CHAPITRE VI
Les bactcfios, englobées à l’état vivant par les phagocytes, conservent leur virulence initiale. QneUpics auteurs pensaient, et moi-mcme i’ctais de cet avis, iin’au boni d’un séjour plus ou moins dans l’intérieur des leucocytes, les bacilles cliarbonneuv subissaien une atténuation dans leur virulence, bes recherches ultérieures plus iionihreuscs ont cependant démontré que cette opinion était ine.vacte et qu’au contraire la virulence se conservait chez des hacteries incluses dans les phagocytes des grenouilles pendant tout le temps que ces niicrolies restaient vivants. M. Dieudonné a iiisis e sur ce tait pour ce qui concerne le liacille charhonneux. M. Mesnil la confiinic pour ce iiiênic microbe et a étendu la même conclusion au bacille de la septicémie des souris. Il est donc impossible de iiictlrc en doute ce résultat général que les grenouilles, réfractaires contre certaines bactéries, résistent grâce à la phagocytose qui s’exerce vis-a-vis des
microl)CS vivants et virulents.
Nous avons suftisaminent insisté sur l’analyse de 1 itninun
relie de la grenouille, pour ne pas nous arrêter sur les faits conceiliant les autres aniphibiens, étudiés du reste beaucoup ce rapport. Les reptiles, ces représentants supérieurs des \ ci te i cs dits à sang froid, présentent souvent des exemples d ininiunitc < ment remarquable. Ainsi les crocodiles résistent a des doses eiioimes de diveiis bactéries, comme le bacille cl.arhoiineux celiii de la tuberculose luiniaine on bien le coccobacille de la levre Lorsque, quoique temps après avoir fait 1 injection on l’exsudât du point d’inoculation, ou y trouve une quantité de leucocytes parmi lesquels on reconnait beaucoup de niicrophages eosinophiies, mais dont la majorité est représentée par les niacuop^^^^^^^
,1,1 seul, deux ou plusieurs noyaux. On rencontre dans 1 exsudât clés
véritables cellules géantes. Ce sont les niacrophages
surtout la propriété phagocytaire et on les trouve souicnt boni e clés
microbes injectés, comme j’ai pu m’en assurer apres des ^
coccobacilles typhiques. L’iniinunité naturelle des
nator missüsijnensii) persiste aussi liieii a la température de
,3T) cm’à celle plus basse (20--22’) de la chambre.
PasLant en revue la série animale, nous devons nous erre er a picsent sur l’immunité naturelle des oiseaux, ou vertehres inferieuis . sa,,- chaud. L’exemple classique de cette propriété es 1 iiiiniunité” de la poule vis-à-vis du charbon. On savait depuis longtemps cpie les oiseaux résistent à l’inoculation charbonneuse, ou bien
IMMUNITÉ NATURELL!-: CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES
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ne présentent qu’une faible réceptivité. Les petits oiseaux sont pour la plupart sensibles au charbon, le pig’eon l’est déjà beaucoup moins ; la poule présente un cas d’immunité des plus prononcés. Ou la croyait meme absolument réfractaire jusqu’aux expériences de Pasteur et M. Joubert ( 1) qui trouvèrent pour la premièi’e fois une méthode certaine pour supprimer cette immunité. Ils plongèrent leurs poules, inoculées avec la bactéridie, dans de l’eau fraîche, jusqu’aux cuisses, pour abaisser la température du corps. Ils constatèrent que, dans ces conditions, le bacille charbonneux se développait au point d’inoculation et se généralisait plus tard dans le sang, amenant inévitablement la mort des animaux. Ils en conclurent que rimmunité naturelle de la poule dépendait de sa température normale très élevée qui
gênait le bacille charbonneux dans sa fonction pathogène.
M. Hess '2) a étudié le mécanisme de cette immunité de la poule et a signalé le rôle important de la phagocytose dans la destruction des bactéridies inoculées.
Ces recherches ont été reprises plus tard par M. Wagner CI) dans mon laboratoire. Après avoir établi que le bacille du charbon se développe facilement dans le sang et le sérum sanguin des poules, en dehors de 1 organisme, a des températures élevées de 42“-43®, il est arrivé a ce résultat quel abaissement de la température du corps des {)oules, plongées dans 1 eau, amenait non pas le renforcement de la bactéi'idic, mais bien 1 atfaiblissement de la résistance de l’animal. M. à\ agner a pu s assurer que cette résistance se manifeste dans l’activité des phagocytes qui englobent et détruisent le bacille charbonneux a 1 état végétatif. Chez la poule normale, la phagocvtose est rapide et très prononcée, tandis que chez la poule réfrigérée cette léactioii est très laible ou nulle. Pour corroborer ce résultat général, M.W agner, au lieu d abaisser la température par de l’eau fraîche, s’est servi de 1 antipyrine et du chloral. L’application de ce traitement amena également 1 atraiblissement de la défense naturelle de l’-organisme et su[>prima 1 immunité delà poule contre le charbon,
M. IrapeznikolF (4) a étudié avec beaucoup de soin le sort des spores charbonneuses, injectées à des poules. Il a observé que le plus grand nombre de ces germes est dévoré par les leucocytes. Ouel-
(1) Bullelia de l’Académie de Médecine de Paris, 1878. p. 440
(2) IVrcAoiü’*’ Mrc/u7;, 1887. T. CIX, p. 363.
(3) Annales de Vlnstilul Pasteur, 1890. T. IV, p. 370.
