CHAPITRE VI
seaux, présente un changement dans sa composition et devient bactéricide pour le bacille charbonneux, tandis que, tant qu d circule dans l’organisme, il ne manifeste aucun pouvoir semblable. M. Sawtcbenko a étudié la substance du sérum qui tue les bacléridies et a établi qu’elle résiste au cbaull'age à 56“ ; môme cbaufté à 61», le sérum exerce encore un certain pouvoir bactéricide vis-à-vis de bacilles très atténués (premier vaccin pasteurien). Les recherches surla distribution de cette substcince bactéricide chez le rat vivant ont persuade M. Sawtcbenko qu’elle ne passe pas du tout dans le liquide de l’oedème passif provoqué parle ralentissement de la circulation, ni dans celui de l’œdème actif, développé à la suite de l'inoculation charbonneuse. 11 a vu que même le bacille du premier vaccin pasteurien pousse abondamment dans le liquide de l’œdème, produit par l’injection du charbon virulent. La lymphe péritonéale a, au contraire, manifesté une propriété bactéricide très marquée vis-à-vis de la bacteridie. Apres avoir fait ces constatations, M. Sawtchenko s’est demande si la grande différence entre l’action de ces humeurs ne dépendait pas du fait que la lymphe est riche en leucocytes, tandis que le liquide des œdèmes en est dépourvu presque totalement. En poursuivant cette question M. Savvtchenko a étudié comparativement le pouvoir bactéricide du sérum, préparé en dehors de l’organisme, et du plasma sanguin, obtenu au moyen de l’extrait de têtes de sangsues. M. SaAvtchenko a conclu de ses recherches que la substance bactéricide circule dans le plasma du rat vivant et qu’elle ne provient pas des microphages, mais doit être considérée plutôt comme une sécrétion des macrophages du sang et des endothéliums. Ce résultat n’a pas été contirmé par M. Geno-ou (1 ) qui a repris l’étude de cette question im portante dans mon laboratoire. Au lieu de préparer le plasma à l’aide de 1 extrait de sangsues il s’est servi d’ime méthode beaucoup plus parfaite et exempte de cLuses d’erreurs. Il n’introduit aucune substance étrangère, capable de troubler les résultats des expériences, mais recueille le sang de rat dans des tubes paraffinés. En le centrifugeant dans des tubes éo-alement paraffinés, il obtient un liquide qui se rapproche beaucoup pUis que le sérum du plasma du sang circulant. Ce liquide se coagule cependant au bout d’un temps assez long, ce qui prouve que lui aussi ne peut pas être identifié au plasma sanguin. M. Gengou a examine le pouvoir bactéricide vis-à-vis du bacille charbonneux de la partie
(1) Annales de l Institut Pasteur, 1901. T. XV, p. 232.
IMMUNITÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES PATHOGÈNES
liquide du (( plasma», obtenu parle procédé indiqué, et du sérum que Ion prépare dans des tubes de la façon ordinaire. La différence entre les deux humeurs s est manifestée d’une manière extrêmement nette : tandis que le sérum détruisait très rapidement les bactéridies ensemencées et dissolvait leur contenu, le liquide du « plasma » n’exercait micune action semblable. Ces résultats, confirmés à plusieurs reprisses, démontrent d’une façon très précise que le plasma du sang- circulant ne renferme pas de substance liactéricidc. Celle-ci se trouve, pendant la vie de l’aiiimal, dans rintéricur des leucocytes et s'en échappe chaque fois que ces cellules éclatent ou subissent des lésions profondes, ce qui a lieu lors de la formation du caillot et la préparation du sérum eu dehors de l’organisme, ou bien dans le sang épanché et coagule, ou encore dans la lymphe péritonéale pendant la phagolyse. Cette phagolyse est inévitablement produite à la suite de l’injection In'usque dans la cavité péritonéale de liquides étrangers, par exemple
du bouillon ou de l’eau physiologique, renfermant des bactéries en suspension.
Les faits que nous avons réunis au sujet du charbon des rats forment un ensemble dont toutes les parties se trouvent en pleine harmonie entre elles. Les phagocytes de cette espèce de rongeur conlennent un ferment bactéricide, une sorte de cytase, qui résiste ouv emperalures voisines de CO». Cette cytase est très active contre les bacleridies, niais chez l’animal vivant, elle ne peut agir que dans l’iiierieur des phagocytes ou bien, d’une façon passagère et incomplète en dehors de ces cellules, lors de la phagolyse dans la cavité pL-ito ’ neale. La résistance du rat au charbon dépend donc de raclivité P lagocytairc. Pour se manifester, elle exige tout d’abord que les phagocytes éprouvent une chimiotaxie posilive vis-à-vis des bactéridies et ensuite qu’ils saisissent et englobent ces microbes. Ce sont ces ac es vitau.x qui décident du résultat de la lutte. Lorsque les plia-ocy es se montrent inactifs, les bactéridies se multiplient dans le liquide ■le I œdeme ipi. ne renferme pas de cytase bactéricide et passent dans s P asmas de la lymphe et du sang qui, eux aussi, sontincapables de tuer ces microbes. L’animal peut donc mourir du charbon, malgré la présence dans son corps d’une grande quantité de cytase bactéricide <iu. se trouve dans des endroits où les bacilles n’ont pas pénétré. Dans es cas, au contraire, où les phagocytes acconiplissenl bien leur fonc- 1011, ou ils accoiirenl vers l endroit menacé et dévorent les bactéridies inoculées, celles-ci sont mises au contact de la cytase iiilracelliilaire et