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CHAPITRE II

Pour mieux faire comprendre au lecteur notre théorie sur le Vaccin du choléra, et en général sur tous les vaccins de toutes les maladies infectieuses, je lui ferai suivre les mêmes raisonnements par lesquels mon esprit a dû passer pour y arriver.

Le point de départ, je Tai trouvé dans une note de M. Ferran qui dit :

« Le microbe ne se reproduit pas dans le tissus cellulaire, et son action prophylactique est due, selon moi, à une sorte d'accoutumance ou d'habitude de l'organisme à la substance active, diffusible, ap" portée par le microbe (1). »

Ce n'est donc plus, dans ce cas, le microbe plus ou moins atténué de la maladie ou d^une maladie semblable qui produit par inoculation l'immunité de la maladie. C'est, d'après M. Ferran, le bouillon, qui contient la substance active, diffusible, apportée déjà par le microbe.

(1) Voyez Appendice n« i.

Nous savons aussi d'après M. Wîrchow, que l'existence du bacille- virgule, à titre de micro-organisme spécifique du choléra asiatique, est aujourd'hui une question résolue.

Et je crois de même qu'il faut accepter avec M. Van Ermengen, s'appuyant sur les conclusions deKoch(( qu'on est forcé d'admettre en l'absence de toute matière contagionnante de nature animée, outre les virgules, que cellesci sont les agents de la transmission et la cause même du mal. »

Nous voilà donc en présence de deux faits, d'un côté l'existence des micro-organismes bacilles-virgules comme cause de la maladie du choléra (1), et de l'autre le fait vérifié par M. Ferran que l'introduction dans l'organisme humain d'une quantité de bouillon ayant servi à la culture du même bacille-virgule, produit l'immunité (2).

(1) La troisième et dernière hypothèse est qu'il existe une relation de cause à effet entre le processus cholérique et le bacille-virgule. Pour moi le fait est démontré. (Kocn.)

Après cet examen de nombreuses bactéries qui, tour à tour et sans grande apparence de raison, ont été déclarées identiques à celles du choléra, je me crois en droit de conclure qu'on n'a pas trouvé jusqu'ici de microbe semblable à celui de Koch, ailleurs que chez les cholériques (D' E. Van Ermengen.)

On dit encore : Ces inoculations, avec quoi les pratiquez-vous? Avec des cultures de coma-bacillus? Mais étes-vous donc certain que ce microbe soit l'agent essentiel du choléra?

Cette objection est grave, mais elle perd tous les jours du terrain. (Association française pour l'avancement des sciences. — Congrès de Grenoble. Le Temps, ô'aoùt 1885.)

A mon avis, ces organismes sont la cause du choléra et le devancent. Quelques-uns croient qu'ils sont l'effet de la maladie, mais, comme je l'ai déjà dit, ceci n'est pas possible. (D^ Koch, Séance du 26 juillet 1884, Conseil impérial de Berlin.) '

(2) Je sais fort bien que beaucoup de lecteurs repousseront cette hypothèse en disant que l'on n'a pas prouvé l'efficacité du système Ferran. Mais^ même en supposant ma prémisse fausse, je prie le lecteur de suivre mon raisonnement, car, dans toutes les sciences, on admet des suppositions quelquefois tout à fait imaginaires, ayant pour but d'aller à la rencontre soit d'une loi, soit d'une théorie. (L'Auteur.)

Quelle est donc la composition de ce bouillon qui produit un tel bienfait ?

Si ce bouillon agit comme un poison, sur quoi exercet-il son action ?

Voilà les questions que nous allons examiner.

On appelle microbe tout être vivant trop petit pour être vu àToeil nu.

Le bacille-virgule (1) dont il s'agit est un être vivant, végétal ou animal, ceci nous importe peu, au point de vue sous lequel j'étudie la question.

Quelle est la condition de tout être vivant pour vivre? La condition sine quâ non, de se trouver en présence de substances favorables à sa vie, de prendre ces substances, et de les éliminer tout à fait transformées, c'est-à-dire de rendre d'autres substances.

