CHAPITRE V
Chez les chiens préparés, les leucocytes ont un pouvoir c igesüf visi,-vis de la gélatine sensildeuient ,.lus fort que celui de eiir sérum sanguin, ce qui indique que la source du ferment « -
cliercliée piéciséinout dans les phagocytes. Les résultats le recherches nous seront d’une grande utilité dans l’étude de limniu-
nité nroiH'eniciit dite. , i
Depuis longtemps déji., on a essayé de rapprocher les ferments
solubles, diastases, ou enzymes, des substances albuminoïdes. M. Nenckl et M""' Sieber (I) soutiennent cette opinion par leurs nouvelles recherches sur la composition ehimhiue de la pepsine. Il y a dans tous les cas ce point commun entre les deux catégories de su )stances, (pie leur résorption par l'organisme est suivie de 1 apparition dans le sang de ferments antagonistes. Comme apres 1 injection dans les cavités ou les tissus de lait, de Idanc d’œuf, de sérums, etc se produisent des précipitines spécifiques, de même 1 injection de certaines enzymes provoque la formation dans l’organisme des anti-
enzymes, ou anlidiastases. .
On savait déjà depuis assez longtemps que le sérum sanguin de beaucoup d’animaux empêche l’action de certaines enzymes. Ainsi Rôden a établi que le sérum de cheval normal retarde ou morne empêche complètement la coagulation du lait par la présure. On a observé souvent aussi que les sérums normaux gênent plus ou moins la diaestion des albuminoïdes par la trypsine. Mais ce n est que jdus récemment (pi'oii s’est mis à préparer des antienzymcs par 1 injciction à des animaux d’enzymes correspondantes. Ainsi M. lldi elirandt (2) a réussi à obtenir une antiémulsine dans le sérum des lapins, auxquels il injectait de l’émiilsine à plusieurs reprises. MM Fermi et l’ernossi (3) ont préparé une aniitrypsmc. M. v. Uuii- -ern (4) a obtenu une antidiastase contre les enzymes protéolytiques de qiichpics tiactérics. Mais do toutes les antienzymes, la mieux étudiée ius(|u’à présent est sans conteste l’antiprésure, obtenue indépendamment par M. Morgenroth (3) et M. Briot (0). Le premier de ces
(1) Zeitschrift fiir phi/siologisclie Cliemie, 1901, ï. X.XXlt, p. 20t.
(2) Virchow' s Archiv.-, 189.1,1. CXXXI, p- 92.
(3) ZeitschrifL fur Hiiniene, 1891, T. XVllI, p. 83.
(/^ 9/ meé/«c. lEoc/fWSc//r., 1898, 15 août. vvvii
(5) Centralhlatt für Jkikieriologie, 1899, ï. XXM, p. 3i.l ot IjOO, 1. . . p. 721.
(6) Étude sur la présure et ranliprcsurc. bceaux, sciences de Paris, ii« 4.
1900. Thèse de la Faculté des
RÉSORPTION DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES
savants traitait des chèvres avec des quantités croissantes de présure et pouvait s assurer par des recherches comparatives minutieuses de 1 apparition et de rauganentation de la quantité d’antiprésure dans le sérum du sang'. La chèvre qui a donné le meilleur résultat s'est arrêtée dans le développement de 1 antiprésure et il a été impossible de faire dépasser au pouvoir antiprésurant une certaine limite.
M. liriot a obtenu l’antiprésure aussi chez des lapins, auxquels il injectait de la présure liquide a plusieurs reprises.il a pu s'assurer que l'antiprésure du sérum de cheval est une substance non dialysahle et précipitable par l’alcool et certains sels. Comme les précipitines et la diastase (|ui digèrent la gélatine, raiitiprésure résiste parfaitement au chautlage a ô5“-5()® ; môme le chautfage à 58“ n’a aucun effet sur le sérum antiprésurant. Mais à G()0 la chaleur commence à devenir nuisible et après trois heures à G2“ le sérum a perdu tout pouvoir d’empêcher la coagulation de la caséine par la présure. MM. Morgenroth et Briof admettent tous les deux (jue l’antiprésure neutralise la présure par une action directe.
