CHAPITRE V
antihémotoxiqiie de cobayes, dirigé contre 1 hémotoxiiie de lapin, est arrivé à ce résultat que dans le premier il ne se produit qu’un antifixateur. Comme il n’injectait à ses cobayes que du sérum liéinotoxiquc de lapin, chauffé à G0“ et par conséquent dépouillé de la macrocytasc, il en avait conclu que dans ce sérum il ne restait que le fixateur spécifique, capable de provoquer la formation d’une antitoxine. Celle-ci devait par conséquent être un antifixateur. M. Paul Millier (l) a formulé une conclusion analogue, après avoir injecté à des lapins du sérum liémotoxique de poules, cliaulle. Ces injections amenèrent la formation dans le sérum de lapin d'une antitoxine que M. Millier regarda comme un aiititixateur.
MM. Elirlicli et Morgenrotli (2) s’élevèrent contre cette interprétation, se basant sur leurs expériences avec les sérums des animaux normaux. Ils ont pu établir que ces sérums, injectés à l’état frais ou après chauffage à 00°, donnent lieu à la production d’une même antihémotoxine qui n’est autre que l’anticytase. Lorsque MM. Schütze et ]\ Muller, en chauffant les sérums, croyaient les avoir entièrement privés d'éléments cytasiques, ils ne tenaient pas compte de la possibilité des cytases de se transformer, sous finfluence du chauffage, en des corps differents, inaptes à produire l’hémolyse, mais bien capables de provoquer la formation des anticytases. MM. Lhilich et Moi genroth désignent ces nouveaux corps, dérivés des cytases, sous 1 influence des températures entre 55«-00», sous le nom de complémenfoïdes. Ce sont donc ces complémentoïdes qui ont amené dans les expériences de M^l. Schütze et Millier la production d’antitoxmcs
qui n’étaient autres que les anticytases.
Dans tous les travaux que nous venons de résumer, les anticxtases ont été obtenues par l’injection à des animaux de divers sérums sanguins frais ou chauffés. M. Wassermann (3) a trouvé un autre procédé pour arriver au meme résultat. U injecte à des cobayes les leucocytes de lapins, soigneusement débarrassés de toutes traces de sérum. Au bout do quck[ue temps le sérum sanguin des cobayes ainsi traités devient faiblement, mais nettement anticytasique. De cette expérience, sou auteur tire entre autres cette conclusion que les leucocytes renferment réellement des cytases, comme il a été soin eut af firmé par plusieurs observateurs.
(1) Centralblatt fur Bakteriologie. 1901. T. XXIX, p. 173.
(2) Borliner klinische Woch enschrift. lOOl.p. 2ôt.
(3) Zeitsclirilt für Ili/fjiene, 1901. T. XXXVU, p. 190.
RESORPTION DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES
Comment les anticytases agissent elles sur les cytases? A ce sujet, tous les savants (jui se sont occupés de cette question répondent de la même façon que cette action des anticytases est directe. M. liordet pense que les deux substances se conibinent assez intimement [jour que le cliauÜag’e soit incapable de les décomposer. On sait (jue les cytases sont très thermolabiles et que leur propriété liémolyti(|ue est détruite déjà a Les anticytases, au contraire, sont beaucoup plus résistantes au chautlàge, comme il a été dit plus haut. M. liordet a préparé des mélanges de sérum hémolytique, cytasi(jue, et de sérum antihémolytique, des mélanges neutres, c’est-à-dire inactifs sur les globules rouges ou agissant d’une façon très faible sur des hématies sensibilisées par le fixateur spécifique. Ces mélanges ne manifestaient pas non plus de pro[)riétcs antihémotoxiques ou bien n’exerçaient ce pouvoir que dans une proportion très faible. Si dans ces mélanges les cj tases restent libres a cùté des anticytases, il est à prévoir que leur chautfage à oo» restituera la fonction antihémotoxicjue des anticytascs, car, les cytases étant détruites à oo®, il ne restera plus dans les mélanges que de l’anticytase active. Les expériences, faites dans ce sens, ont démontré que le chautfage de ces mélanges ne restitue pas l’action antihémotoxique, c’est-à-dire que l'anticytase a été définitivement comhinée avec la cytase.