Les bacilles, donc, qui ont vécu dans le bouillon que M. Ferran prépare, ont enlevé à ce bouillon des substances et en ont rendu d'autres.

Voyons maintenant ce qui se passe sous ce rapport chez les êtres les plus perfectionnés, dont les fonctions nous sont plus connues.

Si on introduit un homme dans un appartement où l'on aura placé différents mets et que l'on ferme hermétique-

(1) Le bacille-virgule ainsi que tout autre organisme doit suivre les lois de la végétation de même que les grandes plantes : il doit se reproduire

ment, cet homme au bout de quelque temps deviendra maladif, sa respiration sera de plus en plus pénible, et la mort ne se fera pas attendre.

C'est parce que Taîr que l'appartement contenait sera tout à fait changé, l'oxygène sera devenu de plus en phis rare et aura été remplacé par la vapeur d'eau, l'acide carbonique et les gaz ammoniacaux produits par les sécré* tions et les déjections du sujet.

Le changement, dans cet espace, deviendra tôt ou tard complet. Les éléments propres à la vie de l'homme auront été remplacés par des éléments ou inutiles ou toxiques (1).

Si c'est un végétal que nous prenons pour sujet de cette expérience, le résultat sera pareil.

Que l'on enferme une plante, placée dans un pot rempli de terre, sous une cloche de verre, cette plante aura tout ce qu'il faut à sa vie, seulement en quantité limitée et dans un espace restreint, ce qui nous permettra de recueillir les produits de son existence.

Bientôt aussi, ses feuilles deviendront sèches, sa couleur pâlira et la mort viendra inévitablement.

L'influence bienfaisante du soleil, qui excite l'activité des globules du chlorophylle placé dans les cavités de la cellulose, deviendra bientôt inutile, n'ayant plus de carbone à absorber. L'oxygène à l'état gazeux sera contraire à sa vie. L'eau disparaîtra à cause de la réduction partielle

en donnant naissance à ses similaires et il ne peut pas naître d'un végétal appartenant à une autre espèce, et encore moins il ne peut pas être le produit de rien. (D' Koch, séance du 26 juillet 1884. Conseil impérial de Berlin.)

(1) L'homme après s'être nourri par la respiration et par la digestion au moyen de l'oxygène de l'air et de l'hydrogène, du carbone, etc., des aliments, rend, soit par la transpiration, soit par les déjections, les substances qui qui sont nuisibles ou superflues. (Lavoisier.)

VACCINATION ET IMMUNITE. 13

qu'elle supporte dans Tintérieur des plantes; la terre perdra son ammoniaque, la potasse, Tacide phospliorique, etc. Tous les éléments propres à Ja vie végétale disparaîtront et seront remplacés par les éléments toxiques pour cette vie.

Le poisson que Ton enfermerait dans un globe de cristal, même en le laissant en contact avec Tair, périra au bout de quelques jours, ayant laissé aussi dans Teau les produits de sa vie.

Chez tous ces individus, les substances produites par leur vie sont toxiques pour leur propre vie.

Le bouillon de culture de M. Ferran doit donc contenir soit en suspension, soit en dissolutiod, des substances toxiques pour les bacilles-virgules (1).

D'après ce que nous avons dit, il est évident que si dans ce bouillon on introduisait des microbes nouveaux, ils y périraient de la même façon que des hommes mourraient en entrant dans une chambre où seraient morts déjà d'autres sujets, après avoir absorbé tous les éléments de vie que cette chambre renfermait et y avoir laissé les produits de leur existence.

Le système Ferran consiste donc à introduire dans l'organisme humain les leucomaïnes (2) des bacilles-vir-

(1) Le bacille- virgule, ainsi que tout autre organisme, doit suivre les lois de la végétation, de même que les grandes plantes. (D' Koch, séance du 26 juillet 1884. Conseil impérial de Berlin.)

