‹ L'immunité dans les maladies infectieusesChapitre 98 sur 171 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

antitoxique d<; sérums d'animaux qui enx-mômes succombent à l’intoxication.

On pourrait voir dans les expériences de M. Wassermann (1) sur les sérums anticytasiqnes un argument contre l’hypothèse que nous défendons. Après avoir constaté que les animaux, injectés avec du sérum antityphi<|ue, meurent d’infection lorsqu’on leur introduit en môme temps du sérum qui empêche l'action des cytases, M. Wassermann s’est demandé, si l’etlet des antitoxines ne pourrait pas aussi être entravé par le môme sérum anticytasique. Dans ce but, il a injecté à des cobayes un mélange de sérum antidiphtérique avec de la toxine diphtérique en excès et une dose assez forte (3 c.c.) de sérum anticytasi(pie, an sujet duquel nous avons déjà entretenu le lecteur dans le septième chapitre. Les animaux, traités de cette façon, se comportaient exactement comme leurs témoins qui ne recevaient que les mêmes quantités d’antitoxine et de toxine, sans addition de sérum anticytasiqiie. M. Wassermann conclut de ces expériences que l’exclusion de la cytase, contrairement à ce (jui a lieu avec les sérums antimicrohiens, ne gêne nullement l’action des antitoxines, t^ette conclusion qui parait justifiée au premier coup d’œil ne peut cependant être acceptée, car les deux exemples, choisis par M. Wassermann, de l’infection typhique et de l’intoxication diphtérique, se distinguent très profondément. Dans le premier, il s’agit d’une péritonite typhique expérimentale cjui tue les témoins en moins de 24 heures, tandis que le second exemple se rapporte à la diphtérie, à laquelle les témoins ne succombent que le sixième jour après l'injection. L’effet du sérum anticytasique n’étant que très passager, il est tout naturel qu’il soit manifeste dans une infection de courte durée et ne le soit pas dans une intoxication lente. Du reste M. Wassermann a constaté lui-même que dans plusieurs autres cas d’immunité contre les microbes (bacilles de l’influenza, de la lèpre), l'injection de ses sérums anticytasiqnes n’empêchait nullement les animaux de résister parfaitement. Mais même s’il était démontré que les cytases ne jouent réellement aucun rôle dans l’immunité contre les toxines, on pourrait toujours supposer l’intervention de quelque autre facteur semblable.

L’analogie entre l’immunité contre les microbes et celle contre les toxines peut faciliter l’étude des rapports entre cette dernière et le pouvoir antitoxique dos humeurs. Nous avons rapporté, clans les précé-

(1) Zeitschrift f. Ilijgiene, 190t. T. XXXVII, p. 194.

IMMUNITÉ AimFIÜlRLLE VIS-A-VIS DES TOXINES

(lents chapitres, des exemples où des animaux possédant une propriété préventive du sang ne sont pas cependant réfractaires à l'infection correspondante ; comme d’un autre C()té nous avons cité des cas où l’iminunité antimicrohienne acquise existe sans que le sang présente un pouvoir préventif appréciable. A la suite de ces faits, Tidée de mesurer rimmunité ac(juise contre les microbes, par la mensuration du pouvoir préventif ou agglutinatif du sang doit être abandonnée. De même il est impossible de considérer rimmunité contre les toxines comme fonction de la propriété antitoxicpie des bumeurs. Nous avons vu dans le précédent chapitre (pie les animaux tout à fait réfractaires au tétanos, comme les caïmans, dont rimmunité ne repose nullement sur le pouvoir antitétanique du sang, peuvent développer l’antitoxine après l’injection du poison. Le môme fait, quoique moins prononcé, a été constaté par M. Vaillard pour la poule. Tandis (jue celle-ci, malgré son immunité naturelle très marcjuée contre le tétanos, produit de l’antitétanine à la suite de l'introduction dans son corps de toxine tétanique, le lapin, animal sensible, peut acipiérir une immunité réelle, sans développer dans ses bumeurs le pouvoir antitoxique. Ce fait a été également découvert par M. Vaillard (l) Il a démontré que l’inoculation répétée des spores tétaniques avec une petite quantité d’acide lacticpie, faite sous la peau de la queue de lapins leur procure une immunité contre la toxine du tétanos, sans que la propriété antitoxique apparaisse dans leur sang. Cent volumes de sérum sanguin se sont montrés, dans ses expériences, incapables de neutraliser une seule dose minima mortelle de la toxine. Le lapin est cependant bien capable de développer le pouvoir antitétanique des humeurs. 11 siiflit pour cela de lui injecter de la toxine tétanique, chauffée à 60® ou traitée par la solution iodo-iodurée de Lugol. M. Vaillard a formulé la conclusion de ses recherches, disant que la propriété antitoxique des bumeurs « ne suffit pas... à l’interprétation générale de l'immunité acquise, puiscpi’on ne la constate pas chez tous les animaux devenus réfractaires ».

Les faits que je viens de rappeler ont été constatés dès le délnit des études sur le pouvoir antitoxi(juc de l’organisme. Depuis, on a réuni un grand nombre d’autres données analogues. Récemment encore M.M.Beb ring et Kitasbima (2j ont dû renoncer à l’immunisation de sin-

(1) Comptes re7i(his de la Soc. de Biologie, ÏSOI, p. 464.

(2) Berline?' klinisc/ie Wochenschrift, 1901, p. 157. L’idée d’immuniser les singes contre la diphtérie a été suggérée à M. v. Beliring par le fait que l’immunité,

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