‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 44 sur 171 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sérum humain, renfermant des spirilles, provoque aussitôt dans le péritoine des cobayes une phagolyse suivie d’un afflux considérable de leucocytes. Seulement, malgré l’arrivée de toute une armée de ces cellules, les spirilles continuent à se mouvoir rapidement, tendant longtemps ces microbes échappent à 1 avidité des phagocytes qui finissent cependant toujours par les englober. Seulement ce sont que les macrophages qui remplissent leur rôle phagocytaire (fig. 32 et 3d),

Fig. 32. — Macrophage de cobaye, rempli de spirilles*^ de la fièvre récurrente ( d’après M. Sawtchenko).

Fig. 33. — Macrophage de cobaye renfermant trois Spirochaete Ohernieyeri (d’après M. Sawtchenko).

les microphages manifestant avec ténacité une chimiotaxie absolument négative. Or, comme les macrophages n’arrivent dans le péritoine qu’après les microphages, il est facile de concevoir que la phagocytose ne peut avoir lieu que tardivement. M. Sawtchenko arrive à cette conclusion que « dans la cavité péritonéale des animaux naturellemeiil réfractaires, les spirochètes périssent à la suite de phagocytose à marche lente et non à cause d’une action des substances bactéricides des humeurs ». Conformément à ce résultat, cet observateur a pu constater souvent reiiglobement de spirilles vivants, par les macrophages, dans des gouttes pendantes, préparées avec l’exsudât péritonéal de cobayes inoculés. Le phénomène est tout a fait pareil a celui que nous avons décrit à propos du spirille des oies.

Malgré la différence si grande entre les spirilles et le bacille charbonneux au point de vue de leur adaptation aux milieux environnants, le résultat général est le même chez tous ces microbes ; les animaux doués d’immunité naturelle s’en débarrassent par i intermédiaire des

phagocytes.

IMMUNITÉ NATURELLE CONTRE LES MICRORES PATHOGÈNES

Il serait impossible et même inutile de passer ici en revue tous les cas d immunité naturelle contre les microbes infectieux. rSous devons par conséquent nous borner au choix de [)lusieurs exemples qui peu- \eiit piésenter un côté intéressant pour l’étude de rensemble du problème. Les spirilles, dont nous venons de relater l’histoire, se conser- Aent bien dans le liquide péritonéal, sans chang’or leur forme, jusqu'au moment où ils sont captés par les macrophages. Essayons de Aoir par quel mécanisme se produit l’imm unité naturelle contre des microbes qui se distinguent par une sensibilité toute particulière pour les influences extérieures et par un changement de forme considérable. (. est le vibrion cholérique et ses congénères qui répondent le mieux a ce postulat. Se trouvant dans des conditions défavorables, ces vibrions se transforment aussitôt en petits corps sphériques (]ui ressemblent beaucoup plus à des cocci qu’aux vibrioms. Le vilirion cholérique est pathogène pour les rongeurs de laboratoire, notamment pour le cobaye, lorsqu’on l’injecte en assez grande quantité dans la cavité péritonéale. Vis-à-vis de doses plus petites, rimmunité naturelle est au contraire des plus manifestes. Lorsqu’on prend une race de vibrion cholérique de virulence moyenne et qu’on injecte dans le péritoine de cobayes une dose de culture non mortelle, on assiste aux phenornenes suivants (1). Les vibrions inoculés nagent vivement dans e liquide péritonéal, duquel presque tous les leucocytes ont disparu.

11 ne reste plus <jue quelques lymphocytes qui se montrent indiflerents vis-à-vis des influences qui provoquent une véritable pliagolysc. Mais peu à peu les nouveaux leucocytes affluent dans l’exsudât et engagent la lutte avec les vibrions qui, tant qu'ils sont libres, conservent leur forme incurvée et leur eutière mobilité. Ce sont surtout

les microphages qui arrivent dans le péritoine. Quelques-uns d’entre eux commencent à englober des vibrions, mais cette phagocytose est rare au début. Plus tard elle devient beaucoup plus active. Les micropliages et les macrophages saisissent des vibrions notoirement vivants et intacts. Quelquefois on peut les observer dans l’intérieur des vacuoles du contenu leucocytaire, animés de mouvements très MS. .Mais une fois englobés, beaucoup de vibrions se transforment en granules ronds. Ce changement de forme est constant dans l’intérieur des microphages, mais fait complètement défaut dans le contenu des macrophages (fig 34 et 3o). Finalement la phagocytose devient

(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1895. T. IX, p. -418.