Les poisons cellulaires d’origine animale, ou les cytotoxines, dont il a été question dans le précédent chapitre, donnent également lieu à la production d’anticorps spéciaux, ou anticytotoxines. L’étnde de ces dernières présente un intérêt tout particulier pour qui s’intéresse à la question do rimmunité au point de vue général. La première découverte de ces anticytotoxines a été faite à propos de l’étude du pouvoir toxique du sérum sanguin d’anguilles. MM. Camus et Gloy (l)et, indépendamment d’eux, M. II. Kossel (2) ont démontré que dos animaux, traités avec des doses croissantes de sérum d'anguille, acquièrent une propriété autitoxiquo qui protège leurs globules contre 1 action hémolytique de riclityotoxine, ou substance toxique du sang d’anguilles. M. Th. Tchistowitch (5; a non seulement confirmé cette découverte, mais y a ajouté de nouvelles données intéressantes.
En mélangeant in vilro le sérum antitoxi(|ue avec des globules rouges de l’espèce (}ui fournit ce sérum et en y ajoutant du sérum hémolytique d anguille, on constate que les hématies se conservent très bien. Dans des tubes témoins, dans lesquels le sérum antitoxique est remplacé par du sérum normal de même espèce, les globules rouges se dissolvent au contraire très facilement sons rintluence toxique du
(I) Arch ives inlern. de Phannocodynamie, 1898, ï. III et IV {i) BevUner Klinische lUoc/zensc/o’., 1898, n. 7.
(3) Annale'} de L'Institut Pasteur, 1899, T. XI!I, p. 406.
CHAPmUÎ V
sérum d’anguille. Gliez des animaux (lapins), traites avec ce dernier liquide, il s’établit non souleinent un pouvoir antitoxi, pie du sang, mais même les liémalies acquiérent une résistance plus ou moins prononcée contre riclityotoxi.ie du sérum d’anguilles. Lorsqu on débarrasse les globules rouges du sérum de lapins (traites avec du sérum d’anguilles), et que l’on ajoute aux premiers de 1 iclilyotoxine, la dissolution très souvent ne se l’ait point. Seulement, d apres es expériences do M. Tehistowitcli, entre cette résistance acquise des liématies et le pouvoir aniiloxique du sang, il n’y a pas de rapport direct Ouelqiiet'ois même, on observe une sorte d’antagonisme entre les deux propriétés, c’est-à-dire que les globules rouges d’un lapin.dont le sérum est fortement aiititoxi(|iie, peuvent être très sensililes a ac-
tion du poison d’anguille, et inversement.
L’action toxique du sénun d’anguille vis-à-vis des globules rouges d’une grande quantité de vertébrés, est une propriété naturelle qui ne demande aucun traitement de ces poissons. C’est le pouvoir autito.xique, dirigé contre l’iclityotoxine, qui, lui, ne se développe qu a la suite’ de la préparation des animaux par des doses croissantes de sérum d’anguille. Et cependant il y a aussi des antitoxines naturelles qui se présentent dans le sang d’homme ou d’animaux non préparés et qui agissent contre les poisons cellulaires, les extotoxines, ties répandues dans le sang d’un grand nombre d’espèccg animales.
M. Besredka (1) a démontré que le sérum sanguin de riionimc et de beaucoup de vertébrés contient une substance qui empcche les globules rouges de se dissoudre sous l’influence des sérums sangums d’espèce étrangère. Poiii révéler la présence de ces aiitito.xmes, il es utile de chaulfer les sérums à 5G« et de leur ajouter des globules rouges de même espèce et du sérum bémolyti(pie d espèce étiauj^cic. Dans ces conditions, la dissolution des hématies ne se produit pas, tandis que leur mélange avec du sérum hémolytique provoque inévitablement l’hémolyse.
Mais, à côté de ces antihémolysincs naturelles, il existe une quantité d’antiliémolysincs ou autihémotoxiues artiticielles. C est M. oidet (2) qui le premier a attiré rattention sur ce sujet d une grande importance générale. Il en a obtenu d abord, en injectant du séiuni sanguin de poule qui possède un fort pouvoir bémol^ticpie xis-à xis des hématies de lapin, à des individus de cette dcrnièie espèce.
(1) Amiales de Vlnstüut Pasteur, 1901, 1. X\.
(2) Ihid., 1899, T. .\I11, p. 285.
