‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 38 sur 171 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

à la température de 35», résiste même dans ce cas à l’mfection par la bactéridie, comme l’a démontré M. Mesnil dans un travail que nousj avonsdéjii cité à propos de l'immunité des poissons. Maintenue penc an

lonsteinps à cette température élevée, qui convientsi bienpourledeveloppementdu bacillecluirbonneiix, la grenouille verte {Ranaesculenla) réagit par le môme mécanisme pliagocytaire. Les leucocytes ce a Ivmplie et du sang, les cellules de la pulpcsplénicjuc et les cel uiL étoilées de Kupffer du foie, saisissent les bactéridies introduite, et les digèrent comme dans n’importe quel cas de phagocytose. La grenouille rousse {liana tempomria) s’adapte très peu et très ditlicilement à la température élevée et meurt également, qu el e soit inoculée avec du charbon ou qu’elle n’ait subi aucune inoculation. Dans ces conditions, les bactéridies se développent dans le corps des orenouilles mortes ou mourantes, mais M. Mesnil insiste sur ce fait quejamais ils ne se produit de véritable infection charbonneuse, comme

on l’avait admis à la suite des recherches de Gibier.

M. Dieudonné (1) a trouvé cependant nn moyen pour enlever 1 iminunité naturelle de la grenouille vis-à-vis du bacille charbonneux, en l’inoculant avec une race bactéridienne artificielle qu il a adaptée a se développer assez abondamment à la température basse de 12 . Dans ces conditions toutes les grenouilles inoculées, même cel es qui avaient

résisté il l’inoculation avec des bactéridies ordinaires (cultivées a3i ,b),

mouraient dans l’espace de 48 à 50 heures, renfermant beaucoup de bacilles dans le sang et dans les organes. M. Dieudonné n a pas étudié le mécanisme intime qui accompagne cette perte d immunité , m.iis i est très probable que, pour une part, il s’agit ici d un renforcement, spécial pour la grenouille, de la bactéridie, habituée à se développer a tLpérature basse. Ce microbe devait pulluler c^z des grenouilles, maintenues à une température pou élevée, d une façon beaucoup plus rapide et intense qu’une bactéridie de la race ordinaire. D un au rc coté, la sensibilité des grenouilles de M. Dieudonné devait dépendre d’une moindre résistance de l'organisme dans les conditions de ses o.xpériences. Malheureusement, nous ne trouvons pas dans son mémoire de données suffisantes sur ces conditions ; il n y a meme pas de renseignements sur la température à laquelle vivaient es grenouilles, inoculées avec des bactéridies habituées au froid. M. Dieudonné invoque l’analogie de ses résultats avec ceux obtenus au sujet

(1) Arbeitena.d. k. Gesundheitsamte, 1894. T. IX, p. 497.

IMMUNITÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES

de 1 immunité et de la seiisil)ilité des grenouilles vis-à-vis d’un bacille septicémique.

bc microbe a fait 1 objet d’une étude intéressante de la part de M. brnst (1). G est un petit bacille, très mince, qui occasionne chez des grenouilles une maladie mortelle, épidémique au printemps, mais qui cesse complètement pendant l'été. Se basant sur ce fait, M. Ernst a réussi à assurer l'immunité des grenouilles en automne, en les introduisant à l’étuve à *2o0. Malgré l’injection d’une dose considérable du petit bacille (b’uc/////.v ranicida), les gienouillcs, vivant à cette tempélatuie, restaient bien portantes, tandis que leurs témoins cx{)Osés à la température basse, mouraient de septicémie. La contre-épreuve fut faite en été. Les grenouilles inoculées, gardées au laboratoire, se montraient indemnes, tandis ipie celles qui avaient été maintenues dans un appareil réfrigérant à mouraient régulièrement. On

pourrait se demander, si cette influence si évidente delà température sur rimmunité et la réceptivité, s’exercait sur l’organisme de la grenouille ou bien sur le bacille [latliogène. Au cas où celui-ci ne pourrait se développer qu’à des températures basses, on comprendrait facilement son innocuité à la chaleur. Les expériences de M. Ernst ont démontré tout au contraire que le petit bacille se développe beaucoup mieux a 22^ et môme a 30» qu’aux températures plus basses. Il faut en conclure que la température élevée qui assure l’immunité agit non en atlaibhssantle microbe,mais bien en renforçant la résistance'de l’organisme. Les températures basses ((E-IO»), favorables à l'infection mortelle, agissent en sens inverse, c’c.st-à-dirc affaiblissent, la réaction des grenouilles inoculées.

Quoique M. Ernst n’ait pas beaucoup étudié le mécanisme de cette résistance, il est évident,d’après les données qu’il communique, qu’elle consiste en une réaction phagocytaire. M. Ernst a pu constater l’eno-loleinent des bacilles par les phagocytes chez des grenouilles froides, sensibles, ainsi que chez des grenouilles chaudes, réfractaires ; seulement, dans le premier cas, la phagocytose était si faible que, 24 heures apres 1 inoculation, il trouvait encore un bon nombre de bacilles libres dans la lymphe du sac dorsal, tandis que, chez les grenouilles réfractaires, a phagocytose, étant heaucoup plus active, amenait la dispa. ition c es bacilles libres pendant la première journée. Si l’analogie de cette septicenne avec le charbon des grenouilles, sur laquelle insiste ^'1. Lrnst, existe réellement, comme cela est très probable, il faut pen-

(1) s Beitruge sur Vatholofjischen Anatomie, 1890 T. VIII, p. 20R

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se. que la sensibilité de ces batraciens à la race modifiée de la bactéridie dépend aussi de lem* faible césistancc pha^oej taire.