M^L Lhriieh et Morgenroth se sont assurés que leur antihémotoxine n exerce aucune influence ni sur les globules rouges, ni sur le fixateur et n’est ca[uible que d’empôcher l’action de la cytase. ils introduisaient les hématies de lapin dans un mélange de sérum de chèvre, chauffé à 50“ qui n’avait conservé que son fixateur, et de sérum anticytasique. Lnsuite, ils débarrassaient les globules rouges, par centrifugation, du h(|uide qui les baignait et les mettaient en contact avec du sérum hémolytiiiue de cheval normal. La dissolution des hematies se faisait sans la moindre entrave, parce que l’anticytase était complètement enlevée pendant la centrifugation et ne .sYdait combinée ni avec les globules rouges, ni avec le fixateur.
M.M. Khrlich et Morgenroth ont ohtenu des anticytases diverses, en injectant du sérum de plusieurs espèces animales à\l’autres mannniferes. Mais ils ont remarqué que les injections de sérum d'espèce ^olsinc étaient inca[)ables d’amener la formation d'anticytases. Ainsi 1 injection de sérum de chèvre à des moutons, ou de celui de mouton a des chèvres, n avaient jamais produit de sérum anticytasi(jue.
Lu dehors des sérums antihémotoxiques, on a obtenu déjà plusieurs
CllAPITRFi: V
autres sérums anlicytotoxiquos analogues. Ainsi M. Delezenne (1) a préparé des sérums qui empêchent l’action de la iievrotoxme et tu poison cellulaire qui détruit les cellules hépatiques. Nous (2) avons pu obtenir un sérum de lapin qui empêche les spermatozoïdes de ce rongeur d’être immobilisés par la spermotoxme spécifique de cobaye. Plus tard M. Metaliiikoiï (3) a préparé dans mon laboratoire un autre sérum antisperniotoxique qui empêchait la spermotoxine spécifique de lapin d’immobiliser les spermatozoïdes de cobaye.
Comme l’histoire de ces antispermotoxines présente certains côtes intéressants au point de vue général, nous devons nous arrêter sur quelques-uns de leurs caractères. Les deux antispermotoxines mentionnées se distinguent par certaines particularités. Lorsipie M. Metalnikotf s’est mis à injecter à ses cobayes de la spermotoxine de lapin, il pensait que la tâche était bien facile et qu’aprôs quelques injections, le sérum des cobayes deviendrait déjà autispermotoxique. Le résultat s’est montré cependant tout à fait contraire a cette prévision. Le sérum de ses animaux, mélangé avec du sérum spermotoxique, a été impuissant à empêcher rimmobilisation des spermatozoïdes de cobaye. Ce n’est que lorsqu'il chauffa à 560 le sérum de ses cobayes traités, que le pouvoir autispermotoxique apparut avec la plus grande netteté. L’inefficacité du sérum non chaulte devait donc dépendre de l’action toxique de la macrocytase de cobaye, car ce n’est quelle qui a pu être détruite par le chauttage Or, pour (jue cette macrocytase agisse, il faut la présence du fixateur, ce muène à la supposition que le sérum des cobayes injectés par M. Mctalnikolt ne renfermait pas d’antifixateur. Cette hypothèse a etc plememeut confirmée par l’expérience. M. Metalnikolf introduisait dans un mélange de sérum autispermotoxique chaulFé à o(i“ et de sérum spermotoxique, une goutte de sperme de cobaye. Les spermatozoïdes continuaient leurs mouvements de la façon normale. Mais lorsqu il ajoutait ensuite (luelques gouttes de sérum de cobaye neuf, non chautte, les spermatozoïdes s’immobilisaient presque instantanément. 11 y avait donc dans le mélange de la macrocytase de lapin, neutralisée par l’anticytasc du sérum de cobaye préparé et c’est pour ccla^ que les spermatozoïdes restaient mobiles. Mais il y avait dans le meme me-
(1) Le U-avail de M. Delezenne sera publié prochainement dans les Annales de l Ins
titut Pasteur. ^ ^
(2) Annales de l'Institut Pasteur. 1900, T. XIV, p. o.
