent et comment se comportent dans rorganisme vivant les deux sulistances constituantes de la spermotoxinc. Cette question a été très bien étudiée par M. Metaliiikotf (2) dans mon laboratoire. Ses expériences ont été régulièrement suivies par moi et, en présentant ici leurs résultats principaux, je puis témoigner de leur exactitude.

La spermotoxine, obtenue par M. Metalnikoff, se distingue des hémotoxines que nous avons traitées jusqu’à présent, par ceci qu’elle se développe non pas à la suite de l’injection d’éléments cellulaires d’espèce étrangère, mais à la suite de rintroduction dans l’organisme de spermatozoïdes de même espèce, le cobaye. Il s agit ici donc de ce qu’on désigne sous le nom de d’autospermotoxiiie.

Le sérum de cobaye normal n’agit que très faiblement sur les spermatozoïdes de cette espèce qui, sous son influence, restent mobiles pendant plusieurs heures. Mais lorsque les cobayes ont été soumis à une ou plusieurs injections de sperme de leurs congénères, leur sérum et la lymphe péritonéale deviennent nettement toxiques et immobilisent les spermatozoïdes déjà après quelques minutes. Cliez des cobayes mâles ainsi préparés, le sérum acquiert cette propriété toxique non seulement vis-à-vis des spermatozoïdes d’autres cobayes mâles, mais également contre ceux de l’individu même qui fournit le sérum. Celui-ci devient donc nettement autospermotoxique.

Si la spermotoxine était répandue dans le plasma et dans les autres humeurs du cobaye qui la fournit, elle devrait immol)iliser les spermatozoïdes, contenus dans ses organes génitaux. L’expérience démontre cependant juste le contraire. Si l’on retire â un cobaye, dont le sérum est très autospermotoxique in vitro^ ses organes mâles, on y trouve, notamment dans les épididymes, une masse de spermatozoïdes parfaitement vivants qui conservent pendant très longtemps leur

(1) Annales ciel Institut 1900. T. XIV, p. 369.

(i>) Ibid., p. 577.

RESORPTION DES ÉLÉMENTS FIGURÉS

mobilité dans l’eau physiologique. La macrocytase n’a donc pas pénétré jusqu’aux spermatozoïdes chez ranimai vivant ; c’est qu’elle ne se trouve pas dans les plasmas. Injectons à un cobaye, dont le sérum est fortement autospermotoxique, une portion de sperme dans le tissu sous-cutané et une autre portion du même liquide dans la cavité péiitonéale. Il se jiroduit au premier endroit un œdème mou, rempli de liquide transsudé, dans lequel les spermatozoïdes bien vivants conservent leur mobilité pendant deux heures. Dans le liquide péritonéal les memes spermatozoïdes deviennent immobiles déjà après quelques minutes. Cette g’rande différence s’explique par ceci que, sous la peau, il n y a pas du tout ou presque pas de leucocytes préexistants, tandis que dans le liquide péritonéal ils abondent. Avariés par rintroduction du sperme dans le péritoine, les phagocytes abandonnent une partie de leur macrocytase, suffisante pour immobiliser les spermatozoïdes. .Mais lorsque M. Metalnikotl injectait dans le péritoine de ses cobayes autospermotoxiques, d’abord de l’eau physiologique, et ensuite, le lendemain, une portion de sperme, les spermatozoïdes restaient bien mobiles pendant plus d’une heure. Dans ce cas la phagolyse est très passagère et insignifiante ; elle est bientôt suivie d un fort afflux de leucocytes qui amène un englobement rapide des spermatozoïdes. Beaucoup do ces éléments sont dévorés à l’état vivant : tandis que leur corps est déjà renfermé dans le macrophage, leur queue se meut très vivement en dehors.