CHAPITHl': VI

complète et 1 organisme se débarrasse des vibrions uniquement grâce à cette réaction. Môme sept heures après l’injection des microbes, lorsque le liquide péritonéal, surchargé de leucocytes, est devenu épais et trouble, il reste encore quelques rares vibrions qui conservent oujours leur forme et leur mobilité normales. Une goutte de cet exsudât, maintenue en dehors de l’organisme à 38«, donne apres quelques heures une culture abondante de vibrions très mobiles. Il faut donc

Fig.34.— Microphage de cobaye rem pi icle vibrions cboléri ques, dont la majorité se sont transformés en granules.

Fig, 3S. — Macrophage de cobaye rempli de vibrions cholériques non transformés en granules.

bien conclure que la partie liquide de l’exsudât était impuissante à détruire et même à immobiliser les vibrions, tandis que les phagocytes vivants se sont montrés capables de les englober et de les digerer. L’exsudât péritonéal, retiré à une période où il ne renferme plus t u tout de vibrions libres, donne encore pendant quelque temps des cultures de ce microbe. Mais bientôt après, il arrive un moment ou l’exsudât ensemencé reste stérile, ce qui prouve que les vibrions englobés à l’état vivant par les phagocytes, ont été définitivement tues

par les micropbages et les macrophages.

Lorsqu’au lieu de vibrions cholériques de virulence moyenne, on eu prend une variété, dépourvue complètement d'action pathogène, on remarque quelquefois qu’une partie de ces microlies, injectes dans le péritoine de cobayes normaux, se transforment en granules sp leii

IMMUNITE NATURELLE CONTRE LES MICROBES l'ATIIOCÈNES

quescléjà dans le liquide de l’exsudât, sans aucun concours direct des phagocytes. Cette transformation granuleuse a été pour la première fois étudiée par M. R. Pfeiffer (1) et porte, à cause de cela, le nom de phénomène de Pfeiffer. Il est très limité tlans rimmunité naturelle et ne se produit, comme nous l'avons démontré, que dans certaines conditions nettement déterminées. Le phénomène de Pfeiffer s’observe dans le liquide péritonéal. Il commence liientét a[)rès riujection des vibrions et a lieu pendant la période de la [ihagolyse. Dans d autres parties du corps de cobayes^ notamment dans le tissu sous-cutané et dans la chambre antérieure de l’œil, le phénomène de Pfciller ne se produit pas, ce qui n’empéche p>as moins l’animal de résister très bien à 1 inoculation des vibrions. i\lais même dans la cavité péritonéale, il est facile d’enrayer la transformation granuleuse des vibrions par des moyens qui em{)êcbcnt la phagmlyse de se produire. Lorsqu on injecte dans le péritoine de cobayes un liquide étranger, capable d’exciter l’action phagocytaire, comme le bouillon de veau, l’eau pbysiolognjue, l’iirine^ etc., on provoque d’abord une pbagolyse passagère. Mais à ce stade un autre succède dans lequel les leucocytes deviennent très nombreux et beaucoup plus résistants qu auparavant. Si l’on profite de cette période de stimulation leucocytaire pour injecter des vibrions aussi atténues que possible, on les voit devenir aussitôt la proie des phagocytes péritonéaux, sans que le phénomène de Rfeilfer se manifeste d’une façon quelconque.

Il est donc évident (pie cette destruction extracellulairc des vibrions que l’on observe quelquefois dans le péritoine est réellement l’œuvre de la microcytase, échappée des phagocytes pendant la période de leur avarie momentanée.

ApiTs avoir analysé le mécanisme de l’immunité naturelle vis-à-vis de certains bacilles, spirilles et vibrions, il sera intéressant d’établir, si les mêmes règles peuvent être appliquées au cas des cocci. Le choix n est [las embarrassant, car on pourrait également bien le fixer sur les stapbyloco([ues, les pneumocoques, streptocoques ou gonocoques. Si nous nous arrêtons aux sfreptococpies, cela tient uniquement à ce que 1 immunité naturelle contre ce microbe a attiré sur elle l'attention de plusieurs observateurs d’une façon particulière. Unsecond avantage du streptocoque est le haut degré d’immunité naturelle (juc manifeste vis-à-vis de lui une espèce de laboratoire aussi commode

(1) Zeitschrift für Hygiène, 189L T. XVIII, p. |.

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