Comme dans les deux exemples d'immunité naturelle chez la „ e-

nouille, nous avons vu l'activité phagocytaire se ^ ^

façon intense vis-à-vis de microbes qui se developpen facilement dans les humeurs du même animal, on pourrait en conclure que réaction des phagocytes constitue un moyen général de defense de l’organisme dLanimaiix» à sangfroid «. Et cependantM. Lubarscl (I un observateur très avisé, a émis une opinion ^ “

ses études sur le bacille de la septicémie des souris. 11 s est assure (|ue les grenouilles résistent très bien, même à des injections de qu,

considérables de ce microbe, sans le moindre concours de U uart des phagocytes. Comme il s’agit ici de consti talion de faits 11. Mesnil [l. c.) s’est mis à les vérifier, dans le but d ctaldir s i s a oit ici d'une exception réelle ou bien d’un simple malenlend u. Il a mi démontrer par des observations et des expériences irrefutab es,

Ipie les bacille; delà septicémie des souris, inoculésà des

y provoquent une chimiotaxie positive très prononcée de la paît des pha-ocvtes qui saisissent et digèrent les microbes de la meme façon

! uqtf le font avec la bactéridie. L’exception apparente s’est dojm

transformée en un nouvel argument en faveur de la ^ P’’;'- ^

cvfiire comme règle générale dans l’immuiute. A 1 appui de cette thèse je puis invoquer encore un exemple que j’ai déjà mentionne dans un précédent chapitre à propos d’une autre question. La gremùillè esd très réfractaü-e vis-à-vis du vibrion cholérique. Inocirlee dans le sac lymphatique dorsal ou dans un autre endroi du corps r'renouille conserv; sa santé intacte. L’examen de 1 exsuda au noint d’inoculation démontre que les vibrions rencontrent mie vue oDPOsilion de la part des phagocytes qui les englobent et les totalement Ce faÙ présente un intérêt particulier en raison de cette „ tance nue la grenouille est très sensible à la toxine du vibrion rhoTérique. Injeetéo à faible dose, elle tue la grenouille en un «Lace le temps très court. Deux petites grenouilles moururent en loins d’une heure, sous riniluence de 0,5 c. c. de toxine cholérique. L’immunité naturelle de 1»

que se révèle donc comme un exemple, dans lequel loi^ani ,

,, 7, -za/ T VI n. 481 et 529. é/er j/erfi-

SchutzimpfiUKj, Thïennedicmische Vottiagc, 18...

IMMUNITÉ NATUiUiLLU CüNTKU LUS MICUÜBliS PATHOGÈNES

loi

détruisant le microbe par la phagocytose, empêche la production du poison, qui sans cela le tuerait infailliblement.

Apres avoir démontré que la réaction phagocytaire se manifeste chez la grenouille dans tous les cas d immunité naturelle suffisamment étudiés, nous devons nous arrêter un instant sur la question de 1 état, dans lequel se trouvent les microbes au moment de leur englobement par les phagocytes. Il est de toute évidence que la défense phagocytaire n a de valeur cpi à la condition qu’elle s’exerce vis-à-vis des microbes (jui sans elle pourraient nuire à l’organisme par leur pullulation et leur virulence. C’est pour cette raison qu’on a beaucoup discuté, si les microbes, avant d’être englobés, étaient vivants et a[)tes à produire leur action pathogène. On pensait même que les phagocjtes 11 étaient capables que d’englober les cadavres des microbes, tués par d autres agents. Les grenouilles se prêtent très bien à l’etude de cette question. Kn retii'ant une goutte de l’cxsudat quelque temps après l’inoculation d’un microbe mobile, comme le bacille pyocyanique ou les vibrions, on le retrouve souvent dans des leucocytes, en train de se mouvoir rapidement dans rintérieur des vacuoles. L’expérience réussit encore plus facilement, si l'on mélange sur un porte objet une goutte de lymphe de grenouille avec une trace de culture de microljes mobiles. Bientôt ou aperçoit ceux-ci dans des vacuoles claires, inclues dans des leucocytes, e.xécutant des mouvements extrêmement rapides.

l'm dehors de cette constatation directe, on peut s’assurer de l'état vivant des microbes au moment de leur englobemcnt par les phagocjtcs, a 1 aide d’une autre méthode. On retire une goutte de l’exsudât à une période avancée, lorsqu’il n’y a plus du tout de microbes libres ; dans l’intérieur des phagocytes, on remarque encore quelques rares bactéries, plus ou moins bien conservées. 11 suffit de maintenir une putte suspendue d’un pareil exsudât à une température voisine de 300 en ayant soin de la protéger contre la dessiccation, mais sans y ajouter un milieu nutritif quelconque. Dans ces conditions, les leucocytes meurent plus ou moins vite, tandis ipie les microbes reprennent de la vigueur : ils commencent à se reproduire et au liout de peu de temps fournissent une génération de microbes, inclus dans l'intérieur du leucocyte mort. La pullulation des liactéries marche progressivement, de sorte que la goutte suspendue se transforme en une véritade culture pure. M. Mesnil a pu confirmer ces données avec des exsudats de grenouilles, inoculées avec des bacilles du charbon et de la septicémie des souris.

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