RÉSOIU’TIOiN DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES
Api OS c|uelqiies injections, le sérum de ces lapins préparés s^est montré antiliémotoxifjue contre le sérum de poule. IMus tard (1), Bordet a obtenu un sérum contre une liémotoxine artificielle. Le sérum de cobaye est inotlensif pour les hématies de lapin. Mais, lorsqu’on injecte à des cobayes du sang- de lapin à plusieurs reprises, le sérum dos premiers devient très dissolvant pour les globules louges do lapin. Pour empêcher cette action, il suffit d’injecter plusieurs fois à des lapins du si'rum bémotoxitjue île cobayes préparés. Le sérum de ces lapins devient antihémotoxique et protèg’e très bien les hématies de lapin contre 1 action dissolvante du sérum de cobaye.
Dans les sérums hémolytiques normaux, tels que les sérums d’anguille et de poule, on n a pas pu révéler la présence de deux substances qui agissent en s’unissant. Au contraire, dans les sérums, obtenus a la suite de la préparation des animaux par l’injection de sang- d’espèce étrangère, on démontre facilement, comme il a été développé dans le précédent chapitre, la présence de deux substances constituaides qui sont : la macrocytase (alexine, complément) et le fixateur (amboceptor d'EhrIieh, substance sensibilisatrice de Bordel j. Voilà pourquoi l’étude des antihémotoxines obtenues contre les hémotoxines artitîcielles présente un intérêt beaucoup plus grand. Comme la dissolution des globules rouges, dans ce cas, peut être empêchée soit par une action antitoxique, dirigée contre la cytase, soit par une neutralisation du fixateur (puisque le concours de ces deux substances est indispensable pour que la dissolution ait lieu), M. Bordet s’est demande si le sérum antitoxiipio, obtenu par lui chez des lapins, est aiiticytasi(pie ou antitixateur, ou bien s’il renferme les deux propriétés à la fois. Avant de résoudre ce problème, il a fallu établir quelques caractères essentiels des sérums antihémotoxiques artificiels. Le piincipal parmi eux est la résistance de ces antihémotoxines au chauffage a oô*’-G0® et même à des températures plus élevées ; même, chautlécs à 70^, les antihéniotoxines conservent, au moins en partie, leur propriété fondamentale. Sous ce ra{)port, ces substances s’éloignent des cytases et se rapprochent des précipilincs, des fixateurs et des ag-giutinines.
Les expeiiences, exécutées par !M. Bordet avec une g-rande précision, ont démontré (jue dans le sérum de ses lapins, traités avec le sérum hémotoxique spécifique de cobayes, se trouvent réunies deux
(1) A/males de UIngtitat Pasleur, lüOO, T. XIV, p. 270.
GllAlMTRI': V
siilistaiices ; imo anticytasc et un aiitifixateur. Mais, tandis que la première de ces antitoxines se trouve en abondance, la quantité d’antitixateur est très faible. Voici comment M. Bordet a été amené à ce résultat. Pour empêcher les globules rouges de lapin de se dissoudre dans le sérum liémotoxique de cobaye, il lui a fallu ajouter une dose considérable (10 à 20 fois) de sérum antitoxique. Mais, lorsqu'il chauffait ce dernier à 55«, la quantité de ce sérum, nécessaire pour empêcher Ihémolyse, pouvait être réduite dans une très forte piopoition. Au lieu d’ajouter au sérum hémotoxique 10 ou 20 volumes de sérum antitoxique, il suffisait d’additionner trois et quelquefois seulement deux volumes de ce sérum chauffé. Comme nous le savons déjà, le chauffage à 55° détruit la macrocytase qui devait se trouver dans le sang antitoxique de lapin. Cette cytasc par elle-même est incapable de dissoudre les globules rouges de même espèce ; mais, ajoutée au fixateur du sérum hémotoxique de cobaye, la macrocytase du sérum de lapin les dissout très bien. D’où la conclusion que, dans le sérum hémotoxique de cobaye, devait se trouver une quantité de fixateur suffisante pour permettre la dissolution des globules rouges par la macrocytase du sérum de lapin. Ce sérum antitoxique, ne pouvant empêcher l’hémolyse qu’à condition d'être ajouté