Toules ces expériences démontrent bien qu’îi l’état normal la macrocytasc reste renfermée dans les phagocytes et ne s’en échappe que pendant la phagolyse ou bien au moment où le sang, retiré de l’organisme, se coagule. Mais eu est-il de même pour le fixateur ? Il est facile de prouver que cet autre ferment soluble circule dans les pla.smas de l’organisme vivant. .^Joiis avons déjà dit que les spermatozoïdes d’un cobaye, dont le sérum est très aufosperraoloxiqiie, restent vivants pendant longtemps dans la solution physiologique de se marin. .Mais si nous les introduisons, in vitro, dans du sérum d’un cobaye neuf, ils ne restent mobiles que peu de temps (pendant 10-20 minutes), tandis (juc les spermatozoïdes d’un cobave normal vivent dmislc môme sérum pendant plusieurs heures flelie dillérence s’expliipie par le fait ijiie les spermatozoïdes du cobaye autospermotoxique, quoique hmn vivants, ont cependant absorbé du fi.xateiir penc ant la vie do I animal. Ce fixateur se trouvait donc dans les humeurs eta pu pénétrer jusqu’aux organes mâles. Ici les spermatozoïdes se

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sont chargés de fixateur et, une fois transportés dans du sérum de cobaye neuf, riche eu macrocytasc, ils ont perdu leurs mouveinents très vite. En même temps les spermatozoïdes lémoins. n ayant pas ahsorlïé de lixaleur, ont pu vivre longtemps dans le meme sérum.

Comme la macrocytaso reste fixée aux phagocytes, son onpne ne peut être douteuse : elle est élahorée par ces cellules. Mais le fixateur qui est libre dans les humeurs et qui est justement la substance qui se développe en si grande quantité chez les animaux traites d ou provient-il? La solution précise de cette question n’est pas facile , et cependant il y a bien des faits qui indiquent également son origine phao-ocytaire. Nous savons déjà que les sérums des animaux neufs ne renfermentque peu ou quelquefois peut-être même pas du tout de fixateur. Celui-ci n’apparait abondamment qu’à la suite de la résorption des

éléments correspondants, hématies ouspermatozoïdes. Cette résorption,

nous l'avons dit, est presque exclusivement l’œuvre des macrophages. Dans les cas justement où les hématies, injectées dans la cavité péritonéale d’animal de même espèce, passent directement dans la lymphe, sans être lésées ni, sauf quelques exceptions, englobce^dar les phagocytes, le fixateur ne se produit pas. Lorsque les hématies oie, introduites avec du sang défibriné sous la peau de cobaye, y subissent une dissolution partielle dans le liquide de l’exsudât, et ou la phagoeytose est plus réduite que dans le péritoine, la production du fixateur est faible. Après l'injection du même sang d’oie dans le péritoine de cobaye, suivie de phagocytose complète, le fixateur se produit en plus grande abondance. Il existe donc dans tous ces cas uii rapport constant entre le degré de phagocytose et la production du fixateur. Eomme celui-ci facilite l’accès de lacytase aux cellules et comme la résorption de ces éléments se fait surtout dans les macrophages, ou arrive nécessairement à cette conclusion que le fixateur est un second lermentpha-

socytaire qui se produit enaliondance pendant la digestion intracellulaire. Seulement, au lieu de rester dans le contenu des phagocytes, le fixateur est en partie excrété en dehors de ces éléments ; il passe dans le plasma du sang et dans d’autres humeurs et finit par disparaître de l’organisme, probablement à la suite de son élimination par les enionc-

Chez les Invertébrés, où nous avons vu que les hématies étrangères se résorbentaussidans l’intérieur des phagocytes, nous n avons jamais pu constater de propriété hémolytique du liquide sanguin, même après des injections de sang répétées. Il faut en conclure que chez ces

RÉSOHl'TION DIÎS ÉLÊMKNTS FIGURÉS

animaux la quantité de fixateui* suffit seulement pour amenei* la dissolution des hématies dans rintérieur des phagocytes. A partir des poissons (nous rappelons l’exemple des hématies de cobaye, résorbées dans rorganisme du [)oisson doré), la production du fixateur devient beaucoup plus abondante et ce ferment peut être facilement démontré par son action in vitro.

