‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 37 sur 171 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nniUNlTl'': NATrUKLLI-: CONTRK

ij:s microkks patiio(;éni:s

i;immunilé naturelle et la composition des humeurs. Culture des microbes de intluenza et de la péripneumonie dans les humeurs des animaux rétractaires. Résistance des Daphnies vis-à-vis des Rlastomycètes. Exemples d’immunité naturelle chez les Insectes et les Mollusques. Immunité des poissons vis-à-vis du bacille charbonneux. Immunité des grenouilles contre le charbon, le microbe d’Ernst, le bacille de la septicémie des souris et le vibrion cholérique. Immunité naturelle chez le caïman. Immunité de la poule et du pigeon contre le charbon et la tuberculose humaine. Immunité du chien et du rat contre la bactéridie. Immunité des mammifères contre les vaccins charbonneux. Immunité du cobaye vis-à-vis des spirilles, des vibrions et des streptocoques. Immunité naturelle contre les bacilles anaérobies. Sort des Blastomyccles et des Trypanosomes dans l’organisme réfractaire.

Le troisième chapitre nous a renseigné sur la fréquence des cas d'immunité naturelle contre les maladies infectieuses. Les exemples de cette immunité se rencontrent chez les animaux inférieurs, tébrés, et sont très répandus parmi les Vertébrés. Nous avons déjà mentionné que cette immunité naturelle ne peut être athabuée ni a l’insensibilité vis-à-vis des toxines microbiennes, ni à rélimination des microbes par les émonctoires. Et cependant les agents pathogènes qui ont pénétré dans les tissus de l'organisme réfractaire, sans être éliminés, disparaissent dans son sein. Pour faciliter 1 étude de leur disparition, nous avons dû passer en revue les phénomènes qui suivent l’introduction de corpuscules étrangers dans 1 organisme et présenter une analyse sommaire de la résorption des éléments cellulaires, dans scs rap[)orts avec la digestion. Nous avons essayé de démontrer que la résorption n’est autre chose (pi’iine digestion qui, au lieu de se produire dans le tube intestinal, a lieu dans les tissus, qu’elle estime digestion intracellulaire tout à fait comparable a celle qui sert à la nulrition de certains animaux inférieurs.

La connaissance de tonies ces données nous a été nécessaire poiu aborder le sujet, ainpiel doit être consacré ce chapitre, c est-a dire

IMMUNITK NATLIRKLLI': CONTUI': LES >nCRÜI5ES PATHOGÈNES

rimmiiiiitc naturelle innée des animaux et de l’homme vis-à-vis des microbes pathogènes. Comme dans les conditions naturelles, ce sont les microbes et non pas leurs produits toxiques cpii pénètrent dans 1 organisme, il est évident que c’est à l’étude de rimmunité contre les microbes qu’il faut donner la première place. Et ceci d’autant plus que cette immunité est beaucoup plus fréquente que l’insensibilité vis-à-vis des toxines.

L organisme animal, présentant une composition très variable, on [)ourrait croire (pie les microbes trouvent chez les espèces réfractaires simplement un milieu chimicpie qui ne leur permet pas de vivre. (iCtte siqqiosition n'a pas besoin d’étre longuement discutée pour être rejetée. Parmi les microbes {lathogènes, il y en a quelques-uns (pii se distinguent jiar une grande délicatesse et sensibilité pour le milieu, dans lequel ils se trouvent. Tels sont {lar exemple les [larasites de la lièvre paludéenne et leurs congénères. Ils vivent dans rintéricur de globules rouges de Vertébrés et semblent extrêmement exigeants pour les matériaux de nutrition. Tous les animaux, meme les singes, sont réfractaires au paludisme humain. On pourrait donc croire qu’ici au moins cette immunité est due à la composition chimique du contenu des hématies, différente de celle des globules rouges de l’homme. Mais, lorsque nous voyons, comme ceci a (îté démontré pour la première fois par M. Ross (I), que le parasite malarique de Laveran après avoir pénétré dans le tube digestif de certains moustiques (Ano-

/>//e/e.y), s'y développe abondamment, il nous est difficile de soutenir cette thèse.

