CHAPITRE XI
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prolongé à froid, ces animaux sont une seconde fois soumis à la chaleur, ils deviennent tétanitpies, après une période d’incubation raccourcie. Le froid a donc pu arrêter le tétanos même à un moment où la toxine avait réussi à produire certaines modifications latentes, mais stables du système nerveux.
Conservées à froid pondant plusieurs mois, les grenouilles, injectées avec de la toxine tétanique, se débarrassent de ce poison d’une façon définitive. Trans])orlées après ce laps de temps à la chaleur, elles ne contractent plus le tétanos. Nous avons pu constater que la toxine tétani(jue, au moins en grande partie, reste pendant longtemps dans le sang des grenouilles injectées et maintenues à la température froide. Un peu de ce liquide, prélevé presque deu.v mois après la dernière injection, a [)roduit le tétanos mortel chez une souris. Un ne sait pas par cpiel moyen les grenouilles perdent la toxine, mais il a été possible de démontrer que, dans ce cas, il n’y a lieu à aucune production d’antitoxine. M. Morgenroth a pu confirmer le même résultat.
Les représentants de la classe des reptiles doivent être considérés comme les v^ertébrés qui présentent 1 immunité naturelle la plus prononcée contre le tétanos. Ils résistent indéfiniment à des doses énormes du poison tétanique et ceci également à des températures basses, moyennes ou élevées (30”-37o). Les lézards verts supportent bien des doses considérables de toxine tétanique. Sans prendre le tétanos, ils ne se débarrassent qu’avec une très grande lenteur du poison. Ainsi un lézard maintenu à la température de 20°, et injecté avec une quantité de toxine, mortelle pour 500 souris, renfermait dans son sang, au bout de deux mois, encore assez de ce poison pour qu’un dixième de c.c. produisît chez une souris le tétanos mortel. Les tortues présentent un cas analogue. Les tortues des marais, Emys orbicularis, supportent des quantités très grandes de toxine tétanique, injectée dans le tissu sous-cutané, et ceci à des températures basses ou élevées, à 30" et davantage (36"-37"). La toxine passe au bout de peu de temps dans le sang et y reste localisée pendant très longtemps. Chez une tortue, maintenue dans un aquarium au laboratoire, le sang était tétanigène pour la souris encore quatre mois après l’injection péritonéale de la toxine. Chez une autre tortue qui vivait à l’étuve (3(5"-37"), le sang était encore toxique deux mois après une injection sous-cutanée de toxine tétanique en([uantité mortelle pour 500 souris. J ai observé chez des tortues, conservées à 30", dos transsudai ions abondantes dans le péritoine, dont le liquide, très pauvre en éléments figures, s est mon-
IMMUNITÉ NATUUKLLK CONTRE UKS TOXINES
tré très tétanig-èiie. Il faut admettre par conséquent que la toxine sc conserve dans le plasma sanguin et passe avec lui dans le transsudai. Les cellules de toutes sortes doivent manifester une cliimiotaxienég’ative très prononcée vis-à-vis du poison tétanique, pour qu’il se conserve si longtemps dans les humeurs. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que jamais je n aie pu observer chez les tortues le moindre [)ouvoir antitoxique du sang. Leur immunité naturelle si forte doit tenir à une autre cause.
Les caimans {Alligator mis'iissipiensis) sc sont aussi montrés tout à fait réfractaires au tétanos, à froid aussi bien qu à des températui'cs élevées. Au point de vue extérieur, ils sc comportent exactement comme les tortues, c est-à dire qu'après l’injection de doses variées de toxine, quelquefois très grandes, ils ne manifestent aucun symptôme morbide en général, ni tétanique en particulier. Mais les phénomènes intimes qui se passent dans leur organisme sont essentiellement
(litlérents de ceux (pii se produisent chez les tortues. La to.xine s’élimine rapidement du sang, même lorsque les caïmans sont maintenus à des températures relativement basses (20®). Seulement, dans ces conditions de température, le sang, ayant perdu la propriété tétanigène, ne devient pas antito.xique. Au contraire, lorsque les caïmans vivent à température plus élevée (32<>-37®), il se développe chez eux le pouvoir antitoxique du sang souvent avec une très grande rapidité. Les
caïmans tout jeunes (pesant environ oOO grammes) sont déjà capables de produire de l’antitoxiiie, mais avec une assez grande lenteur. Lu mois après la première injection de la toxine tétanique, leur sang, incapable de donner le tétanos à des souris, n’est pas encore antito.xiqiie. Mais, recueilli un mois plus tard, il empêche siïrement l’éclosion de la maladie, lorsqu’on l’injecte à des souris, mélangé à des doses mortelles de la toxine.
Les caïmans plus âgés développent le pouvoir antitoxique beaucoup plus rapidement et plusieurs fois nous avons pu constater, à notre grand étonnement que, déjà, 24 heures après l'injection de la toxine, leur sang était manifestement antitétanique. Le sang des mêmes
caïmans, éprouvé avant l’injection de la toxine, comme le sang des caïmans neufs en général, ne présentait aucune propriété antitoxique.
Dans plusieurs expériences, nous avons mesuré la température rectale de nos animaux et nous n’avons jamais pu constatei- la moindre
élévation [)ar rapport à la température de l’eau dans laquelle vivaient les caïmans.