Cette surproduction d’un ferment qui agit dans la résorption phagocytaire, trouve son analogue dans le passage de certains ferments digestifs, comme 1 amylase et la pepsine chez rhonimc et le chien, dans le sang et 1 urine, ainsi que nous l’avons mentionné dans le précédent chapitre.

Un des meilleurs arguments en faveur de la thèse que nous développons ici, nous a été fourni par l’analyse des phénomènes (jui se passent avec les sérums autospermotoxiques de cobaye. Cette idée des autotoxines a été d’abord exprimée par M. Ehrlich dans ses mémoires, publiés en collaboration de M. Morgenrolh et déjà cités à plusieurs reprises. M, Ehrlich s’est demandé si l’organisme qui résorbe, non plus des hématies d espèce étrangère, mais des globules ronges de l’espèce propre, serait tout aussi capable de développer des substances hémolytiques. Dans ce butil a injecté du sang, prélevé à des chèvres, a ces mêmes chèvres ou à d’autres individus de même espèce. MM. Ehrlich et Morgenroth (1) ont pu obtenir dans cés conditions des sérums isotoxiques, c'est-à-dire des sérums qui dissolvaient bien les hématies de chèvre, provenant d’autres individus que ceux qui avaient été traités [>ar le sang et qui fournissaient le sérum. Seulement, pour obtenir ce résultat, ils devaient injecter non pas du sang intaet, mais bien du sang mélangé avec de l'eau. Les hématies du sang intact passent facilement dans la circulation de l'animal de même espèce, sans être touchés par les phagocytes. Au contraire, les hématies, avariées et en partie dissoutes par l’eau additionnée, sont facilement englobées et digérées par les phagocytes. Or, on sait depuis les expériences de M. Dordet, que les stromas des globules rouges suffisent pour la pi'oduction du fixateur, tandis que l’hémoglobine ne donne pas lieu au dévelo])pement de ce ferment par l’organisme. Comme les stromas, injectés avec du mélange de sang et d’eau, doivent être bien dévorés par les macrophages, on conçoit facilement que ces pha gocytes puissent servir pour l’élaboration du fixateur.

(1) Berliner klin. Wochenschr., tOOO, p. 4.^3.

CIIAIMTRK IV

La l ésorntioii clos glolcules .-ouges et celle des spermatozoïdes cpie nous avons présentées comme exemples, peuvent servir de scl.emas pour les phénomènes de résorption des éléments figurés en général. Lorscp, on introduit dans l’organisme d’autres espèces de cellules, les piocessus ciui s’ensuivent, révélent toujours le même caractère ; réaction inllammatoirc avec intervention prépondérante des macrophages , digestion intraphagocj'taire des éléments introduits ; surproducticin etVxcrétion des li.xateurs. Tandis t|ue la macrocytasc est toujours la même chez la meme espèce animale, les fixateurs sont au contraire dill'érents et spccificlucs. En dehors des hémofixateurs et des spermolixateurs «pic nous avons déjà décrits, on obtient aussi ii la suite de rinjeelion des cellules correspondantes, des leucofixateurs,des nép irollxateiirs, des liépatolixateurs, des tricholixateurs, etc. Il ne rentre pas dans notre programme de traiter ici ce sujet tD- No»* àvons voulu simplement insister sur les cotés de la résorption des cellules «lui touchent de très près le prohlème de l’Immunité. Dans le prochain chapitre nous devrons du reste revenir encore une fois sur ciuolciues points, concernant les phénomènes de la résorption.

1 1 1 Nous avons donné un aperçu de l’clal actuel de cotte question dos poisons cellulaires, ou cytotoxines.dans la R.va. oéné-ale des sciences pures et appln,uees, 1901, lo janvier, p. 1.