Parmi les autres microbes d’origine animale, nous voyons les Trypanosomes, parasites de la terrible maladie, propagée par la mouche Isé-tsé, qui sévit chez tous les mammifères. L’homme seul lui échappe, manifestant une immunité naturelle que rien ne peut vaincre. Osera-t-on affirmer que c’est la ditférence de la composition chimique du corps humain qui lui assure cette immunité contre un parasite qui attaque indifféremment un herbivore, comme le bœuf ou le lapin, uucarnivore, comme le chien ? Et dans ces excmplesjene choisis que les microbes animalcules qui n’ont jamais pu être cultivés sur aucun milieu de culture et (jui se conservent même très péniblement on dehors de l’organisme vivant.

One dire alors des microbes-végétaux qui sont, sous ce rapport,

(I) Britis^h Medical Journal, 1S97. 18 .lôcomhrc. 1898, -29 février \nnale^ de llnsUtut Vasteur, 1899. T. XIII, p. m. inna/es dt

CIIAl'ITRi'] VI

beaucoup moins e\lg-eauts? Les principaux parmi eux et les plus nombreux parmi les microbes palliogènes en général, les Bactéries, se laissent le plus souvent cultiver sans cUfliculté non seulement clans le sanç et les bumeurs des animaux sensildes ou réfractaires a leu action morbide, mais tout aussi Iden sur toutes sortes de végétaux de milieux artificiels ; bouillons, li<iuides composes de sels minéraux

et de quebpicssubslancesorganiciues. U ii’cst vraiment pas possi ) o

d’attribuer rinimiinité naturelle du ebien et de la pou e con le bacille charbonneux qui tue un grand nombio de mammi eres, y compris riiomme, ii son impossibilité de se nourrir de leurs humeurs, lorsqu’on voit que ce même bacille tue des animaux inférieurs, comme le grillon, et pousse très bien sur des carottes, pommes de terre et

"'Mème^"'"panni les bactéries, nous prenons les plus difficiles dans le choix de leur nourriture, nous arrivons encore a 1 impossiln i e d’expliquer les cas d’immunité naturelle par l’inaptitude de ccs microbes à se nourrir avec les sucs des espèces réfractaires Le bacille, découvert par M. R. Rfeilfer (l) dans l’iiifluenza, ne se développé siii aucun des milieux de culture, employés en bactériologie pour une

quantité de microbes. Il lui faut une nourriture spéciale qu on lui

prépare en étalant un peu de sang frais sur la surface de la ge ose. M. Rfeiffer a établi, et le fait a été confirmé par beaucoup d observateurs, que la meilleure espèce de sang pour ce bacille est e sang e . pigeon On devrait donc croire, si l’immunité dépend réellement de iV composition des humeurs, que le pigeon est le moins refrac aire i e tous les animaux. L’expérimentation a bien démontre la fausseté d’une telle supposition : le pigeon est tout aussi reiractaire vis-a-vis du baeille de l-foilt’er que la plupart des autres espèces animales.

Comme second exemple, nous pouvons citer le microbe de la peu pneumonie bovine. C’est lapins petite de toutes les bactéries connues actuellement. Il a été très difficile ii découvrir et il a fallu 1 ingcniosité de MM. Nocard et Roux (2) pour le mettre en évidence. 1res exigeant dans le choix des matériaux nutritifs, il a été cultive pour a première fois clans les bumeurs de lapin, espèce animale c^ouee t une immunité al)Solue vis-à-vis de la péripneumonie bovine. Il est inuti e de multiplier les exemples pour prouver d’une façon generale que l’immunité naturelle contre les microbes ne peut étie exp iquec pai

(1) Zeitschrift fiir Hygiene, 1893. T. XllI, p. 357.

(2) Annales de V Institut Pasteur, 1898. T. Xll, p. 240.

IM.MUiNMTK NATÜHKLU-; GONTHR LRS MICIIOBGS l'ATIIOGÈNI':‘^

rimpossil)ilité pour ccs ag’cuts pathogènes de vivre dans les licpiides de rorganisinc réfractaire.

