CHAPITRE VII
partager l’opinion de M. Wassermann sur le rôle de 1 anticytase dans son expérience, (iomme l’a l)icn démontré M. Hesredka, le sérum anlicytasicpic agit non senlement en neutralisant le ferment bactéricide, mais aussi par ses autres propriétés, notamment par une action qui empêche la stimulation des phagocytes.
Dans la lutte de l'organisme dn col)aye contre une forte dose de coccohacillcs typhiques (-10 fois mortelle dans les expériences de M. Wassermann), la cytase libre joue un rôle si intime (jiieqneme l’injection à un cobaye d'une grande (jnantité de sérum (3 c.c ) de cobaye neuf (renfermant beaucoup de cytase) ne rempêcbepas de mourir. Ce n’est que le sérum sanguin d’autres espèces (lapin ou bœuf) qui est capable de sauver un cobaye contre une quantité si grande de bacilles typbi(]iies.
M. Wassermann a en tort de croire que son expérience se rapporte à l’immunité naturelle, lille rentre tout a fait dans le cadre des phénomènes de l’immunité ac(]uise. En elfet, 1 immunité naturelle du cohaye ne se manifeste que contre une dose 40 fois moindre que celle employée par M . Wassermann. Aussi, les cobayes témoins qui recevaient une quantité aussi grande de coccobacillestyphiques, dépassant de 40 fois la limite de leurimmnnité naturelle, devaient être préservés delà mort par une forte injection de sérum sanguin de lapin neuf, chaulfé à G0“. Ce sérum, privé de la cytase, gardait ses autres qualités, dont tirait profit l’organisme de cobaye et notamment il exerçait une action stimulante sur les phagocytes de cobayes. L immunité des témoins de M. Wassermann était donc bien une immnnite acquise ala suite de rintroduction dans leur organisme d’un sérum stimulant de lapin. Voilà pourquoi l’analyse du travail de cet observateur devra être reculée jusqu’au moment où nous traiterons les phénomènes de l'immunité ac(]uise sons rinflnence des sérums normaux.
Nous devons donc persister dans cette opinion que les plasmas de l’animal normal, ne renfermant pas de cytases, ne penveiit jouer un rôle bactéricide dans rimmnnité naturelle, rôle qui incombe a la cytase renfermée dans l’intérieur des [)hagocytes.
Ce résultat s’accorde d’ailleurs très bien avec tout rensemblc des faits concernant la destruction des microbes dans l’organisme. La transformation en granules des vibrions cholériques a tté nues ([ue 1 on observe quekpiefois dans le péritoine pendant la période de la [)hagolyse et l’absence de cette transformation dans des conditions on les leucocytes dn péritoine sont protégés contre cette avarie, s'expliquent très
LE MÉCANISME DE L’IMMUNITÉ NATURELLE CONTRE LES MICROBES 203
l)ien. Dans le premier cas, le phénomène de Pfeiffer est provoqué par la substance liactéricide écha[)pée des leucocytes altérés par les substances étrangères que l’on injecte dans le péritoine ; dans le second cas, ce phénomène ne se produit pas, parce que les leucocytes restent intacts. L’absence de cette transformation granuleuse dansla chambre antérieure de l’œil et dans le tissu sous-cutané s’explique aussi très facilement par le fait (pie la substance bactéricide, u’existant pas dans le plasma sanguin, ne peut passer dans les exsudais de l'œil et de la peau (1 ).
La substance bactéricide est donc bien quebpie chose qui reste dans l’intérieur des jibagocyles intacts cbezranimal vivant etqui s'échappe de ces cellules, lorsipi’elles ont été avariées soit dans le corps im"me de l'animal, soit en dehors de rorganisme, dans le sang extrait. Nous savons déjà que >1. Ibicbncr l'a désignée sous le nom d’alcxine et il nous reste à examiner si cette substance est la mémecytase qui digère les éléments tigurés lors do leur résorption.
(I) Depuis le premier travail (U; M. NuUal, on avait signale) une certaine action l)acl()ricitlc de riiumeur aqueuse. Ce fait doit être pris en considération dans Tétiide (le la question de l’origine phagocytaire de la substance bactéricide îles liumcurs. Si cette substance provient réellement des phagocytes, elle ne devrait pas se trouver dans l’humeur aqueuse qui est transparente et ne renforme du tout ou presque pas de leucocytes. Or, ([uelqucfois ce liquide détruit un certain nombre de microbes. Cette contradiction apparente s’e-xpliipie par le fait (pic l'action bactéiûcide [)out être exercée ]>ar toutes sortes de liquides, tels que l'eau physiologique, les bouillons nutritifs, etc. La propriété bactéricide de l'humeur aqueuse rentre dans cette catégorie. Elle est, en général, beaucoup plus faible que celles du sérum et des exsudais cl n'est pas modifiée par le chaidfage à .'5o'*-5C'’. Dans quelques humeurs aqueuses, il intervieid aussi un peu de cytase, ou vraie substance bactéricide, car il y a des humeurs aqueuses qui se coagulent et qui, à la centrifugation, laissent un petit dépôt de leucocytes. Ces résultats ont été obtenus par ,M"io .Melchnikolf.
Il ne faut pas oublier que, même dans l'action bactéricide des sérums sanguins, une certaine part revient au changement de milieu qu'éprouvent les microbes et aux pbénomènes plasmolyliques (pu s'ensuivent. Mais il n’est pas possible d'allrihuer à ce facteur toute la propriété bactéricide des sérums et des exsudais, ainsi tpie le [tensent M. Baumgarlen {Arheilen a. d. pathol.-anut . Inslitute in Tiihiti;ien , tHttS). T. lit et Berlin, kiin. Wochenschr., n®“ 7 9; et ses élèves, .M.M. Jetter et Walz, soutenus par M. A. Fischer {Zeitschr. Ifng., I9Ü0, T. X.\XV, p. li. L’idée de réduire la destruction des bactéries dans les sérums cl les exsudais, fi l’clict de la pression osmotique, a été récemment longuement analysée par.M. v. I.ingcisheim {Zeitschrift f.
T. XXXVII, p. 131). II arrive avec beaucoup de justesse à celle conclusion que « l’existence dans le sang cxlravasciilaire ou dans le sérum de corps bactéricides agissant comme ferments sohdilcs ne peut plus être niée à l’Iieurc actuelle » (p. IBT). En étudiant colle (pjcsiion, il ne faut pas perdre de vue (pic ces substances bactéricides (alexines, compléments, ou cylases) donnent lieu h la production dans l’organisme animal de substances antagonistes, despicllcs nous avons entretenu le lecteur dans le cinquième chapitre.