CIIAIMTRE V

HÉSOUI’TIO.N DKS LIUUIDKS ALIJl'.MINUIDKS

‘‘tl'nrtsolr^'K - I-e, précipitincs du sérun, suuguiu ,,„i

apparaissent :i la suite de la résorption des sérums et du lait- - Résorption de la

platine. - Origine leucocytaire du ferment qui digère la gélatine. - Anticnzvmcs' Antipiesuie. — Les anlicytoloxines. — Sérums antiliémotoxiques — Leurs denv parties constituantes : lanticylase et Lantifixateur. - Action de l'anticytase - Les antispeimotoxincs. — Origine des anticytotoxines. - Théorie d’Elirlidi sur cette question. — Origine de l'antiliémotoxine. — Origine de rantisnermoinxinp i>

-Nous avons cht au commencement du pi-écédent clianitrc ouc J nei'ses suhslances liquides des plus compliquées au point de vue de .1 composition chimique, peuvent être i-ésoi'bées par les tissus et iitiisees par I organisme, sans avoir besoin d’être modifiées par les sucs discsfifs du canal iiitcslmal. Jlainlenaiit il faut préciser les pbénomèncs qui se passent dans ce cas et essayer d’établir le mécanisme de la résorption des liquides dans l’organisme vivant.

Xo.isavonsdéi;,oitéloscvemplesdiiscrumsangiiin,dii lait et du blanc d œil qui peuvent être facilement utilisés par l’organisme qui les reçoit directement dans le péritoine ou sous la peau. La preiive que ces -Il JS .niccs sont modifiées, digérées par les tissus, est fournie par l’observation que leur injection amène nécessairement des cliana-emenis

a'a.l fait a I Institut 1 asteur. a montré le premier que la résorption es sérums sanguins d’anguille et de cheval par l’oreanisnie du .111 pioioqiie dans le sang de ce dernier la iirodiiclion des prée p. tes spécifiques. Le sérum sanguin des lapins vaccinés conlie le ^ uni d aiigiiillo toxique. donne un précipiléavcc le sérum d’anaiiille •

sérum de lapins, traités avec du sang de cheval, donne un préciin’té iD Annales de nnstituf Pasteur, !890, T. XIII, p. -iLL

CIIAIMTRK V

semWable avec du sérum de clieval, de. CeUe propriété a de depuis confirmée d étudiée par plusieurs observateurs ipii 1 ont utilisée poiii la reconnaissance du sang liumain dans les recl.erclies niedico-

lé£-ales(l). • ■

M. IJordot (2) a fait de son côté la decouverte que les injections

intraiiéritonéales de lait de vache à des lapins provoquent dans le sérum sanguin de ces derniers la propriété de donner un in’écipite spécitique avec du lait de vache seulement. Cette precipitaüon accuse une grande ressemblance avec la coagulation de la^ caserne, sans que pour cela on ait le droit d’identitier la substance qui tait précipiter avec la présure. Ce fait a été confirmé pour plusieurs autres espèces de lait et M. Schütze (3), dans un travail exécuté à l’Institut de berliii, essaye de l’appliquer pour la ditférenciation des divers laits. Dans le meme ordre d’idées, on a fait des recherches sur les precipitincs artiticielles, qui se développent dans le sang à la suite de 1 injection de blanc d’œuf et d’autres albuminoïdes. MM. Leclamche et Vallée (4) ont préparé des animaux, dont le sérum produit nn précipité avec de l’albumine urinaire. Les réactions biologiques par les précipitincs SC montrent plus sensibles que tous les réactifs chimiques proprement dits. Ces substances spécifiques des sérums doivent être considérées comme appartenant au groupe des ferments solubles et se rapprochent plutôt des fixateurs que des cytases, car elles résistent bien au chauffage à 36°. Leur action baisse peu à peu à partir

de 6()o et ne se détruit qu’au-dessns de 70°.