11 tant donc voir ce (jiii se passe chez des aniinan\ résistants, anx- ([iiels on inocule des microbes. Comme toujours, il est |)référahle de commencer par des animaux inférieurs (jni présentent l’organisation la moins conipli(]née possible. Nous savons déjà que les exemjdes d’immunité naturelle ne sont j);is rai*es chez les Invertébrés. A l’occasion dune étude sur la maladie des Daphnies, ces petits crustacés si communs dans les eaux douces, j’ai pu constater que les lUastomycètes particuliers (jui la provoejnent rencontrent une vive résistance de la part de l’organisme. Comme les Daphnies sont jietites, transparentes et par conséquent faciles à observer an mici'oscope à l'état vivant, j ai pu sans difficulté établir les [)rinci[)anx phénomènes qui se passent chez elles. Je puis ôtia^ d autant [)lns bref dans l’exposé de ces actes de résistance qu en dehors d'un mémoire spécial (|ue j’ai consacré a la maladie des Da[)hnies (I ), j ai décrit assez longuement la réaction de leur organisme dans mes leçons sur l intlammation (p. 9i-103). Il est néanmoins nécessaire que je rappelle en (]uelques lignes le mécanisme par lecpiel ces petits crustacés s’assurent rimmnnité.

Les spores du parasite, sous forme d’aiguilles très fines et rigides, sont a\alées avec la nourriture, (iràce à leurs pointes piquantes, elles jjerforent l’intestin et pénètrent dans la cavité du corps, remplie de sang, où elles se trouvent en hutte aux attacpies des leucocytes. Ceuxci, guidés [)ar leur sensibilité tactile, se réunissent autour du corps éti<uigei, 1 englobent complètement et le détruisent. Il est remar- (piable (]ue la spore, munie d’une membrane très résistante, subit dans l intérieur de l’amas des leucocytes, des modifications qui témoignent d’une force digestive exti*aordinaire de ces cellules. La surface de la spore, de lisse et régulière, devient écbancrée et onduleuse ; la spoi‘c se brise en [jièces et se réduit en un amas de débris qui restent indéfiniment dans le contenu des leucocytes, sous forme de granulations brunes. Il est évident que ces phagocytes doivent produire un ferment, capal>le de digérer la cellulose ou une substance analogue qui forme la membrane de la spore. Malheureusement, les petites dimensions des Daphnies, si avantageuses jmur l’observation directe des phénomènes d’immunité, présentent nn obstacle insurmontable à la recherche des ferments leucocytaires et à leur étude in vifro.

M) Virr/wir's Arc/itr.. T. XCVI, p. 177.

CHAm'UlO VI

La destruction des spores du parasite par les leucocytes des Daphnies leur procure une véritable iinmunité. Sur cent Daphnies, prises dans mon aquarium et soigneusement examinées au micioscope, quatorze seulement ont été trouvées infectées par les conidies bourgeonnantes du parasite, tandis (pie cinquante-neuf autres renfermaient des délnis de spores, détruites jiar les phagocytes, 'rransporlées dans de l'eau pure, qui ne contenait pas de source nouvelle de contagion, ces Daphnies se sont très bien comportées et ont vécu normalement, ayant donné une nombreuse progéniture.

L’immunité des Daphnies, due à rintervention des phagocytes, est un exemple d’immunité naturelle, individuelle. Elle n est point 1 apanage d’espèce ou de race de ces crustacés, car une fois que les leucocytes n’ont pas saisi la spore dès le moment de sa pénétration dans la cavité du corps, elle commence à germer et donne toute une génération de cellules bourgeonnantes. Or, celles-ci sécrètent un poison qui non seulement repousse les leucocytes, mais les tue et les dissout complètement. Dans ces conditions, la Daphnie est désarmée , les parasites poussent dans l’organisme, privé de son arme de défense, comme dans un vase de culture, et l’animal ne tarde pas a succomber.