(3) /èà/., p. -183
RÉSORPTION DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES
li>5
lang’c aussi le fixateur spécifique, provenant du sérum spermotoxiquc de lapin, qui restait libre, non neutralisé. Les spermatozoïdes mobiles s’étaient imprégnés de ce fixateur et il suffisait d’un peu de macrocytase de cobaye (contre laipielle l’anticytase était impuissante) pour qu'ils cessent brusquement leurs mouvements.
Il n’est donc pas douteux que le sérum de cobayes, traités avec de la spermotoxinej ne renfermait que de l’anticytase et ne contenait du toutou [iresque pas d’antifixateur. Tel n’est pas le cas de l’antispermotoxine que nous avons olitenue chez des lapins, traités avec du sérum spermotoxupic de cobayes. Il a suffi de quelques injections consécutives pour que le sérum des lapins traités acquière la propriété d’empécher l’action du sériun spermotoxiquc de coliaye sur la mobilité des spermatozoïdes de lapin. Dans le mélange de sérum antispermotoxique et de sérum spermotoxique, ces spermatozoïdes continuaient à SC mouvoir pendant très longtemps, tandis que dans le mélange témoin, préparé avec du sérum de lapin neuf et du sérum s[)ermoto\i(pic, ils s immobilisaient au bout de (pichpies minutes. l*our obtenir cet efict si manifeste, il n’était pas du tout besoin de chaulfer le sérum antispermotoxique, comme dans le cas de M. ]\Iétalnikott. Aussi j’ai fait presque toutes mes expéj-icnces avec des sérums frais, non chaulfés. Comme le sérum de lapin contient de la macrocytasc, capable d'immobiliser les spermatozoïdes, sensibilisés par le fixateur, et comme cette macrocytasc ne peut être nullement neutralisée par ranticytasc. active contre la macrocytasc de cobaye, le fait que je viens de signaler indique que le sérum antispermotoxique de mes lapins préparés renfermait de l’antifixateur. Entre le sérum antispermotoxique de M. ^Metalnikofl et le mien, la différence est semblable à celle que l’on observe entre les sérums antihémoto\i([ues. 11 y en a (jui ne renferment <pic de l’anticytase, mais il y en a d’autres qui contiennent sûrement aussi de l’antifixateur.
Comme ce résultat présente une importance générale, j’ai dû le vérifier encore par un autre procédé. J’ai injecté à quelques lapins du sérum spermotoxiquc de cobayes et à d’autres du sérum de cobave normal. Comme la quantité de cytascs est à peu près la même dans les deux, si les sérums antispcrmotoxiipics ne contiennent (pie de lanticytase, la force des sérums, obtenus à la suite d'injections de sérum normal et de sérum s[)éci(ique, devrait être la même. L’cx[)éricncc démontre juste le contraire. Le sérum antispermotoxiijue de lapins, traités avec du sérum de cobaye normal, a été toutes les fois
CHAPITRt: V
beaucoup moins actif c]ue le sérum de lapins, injectés avec du sérum spermotoxicjuc de cobayes préparés. Le premier ne renfermait que de l’anticytase, tandis que le second contenait en plus de 1 antifixateur . Les expériences de M. Weichhardt (1), exécutées dans mon laboratoire, ont corroboré la conclusion que je viens de formuler.
Renseignés sur la constitution des anticytotoxines, nous pouvons passer à la question de l’origine de ces corps, ainsi que de celle des ferments analogues qui agissent dans la résorption des substances albuminoïdes dans le sang et dans les tissus.
Nous avons déjà mentionné que les leucocytes sont chargés de ferment soluble qui digère la gélatine et que chez des animaux, trartés avec des injections de gélatine, ces cellules élaborent une plus grande quantité de ferment. Il se manifeste dans ce cas une sorte d’éducation des leucocytes pour une production plus forte de ferment digestif, d’une façon tout à fait analogue à ce qui a été signalé dans le trorsième chapitre pour raugmentation des ferments pancréatiques dans la digestion intestinale. Il est donc bien permis de considérer les leucocytes, et probablement les phagocytes en général, comme la source du ferment soluble qui digère la gélatine.
