‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 85 sur 171 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sistance remarquable vis-à-vis des toxines bactériennes connues, mais le mécanisme de cette immunité naturelle n’a pu être précisé à cause de la difficulté que l’on rencontre pour les rechercher dans les organes et y suivre leurs modifications. L’idée de se servir de ces animaux inférieurs pour faciliter la solution du problème de l’origine des antitoxines, n’a pas pu être réalisée, parce que les Invertébrés, soumis à l’étude, n’ont jamais, dans mes expériences, produit de ces substances à la suite d’injections uniques ou répétées de toxines.

L'immunité naturelle des Invertébrés vis-à-vis des toxines bactériennes ne peut donc pas être considérée comme un exemple d immunité Immorale. Elle doit être rangée dans la catégorie de l’immunité bistogène, sans que l’on soit en état de bien définir le rôle des éléments cellulaires dans la défense de l’organisme contre ces poisons. 11 faut donc remonter plus haut sur l’échelle animale pour tacher de résoudre les questions principales qui se rattachent à l’immunité antitoxique.

Les Vertébrés les plus inférieurs, les Poissons, ne conviennent pas bien à ce g’enre de recherches. Les toxines bactériennes les mieux . connues agissent surtout sur les animaux à sang chaud et exigent le concours des températures élevées. Or, les poissons ne vivent bien en captivdté qu’à des températures relativement basses et meurent peu de temps après leur transport a 1 étuve réglée pour des tempéiatiues de 30» et au-dessus. Il est donc nécessaire de s’adresser à des Amphibiens qui peuvent être beaucoup plus facilement habitués a \ivie a ces températures. Les Axolotls, d origine mexicaine, sont déjà de leui nature capables de supporter une forte chaleur. A la tempéiatiiie de 30“-37'*, ils peuvent vivre très longtemps. Mais ils présentent I niconvénient d’être très sensibles a la toxine tétanique, dont des doses très petites leur produisent le tétanos mortel, (i est la grenouille veitc {Renia esculenta) qui est l'animal de choix pour ce genre d’études. Elle s’habitue assez facilement à des températures convenables (30‘'-36 ) et manifeste au moins un certain degré d immunité vis-a-vis de plusieurs toxines bactériennes. Nous avons déjà mentionné dans un des précédents chapitres que la g'renouille verte est insensdjle a des (jiiau tités considérables de toxine diphtérique. Elle résiste aussi à la toxine tétanique, mais cette immunité naturelle est liée à des conditions paiticiilièrcs. MM. J. Courmont et Doyon (l) ont les premiers attiré l’at-

(1) G. V. (le la Soc. de Biologie, 1893, 11 mars et 10 juin ; 1898, 26 mais. — Le tétanos, Paris, 1899, p. 23.

IMMUNlTii NATURELLE CONTRE LES TOXINES

tcntiou sur ce fait qiic^ à partir de 20°-25", les grenouilles vertes peuvent contracter le tétanos. Réfractaires en hiver, elles deviennent sensibles en été. Ces observateurs ont constaté depuis que, inoculées avec la même dose de toxine et réparties en deux lots, dont rnn était soumis à la température de 10*^ environ et l’autre à celle de 30° à 3th’, les grenouilles restaient bien portantes à froid et devenaient toutes tétaniques à chaud après cinq jours d’incubation. Cette ex|jérience a été confirmée par plusieurs observateurs et a donné lieu à la conclusion (]ue le poison tétanicpic demande, pour manifester son action toxi(jue, nue température favorisante assez élevée. Ce résultat ne doit être accepté qu’avec une certaine réserve. Il est incontestable que les doses de toxine tétanique qui provoquent le tétanos mortel chez des grenouilles, maintenues à température élevée, restent inotfensives lors([ue ces animaux vivent à des températures basses. Mais en élevant la dose, on peut pi’oduire le tétanos chez des grenouilles même à des températures peu élevées. Ainsi M. Marie (1) a pu pendant tout riiiver tétaniser des grenouilles vertes et rousses (]ui vivaient dans l’eau, dont la température oscillait entre 13° et 18°. L’ineuhation dans ce cas est beaucoup plus longue (quelquefois elle dure jusqu’à 25 jours) que chez les grenouilles maintenues à des températures plus élevées.

La température est donc un facteur important qui influe sur l’empoisonnement par la toxine tétanique et sur la résistance de la grenouille, mais à la longue, ce poison peut exercer son action spécifique, même à des températures relativement basses.

M. Morgenroth (2) a essayé d’analyser le mécanisme de la résistance et de la sensibilité de la grenouille verte, soumise à des températures diverses. 11 a démontré que la toxine tétanique se fixe sur le système nerveux central, même à des températures basses, voisines de 8°. Seulement, dans ces conditions, elle est incapable de provo(juer le moindre symptôme tétanique. Mais, transportées à l'étuve, chauffée à 32°, les grenouilles contractent le tétanos, après une période d'incubation de quelques ;2 à 3) jours. Rendant les premières 24 heures de cette période, les grenouilles ne manifestent encore aucun signe de tétanos et si on les transporte de nouveau dans un endroit froid, elles restent définitivement en bonne santé. Seulement si, après un séjour pas trop

(1) Annales de l'institui Pasleu?', I8RT. T. XI, p. R97.

(2) Archives internationales de Pharmacodynamie et de Théranie 19ÜÜ

T. MI, p. 2ü5. / . • •

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