Depuis dix-huit ans que j’ai découvert cette lutte entre la Daphnie et son parasite, on n’a pas pu trouver un autre exemple aussi tacile à observer et aussi démonstratif de l’action préservatrice des phagocytes chez un animal que l’on peut observer a 1 état vivant au micioscope. Mais les cas ne manquent pas chez les Invertébrés, où les diverses phases de cette lutte peuvent être étudiées avec une précision suffisante pour permettre la conclusion que la aussi les phénomènes se passent d’une façon analogue au cas des Daphnies.

Nous avons déjà cité dans le troisième chapitre les larves du scarabée rhinocéros [Orycles nnsicorius) qui, bien que très sensililes au vilirion cholérique, sont très réfractaires au charbon et a la diphtéiie. Pour nous rendre compte du mécanisme de cette immunité, injectons dans la cavité du coiqis de ces gros vers blancs un peu de culture charboniieuse. Dans le sang, prélevé le lendemain, nous retrouverons les bactéridies injectées, non pas dans le plasma, mais dans 1 intérieur de très nombreux leucocytes. Il s est produit, comme chez les Daphnies, un englobement des parasites et leur destruction par l.i digestion intracellulaire des phagocytes. Le processus est donc le même que celui par lequel se fait la résorption des glohuh'S rouges

IMMUiNlTl!: NATU1U:LLH CONTRI'] LIvS MICUORIiS FATIIOGKiNRS

(.Voie, injectés dans le sang des larves du hannelon. Dans les deux cas, les corps étrangers sont dévorés et détruits [)ar les leucocvtes du sang, mais cet acte de résorption demande un temps très long.

tandis (|ue les leucocytes des larves du rhinocéros manifestent une chimiotaxie positive vis-à-vis de la bactéridie, ces mômes cellules se comportent d une fa(;on toute ditlerentc en présence du viljrion cholérique. Des cpiantités très petites de ce microbe, injectées dans le sang de ces larves, leur donnent une maladie mortelle : les vibrions [)rovo(|uent chez les leucocytes une chimiotaxie négative et poussent sans être gênés dans le plasma sanguin. La larve se transforme bientôt en un vase de culture et la quantité des vibrions qui s’y développent amène la mort de l'animal.

La ditlerence d’action des deux microbes ne peut nullement être expliquée par la dillerence correspondante de leur façon de vivre dans le sang. Jvxtrait de l’organisme, le li(|uide sanguin des larves blanches du rhinocéros est un milieu de culture tout aussi favorable pour le bacille charbonneux que pour le vibrion cholérique. Et cependant, le premier de ces microbes est bien capable de provoquer une maladie mortelle chez d’autres représentants de la classe d’insectes. M. Kowalewsky (I ) a découvert, chez le grillon domestique, quatre organes phagocytaires, très avides de toutes sortes de corpuscules étrangers (jui pénètrent dans son corps. Du sang de mammifères, injecté sous la peau des grillons, est rapidement absoi*bé par les cellules des quatre « rates » (c’est ainsi que M. Kowalewsky désigne les organes phagocytaires). La résorption des hématies se fait dans l'intéiieur de ces phagocytes, grâce a leur pouvoir de digestion intracellulaire. Lorsque M. Kowalewsky injectait à des grillons, maintenus à la température de 22«-2:r, des bacilles cliarboimenx, il les voyait aussi englobés par les cellules des rates. Il n’y avait donc pas de manifestation de chimiotaxie négative de ces éléments vis-à-vis de la bactéridie. Seulement, renglobcment des bacilles par les phagocytes était insuffisant pour protéger ranimai. Les bactéridies se reproduisaient rapidement dans le licpiide sanguin ; les lacunes intcrccllu-

laires des rates en étaient remplies et les grillons succombaient vite à l’infection.