En est-il de môme des autres substances qui prennent une part active à la résorption des substances albuminoïdes dans les humeurs et les tissus de l'organisme ? Jusqu’à présent, on n’a pas encore étudié l’origine des précipitines et des antiferments, tels que l'antiprésure. Le problème étant très complexe et difficile, il est impossible dès maintenant de le résoudre. Grisait bien que l'introduction de ces subs-
tances dans l’organisme provoque une réaction semblable à celle que nous avons signalée à propos de l’injection de la gélatine dans la cavité péritonéale des cobayes. Ainsi M. Morgenroth (2) a observé chez ses chèvres que l’injection sous-cutanée de présure stérile amenait la formation d’infiltrations étendues au point d inoculation, accompagnée de fièvre ; on a le droit d’en conclure que la présure provoque une forte réaction leucocytaire. Par des expériences directes M. Hildebrandt (3) a démontré que la présure, renfermée dans des tubes de verre capillaires qu’il introduisait sous la peau de lapins, provoquait chez leurs leucocytes une forte chimiotaxie positive. Lelleci amenait la formation d’un bouchon leucocytaire long de plusieurs
(1) Annales de V Institut Pasteur . 1901, ï. XV.
(2) Centralb. /, Bakteriologie, 1899, T. XXVI, p. 3o2.
(3) Virchoiü's Archiv., 1893, ï. CXXXI, p. 7.
RÉSORPTION DES LIQUIDES ALBUMINOÏDES
millimètres. Or, nous savons par M. Hriot que le lapin est capable de produire de l’antiprésure. M. llildehrandt a en outre constaté que plusieurs autres diastases, ou ferments hydrolysants, tels que la sucrase etrémulsine,donnentlieuau même phénomènede chimiotaxie. La réaction leucocytaire est donc nn phénomène général consécutif à 1 introduction dans les tissas de substances de composition cbimique complexe, capables de provo(]uer la formation des anticorps. On serait tenté à la suite de cette donnée d accej)ter en règle que les leucocytes sont capables de produire ces dernières substances. Bien que cette bypolhèsc soit très probable, il n’y a pas encore assez de faits pour être autorisé à la proclamer comme démontrée.
Comme ce sont les globules rouges qui sont atteints par les hémotoxines, on pourrait se demander si ce ne sont pas ces éléments mêmes qui se défendent par la production des antihémotoxines, dont ils excrètent le superflu dans le sang et les humeurs en général? Les recherches, faites à ce sujet, se rapportent surtout à l’antihémotoxine du sérum sanguin do lapins par rapport à l’ichtyotoxine du sérum d'anguille.
Il est donc nécessaire d examiner les documents, réunis sur les anticytotoxines et les corps analogues, pour essayer de se rendre compte de leur origine probable. Un grand nombre de données j)récises, accumulées sur les antdiemotoxines, ne nous renseisrnent pas assez sur la source de ces substances.
Examinons d’abord cette question, est-il possible d’attribuer aux globules rouges la fonction de produire les antihémotoxincs ? Si ces éléments en sont réellement la source, il est probableque les globules rouges d’animaux dont le sérum est antihémotoxique, manifesteront une grande résistance aux toxines ; ainsi nous savons qne les globules blancs, qui produisent la gélatinase, digèrent beaucoup mieux la gélatine que le sérum des niêmes animaux. D’après les expériences de M. Ichistowitch {l. c.) sur les lapins, immunisés contre l’ichtyatoxine des anguilles, il faut admettre que les globules rouges de ces animaux sont souvent très sensibles à l’action du poison, alors que le sérum sanguin des mêmes lapins manifeste nn fort pouvoir anfihémolytique Ce n’est qne plus tard, lorsque le sérum perd une grande partie de ce pouvoir, que les hématies devietincnt sensibles à l’ichtyotoxine.
Mais, avant d’abandonner l’hypothèse de la production des anfihéinotoxines par les globules rouges, il faut voir si elle ne [)cut i>as être conciliée avec les faits, grâce à l’application de la théorie des chaînes