en forte proportion, ne contient donc que peu d’antifixateur. Lorsque, par le chauffage de ce sérum à 55°, on détruit la macrocytase de lapin, ceci a pour résultat que le mélange de sérum antitoxique de lapin et de sérum hémotoxique de cobaye qui dissolvait les globules rouges de lapin, les laisse intacts. C’est que le fixateur libre contenu dans ce mélange ne trouvait pas de macrocytase disponible : celle de lapin étant détruite par le chauffage, celle de cobaye étant neutralisée par le sérum antitoxique. L’expérience que je viens de relater prouve donc que ce sérum antitoxique renferme de 1 anticytase spécifique. Cette anticytase est capable de neutraliser la macrocytase de cobaye, mais est tout à fait impuissante contre la macrocytase de lapin. Cette dernière circonstance permet de rechercher si le sérum antitoxique de lapin renferme, en dehors de 1 anticytase, un aiititixateur spécifique. M. Bordet a préparé un mélange de sérnm antitoxique de lapin, chauffé à 55°, avec du sérum hémotoxique de cobaye, également chauffé à 55°. Dans ce mélange, les deux macrocytascs (celle de lapin et celle de cobaye) ont été détruites par la chaleur, tandis que les antitoxines du sérum de lapin et le fixateur du sérum hémotoxiipie sont restés intacts. Ce mélange, faute de ma-
RESORPTION DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES
crocytases, était iiicapaljlc tle dissoudre les g’iobules rouges de la|)iii. bu lui ajoulaut du sérum frais de lapin neuf, non cliaulfé, on introduisait la niacrocytase de lapin. Comme celle-ci ne pouvait éti*e neutralisée par l'anticytase du sérum antito.\i(jue et était incapable par elle meme de dissoudre les hématies de lapin, elle ne devrail produire riicmolyse qu’à condition qu’il se trouve dans le mélange une quantité suftisante de tixateur spécifique libre^ non neutralisée. Or, en réalité, les globules ronges de lapin ne se dissolvaient pas dans le mélange décrit, ce ([ui prouve que le tixateur était devenu inactif par suite de la présence d'un antitixateur dans le sérum antitoxicpie de lapin. .)e n’ai pas besoin d'entrer dans plus de détails des expériences de M. lîordet qui ont bien démontré ce fait que dans le sérum antitoxi- ({ue de ses lapins se trouvaient réellement deux antitoxines : une anticytase abondante et un antifixateur en quantité Ijcaucoup plus failjle.
MM. bhrlich et Morgenrotli (1) ont de leur C(Mé et indépendamment de M. liordet constaté qu’un sérum antihémotoxique est très riche en anticytase. Après avoir à plusieurs reprises injecté du sérum de cheval normal (très riche en cytase) à une chèvre^ ils ont obtenu dans le sérum sanguin de celle-ci une anticytase très active contre la cytase de cheval. Ce sérum antitoxi(]ue de chèvre ne renfermait pas d antifixateur, ce qui est tout naturel parce que le sérum de cheval qui ser- X ait [)our les injections provenait de chevaux normaux (jui ne renfermaient point ou très peu de fixateurs. Mais môme dans un autre cas, où ces savants (2) injectaient à un chien dn sérum de mouton très liche en fixateur specifi(|uc pour les g’iobules rouges de chien, ils ne réussirent pas non plus à obtenir un antifixateur. Ces faits n’enlèvent rien à la valeur de la découverte de l’antifixateur [lar M. bordet, mais démontrent seulement que cette antitoxine ne peut être dans certains cas retrouvée dans les sérums. iMM. Ehrlich et Mor genroth expriment a ce [iropos eux mêmes cette supposition que dans ces exemples rantifixateur reste fixé à la cellule qui le produit, sajis être excrété dans le sang.
Les données bien précises que nous venons de résumer, semblent se trouver en désaccord avec les affirmations de quelques autres chercheurs. Ainsi ^[. Schütze (3), à la suite de ses recherches sur le sérum
{[) Berlin(>r klinische Wochenschr. tOOO, p. G8t. P. Khriieh, Vroceedinr/s of lhe li. Socielij, 1900, n» 4B2, p. .42i. ' ‘
{^) Berliner klin. Wochenschr. iOOl, p. 570.
(3j Deutsche medic. Wochenschr . 1900, p. 431.