(2) On donne indifféremment aujourd'hui le nom de ptomaines, qui signifie bases cadavériques, aux bases organiques retirées des matière albuminoïdes soumises à la putréfaction, ainsi qu'à celles que Ton peut extraire des tissus de Thomme et des animaux vivants et qui se produisent durant la vie normale ; à cause de cette double origine, je propose de donner à ces bases le nom de leucomaïnes tiré de XEvxcopia (blanc d'œufs). [Dictionnaire de chimie pure et appliquée^ par Au. Wurtz.)

Nota* — En usant dans tout ce travail du mot leucomaïnes /je ne lui don-

gules; et si ce système a de Tefficacité, c'est parce que, quand ces bacilles entrent dans l'organisme par contagion, la présence de leurs propres leucomaïnes rend leur vie maladive et finit par causer leur mort.

Par un autre raisonnement, nous pouvons aussi soutenir la même thèse.

D'après ce que nous avons dit, nous avons deux hommes vaccinés contre le choléra par deux systèmes différents; l'un ayant eu la maladie, l'autre chez lequel on a introduit les leucomaïnes du bacille-virgule.

Selon toute probabilité, si nous rencontrons quelque chose de commun chez ces deux individus, ce point commun sera la cause de l'immunité»

Gomme M. Ferrannous dit que son bouillon ne contient d'autre substance active produisant l'immunité, que le poison éliminé par le microbe, il nous faut chercher cette substance chez l'homme, dans l'état d'immunité qui suit la maladie.

Le microbe, se propageant dans l'organisme, prend à celui-ci toutes les substances dont il a besoin pour sa nutrition (1).

nerai pas la signification restreinte de Wûrtz; je remploierai comme significatif de l'ensemble ou d'une partie des produits d'élimination qui sont le résultat des fonctions vitales d'un micro-organisme quelconque. (L'Auteur.) (1) Par les actes de sa nutrition, le microbe fait la gravité de la maladie et amène la mort. On peut aisément le comprendre. Le microbe, par

Ces substances sont également nécessaires aux fonctions vitales de Thomme.

L'homme, comme tout être organisé, a besoin des éléments qui constituent l'ensemble de son organisme dans une quantité et une proportion données ; cette proportion et celte quantité constituant Tétat de santé.

La perte d'une quantité plus ou moins grande de ces éléments altère cet équilibre, et le trouble qui en résulte est appelé maladie.

L'état de santé étant représenté par exemple par la formule 3a + 3ô+3c + 3rf, l'état de maladie serait représenté par laH-lô-f-lcH-lrf.

L'homme, après la maladie et sa convalescence jouit d'une parfaite santé, ce qui prouve qu'il a repris toutes les substances qu'il avait perdues, c'est-à-dire qu'il est revenu à la première formule, 3a4-3ô-H3cH-3d.

Avec ces substances, avec cette formule, il ne jouissait pas de l'immunité avant la maladie.

Donc cette formule ne donne pas l'immunité. L'homme pourtant, après la maladie infectieuse, jouit de l'immunité ; donc cette condition doit être attribuée à la présence de nouvelles substances.

La formule qui représenterait cet état serait donc 3 a + 3 ô H- 3 c 4- 3 d-^- X.

exemple, est aérobie, il absorbe pendant sa vie de grandes quantités d'oxygène et il brûle beaucoup des principes de son milieu de culture, ce dont il est facile de s'assurer en comparant les extraits du bouillon de poule avant et après la culture du petit organisme. Tout annonce que cet oxygène nécessaire à sa vie, il le prend aux globules sanguins, à travers les vais* seaux, et la preuve en est que pendant la vie et souvent loin encore des approches de la mort, on voit la crête des animaux malades devenir violacée alors que le microbe n'existe pas encore dans le sang, ou en quantité si faible quïl échappe à l'observation microscopique. (Pasteur, Comptes rendus. Académie des sciences, 3 mai 1880.)

16 L'IMMUNITÉ PAR LES LEL COxMAINES.

Une observation très importante de M. Ghauveau vient à l'appui de ce que nous venons de dire (1).

Cherchons, maintenant, la substance xàe la formule qui représente Tétat d'immunité coexistant avec l'état de parfaite santé.