Un ferment soluble analogue a été découvert dans le sérum sanguin d’animaux, traités par des injections de gélatine. C'est à M. Delezenne, qui a étudié cette ciuestion dans son laboratoire a 1 institut Pasteur, qu’on doit les documents les plus importants et les plus complets sur la résorption de la gélatine. Le sérum sanguin des miimaux normaux ne possède qu’un pouvoir très faible, souvent meme nul, de liquéfier la gélatine. Mais lorsqu’on injecte plusieurs fois de cette substance, le sérum, comme c’est la règle pour les éléments figures et toute une série de substances liquides, acquiert une activité beau-

(1) Deulsch, Comptes rendus du XIH° congrès international de médecine de Paris, Centralb.,f. Bakteriol , 1901, T. XXIX ; ühlenhuth,

cAr., 1900, 7 février ; Wassermann et SchüUe, Berliner klin. ochenschi . , 1901,

18 février, p. 187. ^

(2) Annales de l'Institut Pasteur, 1899, T. XIII, p- -‘0.

3) Zeitschrift für Ihjgiene, 1901, I. XXX^I, p. o. ^

(4) Comptes rendus de la Société de Biologie, 1901, p. 51.

RÉSORPTION DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES

Ho

coup plus prononcée. Sans donner de précipité, la gélatine est simplement dissoute et ne peut plus se solidifier lorsqu’on la refroidit. Le ferment du sérum qui produit cet etfet ressemble aux précipitines parce qu’d résiste bien à la température de 56»^ et ne se détruit qu’au delà de üO». Comme les trypsines, il agit en milieu faiblement alcalin, neutre ou faddement acide ; mais la meilleure digestion se fait dans un milieu légèrement alcalin.

La question qui nous intéresse surtout, c’est l’origine de ce ferment qui digcie la gélatine. Lorsqu on injecte qucbpies centimètres cubes d’une solution de cette substance à 10 0/0 dans le péritoine des animaux de laboratoire, on provoque sûrement au bout de quebjues heures une forte Icucocytose du liquide péritonéal. 11 se produit un afflux considérable de ces cellules, parmi lesquelles les micropbage^^ sont encore plus nombreux que les maci-ophages. Lorsqu’à une goutte pendante d mi pared exsudât on ajoute un peu de solution do rouge neutre d Llirlich, on voit presque immédiatement apparaître une coloration intense de gouttelettes nombreuses, logées dans l’intéiàenr dos deux catégories de leucocytes. Il est donc de toute évidence que la gela fine provoque une forte chimiotaxie positive des pliagocvtcs mobdes et qu’elle est absorbée par ces cellules. Cet exemple nous iu'onve (pie les phagocytes peuvent non seulement englober des corps solides, comme les divers éléments figurés, les grains colorés, etc. mais qu’ils sont aussi aptes à absorber des substances liquides bitrodndes dans les tissus et les cavités de l’organisme.

Les données, apportées par M. Delczcnne, démontrent d’une façon très précisé le rôle des phagocytes mobiles dans la digestion de la ge afine. Les meilleurs résultats sous ce rapport lui ont été fournis par le chien. On sait cp.’il est facile de provoquer chez cet animal une exsudation aseptique, très riche en leucocvtes. Cet exsudât debarrassé du sérum et lavé avec de l’eau physiologique, donne dans ce meme Inpiide une solution qui digère faiblement la gélatine.* Mais si on produit 1 exsudation chez un chien, traité préalalilement avec P usieurs injections de cette substance, on obtient des leucocytes dont 1 extrait, obtenu par le meme procédé, digère d’une façon beaucoup jdus considérable la gélatine. Le pouvoir digestif des leucocvtes du chien préparé est quelquefois cinq fois plus fort que celui des

leucocytes du chien normal. Il y a donc incontestablement dans cet

^oUd,t^"' U r ac.p.ise (, ni accuse un renforcement notable de 1 actuite phagocytaire.

HG

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