Et cependant ces mômes grillons sont bien capables de résister à certaines autres bactéries, lialbiani (2) a constaté (pi'ils sont réfrac-

p l'Académie des Sciences de Saint-Péiersbourg, 1894. T. XIII,

(-) (mmptes rendus de l Académie des Sciences de Ibiris, 188(i. T. cm j,

OllAlMTHK VI

laires vis-à-vis de grandes quantités de l)acilles, appartenant au groupe du Bacilh/s subtUis. Il a oljservé qu'injectés dans le corps des grillons, ces microbes sont dévorés et détruits par les leucocytes du sano’ et par les grandes cellules du tissu péricardial, correspondant aux éléments des rates de Kowalewsky, lanclis que les grillons et les autres Orthoptères, riches en phagocytes, accusent une immunité réelle contre ces bacilles, les insectes qui n'ont que peu de leucocytes, comme les papillons, mouches, hyménoptères, se montrent beaucoup iilus sensibles à rinfeclion par les mêmes microbes. Le rapport direct entre l’immunité et la phagocytose est dans ce cas très

marqué. ,

Les mollusques nous fournissent aussi quelques exemples intéressants d’immunité naturelle. M. Karlinsky (1) a observé que les bacilles charbonneux, injectés dans le sang des limaces et des escargots, disparaissent au bout d’un temps très court de leur corps et que ces gastéropodes pulmonés sont absolument indemnes vis-avis de ce microbe, si redoutable pour tant d’espèces animales. De la rapidité de cette disparition des bactéridies, on a voulu meme conclure à l’impossibilité pour ce microlie de se maintenir vivant dans les humeurs des mollusques. 1\L Kowalewsky (/. c., p. i43i a étudie cette question avec le soin qu'il met à tous ses travaux. 11 a conhrme le fait que les escargots [Uehx pomatia) résistent très bien à 1 introduction d’une grande quantité de bactéridies dans leur corps ; il a vu aussi que ces microbes disparaissent du liquide sanguin. Seulement il les a retrouvés dans les tissus du pied et surtout dans les cellu es qui entourent les vaisseaux pulmonaires. (( La plus grande quantité des bactéries se trouvaient dans les cellules de la partie de la ly on pulmonaire des Hélix qui est voisine du cœur et du rem. loutes les bactéries étaient englobées par les cellules et je réussis bien à le démontrer non seulement sur les coupes, mais aussi in loto » (p. 444). Les escargots se portaient très bien, malgré la présence dans leurs ptia- 2-ocvtes de nombreuses liactéridies qui se conservaient pendant long temns. Au bout de dix, douze jours et plus ces microbes presentaien encore leur aspect habituel, ce qui concorde bien avec la lenteur avec laquelle se fait la digestion intracellulaire chez la plupart des Invcrtelirés. Seulement, ces bactéridies n’étaient plus vivantes, quoique encore non digérées. Les morceaux de tissu pulmonaire des

(1) CenLralblatt far Bakteriologie,

IM.MUNITK NATLIHKLLK Cü.NTUI': LK8 MlCHüBKS BATllOGKNES I

escargots, injectés avec des l)acilles charljoiiiicux, donnaient des cultures encore 48 heures après rinjection et renfermaient des bactéridies, capal)les de donner le charbon mortel à des souris. Plus tard, les milieux ensemencés demeuraient stériles et les souris inoculées restaient vivantes. Par ces expériences, il a été établi que les microbes, vivant dans le [)lasma sanguin, devenaient la proie des phag'ocytes (pii les rendaient inotlensifs et les tuaient Cet exemple nous démontre encore une fois (]ue rorganisme se débarrasse des microbes jiar le même mécanisme (jue celui qui sert jiour la résorption des éléments figurés (pielc()ii([ucs L’escargot l'éagit de la meme façon vis-à-vis de la bactéridie et des glolmles rouges d’oie.

Nous ne [louvons pas insister plus longuement sur rimmunité naturelle des Invertébrés. Du reste, il est inutile d’augmenter le nombre d exemples qui amènent toujours au meme résultat : importance de la réaction phagocytaire et de la digestion intracellulaire dans la résorption et l’immunité. Il nous faut passer à l’examen des ])hénomènes de réaction de l’organisme des Vertébrés vis-à-vis des miciobes pathogènes, suivant, comme toujours, la mé'thode conq)arative. Nous commencerons donc par l’étude de l’immunité naturelle des poissons, comme représentants inférieurs du grand groupe des Vertébrés.