(1) « Dans la Note qu} relate les faits dont je viens de m'occuper, M. Pasteur discute de nouveau (Comptes rendus, p. 536) Tinterprëtation qu'il convient de donner de l'immunité acquise ou renforcée par une première inoculation. Quoique mon nom soit mêlé à cette discussion, je ne serais pas intervenu s'il ne m'avait paru que M. Pasteur n'a pas bien compris ma pensée et mes intentions. Je n'ai pas eu la prétention d'édifier une théorie de l'immunité (le moment ne me parait pas venu encore) et de l'opposer à celle de M. Pasteur. Chemin faisant, j'ai rencontré un fait, à l'explication duquel il me paraissait difficile d'appliquer la théorie adoptée par M. Pasteur et je l'ai dit. Cette difficulté existe encore aujourd'hui. Il s'agissait de l'étude comparative des inoculations pratiquées les unes avec de très petites quantités d'agents infectieux, les autres avec de grandes quantités, tant sur les moutons algériens pourvus seulement de leur immunité naturelle, que sur ceux dont l'immunité a été renforcée par une ou plusieurs inoculations préventives. J'ai démontré (et je suis en mesure de rendre ma démonstration plus complète) que l'on a bien plus de chance de réussir à produire le sang de rate complet, c'est-à-dire mortel, avec les inoculations qui introduisent d'un seul coup dans l'organisme un grand nombre d'agents infectieux. Comment faire accorder ce fait avec la théorie de l'épuisement?

tt Comment un organisme duquel une ou plusieurs cultures antérieures auraient fait disparaître la plus grande partie des matières nécessaires à la prolifération des agents infectieux du charbon, se préterait-il mieux à la puUulation de ces agents avec une semence abondante qu'avec une quantité de semence réduite au minimum? Si la pauvreté du terrain est un obstacle à la culture, cette cause de stérilité ne devra-t-eile pas se manifester avec d'autant plus d'évidence qu'on donnera au terrain plus de gei*mes à faire proliférer? Ce qui se passerait certainement dans un tube à culture, ne doit-il pas se manifester également dans l'organisme animal? Voilà mon objection. Je l'ai formulée dans une interprétation théorique du fait que j'avais observé en disant que les inoculations bactéridiennes comparatives avec peu ou beaucoup de virus se comportent chez le mouton algérien, comme si les agents infectieux rencontraient dans l'organisme de tanimal des matières ou agents contre lesquels les premiers auraient à lutter pour vivre et se multiplier, et dont ils triomphent plus facilement quand ils sont en grand nombre.

« C'est avec le plus grand plaisir que je verrai cette objection écartée de la théorie adoptée par M. Pasteur, théorie basée sur les faits d'une très séduisante expérience à laquelle je n'ai pas ménagé les témoignages de mon admiration.» (Note de M. A. Chauybw . Académie dessciences, ISoctobre 1880.)

Les microbes, causes de la maladie, pendant leur séjour dans l'organisme animal, en exerçant leurs fontions vitales, doivent nécessairement y avoir laissé les produits, résultats de leur existence.

Pendant un temps plus ou moins long, ces substances doivent se trouver dans l'individu après la maladie. Elles sont les mêmes que celles contenues dans le bouillon de culture dont nous avons parlé plus haut.

Donc, ces substances que nous nommons leucomaïnes et qui se trouvent également chez l'homme ayant l'immunité après la maladie, et chez celui qui la possède après vaccination de M. Ferran, sont bien celles qui produisent le bienfait de l'immunité.

Par un troisième raisonnement encore, nous arriverons aux mêmes conclusions.

Les maladies infectieuses sont produites par des microoi^anismes. Ces maladies présentent le caractère de la non-récidivité.

L'état d'immunité qui survient après ces maladies doit être produit, ou bien par l'effet de la soustraction faite par les microbes des substances qui se trouvent dans l 'organisme animal, ou bien par la présence de nouvelles substances.

La première des deux thèses n'est pas admissible après l'observation faite par M. Chauveau.

Il faut donc accepter que c'est la présence d'une substance qui donne l'immunité.