(b Annales de l'Institut Pasteur, 1891. T. V. p. 362.
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ques spores se transforment d’abord en petits l)âtonnets, s allongent quelquefois môme en de véritables bacilles, mais, en dernier lieu, tous ces microbes deviennent la proie des phagocytes et dans leur intérieur périssent. Les états végétatifs sont digérés au bout de peu de temps, tandis que les spores persistent longtemps dans 1 intérieur des phagocytes, mais finissent tout de môme par disparaître. La phagocytose chez les poules, innoculées avec des spores, est très intense, et les préparations, colorées par la méthode de Ziehl, documentent d’une façon indiscutable la réalité de ce phénomène réactionnel. Ces préparations ont servi longtemps au cours de microbie de l’Institut Pasteur pour la démonstration de la phagocytose.
En présence de ces faits bien établis et confirmés un grand nombre de fois, il est impossible d’accepter les affirmations de M. riiiltges (1) qui nie rcnglobementdes bactéridies par les phagocytes de la poule. 11 a dû évidemment se glisser dans ses recherches quelque faute de technique que je ne suis pas en état de préciser pour le moment. Du reste, les données positives sur la phagocytose chez le môme animal, obtenues par MM. Hess, Wagner, Trapeznikoff, données confirmées par moi-môme, rendent inutiles de nouvelles recherches dans le but d’expliquer les résultats négatifs de M. Thiltges. Quant à ses expériences sur l’action bactéricide du sang défibriné et du sérum sanguin des poules vis-à-vis de la bactéridie et de ses spores, expériences dont les résultats sont opposés à ceux de M. Wagner, cette contradmtion peut être expliquée assez facilement, au moins en partie. M. Thiltges mentionne plusieurs fois que les bactéridies, ensemencées dans du sérum sanguin de poule, étaient réunies en amas. Eh bien, malgré cela, il ne s’est pas mis à Tabri de cette cause d erreur et a attribué la diminution du nombre des colonies sur plaques a la destruction et non pas à l’agglutination des bactéridies. U. Thiltges donne si peu de renseignements sur les conditions de ses expériences qu on ne sait même pas à quelle température il a maintenu ses tubes, qui renfermaient du sang et du sérum, ensemencés de bactéridies. Comme M. Wagner gardait les siens à 42°-4;T, température qui correspond à celle du corps des poules, j’ai prié M. Gengou de faire quelques expériences sur le pouvoir bactéricide du plasma et du sérum sanguin des poules vis-à-vis du bacille charbonneux, en maintenant ses tubes à 370. Le résultat de ces recherches a été complètement con-
(1) Zeitschrift fiir Ilygiene. 1898. T. XXVIII, p. 489.
IMMUMÏÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGENES
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lormc à ceux de M. Wagner. Dans les conditions (jiie je viens d’exposer, les lui meurs de poule ne sont jias plus bactéricides que dans les conditions des expériences de M. Wagner.
En résumant tontes ces données sur rimmunité naturelle des poules contre le charbon, nous avons donc bien le droit de conclure qu elle est due k la phagocytose et non pas à la propriété bactéricide des humeurs.
Le pigeon est plus sensible à l'action de la bactéridie (]ue la poule, mais il manifeste néanmoins un certain degré de résistance vis-àvis de ce microbe. Après tout ce qui a été dit au sujet de la poule, nous pouvons nous borner à quelques remarques seulement sur le pigeon, et ceci malgré des discussions très animées sur le mécanisme de son immunité. A Lépoque où M. Baumgarten manifestait une opj)()sition systémati(jue contre le rôle de la réaction })liagocvtaire dans rimmunité, il a fait faire nn travail par son élève, M. Czap- Icwsky (I ), sur la résistance des pigeons au charbon. Les résultats de cette étude furent absolument négatifs par rapport à la phagocytose, (-elle-ci n’avait aucune importance dans la défense de l’organisme qui résistait simplement à cause de l’impossibilité pour la bactéridie de vivre dans le corps du pigeon. Je me suis mis alors à étudier cette (piestion (2) et j’ai pu démontrer que le bacille charbonneux est très capable de se maintenir vivant dans l’organisme du pigeon, qu’il peut SC développer dans ses humeurs, mais qu’il est hors d’état de se défendre contre l’agression des [ihagocytes qui l’englobent et le digèrent totalement. En isolant des phagocytes, ayant englobé des bactéridies injectées dans le corps du pigeon, j’ai pu fournir la preuve qu’une partie de ces microbes étaient encore bien vivants. L’atfaibliss-ement et la mort des phagocytes en dehors de l’organisme permettaient aux bacilles charbonneux de prendre le dessus dans celle lutte, de se développer et de donner des cultures virulentes. Le rôle des phagocytes dans cet exemple d’immunité naturelle était donc mis Imrs^de doute.
Plus tard M. Czaplewsky (.3) lui-même a dû se convaincre que ses premiers résultats négatifs ne pouvaient plus être maintenus et M. Thiltges, dans son travail déjà mentionné à propos de la poule, a
f l) intersuc/mnr/en üh. die ImmiuiHdl d. K6ni<rsRcr" 18H0 •
ziir patholof! . Anat., \mk.'\ . '* ’ ^ ■
Annales de l'Institut Pasteur, I8Ü0. T. IV, [>, 38; p. 63.
(3) Zeitschrift fur Ihiffiene, 1811:2. T. XII, p, .348. '