On sait bien que les poissons sont sujets à des maladies infectieuses et la pisciculture déplore souvent des pertes considérables, occasionnées soit par des champignons inférieurs (Saprolégniées), soit par des bactéiies. Les mici’obes pathogènes qui produisent les épidémies des poissons sont encore peu connus ; mais, parmi les bactéries qui tuent beaucoup d animaux supérieurs, il y en a aussi qui occasionuent des maladies mortelles chez quelques poissons. Ainsi le liacille charbonneux, si virulent pour tant de mammifères est capable aussi, comme nous l’avons vu, de produire une infection chez le grillon, peut amener la mort de petits poissons osseux de mer, les liippocampes. M.M. Sabrazès et Colomhot ( I ), qui ont étudié cette question, ont démontré qu'une bactéridie charhonneuse, virulente pour le lapin, inoculée à ces poissons, provoque des tuméfactions au point d’inoculation et se généralise dans tout le corps, pour produire une septicémie mortelle. Comme leurs expéj-ieiices ont donné ce résultat d la température de 14"-‘2()N on voit bien ({ue, pour que la bacté-

(I) -luna/es de l'Institut Pasteur, T. Mil, p. Ü%.

CIIAIMTUE VI

ridic manifeste son elfet pathogène, elle na nullement besoin da^ii

à la température élevée du cor[)S des mammifères. . , .

Eh bien, parmi les poissons, il ne manque pas d’espèces (jui résistent très bien à la bactéridie charbonneuse. M. Mesnil (1) a bien étudié, dans notre laboratoire, le mécanisme de cette immunité. Il a constaté que plusieurs poissons d’eau douce, comme la perche {Pcrca /hiviatilis), le goujon [Gohio fhwiatilis) et le cyinin doré (Camssuis résistent à une injection d’une quantité considérable de bactéridies dans leur péritoine. Maintenus aux températures de lo«-20 ou même à 23°, température à laquelle ces bacilles jieuvent se développer déjà très abondamment, ces poissons détruisent un grand nombre de ces microbes dans leur corps, bientôt après leur introduction dans la cavité péritonéale, les leucocytes nombreux s’accumulent autour des bactéridies et les englobent par le môme mécanisme observé chez les Invertébrés ou chez les mômes poissons en train de résorber les hématies d’espèces étrangères. Chez le goujon, déjà au bout de six heures et demie, il se produit une phagocytose très nette et presque complète.

Il est impossible de mettre en doute ce fait fondamental que les bactéridies, au moment de leur englobement, sont en parfait état de vie et de virulence. Le liquide de l’exsudât péritonéal, retiré de l organisme, est par lui-même incapable d’empôcber le développement des bacilles charbonneux. La lymphe péritonéale des poissons mentionnés est même un bon milieu de culture pour ces microbes vitro.

Lorsque, longtemps après rachèvement de la phagocytose par es leucocytes de Texsudat péritonéal, on retire une goutte de cet exsudât et qu’on la maintient en dehors de l’organisme dans des conditions convenables de température et d’humidité, une partie des bacteridies englobées commence à pulluler et donne une cultuie abondante. Cette expérience prouve, d'une façon incontestal)le,que ces miciobesont été dévorés à l’état vivant. Si l’on injecte un peu d’exsudat péritoiiéal, retiré plusieurs (jusqu’à neuf) jours après 1 injection des bactéiic les, sous la peau de cobayes, on les voit périr de charbon généralisé, cc qui démontre que les bacilles, englobés vivants, ont conseivé leui virulence longtemps après avoir été dévorés par les leucocytes. Mais si l’on examine les exsudais péritonéaux, retirés à des périodes encore plus avancées, on constate qu’ils ne contiennent plus de bacilles, capa

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1895. 1. IX, p. 301.