Comme l'état d'immunité arrive toujours après la présence dans l'organisme animal, de micro-organismes, il

faut croire que la substance qui produit cette immunité a été créée par ce micro -organisme.

Pourquoi la substance produite parle micro-organisme, cause de la maladie, doit-elle produire l'immunité ?

C'est l'effet d'une loi générale.

Comme nous l'avons dit plus haut, chez tous les êtres organisés, les substances qui sont produites et éliminées par leurs fonctions vitales, sont toxiques pour leur propre vie (1).

Les leucomaïnes des micro-organismes doivent donc être contraires à la vie de ceux-ci (2).

(1) Un des faits les plus intéressants observés dans le développement des micro-organismes septiques, c'est que les produits de décomposition efiectués par eux ont, s.ur leur propre organisme, une influence excessivement nuisible. Influence qui arrête leur multiplication au point que, après une certaine accumulation de ces produits, les organismes cessent de croître et peuvent même périr tout à fait.

Ainsi, les substances qui appartiennent aux séries aromatiques, Findol, le skatol, le phénol, etc., et qui naissent de la putréfaction des matières protéïques, ont sur la vie de beaucoup de micro-organismes une influence fatale, comme l'ont démontré Wernich et d'autres auteurs. (D^E. Klein. Microbes et maladies, page 249.)

L'urée est le dernier résidu de la combustion des substances azotées; elle est illiminée par l'urine.

La cessation de l'expulsion de cette urée produit une maladie qui est reflet de l'intoxication produite par la difl'usion dans le sang de cette substance.

C'est donc une substance qui doit être éliminée et qui, quand elle reste dans l'organisme de l'homme, manifeste sa propriété toxique. (L'Auteur.)

(2j Est-ce bien là néanmoins, la seule explication possible des phénomènes? Non, à la rigueur. On peut se rendre compte des faits de la nonrécidive en admettant que la vie du microbe au lieu d'enlever ou de détruire certaines matières dans le corps des animaux, en ajoute, au contraire, qui seraient pour ce microbe un obstacle à un développement ultérieur. L'histoire de la vie des êtres inférieurs, de tous les êtres en général, autorise une telle supposition. Les excrétions nées du fonctionnement vital peuvent s'opposer à un fonctionnement vital de même nature. Dans certaines fermentations, on voit des produits antiseptiques prendre naissance pendant et par la fermentation même et mettre fin à la vie active des ferments et aux fermentations, longtemps avant l'achèvement de celles-ci. Dans les cultures de notre microbe, il pourrait y avoir formation de produits;

VACCINATION ET IMMUNITE. 19

Par conséquent l'effet de l'immunité doit être attribué à Taction toxique des leucomû'nes sur les micro-organismes qui doivent produire la maladie.

dont la présence expliquerait à la rigueur la non-récidive et la vaccina* tion. (Pasteur, Comptes rendus. Académie des sciences^ 26 avril 1880.)

Beaucoup de microbes paraissent donner naissance dans leur culture à des matières qui ont la propriété de nuire à leur propre développement. {Comptes rendus. Académie des sciences ^ 26 octobre 1885. Nofc Pas-

TKUR.)

Lorsque Tétre (microbe) vieillit dans une liqueur, qu'il en a épuisé les éléments assimilables, qu'il y a déposé ses- propres produits d'élimination dont non seulement il n'a pas besoin, mais dont il doit à tout prix fuir la présence, on voit se former, en un ou plusieurs points du filament ou à Tune des extrémités de l'article court et isolé, une petite masse plus réfringente, plus brillante que le reste du protoplasma, et dont le contour, toujours mal accusé et un peu nébuleux, devient de plus en plus noir et épais. C'est le spore. {Le Microbe et la maladie, par E. Duclaux, p. 30.)

Souvent il suffit que la bactérie ait vécu pendant quelque temps dans un milieu, pour rendre ce milieu impropre à sa végétation, par l'accumulation trop considérable de produits de décomposition nuisible à son développement. C'est ainsi que 19. fermentation lactique est arrêtée, au bout de peu de temps, par la formation de l'acide lactique. Il faut, pour qu'elle puisse se continuer, ajouter au liquide une quantité suffisante de craie ou de blanc de zinc, afin de neutraliser l'acide au fur et à mesure de sa formation. (Leçons sur les bactéries, par M. de Bary. Traduites et annotées par M. Wasserzug, p. 106.)

