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CHAPITRE XII

Les gTancls mammifères, moutons, bœufs, chevaux, peuvent etre plus facilement vaccinés avec des toxines non modifiées, mais ils demandent aussi un ménagement tout particulier. MM. Salomonsen etMadsen (l) ont raconté l’iiistoire de leur cheval, immunisé avec la toxine diphtérique. A une jument de 6G5 kilos, ils n’ont pu injecter au début qu’un c. c. de cette toxine et ils ont dû augmenter les doses avec une grande prudence.

En présence de toutes ces difficultés de vaccination avec des toxines non modifiées, on procède généralement d’une façon toute ditférente à l’immunisation des animaux petits ou grands dans le but de recherches scientifiques ou pour la préparation industrielle des antitoxines en grand. On commence à vacciner avec des toxines modifiées par la chaleur ou par des substances chimiques. Les toxines diphtérique et tétanique, celles qui s’emploient le plus dans l’industrie sérothérapeutique, sont soumises au chautfage à dittérents degrés. C’est M. Frankel (2) qui le premier a employé cette méthode pour la vaccination contre la diphtérie et M. Vaillard (3) l’a appliquée pour la vaccination contre le tétanos. Elle consiste à introduire des doses massives de cultures filtrées, chauffées à des températures progressivement décroissantes, 60°, 55®, 50°, puis des quantités graduellement augmentées de cultures filtrées dont la toxicité est entière. Ce procédé est très commode pour les petits animaux, mais pour les grands mammifères, on le simplifie de beaucoup, en n’injectant pendant un certain temps que des toxines chauffées à 60° et en les remplaçant plus tard par de la toxine non modifiée.

MM. Phisalix et Bertrand (4) ont appliqué une méthode analogue pour vacciner le cobaye contre le venin de vipère. Ce poison, qui résiste à des températures beaucoup plus élevées que les toxines tétanique et diphtérique, a dû être préalablement chautie à 80° pour pouvoir être inoculé sans danger à des petits animaux. Dans ces conditions il confère une certaine immunité, mais même chauffé à 80°, il reste encore assez actif pour produire souvent des accidents mortels. Voilà pourquoi, dans la vaccination des animaux pour la préparation du sérum antivenimeux en grand, M. Calmette a eu recours à un au-

(1) À7inales de l'Institut Pasteur, 1897. T. XI, p. 316.

(2) Berliner klinische Wochenschr., 1890, n° 48.

(3) Annales de l'Institut Pasteur, T. VI, p. 22o.

(1) C. r. de l’Acad. des Sc., 1894, 5 février. C. r. de la Soc. de Biologie, 1894, 10 févi'icr.

IMMUNITÉ ARTIFICIELLÉ VIS-A-VIS DUS TOXINUS

ti’c procédé qui consiste à affaiblir le venin par des substances cbimiques.

Ce sont MM. v, Behring' et Kitasato (! ) qui les premiers se sont servis dn triclilorure d’iode pour vacciner les animaux contre les toxines du tétanos et de la diphtérie. Ils l’injectaient avant rintroduction des toxines. Plus tard, ils préparaient le mélange in üiLro et l’injectaient à des animaux. M. Roux a élaboré une autre méthode qui a l’avantage d’être simple, sûre et facilement applicable. C’est pour' cela qu’elle s’est bientôt introduite dans les pratiques industrielle et scientifique. Elle consiste dans l'injection de mélanges des toxines téfanicjue et diphtérique avec la solution iodo-iodurée de Lugol. L’iode, à faible dose, neutralise ou modifie instantanément ces poisons et est luimême bien supporté même par les petits animaux. En employant en dose progressive des mélanges, dans lesquels la quantité d'eau iodée devient de moins en moins grande })ar rapport à celle de la toxine, on arrive sans difficulté à vacciner les animaux les plus sensibles et à leur faire supporter des doses considérables de toxine pure. C’est ainsi qu'on peut immuniser les cobayes contre la toxine du tétanos la plus active. Ce même procédé sert bien pour préparer les chevaux aux injections de toxines non modifiées. Pendant un temps plus ou moins long (selon la sensibilité du cheval), on n’injecte que des toxines, mélangées avec de l’eau iodée de Lugol. Après s’être assuré de l’état résistant du cheval, on peut lui introduire impunément des quantités de plus en plus croissantes de toxine ])ure, non modifiée.

Pour rimmunisatioii des mammifères do toute taille (cobayes, lapins, chiens, chevaux) contre le venin de serpents, M. Calmette, à Lille, se sert aussi de venin modifié par des substances chimiques, mais son procédé est différent de ceux que nous venons de décrire. Il injecte pendant plusieurs semaines des quantités croissantes de venin, mélangé à des quantités décroissantes d’une solution à l : GO d hypochlorite de chaux. Après ce traitement, les animaux deviennent en état de supporter des doses mortelles de venin non modifié et peuvent être injectés avec des doses de plus en plus grandes de cehii-ci.

Dans ces dernières années, on s'est mis à vacciner des chevaux contre certaines toxines microbiennes et surtout contre la toxine diphtérique avec des mélanges de toxine et de sérum antitoxique ou bien avec ces deux produits, pris l’un après l'autre. M.Babès (2) le premier

(1) Deutsche medicin. Wochenschr 1890, pp. 1 1 io,

(2) BuUet. de VAcnd. de Med. Paris, 1895. T. XXXIV, p. 210.

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