IVIMUNITH NATaREr^LIi CONTRE LES MICROBES l’ATIIOGÉNES

l)les de se dévelojipei* dans des milieux de culture, ni de [irovoqiier la maladie chez des animaux des plus sensibles. D’où il s’ensuit que, dans 1 org-anisme des poissons réfractaires, les bactéiâdies ne sont pas détruites par les liquides, mais bien par les jihag’ocytes, qui mettent beaucoup de temps pour achever la digestion intracellulaire des microbes englobés.

Les phagocytes (pii assurent rimmunité des [loissons osseux, étudiés parM. Mesnil, appartiennent piâncipalement à la catégorie des hémomacrophages. Le sont des leucocytes à protofilasma abondant (jui se colore tacilement [lar les couleurs d’aniline basi([ues, des mononucléaires, dont le noyau est cependant quel{|uefois divisé en lobes. 11 est a remarcpier (jue,chez la perche, ce sont les seuls représentants des phagocytes mobiles et que ce poisson manque com[)lètement de leu-

cocytes éosinophiles ou de n importe (juclle autre variété de leucocytes granuleux, (diez le goujon, en dehors des hémomacrophages, on rencontre déjà quehpies micro[)hages à protoplasma qui se teint légèrement a\ec des couleurs d’aniline acides. Les données nous seront utiles dans 1 étude du rijle des phagocytes dans l’immunité au point de vue général

Une autre classe d animaux « à sang froid », les amphibiens, a été beaucoup plus souvent étudiée au point de vue d<‘ l’infection et de 1 immunité. La grenouille, animal si commode pourtant de recherches })hysiologi({ues et pathologiques, a été aussi beaucoup employée pour 1 étude de 1 immunité vis à-vis des microbes pathogènes. Il s’est accumulé toute une littérature sur ce sujet. Elle a été très bien résumée dans le mémoire de M. Mesnil (jue nous avons déjà cité et auquel nous devrons revenir encore plusieurs fois.

L’immunité des grenouilles contrôla bactéridie charbonneuse a été constatée depuis longtemps et a été étudiéedansle célèbre mémoire de M.K. I\och(l)sur le charbon. Cet observateur, après avoir injecté dans le sac lymphati(|ue de la grenouille de l’émulsion dératé charbonneuse, retrouva les bacilles dans l’intérieur des cellules rondes qui éclataient facilement lorsqu’on les transportait dans l’eau. M. Koch, conformémeni à l’opinion alors généralement répandue, pensait qim les microbes trouvaient un milieu de culture très favorable dans le contenu de certaines cellules, mais (jue, malgré cela, la grenouille était capable d accuser une immunité réelle contre le charbon. Quehpies

H) Beifrage zur Ihohgie (1er PfUmzen de (lolni, 1876. T, II, p. .800.

CHÂinTRlî VI

années plus tard. Gibier (l) fit cette découverte intéressante que les grenouilles, soumises à l’inlluence de la température élevée (aux environs de 37«), perdaient leur immunité naturelle et contractaient facilement le charbon mortel. ^

Depuis, on a étudié souvent le mécanisme, par lequel l’organisme de la greuouille assure son immunité vis-é-vis du bacille charbonneux. Dans un mémoire, paru en 1884, j’ai (2) insisté sur ce que le principal rôle dans cette immunité revient aux phagocytes qui dévorent les bactéridies introduites et les soumettent àla digestion mtracellulaire. Les cellules rondes, décrites par M. Koch, ne sont autres que les leucocytes du sac lymphatique qui se sont emparés des bacilles charbonneux. Ceux-ci, au lieu de prospérer dans le contenu cellulaire, y trouvent un milieu très défavorable et périssent au bout d’un temps plus ou moins long. Lorscpie l’activité des phagocytes est entravée par des influences défavorables, comme celle de la température élevée, les phagocytes ne manifestent plus qu’une réaction très faible, incapable d’assurer à la grenouille l’immunité qu’elle possède dans des conditions normales. Les conclusions que je viens de résumer brièvement, ont soulevé une opposition très vive de la part d’un grand nombre d’observateurs. M. Baumgarten(3), avec ses élèves MM. Petriischky (4) et Fahrenholz (5), ont essayé de démontrer que la phagocytose ne jouait aucun rôle dans l’immunité et que les grenouilles résistaient an charbon simplement parce que les bactéridies étaient incapables de se maintenir à l’état vivant dans les liumenrs de ce batracien . M. Nuttall ( 6), de l’école de M. Flügge, a soutenu aussi que les grenouilles résistaient au charbon grâce au pouvoir bactéricide de leurs parties liquides. Cette opinion avait été défendue par plusieurs autres observateurs et a semblé pendant quelque temps devenir tout à fait dominante.