Dans d'autres espèces, en particulier dans les espèces à endospores, on peut dire que les spores ne se forment que lorsque le substratum nécessaire à la végétation de l'espèce a été épuisé, autrement dit, lorsqu'il est devenu impropre à cette végétation.

On peut se demander s'il faut chercher la raison de ce phénomène dans ce fait, que les éléments nutritifs utiles ont été consommés en totalité, ou bien parce qu'il y a eu accumulation des produits d'élimination, ou bien encore, etc.. (Leçons sur les bactéries, par M. de Bary. Traduites par M. Wasserzug, p. 109.)

M. Duclaux, s'occupant de la culture deïaspergillus niger, dans le milieu nourricier composé par M. Raulio, dit : « L'introduction de 1 gramme de fer dans le milieu nutritif amène une augmentation de plus de 800 gr. dans la récolte. Malgré cette ressemblance, le rôle du zinc et celui du fer sont tout à fait différents. Le zinc entre dans la plante, comme élément constitutif de ses tissus. Le fer ne parait utile que parce qu'il détruit ou annihile, au fur et à mesure de sa production, un poison sécrété par la plante. En s'accumulant dans le liquide, ce poison finirait par la tuer; c'est une de ces excrétions que tous les êtres vivants produisent, et dont ils doivent à tout prix se débarrasser. (Le Microbe et la maladie, par E. Duclaux, p. 69.) » La bactéridie, suivant M. Toussaint, déposerait dans le sang des ani-

maux, oii elle bc multiplie, une matière qui peut deTonir son propre vaccin. Par la philtration à froid, dans un cas, par la chaleur de 55 degrés dans Tautrc, on éloigne ou on tue la bactëridie. Dès lors, Tinoculation du sang philtre ou Tinoculation du sang chauffé, introduirait dans le corps des animaux inoculés la matière vaccinale privée de bactéridies ; M. Toussaint mêlait, en outre, arbitrairement à ses explications la croyance à une prétendue action phlogogène du sang charbonneux. Si l'exposition de M. Toussaint eût été fondée, la question des virus-vaccins, telle que je l'ai présentée, aurait été tout entière à reprendre. »

Ce que nous venons de transcrire se trouve dans une note lue par M. Pasteur à l'Académie des sciences où il s'occupe de prouver que l'interprétation donnée par M. Toussaint n'est pas admissible. A la fin de la lecture de cette communication, M. Bouley déclare que M. Toussaint avait plus tard reconnu que son interprétatioil avait été erronée. Pourtant, aujourd'hui, après six ans, M. Pasteur n'est plus aussi sûr de son ancienne théorie, puisque, comme on le lira dans une note qu'il adressait dernièrement à l'Académie, au sujet du vaccin rabique, il est disposé à revenir sur les expériences qu'il avait faites à propos d'une interprétation semblable à celles de M. Toussaint, et qu'il avait lui aussi conçue dans les phénomènes qt)i accompagnent le vaccin du choléra des poules. (L'Autbur.)

« Tandis que les (bactéries) sont toutes susceptibles de décomposer cer^ taines combinaisons organiques contenant de Tazote, elles peuvent à leur tour produire certains composés chimiques qui dans quelques cas sont bien déhnis pour une espèce déterminée. Tel est le cas des diverses bactéries qui se rapportent aux fermentations lactiques et butyriques, ainsi qu'à la production des acides appartenant aux séries aromatiques. Pour beaucoup de bactéries qui se rattachent à la putréfaction et aussi pour beaucoup d'organismes pathogènes, ces produits chimiques ont un effet nuisible. De petites quantités empêchent leur développement et des proportions plus grandes de ces substances les tuent complètement. » {Microbes et maladies, par le D' E. Klew, pp. 54 et 55.)

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