Et cependant il a été possible de démontrer que les plasmas de la grenouille non seulement ne s’opposaient pas à lavie de la bactéridie, mais leur fournissaient au contraire un bon milieu de culture (7). Il suffisait pour cela d'introduire sous la peau de grenouilles des spores charbonneuses enfermées dans un sac, préparé avec la moelle de

(1) Comptes rendus de V Académie des Sciences, 18S2. T. XCIV, p. 160.j

(2) Virchow s Archiv . , 1884. T. XG\II, P- S02.

(8) Centralblalt f. Klinische Medicin, 1888, p. 516.

(4) Untersuch. iib.d. Immunitat d. Frosches, léna, t888.

<o) Beitrage z. Kritik der Metschnikoff''schen Théorie, 1889.

(6) Zeitschrift fitr Ihjgiene. T. IV, i>. 378.

(7) Virchow’ s Archiv., 1888. T. CXIV, p. 466.

IMMUNITE NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES

roseau ou simplement enveloppées dans un petit morceau de papier buvard. Le plasma du sac lymphatique imprégnait aussitôt les spoi-es et leur permettait de germer et de donner toute une génération de bactéridies. Mais, aussitôt que les leucocytes pénétraient au travers du papier, ils s’emparaient des jeunes bacilles, les digéraient dans leur intérieur et empêchaient leur action pathogène. La germination des spores se fait môme dans le cas, où elles ont été introduites sous la peau de grenouilles sans être protégées d'une façon quelconque. Seulement, dans ces conditions, il ne germe qu’une certaine portion des spores, la majorité n’ayant pas assez de temps pour germer avant l’ariivée des leucocytes. Les petits bacilles, très courts, issus des spores germées, sont, ainsique les spores non germées, bientôt englobés ])ar les phagocytes. Mais, tandis que les bùtonnets Unissent [>ar être digérés dans l’intérieur de ces cellules, les spores dévorées restent intactes pendant un temps très long : elles ne germent pas, mais elles ne sont pas détruites et gardent indéfiniment leur vitalilé, malgré l’influence des phagocytes. Il suffit de retirer d’une grenouille, inoculée depuis longtemps avec des spores charbonneuses et maintenue à la température moyenne {lo»-2o”),un peu de lymphe et de l’ensemencer dans un milieu nutritif quelconque (de ccu.v qu’on emploie pour la culture des bactéries), pour voir les spores germer et produire toute une génération de bactéridies filamenteuses absolument normales. Ions CCS phénomènes ont été bien étudiés par M.Trapeznikoff(I ) dans un travail, exécuté dans mon laboratoire. Il ressort de ses expériences que les phagocytes de la grenouille sont bien capables de protéger 1 organisme contre le bacille charbonneux, en englobant et digérant les bactéridies a 1 état végétatif et en empêchant la germination des spores englobées. Cette action phagocytaire est tout à fait importante, en présence du fait que les plasmas de grenouille permettent aux spores de germer et aux bacilles de se développer et de produire des cultures abondantes.

L’immunité des grenouilles vis-à-vis du bacille charbonneux que nous venons de relater et qui est assurée par l’activité des phagocytes, est constante dans les conditions de température que nous avons mentionnées (lo'>-2o‘’), conditions qui suffisent cependant pour que des animaux à sang froid sensibles, comme le grillon ou l’hippocampe, périssent du charbon. La grenouille verte, espèce qui s’acclimate bien

(I) Annales de Vbistilat Pasteur, t89t, T. V, p. 362.

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